thumb|Vestige de l'enceinte de Thiers(la poterne des Peupliers dans le ). thumb|Exemple de fort(le fort de Charenton). thumb|Carte du département de la Seine en 1852 indiquant notamment l'enceinte de Thiers et la première ceinture de seize forts.

Les fortifications de Paris aux comprennent trois périmètres : L'enceinte de Thiers, juste autour de la ville de Paris ; La première ceinture de forts, à environ de Paris, constituée de seize forts détachés et d'ouvrages complémentaires ; La deuxième ceinture de forts, à environ de Paris.

Elles ont été construites à deux périodes distinctes : 1840-1845 : l'enceinte de Thiers et la première ceinture de forts ; 1874-1885 : la deuxième ceinture de forts.

Contexte général Sur le plan militaire, Paris est un camp retranché situé dans une cuvette.

En 1670, fait démolir les enceintes de et de . Paris devient une ville ouverte et va le rester pendant près de deux siècles. En 1689, Vauban exprime des réserves sur cette démolition et préconise un dispositif comprenant : la remise en état de l'enceinte, son doublement par une autre qui englobe les villages de Chaillot, Montmartre et Belleville, deux citadelles (à l'ouest et à l'est) permettant de voir l'ennemi de loin et de retarder son approche, et l'utilisation de l'espace entre les deux enceintes pour de l'élevage, afin d'augmenter les capacités de résistance au soutien d'un siègeVauban, De l'importance dont Paris est à la France et le soin que l'on doit prendre de sa conservation.. Ses idées restent lettre morte.

fait construire le mur des Fermiers généraux, qui n'est pas conçu comme une fortification militaire mais comme une enceinte destinée à percevoir l'octroi.

On lit dans le Dictionnaire encyclopédique paru en 1844Philippe Le Bas et Augustin François Lemaitre dans « France : Dictionnaire encyclopédique », Firmin Didot frères, 1844, 393) :

Au , chaque invasion prussienne (1814-1815 et 1870) provoque l'éloignement des fortifications, le rôle de chacune de ces enceintes successives (1841-1845, 1874) consistant à englober la ligne des hauteurs d'où l'ennemi a bombardé la ville lors de la précédente invasion.

Chronologie Sous l'Empire 1814-1815 : à la fin du règne de , Paris est à deux reprises soumise à l'occupation étrangère.

Premier programme de fortification 1818 : créée par le ministre de la guerre Gouvion Saint-Cyr, une commission de défense du territoire est chargée de « présenter ses vues sur le meilleur système de défense ». 1820 : la commission conclut à la nécessité de mettre Paris en état de défense, mais aucun projet n'est retenu. 1830 : création d'un comité de Fortification, qui relance le débat, conclut à la nécessité de fortifier Paris, mais ne dégage pas de consensus sur le mode de défense. 1833 : le plan topographique des environs de Paris prévoit : la mise en défense du mur des Fermiers généraux (qui est un mur d'octroi) en enceinte de sûreté : hauteur portée à six mètres ; deux rangs de créneaux ; barrières avec 65 tours (ou bastions) ; en avant, plusieurs ouvrages de fortification passagère : une ligne fortifiée le long des canaux entre Romainville et Saint-Denis, avec « lunettes » et « redans » ; un système de zone inondable autour de Saint-Denis ; des ouvrages en terre avec casemates, forts étoilés et redoutes, sur les hauteurs (entre Saint-Denis et Nogent-sur-Marne) ; transformation du château de Vincennes en fort moderne.

Les travaux, conduits par le général Valazé, sont souvent interrompus et ne sont pas achevés. En effet, deux options s'opposent : option 1 : certains préconisent une large enceinte continue englobant les faubourgs dans le système défensif, mais ne prenant pas appui sur le mur d'octroi. C'est le cas du général Valazé, dans la continuité des projets de Vauban et d'Haxo. Les critiques de cette option portent sur son coût ; option 2 : les autres préconisent d'aménager autour de la capitale un vaste camp retranché, basé sur des forts ou bastions permanents occupant les positions principales, tout en gardant une « enceinte de sûreté » en arrière. Les critiques de cette option, notamment François Arago, portent sur l'insuffisance de la garantie de défense : l'ennemi pourrait aisément pénétrer entre les obstacles, puis renverser facilement le mur d'octroi. De plus, si les forts ne sont pas ouverts à la gorge, ils peuvent devenir des places fortes pour des répressions ou des coups d'État. L'étude synthétique d'Arago sur les forts est publiée au volume VI de ses œuvres..

1836 : création de la commission de défense du royaume. 1838 : le , un plan de défense est adopté, qui combine les deux options et qui semble faire l'unanimité. 1840 : le traité de Londres du exclut la France. Adolphe Thiers, considérant que le traité porte en germe une nouvelle menace d'invasion, saisit l'occasion pour faire déclarer d'utilité publique et d'urgence la construction de la nouvelle enceinte. Le , le général Dode de la Brunerie est nommé directeur des fortifications de Paris. Le , Le Moniteur annonce la décision. Les travaux commencent. thumb|Le plan adopté par les chambres en 1841. 1841 : pour mener les travaux à bien malgré les réserves du conseil général de la Seine, une loi est préparée pour ouvrir les crédits ( de francs-orLe coût de 140 millions se décompose comme suit : justification du budget (en millions, réf. : Le Hallé, 178) : •  achats de terrains 17,970 • frais de terrassement 16,608 • travaux de maçonnerie 83,356 ; coût (réf. Lazare) : • enceinte •  forts et routes stratégiques •  acquisition de terrains • Dépenses générales : .) nécessaires à la création de l'enceinte fortifiée qui s'appellera l'enceinte de Thiers, du nom du président du Conseil : le , examen en commission du projet de loi ; le , vote de la loi par la chambre des députés ( contre 162) ; vote de la loi par la chambre des pairs ( contre 85) ; le , promulgation de la loi par le roi Louis-Philippe.

Le programme de construction prévoit : un mur d'enceinte continu, embrassant les deux rives de la Seine : l'enceinte de Thiers proprement dite ; seize forts détachés.

1845 : les travaux sont achevés. 1860 : dans le cadre des grands travaux parisiens du baron Haussmann, la limite de Paris passe, au , du mur des Fermiers généraux à l'enceinte de Thiers.

Guerre de 1870

: la France déclare la guerre à la Prusse, le 13Fortifications de Paris : 1870 dressé par L. Binos. : est fait prisonnier à Sedan et capitule, le 2. Paris proclame la République. Un gouvernement provisoire est nommé. Les Prussiens foncent vers Paris. La capitale se transforme en camp retranché. On ferme certaines portes de l'enceinte de Thiers. On ferme les passages de deux canaux, de la Bièvre et des entrées de chemin de fer. On démolit les maisons dans la zone non aedificandi. Le 19, les Prussiens arrivent devant Paris et établissent le siège, qui va durer quatre mois. : le 28, Jules Favre signe avec Bismarck un armistice dont prévoit la « remise à l'armée allemande, par l'autorité militaire française de tous les forts formant le périmètre de la défense extérieure de Paris, ainsi que de leur matériel de guerre ». La convention annexe signée le même jour prévoit la remise de ces forts les 29 et , à partir du à , sauf celui de Vincennes qui peut abriter une garnison française de deux cents hommes, sans que celle-ci puisse être relevée. L'article 5 de l'armistice prévoit le désarmement de l'enceinte de Paris. : l'armée allemande évacue les forts de la rive gauche de la Seine. : l'armée allemande évacue les forts de la rive droite de la SeineJournal Officiel du , in Alfred de Villefort, « Recueil des traités, conventions, lois, décrets et autres actes relatifs à la paix avec l'Allemagne », , Imprimerie nationale, Paris, 1872, 282..

Deuxième programme de fortification thumb|Carte postale allemande antérieure à la guerre de 1914-1918, montrant l'ensemble du système défensif du camp retranché de Paris thumb|Le fort de Villiers, 1878-1880, deuxième ceinture d'Île-de-France.

Pendant la guerre de 1870, les fortifications se révèlent inefficaces.

1874 : le , une loi inspirée par les idées de Séré de Rivières sur la défense du pays, conduit à un nouveau programmes d'ouvrages de défense au nord et à l'est, avec certains d'entre eux destinés à la protection de Paris. 1885 : le programme s'achève : il a permis de construire , ouvrages et sur l'ensemble des frontières et places stratégiques du pays, pour une dépense estimée à de francs-or (ouvrages) et 229 millions de francs-or (armement).

La disparition de l'enceinte de Thiers 1883 : le , le conseil municipal de Paris vote un vœu demandant la désaffectation de l'enceinte de Thiers, sa cession à la ville et la suppression de la zone de servitude. 1918 : pendant la guerre, l'enceinte de Thiers se révèle inefficace pour contribuer à la défense de Paris, compte tenu des progrès de l'artillerie (tirs des canons longs allemands - appelés à tort Grosse Bertha, installés à de la capitale). 1919 : le , une loi est promulguée selon laquelle la ville achète l'enceinte à l’État pour cent millions, et doit acheter ou exproprier les terrains de la zone, la servitude interdisant de construire étant maintenue. Les travaux de démolition de l'enceinte sont engagés. 1925-1930 : le territoire zonier est annexé à la ville. 1930 : la loi du règle les modalités d'indemnisation des zoniers.

Remarque sur la ligne Maginot Dans le cadre des réflexions sur la défense du pays qui se poursuivent après la Première Guerre mondiale, rien de nouveau n'implique une défense rapprochée de la capitale. Pour mémoire, le calendrier général est le suivant : 1922 : début des réflexions de la Commission de défense des frontières, qui établit les premiers plans ; 1928-1933 : construction du gros-œuvre des principaux ouvrages de la ligne Maginot ; 1940 : le , la Wehrmacht, depuis l'Allemagne, traverse le Luxembourg et la Belgique (province de Luxembourg) en direction de Sedan. C'est la percée de Sedan : les troupes allemandes traversent le massif des Ardennes, jugé infranchissable par l’état-major français, et évitent ainsi la ligne Maginot, qui joue le rôle de retardement et de contournement obligé qui lui avait été assigné à sa conception.

Les forts Doctrine militaire de l'emploi des forts La doctrine d’emploi des forts dépend du contexte de l'époque. Au milieu du , les routes sont peu nombreuses. En raison de la taille d'une armée en campagne, celle-ci est obligée d'emprunter les axes de communication existants afin que les chariots d'approvisionnement puissent la suivre sans s'enliser dans les chemins de terre à la mauvaise saison.

Ainsi, un ouvrage militaire, placé sur un axe important de communication est à même de ralentir fortement, voire de stopper, une troupe composée de plusieurs milliers d'hommes. Exemple : le fort de Charenton est placé sur les actuelles RN6 et RN19 qui étaient respectivement, à l'époque, les routes de Genève et de Belfort ; le pont de Charenton sur la Marne et le pont à l’Anglais sur la Seine sont situés à proximité.

En temps de guerre, le fort remplit plusieurs fonctions, qui sont les fonctions classiques d’une place forte : il permet à une troupe composée de plusieurs centaines d'hommes d'être parfaitement abritée d'une attaque ennemie. L’aménagement des défenses et des abords du fort (glacis) soumet d’éventuels assaillants aux coups des défenseurs ; si l'ennemi ignore l'ouvrage et le contourne, il risque de se faire attaquer sur ses arrières par les militaires occupant le fort. Pour pallier ce risque, il est obligé de laisser une partie de ses troupes protéger ses arrières ou neutraliser l'ouvrage en empêchant toute sortie des occupants. Cela l'affaiblit en réduisant ses effectifs disponibles ; cela permet de concentrer et de protéger l'artillerie ; c'est un point d'appui pour des troupes amies.