Le de Lyon est un mur gaulois découvert sur le plateau sud-ouest de Fourvière lors de fouilles préventives réalisées en 2014 place Abbé-Larue. Sa construction est estimée autour de la première moitié du

Un diagnostic réalisé en 2012 permet de mettre au jour plusieurs éléments des fortifications jalonnant l'histoire locale : un rempart romain, l'enceinte de la Retraite () et l'enceinte de Fourvière (). La fouille de 2014 confirme les découvertes précédentes et révèle un dont la présence était totalement insoupçonnée.

Ce mur est une découverte majeure dans l'histoire de Lyon car il prouve la présence des Gaulois au moment de la fondation de . Le mur romain qui a été bâti juste à côté est aussi très intéressant : c'est le premier tronçon dégagé des remparts augustéens.

Histoire Premières découvertes En 1968, l'archéologue Amable Audin fait les premières observations sur ce terrain lors de la construction d'une maison de retraite : de nombreux puits sont percés afin d'y couler des pieux en béton pour les fondations du bâtiment. Audin repère au fond de ces puits un gros mur qu'il situe dans la période du Haut-Empire romain. Il associe cette structure à l'enceinte antique de Lyon et rapporte la présence de nombreux enduits peints.

Le Service archéologique de la Ville de Lyon réalise un sondage d'archéologie préventive en 2012, puis des fouilles en 2014, au 1 place Abbé-Larue sur le site de construction d'une future résidence universitaire. Cette opération, faite sur une surface d'environ et une profondeur allant jusqu'à sept mètres, révèle des vestiges appartenant à quatre périodes différentes : un faisant partie d'une fortification gauloise, un rempart romain avec une tour, un rempart et des structures datant du bas Moyen Âge (peut-être un soubassement de l'ancienne porte Saint-Just) et les maçonneries du bastion numéro 2 de l'enceinte de Fourvière.

Les en béton réalisés pour les fondations de la maison de retraite en 1968 ont percé et endommagé les vestiges en de nombreux endroits. Le diagnostic de 2012 permet un examen plus approfondi et met au jour plusieurs murailles, un égout, une urne funéraire et des fragments d'objets. La fouille de 2014 amène à la découverte d'un antérieur au mur romain. Le site est ensuite recouvert par une résidence universitaire à deux niveaux de parkings souterrains.

Contexte de la découverte du Jusqu'en 2014, les traces d'occupation les plus anciennes connues sur le plateau de Fourvière dataient déjà du second Âge du fer mais se résumaient à un réseau de fossés pouvant correspondre à l'enclos d'un sanctuaire. Amable Audin attribue ce qu'il identifie comme des maçonneries antiques à l'enceinte de : les historiens doutent par la suite de son existence, mais les fouilles à venir espèrent la confirmer. Entre les années 1980 et 2000, l'étude du mobilier recueilli dans les fossés d'un autre site de la colline de Fourvière, le Clos du Verbe Incarné, montre que les premières traces d'occupation remontent au .

La découverte d'un segment de fortification de type à poutrage horizontal et rampe arrière confirme définitivement l'occupation de Lyon avant sa « fondation » par Lucius Munatius Plancus. En effet, ce rempart avec un plan d'eau aménagé à l'arrière, laisse envisager l'existence d'un , ville de tradition celtique qui existait préalablement à la conquête romaine. Ainsi, cette fouille est doublement exceptionnelle : le rempart augustéen est confirmé et le mur défensif gaulois est aussi nouveau qu'inattendu.

Description vignette|Restitution du , maquette de Nicolas Hirsch (Service archéologique de la Ville de Lyon).

Le a été observé sur une longueur de . Orienté au , il est presque parallèle au rempart romain et présente une légère pente évaluée à 6,6 %. Il est constitué d'un mur de parement en pierres sèches appuyé contre un talus de terre artificiel qui devait mesurer quatre à cinq mètres. Sa structure correspond aux murs des sites fortifiés gaulois d'Europe occidentale et il fait partie de la famille des remparts protohistoriques à poutrage horizontal et rampe arrière du second Âge du Fer final.

En comparaison de trois typologies de , le mur lyonnais se situe dans la période la plus tardive, caractérisée par une première poutre longitudinale interne et faite d'un madrier de 5 à d'épaisseur, avec une façade qui montre une alternance verticale de bois et de pierres de parement. Cette technique est retrouvée à Vertault (deuxième moitié du ) et dans les remparts d'Alésia ().

Le mobilier ne permettant pas de dater exactement le , il est possible qu'il ait servi jusqu'au début du principat d'Auguste, la colonie de Plancus n'ayant pas eu de fortifications monumentales.

Diagnostic de 2012 vignette|Panneau de présentation de la synthèse des fouilles sur le mur de la résidence universitaire.|alt=

Avant la construction d'une résidence universitaire, un arrêté de prescription pour un diagnostic d'archéologie préventive est pris le . L'archéologue Michèle Monin est nommée responsable de l'intervention et l'action est menée sur le terrain par le Service archéologique de la Ville de Lyon, entre le  et le , pour un total de . À cela s'ajoutent trois jours-hommes de préparation, de chantier et d'étude. Trois archéologues permanents et un archéologue bénévole participent aux opérations.

Lors de cette première phase, trois sondages sont réalisés : deux sondages blindés ouverts sur une profondeur moyenne de , et une observation de surface.

Contexte Le terrain est situé à du théâtre antique et de l'odéon. Plusieurs découvertes antiques importantes ont été faites précédemment autour du site : des vestiges d'habitat, un atelier de métallurgie et un ensemble thermal rue des Tourelles (1974), un établissement thermal et des îlots d'habitations rue des Farges (entre 1974 et 1980), et au 8 place Abbé-Larue une maison gallo-romaine avec atrium (2000).

Le site qui se trouvait au centre de la ville romaine a été occupé entre la fin du et le début du . Il est abandonné après un violent incendie, puis utilisé comme zone funéraire jusqu'au haut Moyen Âge.

En 1362, Charles V le Sage ordonne la construction d'une enceinte pour défendre la ville contre les Anglais et les Tard-Venus ; elle est terminée en 1378. Autour de la place Abbé-Larue se trouvaient une de ses entrées, la porte de Saint-Just, et probablement une des tours défensives.

Cette enceinte est reconstruite entre 1834 et 1838, un de ses bastions est retrouvé sur la parcelle fouillée. Elle est détruite autour de 1945.

Mobilier L'inventaire des fouilles rapporte dont sont d'origine antique, les autres appartenant aux époques moderne et contemporaine.

Le mobilier le plus important est celui en fer, constitué de pour . Un seul fragment en pâte de verre a été trouvé, il appartient à un agitateur à parfum. Les fragments d'enduit peint ne sont que des déblais : ils proviennent de maisons et de périodes différentes.

Rempart romain vignette|Vestiges du rempart médiéval, montée du Télégraphe, qui traversait la place Abbé-Larue. Le mur aperçu en 1968 par Amable Audin a été en partie démonté lors du sondage de 2012, ce qui était nécessaire pour poser les structures métalliques de la nouvelle construction. Large de et initialement haut de (les fondations n'ont pu être sondées), il est composé de blocs de granite liés avec un mortier blanchâtre. Un égout voûté construit en briques le traverse de part en part. Trois fragments de céramique trouvés dans les dépôts de cet égout sont datés de la période augustéenne.

Ce mur construit dans le Haut-Empire romain n'a été utilisé que pendant une cinquantaine d'années. Érigé pendant la , son rôle était plus symbolique qu'utilitaire : des constructions ont été édifiées contre lui et en son extérieur dans la deuxième moitié du .

Le mur médiéval, appelé « enceinte de la Retraite », construit en 1362 après la bataille de Brignais, a été entièrement détruit sur le site lors de la mise en place des fondations de la maison de retraite en 1968.

Espace funéraire Une urne funéraire est découverte au pied de la muraille. Elle est décrite comme . La datation de son contenu, des ossements brûlés et des sédiments, donne une période comprise entre 30 et 50 L'espace funéraire est confirmé par les couches supérieures qui contiennent des charbons de bois et des os brûlés.

Cette urne est similaire à la production de l'atelier de la Sarra découverte en 1969 sur la colline de Fourvière.. Haute de , elle contenait des ossements humains sans résidus charbonneux, probablement lavés après crémation. Les analyses permettent de dire que . La masse totale des ossements est de , ce qui correspond à la moyenne observée dans les balsamaires lyonnais.

Remblais Les couches suivantes témoignent de l'abandon du site et de son utilisation comme espace de décharge. Elles contiennent de nombreux fragments archéologiques provenant d'os, de coquilles d'huîtres, d'éléments de construction, de vaisselle, de métal ou encore de céramiques dont la datation donne une période comprise entre 70 et le Des alliages cuivreux laissent supposer la présence proche d'un atelier de métallurgie. La dernière couche de terre contient du mobilier daté autour des .

Fouille de 2014 Une fouille archéologique préventive sur l'intégralité de la parcelle à construire est réalisée entre le début de l'année 2014 et le 31 juillet. La surface concernée s'étend sur et la profondeur de six à sept mètres se situe entre . La partie étudiée se limite aux niveaux de terrassement des parkings du futur bâtiment, des éléments du mur situés plus bas n'ont ainsi pas pu être sondés.

De nombreux éléments du ont pu être identifiés : un creusement dans le lœss haut de devant le rempart (côté sud), un poutrage horizontal dont on a retrouvé les empreintes des poutres et 48 clous en fer, cinq niveaux de superposition de poutres entrecroisées, un blocage de gros galets qui maintient l'ouvrage et un parement composé de gneiss en pierres sèches et de petits blocs bruts de calcaire.

Au nord du mur se trouvait un plan d'eau dont le mobilier a été daté de la fin du , mais il n'est pas possible de dire s'il faisait partie de l'ouvrage défensif : il a pu être rempli postérieurement. La présence de ce implique celle d'un , mais aucune autre découverte ne permet pour l'instant d'en donner l'emplacement.

Contexte Les plus anciennes traces humaines découvertes sur le site datent de la fin de la préhistoire et se trouvaient à environ sept mètres de profondeur, sur une épaisseur de . Quelques fragments de céramique ont été trouvés, appartenant probablement au Néolithique final (Campaniforme et Bronze ancien). Un très petit nombre de tessons appartiennent au Bronze final ou au début de l'âge du fer. Ces rares traces confirment que la population habitait à cette époque la plaine de Vaise et non pas le plateau de Fourvière.

Rempart romain vignette|Buste présumé de Plancus (musée Lugdunum).|alt= Avant la construction du rempart augustéen, le s'est effondré. Différents niveaux ont été retrouvés, notamment à l'intérieur de la tour romaine, formant un talus dans lequel des éléments de céramique d'influence italique ont été collectés et datés autour de 20 à 15 (soit 25 à 30 ans après la fondation de par Lucius Munatius Plancus). L'occupation similaire de fortifications celtiques par les Romains a été observée sur le site de La Chaussée-Tirancourt, située entre 40 et 25 .

Site et plan d'eau