La grève des mineurs britanniques de 1984-1985 est un épisode important de l'histoire de l'industrie britannique, car son déroulement et son aboutissement modifièrent profondément la place des syndicats dans le paysage social et politique en Grande-Bretagne.

La grève dura de à . Elle marquait l'opposition de l'Union Nationale des Mineurs () au projet de la Commission nationale du charbon (), soutenu par le gouvernement de Margaret Thatcher, de fermer d'abord 20 mines de charbon déficitaires, puis d'autres par la suite.

La grève fut durement réprimée et aboutit à la défaite des mineurs. En une année, grévistes furent arrêtés, poursuivis en justice, 200 emprisonnés et près d’un millier licenciés. Six sont morts sur les piquets de grève..

Principaux syndicats de mineurs en 1984

Union nationale des mineurs Le secteur minier est un closed shop officieux : embaucher des mineurs non syndiqués mènerait à une grève immédiate de grande ampleur.

En 1945 naît l'Union nationale des mineurs et en 1947, la majorité des mines de charbon de Grande-Bretagne sont nationalisées. La demande en charbon est élevée après la Seconde guerre mondiale, et des réfugiés polonais sont envoyés travailler dans les mines. Avec le temps, la demande baisse, remplacée par le pétrole et l'énergie nucléaire. Dans les années 1960, de nombreuses mines ferment en Écosse, au pays de Galles, dans le Lancashire et le nord-est de l'Angleterre, déplaçant les mineurs vers le Yorkshire et les Midlands.

L'union nationale des mineurs ne réagit pas immédiatement à ces pertes d'emploi. La grève des mineurs au Royaume-Uni de 1969 est une grève sauvage. Elle n'est pas victorieuse, mais elle mène à l'élection de responsables plus militants à la tête de l'organisation. Le seuil à atteindre pour approuver une grève nationale est réduit de deux-tiers à 55% des votes en 1971. Après cet abaissement du seuil, la grève des mineurs britanniques de 1972 est victorieuse et obtient une hausse généralisée des salaires. La grève des mineurs britanniques de 1974 parvient à renverser le gouvernement en place et montre la puissance du syndicat, mais crée aussi une forte tension avec certains pans de la population qui ne bénéficient pas de protections sociales renforcées. La seule action entreprise au niveau national pendant les grèves de 1984 et 1985 sont les blocages d'Orgreave.

L'Union nationale des mineurs opère de façon décentralisée et certaines régions, comme l'Écosse, le sud du pays de Galles et le Kent, sont vus comme beaucoup plus militantes et proches des communistes que d'autres, comme les Midlands. Dans les zones plus militantes, les briseurs de grève sont détestés et leur trahison de la communauté locale ne leur est jamais pardonnée. En 1984, des villages miniers ont la mine pour seule source d'emploi à plusieurs dizaines de kilomètres aux alentours. Dans le sud du pays de Galles, les mineurs sont extrêmement solidaires en raison de leur homogénéité sociale, du fait qu'ils vivent dans des villages isolés où tout le monde vit des mines, et de leur religion à tendance méthodiste très égalitarienne.

À partir de 1981, l'Union nationale des mineurs est dirigée par Arthur Scargill, un militant socialiste proche du communisme:: Q: could you tell us how you became a militant trade unionist?: A: Well, my initiation wasn't in the trade union at all. It was in the political movement [...] So that was my initial introduction into socialism and into political militancy.".. Scargill est très ouvertement opposé au gouvernement Thatcher, estimant dès mars 1983 que « les politiques de ce gouvernement sont claires : détruire le secteur du charbon et [l'Union nationale des mineurs] ». Il estime que les mines opérant à perte ne sont pas « anti-économie », parce qu'elles restent essentielles pour l'économie locale, et que les seules mines qui devraient fermées sont les mines dangereuses ou épuiséesPeter Jenkins, Mrs Thatcher's Revolution: The Ending of the Socialist Era (London: Pan, 1988), ..

National Association of Colliery Overmen, Deputies and Shotfirers La (NACODS) est le syndicat des surveillants de mines. Il est illégal de miner sans supervision. Cependant, NACODS, qui compte en 1984, est moins enclin à la grève et sa constitution exige une majorité aux deux tiers pour une grève nationale. Pendant la grève de 1972, des violences ont été commises par des grévistes de l'Union nationale des mineurs envers des non-grévistes de NACODS : après cette grève, il est décidé que les membres de NACODS peuvent bénéficier d'un arrêt de travail avec maintien de salaire s'ils font face à des manifestants agressifs. Ainsi, même si le seuil de grévistes n'est pas atteint, les membres de NACODS peuvent faire preuve de solidarité avec les ouvriers en affirmant que les bloqueurs sont violents. Pour la grève en 1984, une majorité simple vote pour la grève, mais le seuil des deux tiers n'est pas atteint ; plus tard dans l'année, le syndicat atteint 82% de votes en faveur de la grève.

Contexte

Nationalisation et grèves précédentes Les mines de charbon ont été nationalisées par le gouvernement de Clement Attlee en 1947. Elles sont gérées par le , qui est dirigé par en 1984. Le secteur est fortement subventionné, comme dans presque toute l'Europe : en 1982-1983, chaque tonne de charbon crée une perte de et le charbon international coûte environ 25% de moins que celui vendu par le National Coal Board.vignette|Nombre d'emplois dans l'industrie des mines de charbon au Royaume-Uni de 1880 à 2015. Les mines de charbon les plus prospères atteignent leurs limites et le charbon restant est de plus en plus difficile à extraire. La mécanisation augmente la productivité par mineur, réduisant le nombre d'emploi. Le nombre d'emplois dans l'industrie des mines de charbon baisse drastiquement à partir des années 1950, après un pic à un million d'emplois en 1922. En 1982, il en reste environ 231 000.. Le nombre de mines passe de plus de 1000 à 173 entre 1950 et 1984. Ce déclin se retrouve dans toute l'Europe et l'Amérique du Nord..

De 1958 à 1967, les syndicats et le gouvernement s'accordent à restructurer le secteur, ce qui mène à une suppression de la moitié des emplois du secteur, en échange d'efforts du secteur et du gouvernement pour former les anciens mineurs et aider leur reconversion. De 1968 à 1977, le nombre d'emplois et de mines se stabilise grâce à des concessions des syndicats. À partir de 1979, Margaret Thatcher impose une réduction rapide du secteur, qui crée des fortes tensions avec les syndicats : jusque-là, les fermetures ont toujours été approuvées par les syndicats en échange de garanties économiques pour les travailleurs en reconversion. Sous Thatcher, les fermetures ne sont pas accompagnées de ces aides sociales et se font sans l'avis des syndicats.

La grève des mineurs britanniques de 1974 joue un rôle majeur dans l'échec du gouvernement conservateur d'Edward Heath. En réponse, le parti conservateur écrit le , un rapport interne présenté par Nicholas Ridley, qui fuite et est publié dans The Economist le 27 mai 1978. Le plan décrit comment un futur gouvernement conservateur peut réprimer une grande grève nationale d'un secteur public. Selon Ridley, le pouvoir des syndicats au Royaume-Uni interfère avec les forces du marché et fait monter l'inflation, et le pouvoir des syndicats doit être limité pour remettre à flot l'économie britannique..

Appels à l'action de l'Union nationale des mineurs vignette|La mine de charbon d'Orgreave en 1982. En janvier 1981, la branche de l'Union nationale des mineurs du Yorkshire approuve une résolution de faire grève pour toute mine menacée de fermeture pour des raisons économiques. La décision est appliquée dans l'affaire de la , puis à nouveau dans plusieurs autres cas dont la fermeture de en 1984.

En février 1981, le gouvernement annonce son intention de fermer 23 mines dans le pays, mais la menace d'une grève nationale le fait reculer. Les réserves de charbon ne suffiraient à approvisionner le pays que pendant six semaines avant que l'énergie ne vienne à manquer et que le peuple ne demande des concessions. Thatcher estime qu'elle a besoin d'une réserve de charbon d'environ six mois pour réprimer une grève. En 1982, les membres de l'Union nationale des mineurs accepte une augmentation de salaire de 9,3% et refuse l'appel à la grève émis par la direction du syndicat.

Entre mars 1981 et mars 1984, la plupart des mines dont la fermeture avait été annoncée sont en effet fermées une par une, et le National Coal Board supprime pendant cette périodeTowards Confrontation in. L'effet des fermetures est atténué par des transferts vers d'autres mines et l'ouverture du bassin houiller de Selby où les conditions de travail et les salaires sont au-dessus de la moyenne. Des grèves locales ont lieu, notamment à Kinneil en Écosse et à Lewis Merthyr au pays de Galles. suppressions d'emplois sur les effectuées entre 1973 et 1982 touchent des hommes de ou plus, et les indemnités de licenciement sont largement augmentées en 1981 puis à nouveau en 1983.

En janvier 1982, octobre 1982, et mars 1983, l'Union nationale des mineurs tient des votes au sujet d'une grève nationale pour arrêter les fermetures de mines et augmenter les salaires. Aucun des trois votes n'atteint le seuil requis de 55% des voix. En novembre 1983, pour protester contre une augmentation de 5,2%, le syndicat instaure une interdiction d'heures supplémentaires qui est toujours en place au début de la grève.

Stratégie du gouvernement Thatcher vignette|Margaret Thatcher lors d'un déjeuner de travail avec Ronald Reagan en 1984.Le parti conservateur de Margaret Thatcher prévoit la grève dès 1979, avec l'intention d'affaiblir le syndicat minier.. Pour Thatcher, il s'agit, après avoir défait, selon ses termes, le dans les urnes, de battre ce qu'elle nomme le , c'est-à-dire le syndicalismein Mémoires, introduction du chapitre 13 : L'insurrection de ..

Thatcher s'attend à ce que le syndicat national aille à la confrontation. En réponse, elle prépare un plan détaillé basé sur le . Elle estime qu'il faut arrêter les dépenses liées aux mines de charbon de moins en moins efficaces pour soutenir l'économie nationale : son plan consiste à fermer les mines les moins rentables et de dépendre d'énergies importées, en particulier le charbon, le pétrole, le gaz naturel et l'énergie nucléaireJim Phillips, "Containing, Isolating, and Defeating the Miners: The UK Cabinet Ministerial Group on Coal and the Three Phases of the 1984–85 Strike." Historical Studies in Industrial Relations 35 (2014): 117–141..

Thatcher nomme des conservateurs aguerris à des positions clé et met en place un comité de planification, tout en allouant des fonds à la création d'une réserve de charbon couvrant six mois de consommation nationale à partir des bénéfices des ventes d'électricité"Sir Peter Gregson, civil servant – obituary: Whitehall mandarin who helped lay the groundwork for Mrs Thatcher's defeat of Arthur Scargill, " The Telegraph 21 décembre 2015 .. Son équipe met en place des unités mobiles de police antiémeute pour que les policiers hors des bassins miniers puissent neutraliser les efforts des grévistes qui essaient d'empêcher le transport du charbon et escorter les briseurs de grève. Ces équipes s'appuient sur le National Recording Centre, créé en 1972 et mobilisant 43 forces de police qui peuvent se déplacer facilement dans l'Angleterre et le pays de GallesJ. McIlroy, "Police and pickets: The law against the miners" in Beynon ed. Digging Deeper: Issues in the Miners' Strike (1985), .Martin Kettle, "The National Reporting Centre and the 1984 miners' strike, " in Bob Fine and Robert Millar, eds., Policing the miners' strike (1985), .. Elle fait enfin interdire les piquets de grève.