L'élection présidentielle sud-coréenne de 1987 se déroule en Corée du Sud le . Elle marque l'établissement de la République, ainsi que la fin du régime autoritaire militaire de Chun Doo-hwan. Il s'agit des premières élections présidentielles directes depuis 1971. Au cours des 15 années précédentes, les présidents étaient élus indirectement par la , un collège électoral dominé par le parti au pouvoir.

Les élections ont lieu à la suite d'une série de manifestations pro-démocratiques et peu avant les Jeux olympiques d'été de 1988 qui se tiennent à Séoul. Roh Tae-woo, du Parti de la justice démocratique alors au pouvoir, remporte le scrutin avec 36,6 % des voix. Les deux principaux candidats de l'opposition, Kim Young-sam et Kim Dae-jung, remportent à eux deux plus de 55 % des voix. Le taux de participation électorale était de 89,2 %.

Contexte

Les élections se sont tenues à la suite d'une série de manifestations à l'échelle nationale en faveur d'élections libres et équitables et des libertés civiles. Pendant la période du 10 au , les manifestants parviennent à persuader le régime du président de l'époque, Chun Doo-hwan, et son successeur désigné, Roh Tae-woo, d'accéder aux principales revendications et de réviser la Constitution.

Révision constitutionnelle Sous la présidence de Chun Doo-hwan, la Constitution avait été réécrite afin qu'il puisse conserver son pouvoir tout en limitant le mandat présidentiel à un seul mandat de sept ans. Plusieurs autres textes y ont été inscrits, dont la loi fondamentale sur la presse, qui a causé la fermeture de centaines d'organisations médiatiques. La Constitution stipulait également que tout amendement visant à prolonger le mandat du président ne s'appliquerait pas au président sortant, empêchant ainsi toute tentative visant à permettre à Chun de se présenter à nouveau en 1987.

À la suite du succès du (NKDP) aux élections législatives d'avril 1985, des appels ont été lancés en faveur de changements constitutionnels. Le , Chun prononce un discours défendant la Constitution, déclarant que son successeur serait un membre de son propre parti, le Parti de la justice démocratique (DJP), et que tout débat constitutionnel serait reporté à la fin des Jeux olympiques de 1988. Dans son argumentation, le DJP a fait valoir que l'opposition était divisée et ne pouvait pas agir en tant que négociateur fiable. Il pensait aussi que l'incertitude politique nuirait à la fois au bon déroulement des évènements olympiques et des élections à venir.

Près d'un mois plus tard, le , des manifestations massives ont éclaté lorsque Roh Tae-woo, président du DJP, a été annoncé comme successeur de Chun. Cette annonce, couplée à la mort d'un étudiant torturé par la police, a déclenché des manifestations pro-démocratiques dans toute la Corée. Face à l'ampleur du mouvement, Roh décide le d'accepter les demandes d'amendements de la Constitution, proposant un plan en huit points :

Participation électorale directe pour les élections présidentielles à venir pour tous les citoyens sud-coréens de plus de 20 ans ; Liberté de candidature et compétition équitable ; Amnistie de Kim Dae-jung et d'autres prisonniers politiques ; Protection de la dignité humaine et des droits de l'homme élémentaires ; Liberté de la presse et annulation de la loi fondamentale sur la presse ; Autonomie de l'éducation et territorialisation du pouvoir ; Création d'un nouveau climat politique ouvert au dialogue et aux compromis ; Engagement à mettre en place des réformes sociales visant à établir une société propre, honnête et plus juste.

Le nouvel amendement constitutionnel est ratifié par l'Assemblée nationale le et soumis à un référendum populaire le . 93 % des électeurs ont voté en faveur de l'amendement, qui a permis à l'élection directe et démocratique du 6e président de la Corée du Sud d'avoir lieu. Système électoral Le président de la République de Corée est élu au scrutin uninominal majoritaire à un tour pour un mandat de cinq ans non renouvelable. L'élection se tient entre le soixante-dixième et le quarantième jour avant l'expiration du mandat du président sortant..

Candidats

Parti de la justice démocratique La primaire du Parti de la justice démocratique (DJP) s'est tenue le au Jamsil Gymnasium de Séoul. Lors de la convention, 7 378 délégués ont nommé l'ancien commandant de la Défense de la capitale Roh Tae-woo, qui était la seule option sur le bulletin de vote, à la présidence.

Nouveau parti républicain démocratique La primaire du Nouveau Parti républicain démocratique (NDRP) s'est tenue le au Heungsadan Hall de Séoul. Kim Jong-pil, ancien Premier ministre et ancien député du Chungcheong du Sud pour cinq mandats, a été choisi comme candidat du parti.

Parti démocratique de la réunification La primaire du Parti démocratique de la réunification (RDP) s'est tenue le au Centre Sejong des arts du spectacle à Séoul. Kim Young-sam, ancien législateur de Busan pour sept mandats, a été nommé candidat par 1 203 délégués.

Parti démocratique pour la paix La primaire du Parti démocratique pour la paix (PDP) s'est tenue le au Centre Sejong des arts du spectacle à Séoul. Kim Dae-jung, ancien député du Jeolla du Sud pour quatre mandats et candidat à la présidentielle de 1971, a été nommé candidat.

Parti social-démocrate Hong Sook-ja est nommée à la présidence du Parti social-démocrate lors de la primaire de 1987, et est la seule et première femme candidate à celle élection.

Parti de la Corée unifiée Shin Jeong-yil crée le Parti de la Corée unifiée en 1987 à l'occasion de la présidentielle. Il est à sa tête, et en est donc le candidat.

Campagne Comme un maximum de voix sont nécessaires pour gagner dans le cadre du scrutin uninominal majoritaire à un tour, les candidats ont cherché à maximiser leur attrait pour les régions et leur appréciation des militants afin de maximiser leurs voix.

Roh Tae-woo Roh Tae-woo tente tout au long de sa campagne de se détacher de l'image négative du gouvernement autoritaire d'où il provient, et surtout du travail du très impopulaire Chun Doo-hwan. Roh promet ainsi la poursuite de la démocratisation et des réformes économiques, tout en mettant l'accent sur la stabilité. Les soutiens du DJP proviennent des zones rurales, la population agricole représentant 20% de la population totale, tandis que dans les zones urbaines, les électeurs conservateurs de la classe moyenne et les travailleurs peu diplômés et à faible revenu soutiennent largement Roh. Il trouve la majorité de ses soutiens dans la province du Gyeongsang du Nord, où se trouve la grande ville de Daegu, sa ville natale. Daegu était également la ville natale de Chun et Park Chung-hee. Les journaux annonçaient une victoire écrasante dans la province du Gangwon, car elle borde la Corée du Nord et est fortement anticommuniste, mais aussi dans celles de Jeju et du Chungcheong du Nord.

Kim Jong-pil Kim Jong-pil, qui était un conseiller de l'ancien président et dictateur Park Chung-hee, a fait campagne sur l'héritage de développement économique de Park qui a transformé la Corée du Sud, passant d'une économie principalement agricole à une économie industrialisée moderne digne d'une puissance commerciale majeure. Il a promis de maintenir le cadre politique de Park, en faisant appel à certains éléments conservateurs de la classe moyenne sud-coréenne. Sa principale base de soutien était située dans sa province natale du Chungcheong du Sud, plus spécifiquement dans la grande ville de Daejeon.

Kim Young-sam Kim Young-sam, considéré comme un homme politique plus modéré, pragmatique et ouvert au compromis que ses adversaires, a attiré le soutien de hauts gradés militaires à la retraite opposés au gouvernement en place, mais aussi de la classe moyenne en expansion en Corée du Sud qui souhaitait mettre fin à la présence de l'armée dans la politique nationale, en en particulier les cols blancs urbains qui souhaitaient bénéficier de davantage de stabilité pour pouvoir entretenir la croissance économique du pays. Parmi ses soutiens issus de la classe moyenne se trouvait une importante population protestante. La plus grande concentration de ses soutiens se trouvait dans sa province natale du Gyeongsang du Sud et de la ville de Busan. , l'ancien chef d'état-major des armées accusé à tort d'avoir planifié l'assassinat de Park Chung-hee, accusation dont Chun et Roh se sont servis pour justifier leur prise de pouvoir en 1979, s'est prononcé en faveur de Kim Young-sam.

Kim Dae-jung Kim Dae-jung, fervent catholique, a fait campagne sur la démocratie libérale, la protection sociale et une économie de marché ouverte. Cependant, il était largement considéré comme un radical et comme le candidat dont les militaires craignaient la victoire, aux côtés de nombreux électeurs de la classe moyenne. Malgré les tentatives visant à modérer cette image, il a attiré l'attention du mouvement dissident, notamment parmi les militants des droits de l'homme, les étudiants, les syndicats et les électeurs à faible revenu. Le soutien le plus fort de Kim Dae-jung est issu des provinces du Jeolla du Nord et du Sud, sa région d'origine. Les journaux annonçaient une victoire écrasante à 80 ou 90% des voix dans ces deux provinces, et qu'il allait obtenir de bons résultats à Séoul et dans la province de Gyeonggi.

Shin Jeong-yil Shin Jeong-yil se présente comme le candidat en faveur de l'unification des deux-Corées, des pourparlers et des négociations avec le voisin nord-coréen. Il prêche l'idéologie Han.

Hong Sook-ja Hong Sook-ja, ne parvenant pas à obtenir suffisamment de soutiens à la fois du côté de la politique et des citoyens, décide de se retirer de la compétition et apporte soutien à Kim Young-sam.

Résultats Nationaux +Résultats nationauxNohlen et al Candidat Parti Voix % Roh Tae-wooParti de la justice démocratique36,64 Kim Young-samParti démocratique de la réunification28,04 Kim Dae-jungParti démocratique pour la paix27,05 Kim Jong-pilNouveau parti républicain démocratique8,07 Shin Jeong-yilParti de la Corée unifiée0,21Votes valides97,99Votes blancs et nuls2,01 Total100 Abstention 10,85 Inscrits / Participation89,15

Par provinces ProvinceRoh Tae-wooKim Young-samKim Dae-jungKim Jong-pilShin Jeong-yilVotes%Votes%Votes%Votes%Votes%Séoul1 682 82429,951 637 34729,141 833 01032,62460 9888,204 5600,08Busan640 62232,111 117 01155,98182 4099,1451 6632,593 6120,18Daegu800 36370,70274 88024,2829 8312,6423 2302,053 7740,33Incheon326 18639,95248 60429,99176 61121,3176 3339,211 1260,14Gwangju22 9434,822 4710,52449 55494,411 1110,23740,02Gyeonggi1 204 23541,45800 27427,55647 93422,30247 2598,515 6210,19Gangwon546 56959,53240 58526,2081 4788,8746 9545,112 6280,29Chungcheong du Nord355 22246,90213 85128,2383 13210,98102 45613,532 7960,37Chungcheong du Sud402 49126,22246 52716,06190 77212,43691 21445,033 9020,25Jeolla du Nord160 76014,1417 1301,51948 95583,468 6290,761 5010,13Jeolla du Sud119 2298,1716 8261,151 317 99090,284 8310,339940,07Gyeongsang du Nord1 108 03566,39470 18928,1739 7562,3843 2272,597 8120,47Gyeongsang du Sud792 75741,17987 04251,2686 8044,5151 2422,667 5670,39Jeju120 50249,7764 84426,7845 13918,6410 9304,516830,28Total8 282 73836,646 337 58128,046 113 37527,051 823 0678,0746 6500,21Source : Comité national des élections Analyse et conséquences thumb|Roh Tae-woo est élu président lors de cette élection.|226x226px Trucage prévu des résultats en cas de victoire de l'opposition Selon des documents de la Central Intelligence Agency (CIA) obtenus par le South China Morning Post de Hong Kong en , les forces au pouvoir, soutenues par l'armée, craignaient la défaite de leur candidat, Roh Tae-woo. Des plans détaillés pour corriger le résultat des élections auraient été mis en place. Les documents de la CIA spécifient qu'un "plan de fraude à grande échelle [était] déjà en cours de mise en œuvre".