vignette|Les abus des favoris du roi Édouard II, représenté ici lors de son couronnement, sont directement à l'origine du conflit. La guerre des DespenserCertains historiens emploient uniquement le terme « guerre des Despenser » pour se référer à la seconde phase du conflit, d'autres l'utilisent pour désigner toute la campagne. Certains préfèrent le terme « guerres des Despenser ». La phase galloise de la révolte est occasionnellement appelée « guerre du Glamorgan ». est une révolte baronniale contre Édouard II d'Angleterre conduite en 1321 et 1322 par les seigneurs anglais Thomas de Lancastre, Roger Mortimer et Humphrey de Bohun. La rébellion est provoquée par les faveurs démesurées dont bénéficie Hugues le Despenser le Jeune, le favori d'Édouard.

Initialement conduit par les barons des Marches galloises, le soulèvement est rapidement rejoint par le reste de l'opposition baronniale et la campagne des rebelles à l'été 1321 aboutit à l'exil de Despenser. Toutefois, Édouard II profite d'une trêve temporaire pour rallier davantage de soutiens et remporter la victoire finale au cours d'une campagne hivernale éclair en Galles et dans le nord de l'Angleterre, qui culmine avec la bataille de Boroughbridge en . En réponse à sa victoire, Édouard durcit son règne jusqu'à sa chute du pouvoir en 1326.

Causes de la guerre Dès l'avènement d'Édouard II en 1307, l'opposition des barons se manifeste en raison de son échec à reprendre l'avantage militaire contre Robert Bruce en Écosse ainsi qu'aux privilèges qu'il accorde à son favori Piers Gaveston, simple chevalier gascon insignifiant aux yeux des puissants barons anglais. L'opposition baronniale est conduite par Thomas de Lancastre, comte de Lancastre, qui est le cousin du roi. Lancastre refuse d'accorder son soutien militaire en Écosse si Édouard n'accepte pas de mettre en place des réformes. Il met en place une commission qui limite les prérogatives royales : ce sont les Ordonnances de 1311. Une clause de cet accord impose l'exil permanent de Gaveston. Pourtant, dès l'année suivante, le favori fait son retour en Angleterre sur l'invitation du roi. Excédé, Lancastre capture Gaveston, le condamne pour haute trahison et le fait sommairement exécuter le . Cette exécution embarrasse plusieurs barons modérés et suscite la colère d'Édouard II, qui rumine en silence sa vengeance contre son cousin.

Les tensions au sommet du royaume entre le roi et Lancastre se reflètent dans les querelles au sein des Marches galloises. Depuis la conquête du pays de Galles par Édouard I en 1282, les privilèges de ces seigneurs restent intacts et leur énergie, auparavant limitée aux combats contre les Gallois, s'immisce dans la politique du royaume. La mort en 1314 de Gilbert de Clare, comte de Gloucester, conduit à la redistribution de ses vastes terres en Galles mais aussi en Irlande. L'importante seigneurie de Glamorgan est ainsi héritée en 1317 par le beau-frère du comte, Hugues le Despenser le Jeune. Ce dernier acquiert à partir de 1318 la confiance progressive du roi. Du fait de son comportement rapace et de sa position stratégique à la cour, Despenser étend ses domaines dans les Marches. Ses deux beaux-frères Roger Damory et Hugh Audley sont ainsi écartés des terres qui sont légalement censées leur revenir. Un autre conflit surgit au même moment près du château de Dryslwyn, qu'il vient de recevoir : une dispute frontalière éclate avec son voisin John Giffard, auparavant un loyal vassal d'Édouard, qui se retrouve désormais repoussé dans le camp des barons mécontents.

La situation dans les Marches s'exacerbe en 1320 au sujet du conflit d'héritage de Gower. Le seigneur de Gower, Guillaume de Briouze, qui n'a pas de descendant mâle, a auparavant décidé de léguer ses terres à son gendre John de Mowbray. Toutefois, les difficultés financières lui font envisager de vendre plutôt son domaine. Plusieurs barons des Marches manifestent leur intérêt à acquérir Gower dont Hugues le Despenser, Humphrey de Bohun, comte de Hereford, ainsi que Roger Mortimer, baron Mortimer de Wigmore. En apprenant ces négociations, Mowbray prend possession de Gower pour protéger ses droits. Hugues le Despenser demande à Édouard II de lui céder Gower en lieu et place du bénéficiaire. Le , Édouard confisque Gower. Prétextant que le roi ne peut interdire à un seigneur des Marches d'hériter de terres, les barons des Marches se liguent autour de Mowbray, afin de contrer l'expansionnisme de Despenser dans les Marches. À leur tête se trouvent Roger Mortimer de Wigmore et son oncle Roger Mortimer de Chirk, Humphrey de Bohun, John Giffard et Hugh Audley. Ces barons quittent la cour en et retournent dans leurs terres pour prendre des mesures drastiques contre Despenser.

La rébellion des barons

Tensions et campagne militaire dans le Glamorgan vignette|Le château de Caerphilly, l'une des propriétés de Despenser, saisi en mai 1321 par Roger Mortimer de Wigmore. Apprenant que les barons se sont enfuis dans les Marches et préparent une possible attaque contre les terres de son favori, Édouard leur ordonne de se séparer et de ne pas attenter à la paix du royaume. Le , Édouard et Despenser se rendent à la frontière entre l'Angleterre et les Marches. Le , le roi ordonne au justiciar des Marches Roger Mortimer de Chirk de mettre les principales forteresses en état d'alerte, bien que ce dernier soutienne officieusement les revendications des barons mécontents. En outre, Despenser ordonne à son représentant John Iweyn de défendre ses châteaux et d'exiger des otages gallois si des émeutes viennent à survenir dans ses domaines. En mars, le comte de Lancastre invite les rebelles des Marches à le rejoindre dans son bastion à Pontefract. Entretemps, le roi adresse une convocation aux seigneurs des Marches pour le à Gloucester, mais aucun ne se présente.

Par la suite, les événements s'intensifient. Lorsque Hugh Audley refuse de comparaître devant lui, le roi ordonne la saisie de ses biens le . Le comte de Hereford refuse également de se présenter, avançant comme excuse la crainte pour sa sécurité si Despenser reste aux côtés du roi. Parallèlement, Hereford demande la convocation du Parlement afin qu'il puisse faire valoir ses droits concernant Gower contre Despenser. Il propose que, pendant ce délai, Despenser soit remis à la garde de Lancastre pour sa propre sécurité. Édouard accueille cette proposition avec un certain cynisme, car il se rappelle l'exécution de Gaveston par Lancastre en 1312. Le roi rétorque à Hereford que ce dernier avait consenti à la nomination de Despenser comme Lord chambellan en 1318 et refuse de renvoyer son favori. Le , il annonce une réunion de son conseil à Oxford pour le et quitte entretemps Gloucester pour Westminster. Les seigneurs des Marches ne croient plus désormais à une résolution pacifique du conflit. Le , Édouard II apprend que l'attaque des barons est imminente.

Le , la rébellion des barons éclate lorsque les possessions de Despenser commencent à être pillées. L'armée des rebelles comprend alors 800 hommes d'armes, 500 cavaliers légers et 10 000 hommes d'infanterie. Cette force très mobile entame une campagne éclair dans les terres du favori royal. Newport tombe le après un siège de quatre jours. Le lendemain, Cardiff est aux mains des rebelles et le 13, Gower est repris par Mowbray. Caerphilly et d'autres forteresses appartenant à Despenser capitulent sans combats. Le représentant de Despenser, John Iweyn, est capturé à Neath et emmené à Swansea où il est exécuté le sur ordre de John de Mowbray pour traîtrise, car il était auparavant au service de Guillaume de Briouze.

Encerclement de Londres et exil des Despenser Informé du succès de la campagne des barons des Marches, Lancastre décide le de conclure une alliance avec ceux-ci. Le , Lancastre rencontre les rebelles à Sherburn-in-Elmet. Les rebelles désignent Lancastre comme le chef des « Contrariants ». Lancastre échoue toutefois à fédérer les barons des Marches et les barons du nord de l'Angleterre. Néanmoins, il est rejoint par le Lord-intendant Bartholomew de Badlesmere. Pendant ce temps, le roi a convoqué le à Westminster un Parlement pour le . Les rebelles marchent simultanément sur Londres. Sur leur route, les Contrariants pillent tous les biens appartenant à Despenser. Le , les Contrariants arrivent devant les portes de la capitale, qui refuse de les laisser pénétrer. Mortimer de Wigmore et Lancastre encerclent alors la ville et les tensions commencent à s'escalader : Despenser, depuis un navire sur la Tamise, menace les barons rebelles tandis que ceux-ci menacent de détruire les propriétés royales en dehors de la capitale si Édouard n'obtempère pas face à leurs demandes.

Les Contrariants demandent au roi de bannir Hugues le Despenser ainsi que son père. Comme ils n'ont aucun droit sur les terres de Despenser, ils demandent que celles-ci soient données à son beau-frère Roger Damory, qui les a rejoints. Le baron modéré Aymar de Valence, comte de Pembroke, intervient afin de désamorcer la crise. Édouard II refusant toujours de négocier, Pembroke demande alors l'intervention de la reine Isabelle, qui va supplier à genoux son époux d'exiler les Despenser. Cette mise en scène permet au roi de ne pas perdre la face en acceptant une supplique. Le , Édouard proclame le bannissement des Despenser. Dès le , le Parlement accorde des lettres de pardons aux Contrariants. Pourtant, il devient évident qu'Édouard va s'arranger à la première occasion pour faire revenir ses favoris. Le roi annonce aux Despenser lors des adieux qu'il leur fait à l'île de Thanet qu'il prépare secrètement sa contre-attaque contre les barons. Despenser l'Aîné trouve asile à Bordeaux, tandis que son fils commet des actes de piraterie dans la Manche. Entretemps, Édouard s'empresse de négocier le ralliement à sa cause des barons modérés hostiles au comte de Lancastre.

La riposte royale

Le siège de Leeds

Édouard remarque avec satisfaction qu'une fois les Despenser exilés, l'alliance des Contrariants se fissure. Le , il demande à Bartholomew de Badlesmere de lui remettre le château de Tonbridge. Badlesmere refuse mais il se sait dans une position difficile car il est le seul Contrariant à être isolé dans le Kent. Il se rend alors auprès de ses alliés à Oxford. En effet, malgré un répit momentané, les tensions entre Édouard et ses barons subsistent et les deux camps mobilisent dangereusement de nouvelles troupes à travers tout le royaume. À ce moment-là, la reine Isabelle entreprend un pèlerinage à Canterbury, au cours duquel elle quitte la route traditionnelle pour s'arrêter au château de Leeds, une fortification gardée par Bartholomew de Badlesmere. Les historiens pensent que le pèlerinage était un acte délibéré d'Isabelle au nom d'Édouard afin de créer un casus belli. Badlesmere est absent lorsque la reine se présente le devant Leeds, et c'est son épouse Marguerite de Clare qui est responsable de la forteresse. Celle-ci refuse catégoriquement de laisser pénétrer la reine dans le château. Des combats éclatent entre la garnison du château et les gardes d'Isabelle. Plusieurs membres de sa suite étant tués, la reine appelle son époux à l'aide.