Le Parti socialiste indépendant (en espagnol Partido Socialista Independiente, sigle PSI) était un parti politique argentin, né en 1927 d’une sécession d’avec le Parti socialiste (PS).

Dans les dernières années de la décennie 1920, le PSI mena une opposition ouverte au gouvernement radical dirigé par Hipólito Yrigoyen, puis participa au coup d’État de septembre 1930 qui le renversa. En 1931, il rejoignit, aux côtés du Parti démocrate national et de l’Union civique radicale antipersonnaliste, la coalition politique dénommée Concordancia, qui, sous la houlette du général Agustín P. Justo, accéda au pouvoir, puis s’y maintint, à la faveur d’élections frauduleuses, jusqu’à ce que le régime fût reversé à son tour par le coup d’État militaire de , dite Révolution de 43, qui mit fin à cette période de l’histoire de l’Argentine connue sous le nom de Décennie infâme.

Ainsi le PSI figura-t-il durant cette période comme la force politique de gauche dont les dirigeants avaient consenti à s’associer à une action gouvernementale vouée à mettre en œuvre la restauration conservatrice des années 1930 en Argentine ; ce faisant, la direction du PSI, fraction du socialisme argentin, et en particulier son chef Antonio De Tomaso, se compromit avec les auteurs du putsch civico-militaire septembrien, escomptant sans doute tirer quelque bénéfice politique de la réaction conservatrice en cours, marquée pourtant par la fraude électorale systématique et par la répression politique. Aux deux principaux dirigeants du parti, De Tomaso et l’économiste Federico Pinedo, seront dévolues de hautes fonctions dans le gouvernement, respectivement le ministère de l’Économie et celui de l’Agriculture, où ils s’efforceront d’élaborer et d’appliquer des mesures économiques propres à faire face à la crise économique mondiale.

Cependant, les rapports de pouvoir prévalant au sein de l’État néoconservateur imposeront une orientation et des bornes précises aux solutions proposées par les socialistes indépendants. Certes, la participation du PSI au gouvernement du général Justo fut déterminante pour jeter les bases de l’interventionnisme d’État qui caractérisa le régime conservateur sous la gestion des ministres PSI ; toutefois, la définition de ces politiques interventionnistes dans le domaine économique demeurait en fait le privilège de la direction du Parti démocrate national (PDN, conservateur), lequel à ce titre décidait, à sa propre convenance, de l’ampleur qu’il convenait de donner à l’interventionnisme étatique, interdisant en particulier aux ministres PSI de compromettre en rien les intérêts des acteurs économiques alors dominants, à savoir les grandes entreprises d’élevage regroupées dans la Société rurale argentine (SRA), les compagnies ferroviaires et frigorifiques, ou de commercialisation des céréales, en majorité de capital étranger. Ce nonobstant, le PSI s’attacha à défendre les intérêts des travailleurs et des consommateurs, poursuivit des objectifs anti-impérialistes, et de façon générale ne se limita pas (comme l’en accusait le PS) à favoriser les intérêts corporatistes sectoriels de l’oligarchie foncière ; en effet, l’intervention de l’État dans l’économie, notamment rurale, tendra à réguler et à améliorer les conditions du métayage de la terre pour les agriculteurs sans terre (au moyen d’une législation nouvelle), donnera l’impulsion à la rationalisation technique de la production agricole (en particulier par la construction de silos à grains), instaurera un contrôle des activités de commercialisation de la production céréalière et une tutelle publique sur le négoce et l’industrialisation de la viande (se traduisant entre autres par la construction d’équipements frigorifiques à l’usage direct des éleveurs), et mettra en place un ensemble d’organismes publics de régulation. Sur le plan industriel, l’interventionnisme d’État n’ira pas, malgré les desiderata du camp socialiste, au-delà de la nationalisation de l’activité pétrolière (création de la YPF) et laissera hors de portée les compagnies ferroviaires p.ex., trop liées aux intérêts de l’aristocratie foncière. Ces contradictions ne seront pas étrangères à la défaite électorale du parti en 1936 et à sa subséquente disparition quelques années plus tard.

Histoire

Fondation et action sous le gouvernement d’Yrigoyen

Dans les années 1920 se produisit au sein du Parti socialiste argentin une scission entre la fraction social-démocrate classique, dirigée par Juan Bautista Justo et Nicolás Repetto, et une mouvance qui préconisait de conclure une alliance avec les forces conservatrices s’opposant à Hipólito Yrigoyen. Les deux parties en effet s’opposaient fondamentalement sur la position à adopter vis-à-vis du radicalisme et de son chef de file d’alors, Hipólito Yrigoyen. En 1927, la division interne atteignit un degré extrême, et la fraction dissidente composée notamment d’Antonio De Tomaso et de Federico Pinedo fut expulsée du PS et alla former le Parti socialiste indépendant, dans le premier comité de direction duquel figurait entre autres le critique littéraire et professeur Roberto Giusti. Au nombre des militants de renom de cette mouvance figurait aussi Roberto Noble, fondateur du quotidien Clarín. De par ses origines, le PSI était donc une force politique de gauche.

Le noyau de dirigeants schismatiques à l’origine du parti était emmené par De Tomaso et Pinedo, qui en devinrent bientôt les principaux dirigeants. Le parti naissant réussit à entraîner derrière lui un groupe très important de responsables d’envergure nationale, tels que Augusto Bunge, Antonio Zaccagnini, Héctor Gonzalez Iramain, ainsi que d’autres, d’implantation plus locale, comme José Rouco Oliva et Carlos Manacorda, en plus d’accueillir un nombre fort important de socialistes centristes, principalement dans la ville de Buenos Aires. Sous l’égide de De Tomaso, le comité directeur du nouveau parti s’attela à choisir sa dénomination, à publier sa propre revue, qu’il intitula Libertad!, et à rédiger son programme politique, en reprenant provisoirement à son compte celui du PS. Aux élections parlementaires de 1930, le PSI remporta une victoire retentissante à Buenos Aires, battant en effet le PS et l’UCR.

Coup d’État de 1930 et participation au gouvernement de Justo

vignette|200px|Agustín P. Justo, chef de file de la Concordancia et artisan de la restauration conservatrice en Argentine dans la décennie 1930. Le PSI apporta un soutien actif au coup d’État du 6 septembre 1930, par lequel le général José Félix Uriburu renversa le président constitutionnel Yrigoyen. L’anti-yrigoyénisme appuyé de sa direction et ses liens avec les bénéficiaires politiques du coup d’État (c’est-à-dire fondamentalement les forces conservatrices) eurent pour effet qu’au lendemain du putsch, une grande partie de la tête du nouveau parti adhéra, aux côtés du Parti démocrate national (PDN) et de l’Union civique radicale antipersonnaliste, à l’option politique offerte par la coalition électorale conservatrice, la Concordancia, qui s’était constituée, en vue des élections présidentielles de , autour de la candidature de l’autre général instigateur du putsch, Agustín P. JustoH. Sanguinetti, Los socialistas independientes, vol. 2, (cité par O. Graciano). ; le PSI résolut ainsi de se joindre à l’alliance officialiste (favorable au pouvoir établi), héritière du coup d’État, mais présentant les meilleures perspectives de victoire électorale, car étant en mesure, par sa maîtrise des mécanismes de l’État, à faire pencher le scrutin en sa faveur. Le choix de cette opion politique du reste manifestait l’opportunisme de la direction du PSI, qui y vit un chemin plus commode pour accéder au pouvoir, pendant que dans le même temps le radicalisme se trouvait proscrit du processus électoral et que le PS se détermina pour une alliance politique pouvant se révéler un rival difficile à vaincre, car susceptible de détourner vers soi les voix empêchées de se porter sur le Parti radical. Cette alliance, appelée Alianza Civil, proposait un binôme de candidats composé de Lisandro de la Torre et de Nicolás Repetto (candidats respectivement à la présidence et à la vice-présidence) et avait élaboré une plateforme électorale proposant une démocratie économique et sociale avancée, à même de faire rentrer dans le giron du PS les militants socialistes ayant un moment quitté l’ancien parti pour rejoindre le PSI, et de séduire la gauche de façon générale.

En contrepartie, s’engager sur cette voie impliquait pour le PSI de se résigner à une place minoritaire dans l’équation concordanciste, avec le risque de ne jamais pouvoir accéder à des fonctions de premier plan dans le futur gouvernement, ou de n’avoir que faiblement droit au chapitre lorsqu’il s’agira de définir les futures politiques gouvernementales. Si la première préoccupation était sans nul doute celle de dirigeants comme De Tomaso et Pinedo, c’était pour eux également une certitude que leur capacité d’influer sur les politiques gouvernementales, en particulier en matière économique et sociale, allait être très réduite. Ce nonobstant, lors du Congrès extraordinaire du PSI, qui se déclara en faveur du binôme présidentiel Justo-Roca, une plateforme électorale sera élaborée comprenant toutes les lignes-force les plus chères à la gauche sociale-démocrate de l’après-Première Guerre mondiale, notamment le renforcement du parlementarisme dans la gestion gouvernementale, la laïcité absolue de l’État argentin, le droit de vote des femmes, une ample législation sociale et du travail, la reconnaissance des syndicats, et la promotion de l’enseignement public. Dans le domaine économique, le programme conjuguait la préconisation de politiques libérales orthodoxes d’une part et de nationalisations et de l’intervention de l’État d’autre part.

Assurément, avant les élections de , la direction du PSI avait confiance que le futur gouvernement de la Concordancia œuvrerait à restaurer la démocratie et à assurer le bon fonctionnement électoral et institutionnel. Pourtant, l’interdiction faite au candidat radical Alvear de concourir au scrutin contredisait d’emblée cet espoir, qui fut ensuite déçu plus fortement encore par la fraude électorale qui permit la victoire du général Justo. Bien que dénonçant ces pratiques, le PSI continua néanmoins d’appuyer Justo et semblait incapable de percevoir que ce que ces pratiques tendaient à instaurer n’étaient, en parachèvement du coup d’État de , que les conditions de fonctionnement d’un système politique restructuré fondé sur ces mécanismes autoritaires entendus comme garanties du maintien au pouvoir des classes agraires et commerciales dominantes, et que dans cette configuration, qui altérait le système politique constitutionnel et avait prédéfini la place des différentes forces de gauche en ne leur concédant que des possibilités d’action limitées, la force de gauche que représentait le PSI n’aurait à jouer qu’un rôle secondaire, ou de quelque importance uniquement dans certaines circonscriptions électorales comme celle de Buenos Aires.

Le PSI, en dépit de son influence politique écornée par sa déconvenue électorale de 1931, allait participer à l’expérience gouvernementale dans des secteurs importants de la gestion de l’État, à des postes que les dirigeants PSI ne s’attendaient pas à occuper au sein d’un cabinet ministériel dominé par les classes dominantes et majoritairement composé de membres de la Société rurale argentine (SRA) — à savoir d’abord le ministère de l’Agriculture, et ensuite celui des Finances, c’est-à-dire des positions de premier plan, car l’un et l’autre ministère avait acquis une importance centrale dans le contexte de la crise mondiale. La décision de Justo de nommer des ministres PSI à ces fonctions surprit la direction du parti, qui s’attendait à détenir des ministères à portée plus politique et institutionnelle, tels que l’Intérieur et l’Instruction publique.