L'Olimpiade est un opéra sérieux ou dramma per musica en trois actes du compositeur italien , qui apporta quelques modifications au livret homonyme de Métastase. L'œuvre fut créée pendant le carnaval de 1735 au Teatro Tordinona de Rome et est « probablement devenu la plus admirée. » de la cinquantaine de mises en musique de ce livret de MétastaseSelon Jeffry O. Segrave, le livret fut mis en musique plus de 50 fois par différents en un siècle (). Par contre, selon Claire Genewein, il y a eu « plus de cent » mises en musique du livret de Métastase (On completing the score of l'Olimpiade, article dans la brochure accompagnant le DVD de L'Olimpiade de Baldassare Galuppi dirigé par Andrea Marcon sur étiquette Dynamic). Dans son article sur Métastase dans le New Grove Dictionary (vol. III, p. 356), Don Neville énumère 55 mises en musique, sans compter les versions différentes de l'opéra créées par le mëme compositeur..
L'œuvre est considérée comme « l'un des plus beaux opéras sérieux du début du . ».
Contexte La nouvelle dynastie des Bourbons qui avait pris le pouvoir à Naples en Le royaume de Naples était devenu un vice-royaume appartenant à la dynastie autrichienne des Habsbourg en 1707 pendant la guerre de succession d'Espagne. En 1734, pendant la guerre de succession de Pologne, Charles de Bourbon, fils du roi Philippe V d'Espagne, chassa les Autrichiens de Naples et fit de cette ville la capitale d'un nouveau royaume indépendant. Il fut reconnu roi de Naples par le traité de Vienne qui mit fin à la guerre en 1738 (). se méfiait probablement de Pergolèse en raison de ses relations avec les cercles aristocratiques de l'ancien vice-royaume autrichienEn 1732, Pergolèse avait été nommé maître de chapelle par le prince Ferdinando Colonna de Stigliano, fonctionnaire de premier plan à la cour du vice-roi autrichien, et en 1734, il avait assumé le même rôle pour le duc Domenico Marzio Carafa de Maddaloni, parent de ce prince. À l'époque de la conquête des Bourbons, les deux aristocrates s'étaient réfugiés à Rome et avaient invité le musicien à les suivre. Pergolèse y remplit une commande des Carafas : la composition d'une messe en fa majeur en l'honneur de saint Jean Népomucène, patron de la Bohême qui était particulièrement vénéré à ce titre dans l'empire des Habsbourg. Elle fut jouée dans la basilique San Lorenzo de Lucina et valut des louanges au compositeur. Même si cet épisode le fit mal voir, Pergolèse fut invité à retourner à Naples par le surintendant bourbonien des théâtres de la ville, le marquis d'Arienzo, Lelio Carafa, qui était un intime du nouveau roi et un oncle du duc de Maddaloni. Carafa devint l'un des mécènes de Pergolèse et lui fit commander Adriano in Siria, qui fut représenté à la fin d'octobre (Claudio Toscani).. Peut-être à cause de cette méfiance ou du simple échec de son opéra Adriano in Siria (produit la même année au Teatro San Bartolomeo et goûté, dit-on, par le nouveau roi, Charles VII), Pergolèse ne fut pas invité à participer à la saison théâtrale de Naples en 1735. Il accepta donc, sur commande du Teatro Tordinona de Rome, d'y inaugurer la saison du carnaval avec un opéra composé sur un livret récemment écrit par Métastase et déjà mis en musique par Antonio Caldara en 1733 et Antonio Vivaldi en 1734Dorsi, p. 127 et 129..
Le Teatro Tordinona était un théâtre qui remontait au , qu'on avait reconstruit récemment et qui appartenait à la Chambre apostolique : la situation financière précaire dans laquelle il se trouvait ne lui permettait pas de rivaliser avec les théâtres napolitains avec lesquels Pergolèse avait travaillé jusqu'alors. Métastase fut ennuyé de voir disparaître le chœur parce que le théâtre ne pouvait s'en payer un.. Le fait que le pape interdisait aux femmes de chanter sur scène à Rome facilitait la prolifération des castrats, qui jouaient aussi les rôles féminins ; cinq membres de la distribution en étaient, et les deux autres rôles furent attribués à des ténors. Deux des castrats avaient chanté dans la première représentation de L'Olimpiade de Vivaldi à Venise : Marianino Nicolini passa du rôle secondaire d'Aminta au premier rôle féminin d'AristeaMalgré sa grande taille (selon Charles de Brosses, 6 pieds, c.-à-d. quelque ), Nicolini fut régulièrement engagé à Rome pour des rôles féminins jusqu'au carnaval de 1740 (). Il joua aussi le rôle de Licida dans la première de L'Olimpiade de Leonardo Leo au Teatro San Carlo de Naples en 1737, ainsi que celui de Megacle dans la version de Gaetano Latilla au Teatro San Cassiano de Venise en 1752., tandis que passa du rôle de Megacle à celui de Licida. Pour le premier rôle masculin, le théâtre s'adressa à un chanteur remarquable de la chapelle Sixtine, Domenico Ricci, qui avait la permission de participer à des représentations théâtrales à Rome.. Le premier rôle de ténor fut confié au baryténor , qui faisait carrière depuis vingt ans et qui était récemment revenu de Londres, où il avait chanté dans des opéras de Haendel. ; le second rôle féminin fut chanté par le jeune castrat Giovanni Tedeschi, qui allait devenir le célèbre imprésario du Teatro San Carlo dans les années 1760.. Le reste de la distribution se composait de deux obscurs chanteurs de petits rôles, le ténor Nicola Licchesi et le contralto Carlo Brunetti, qui bénéficièrent néanmoins de l'attention particulière que Pergolèse porta à leurs partitions. Si le chœur était absent et tous les chanteurs ne jouissaient pas d'une grande renommée, l'orchestre était « plus imposant que les orchestres napolitains de l'époque, comme le démontre l'utilisation, parfois simultanée, de deux trompettes et de deux cors de chasseDorsi, ».
Histoire des représentations L'œuvre eut sa première au début de Selon Monson, probablement le 2 janvier. et inaugura la saison d'opéra. Ses représentations furent perturbées, car le deuil officiel de la princesse , épouse du prétendant au trône britannique James Stuart, entraîna la suspension des représentations théâtrales du 17 au , tandis que la fermeture postérieure des théâtres pour la Chandeleur empêcha l'ajout de supplémentaires avant les représentations du deuxième opéra de la saison, le Demofoonte de Francesco CiampiToscani.. Aucune critique de la première ne subsiste. Le seul compte rendu qui nous est parvenu est celui que le compositeur Egidio Duni, rival de Pergolèse, fit à son collègue André Grétry. Selon Grétry, Duni, alors un compositeur novice, alla visiter Pergolèse peu après cet échec et le consola en disant que le nouvel ouvrage qu'il allait bientôt représenter (Il Nerone, qui fut créé le 21 mai) ne valait pas un seul air de l'œuvre de Pergolèse si mal accueillie. des décennies plus tard, à savoir que la représentation avait été un fiasco total, au point qu'on avait lancé une orange à la tête de Pergolèse. Cependant, l'opéra acquit rapidement une renommée internationale, et « au cours des dix années suivantes, la musique de Pergolèse monopolisa presque les pastiches de L'Olimpiade dans toute l'Europe ». Des productions fondées sur la musique de Pergolèse furent présentées dans diverses cités : à Pérouse et à Cortona en 1738, à Sienne en 1741, peut-être à Florence en 1737, sûrement à Londres en 1742Monson. Selon Monson, par contre, le pastiche monté au Teatro San Giovanni Grisostomo à Venise en 1737, bien qu'il soit largement attribué à Pergolèse (et contienne peut-être une partie de sa musique), s'inspirait surtout de la musique de Vivaldi composée en 1734., où le pastiche offert au King's Theatre sous le titre de Meraspe, qui s'inspirait largement de la partition de Pergolèse (avec l'ajout de quatre ou cinq arias de Giuseppe Scarlatti, de Leonardo Leo et de , laissa une vive impression dans les années qui suivirent. L'aria Immagini dolenti, attribuée par erreur à Domenico Scarlatti par Burney, provient en fait dArminio in Germania de Giuseppe Scarlatti..
La large diffusion de L'Olimpiade de Pergolèse est attestée par le nombre inhabituel d'exemplaires manuscrits (plus de 20) de la partition qui subsistent ; cet opéra, avec La serva padrona et le Stabat Mater, ont assuré une renommée durable à Pergolèse dans toute l'Europe. Une interprétation de sa version de l'aria Se cerca, se dice avait fait, selon Charles Burney, une impression « rarement » égalée sur le public anglais. Dans la seconde moitié du , cette aria devint « un terme de comparaison pour tous les compositeurs postérieurs [...] Son succès fut tel qu'on la parodiait encore des décennies plus tard, même de façon légèrement lourde », comme dans I due supposti conti de Cimarosa (en 1784), où un personnage qui vient d'avaler un puissant laxatif quitte la scène en chantant Se cerca, se dice:/'Il conte dov'è?'/rispondi che il conte/correndo partì (Si elle me cherche, si elle dit :/Où est le comte ?/réponds que le comte/est parti en courant)Dorsi, p. 131. La même année (1784), Cimarosa présentait aussi sa propre version de L'Olimpiade sur scène.. Même dans les années 1810, Stendhal consacrait une analyse passionnée de l'œuvre dans ses lettres sur Métastase, où il faisait remarquer que l'air Se cerca, se dice « est su par cœur de toute l'Italie, et c'est peut-être la principale raison pour laquelle on ne reprend pas l'Olympiade. Aucun directeur ne voudrait se hasarder à faire jouer un opéra dont l'air principal serait déjà dans la mémoire de tous ses auditeurs. .. »
Dans l'ère moderne, après une brève reprise de l'œuvre au Teatro della Fortuna à Fano et au Teatro Pergolesi à Jesi pour souligner le bicentenaire de la mort de Pergolèse (prévue pour 1936, mais reportée à 1937). et quelques représentations en AllemagneÀ Hanovre en 1972 et au château d'Augustusburg en 1988 (« Giovanni Battista Pergolesi », dans Andreas Ommer, Verzeichnis aller Operngesamtaufnahmen. Von 1907 bis zur Gegenwart, CD-ROM, Berlin, 2005, )., L'Olimpiade ne réapparut qu'en version concert en 1992 dans le cadre du Festival international de Gerace à l'église San Francesco. Cette représentation est à l'origine du premier enregistrement de cet opéra. Une seconde série de représentations eut lieu en 1996 sous la baguette de William Christie dans divers lieux de France, y compris le théâtre du Châtelet à Paris. Les premières représentations mises en scène du eurent lieu en 2003 aux théâtres de l'Émilie-Romagne (Modène, Reggio d'Émilie, Parme et Plaisance), sous la baguette d'Ottavio Dantone dans une production d'Italo Nunziata. L'opéra a été représenté plusieurs fois depuisPage sur L'Olimpiade de Pergolèse dans Le magazine de l'opéra baroque.. Unitel Classics fit un enregistrement vidéo de la version « magnifique » présentée en 2011 au Festival Pergolesi Spontini à Jesi sous la baguette d'Alessandro De Marchi dans une mise en scène d'Italo Nunziata..
Structure L'Olimpiade se compose des pièces musicales suivantes : une sinfonia ; 24 arias ; un duo ; une marche ; un quatuor final ; des récitatifs secs ; un récitatif accompagné. Les arias sont d'ordinaire accompagnées des seules cordes ; pour six d'entre elles, l'orchestre est agrandie par des hautbois et des cors, et pour trois autres, par des trompettes. Cet orchestre élargi participe aussi à l'ouvertureCatalucci et Maestri, ..