Les élections législatives grecques du voient la victoire d'une coalition de partis nationalistes (menée par le Parti du peuple), qui remporte 206 des 354 sièges du parlement. Elles aboutissent à la nomination de Konstantínos Tsaldáris au poste de Premier ministre. Peu de temps après sa victoire électorale, cependant, celui-ci abandonne le pouvoir au profit de Themistoklís Sofoúlis.
Les élections de 1946 se déroulent dans un contexte de violence politique et sont marquées par le boycott de la gauche communiste (Parti communiste) et des républicains et libéraux de gauche. Avec la victoire de la droite, un référendum en faveur de la restauration de la monarchie est organisé, qui aboutit au retour de Georges II en Grèce.
C'est la dernière élection avant qu'éclate la guerre civile qui ne s'achèvera que trois ans plus tard avec la victoire définitive des royalistes.
Contexte
Contexte politique Les élections législatives de 1946 sont les premières organisées sur l'ensemble du territoire national depuis dix ans : les précédentes élections législatives s'étaient déroulées en janvier 1936. Pour la première fois, la gauche était entrée au Parlement : la coalition entre le Parti communiste et le Parti agraire () avait obtenu 5,76 % et 15 sièges, tandis que le Parti Démocratique allié à plusieurs petits partis agrariens républicains (Δημοκρατικός Συνασπισμός) avait remporté 4,21 % des voix et 11 sièges. Les Libéraux étaient arrivés en tête du scrutin mais sans majorité absolue. La Grèce connaissait alors une grave période d'instabilité politique et sociale. La disparition de figures de la vie politique grecque de l'époque (Kondýlis, Venizélos, Demertzís et Tsaldáris) au printemps aggrava la crise politique. Les conflits sociaux se multipliaient : les ouvriers des usines d'Éleusis déclarèrent la grève générale et illimitée en mars ; le 29 avril, les travailleurs des usines de tabac de Thessalonique se mirent eux aussi en grève ; la Confédération Générale des Travailleurs Grecs (), le principal syndicat ouvrier du pays, appela en mai à une grève générale nationale de 24 heures ; la police, assistée de l'armée, ouvrit le feu sur des manifestants à Thessalonique le 8 mai, faisant 12 morts et 32 blessés graves parmi les grévistes ; enfin, le 13 mai suivant, une autre grève nationale fut déclarée, réclamant l'établissement d'un système de retraites et de sécurité sociale géré par l'État. Prenant prétexte des grèves à répétition, le Premier Ministre Ioánnis Metaxás avait suspendu le , avec l'assentiment du roi Georges II, la Constitution, les séances du Parlement, les réunions publiques et déclare illégal le Parti communiste. Metaxás avait instauré un régime fasciste et panoptique (dit régime du 4-Août) qui dura jusqu'au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Le fait que le roi lui-même avait apporté son soutien à la dictature de Metaxás contribua à la défiance de la population envers la monarchie et la famille royale.
L'Italie fasciste envahit la Grèce le : la guerre italo-grecque tourna à l'avantage de la Grèce qui parvint à repousser l'invasion italienne, mais l'intervention de l'Allemagne nazie en avril 1941 en soutien aux Italiens fit tourner la guerre à l'avantage de l'Axe. La mort prématurée de Metaxás en janvier 1941 plongea le pays dans l'instabilité politique. Le successeur de Metaxás, Aléxandros Korizís, se suicide le , peu de temps avant l'arrivée des Allemands dans Athènes. Le Gouvernement et la famille royale se replièrent d'abord en Crète puis au Caire pour former un gouvernement en exil. Durant l'Occupation de la Grèce, trois gouvernements se disputèrent la légitimité politique : le Gouvernement en exil réuni autour du roi Georges II et de son Premier Ministre Geórgios Papandréou ; l'État hellénique, gouvernement qui signa l'armistice avec les Allemands et les Italiens et s'engagea dans la voie de la collaboration ; et le Front de libération nationale, l'EAM (), mouvement de Résistance formé autour des Communistes et des Républicains. À partir de 1943, la branche armée de l'EAM, l'Armée populaire de libération nationale ou ELAS (), commença à libérer le pays. La Résistance communiste entra en conflit avec la Ligue nationale républicaine grecque, l'EDES (), d'obédience libérale, à partir d'octobre 1943.
L'ELAS entre dans Athènes libérée le . Le Premier Ministre Papandréou du Gouvernement en exil arrive le 18 octobre suivant.
Contexte économique Pendant le conflit, la Grèce a perdu entre 8 % et 9 % de sa population, contre 1,5 % pour la France. Après la Pologne et l'Union Soviétique, la Grèce subit les pertes humaines et matérielles les plus lourdes en Europe, avec 8 à 9 % de la population décimée, contre 1,5 % en France. La famine de l'hiver 1941-42 tue entre 250 000 et 300 000 Grecs. Entre novembre 1943 et juillet 1944, 2 300 otages sont exécutés dans le Péloponnèse, et d'autres sont utilisés comme boucliers humains pour dissuader les saboteurs. Les Allemands multiplient les massacres, comme à Kalávryta, où 700 hommes et adolescents sont tués le 13 décembre 1943. Près de 900 villages sont entièrement rasés et 500 autres partiellement détruits.
Le Comité International de la Croix-Rouge évalua le nombre de victimes de la famine à 300 000 sur une population de 7 millions d'habitants. Voici ce que rapporte la Croix Rouge : « Hommes et femmes tombaient épuisés, dans la rue, et y mouraient souvent. Dans le silence de la nuit on pouvait entendre des gens couchés dans leurs lits crier d’une voix tourmentée : pinô, pinô (« j’ai faim , j'ai faim... »). Chaque jour des camions amenaient à la morgue des centaines de cadavres qu’on enterrait dans les fosses communes. ». L'impréparation totale du gouvernement collaborationniste et le désordre généralisé qui s'ensuivit contribua à sa décrédibilisation et constitua un terreau fertile pour la Résistance : la famine avait provoqué une surmortalité de la classe d'âge 29-59 ans, et se tournait vers la Résistance une population orpheline et jeune.
En 1945, la production agricole était inférieure de plus de 50 % à celle de 1939, et la moitié des ouvriers et paysans étaient au chômage. 65 % des véhicules à moteur, 95 % du matériel ferroviaire, 70 % des ponts et plus de 50 % du réseau routier étaient détruits ou inutilisables. L'inflation a fait exploser la circulation monétaire, passant de 24 millions à 68 milliards de drachmes entre 1941 et 1944, avec des prix, comme celui de l’huile, multipliés par 8 000.
Campagne électorale
Dekemvrianá
Les Britanniques se montrèrent intransigeants dans leur soutien au Gouvernement en exil et au retour de Georges II sur le trône de Grèce malgré la défiance généralisée de la population. Le statu quo de l'automne 1944 prévoyait qu'une régence serait temporairement assurée par l'archevêque Damascène d'Athènes. La Grèce était un pays stratégique pour la Grande-Bretagne en Méditerranée orientale et l'influence de la Résistance communiste était perçue comme un obstacle aux intérêts de Londres dans la région. L'armée britannique continua de stationner dans le Royaume après la Libération et y déploya même des renforts pour prévenir de toute insurrection communiste. Le général Scobie fut nommé par Churchill responsable des opérations britanniques dans le pays et était chargé, en vertu de l'accord de Caserte négocié entre les Britanniques et le Gouvernement grec en exil de Papandréou, du maintien de l'ordre.
Joëlle Fontaine note que À partir de l’été 1943, le Foreign Office est prêt à combattre l’EAM par tous les moyens, au prix de compromissions étonnantes. C’est ainsi que les Britanniques n’hésitent pas à livrer des armes aux petites organisations « nationalistes » du Péloponnèse ou de Macédoine, tout en n’ignorant rien de leur collaboration avec les occupants. Ils placent des hommes à eux dans le gouvernement collaborateur de Rallis : ce personnage ambigu prétend en effet qu’il a accepté ce poste par esprit de sacrifice, afin de se consacrer à la nécessaire lutte contre l’EAM, maintenant que la victoire alliée est assurée. Il place dans les Bataillons de sécurité qu’il a créés des officiers royalistes anglophiles.Paul Euzière explique quant à lui queAu général Ronald Scobie, commandant des troupes alliées en Grèce, le Premier ministre anglais donne une consigne claire : « agir [à Athènes] comme s’il s’agissait d’une ville conquise où se serait déclenchée une révolte locale. » vignette|245x245px|Les troupes britanniques durant la Dekemvrianá. Le 3 décembre 1944, les forces britanniques et les troupes du gouvernement grec firent tirer sur 200 000 manifestants venus protester contre la présence britannique en Grèce et l'institution d'un gouvernement d'union nationale. 28 manifestants sont tués et une centaine blessés. Cette répression dégénéra en une confrontation totale : durant jusqu'à la mi-janvier, la guérilla urbaine entre Communistes de l'EAM et forces pro-gouvernementales est connue sous le nom d'évènements de décembre ou Dekemvrianá en grec (). Le 5 décembre, le Gouvernement décrète la loi martiale. L'armée britannique intervint pour soutenir le gouvernement grec, en utilisant de l'artillerie et des frappes aériennes contre les combattants de l'EAM et de l'ELAS. Au cours des combats, des civils furent pris dans le feu croisé, et les deux camps subirent d'importantes pertes. Les Britanniques jouèrent un rôle décisif dans le conflit, envoyant des renforts à Athènes pour rétablir l'ordre et garantir que les forces gouvernementales prévaudraient sur la faction communiste. Les Britanniques cherchaient également à désarmer les combattants de l'EAM/ELAS, qu'ils considéraient comme une menace communiste. Le Premier ministre britannique Winston Churchill, préoccupé par la propagation du communisme en Grèce, autorisa l'envoie de troupes, contre l'avis du président Roosevelt. La guérilla communiste a d'abord l'avantage et contrôle au 12 décembre les quartiers du centre-ville jusqu'au Pirée. L'envoi de la IVe division d'infanterie britannique redonna l'avantage aux forces britanniques et gouvernementales grecques.
Les violences urbaines, d'abord concentrées dans le centre d'Athènes autour de lieux stratégiques (siège de l'EAM près de l'Université, de l'État-Major britannique en Grèce installé à l'hôtel Grande-Bretagne, du ministère de l'Intérieur et de la Police situé rue du Stade et du Parlement sur la Place de la Constitution), s'étendaient jusqu'au Pirée à la mi-décembre. Les combats prient fin le 15 janvier 1946 avec le désarmement des combattants de l'ELAS : 5 000 d'entre eux furent envoyés dans la prison de Goudí et en exil intérieur tandis que selon les allégations du général Scobie lui-même, 8 000 autres sont envoyés dans des camps d'internement gérés par les Britanniques en Égypte et en Libye.
Violences Bien que les forces de l'EAM aient été vaincues militairement, la lutte politique et idéologique entre communistes et anti-communistes continua. Les Britanniques réussirent à sécuriser la position de la monarchie grecque et à établir un gouvernement conservateur, mais au prix d'un approfondissement du fossé entre les forces de gauche et de droite en Grèce. La violence et l'agitation entraînèrent également un effondrement général de l'ordre public, et de nombreux militants de gauche furent arrêtés ou se cachèrent. Les évènements de décembre avaient fait de 5 500 morts, 70 000 blessés et 25 000 déplacés. Le Livre Blanc : mai 1944-mars 1945 de l'EAM publié le 1er février 1945 sous le manteau à Tríkala (version anglaise publiée en août suivant par le Greek American Council à New York) parle de 20 000 morts.