Les Manufactures de glaces et verres de Saint-Quirin, Cirey et Monthermé sont une société anonyme d’actionnariat familial regroupant plusieurs verreries spécialisées dans le verre à vitre et la miroiterie. Principal concurrent de la Manufacture des Glaces de Saint-Gobain, les deux manufactures fusionnent en 1858.

Historique Les Manufactures de glaces et verres de Saint-Quirin, Cirey et Monthermé sont issues du rachat de la verrerie de Monthermé en 1766 et de la verrerie de Cirey en 1817 par la verrerie de Saint-Quirin.

Verrerie de Monthermé (1749-1766) Le , Gilles Amoury est autorisé à construire à Monthermé une verrerie sur le bord de la Meuse, pour y fabriquer pendant 20 ans toute espèce d'ouvrages de verrerie.

Après avoir connu des difficultés, l'établissement est vendu par autorité de justice et adjugé à Jean-Baptiste Husson et consorts le .

Jean-Baptiste Husson fabrique à Monthermé des verres en tables, façon de Bohême et toutes autres espèces d'ouvrages de verreries.

Le , la verrerie est vendue à la Compagnie de Saint-Quirin, représentée par Antoine-Marie Guaita, Georges Guaita, Louis Ména et Pierre Ména.

Verrerie de Cirey (1762-1817) vignette|258x258px|verrerie de Cirey au Le , le marquis de Marmier autorise messieurs Moniot, Salmon, de Montzey et Co à établir un fourneau, une forge et un martinet sur son domaine à Cirey par un bail de 18 ans.

En 1767, Migne, de Montzey, Salmon et Mogniot deviennent propriétaires des fourneaux, forges et dépendances avec les terrains de , cédés par le marquis de Marmier. En 1770, Georges Braux, Pierre de Briot et Jean-François de Montzey rachetent les parts de Mogniot.

La société sera successivement vendue en 1781 à François Lecomte, et en 1792 Benjamin Malherbe, gendre de M. Lecomte.

En 1806, Benjamin Malherbe convertie sa forgerie en une verrerie à trois fours. Il y fabrique du verre à vitres, des cylindres, du verre en table, et des glaces soufflées.

À la suite du décès de Benjamin Malherbe, la verrerie est vendue le aux Manufactures de glaces et verres de Saint-Quirin et Monthermé pour

Verrerie de Saint-Quirin (1737-1766) Le , les religieux de Marmoutier (Alsace, ordre de Saint Benoît) sont autorisés par le Roi à établir deux verreries dans leurs forêts du prieuré de Saint-Quirin.

En 1739, les religieux de Saint-Quirin passent à Antoine Renaud, un entrepreneur et ouvrier verrier, un bail emphytéotique de 99 ans, pour l'exploitation d'une verrerie à établir à Lettenbach.

En 1741, lors d’un nouveau bail de 99 ans annulant le précédent, les religieux cèdent à Antoine Renaud et Hugues Drolenvaux, inspecteur des ponts et chaussées : le canton Lettembach, le canton de la Basse des Charmilles, pour y établir deux verreries.  En 1747, les religieux de Marmoutier, Antoine Renaud et Hugues Drolenvaux se répartissent chacun un tiers de la société.

Drolenvaux fait venir des verriers de Bohême et il introduit le soufflage des verres en cylindre. Les verreries fabriquent du verre en table sans boudin, de type verre blanc cristallin de Bohême, propre pour les grandes estampes, peintures en pastel et glaces de carrosse.

En 1750, Drolenvaux rachète la part de Renaud. En 1752, il ferme la verrerie de la Basse des Charmilles pour agrandir celle de Lettembach, qui possède alors trois fours. Le , le roi honore cet établissement précieux et lui accorde le titre de « Manufacture Royale »,  il autorise alors à donner à l’établissement le nom de « Manufacture royale de cristaux et de verres en table». vignette|210x210px|Église des Verriers, Lettenbach (Saint-Quirin, Moselle) La manufacture devient de plus en plus importante, la marchandise est supérieure en qualité et moins onéreuse en prix à celle des verreries de Bohême.

En 1756, la chapelle des Verriers de Lettenbach est construite, sur les plans d'Antoine Marie Guaita, pour les besoins des ouvriers et de leurs familles. Elle est classée monument historique en 1984.

Afin de développer la manufacture, Drolenvaux cherche des partenaires industriel et financier et trouve Claude-Henry Lanfrey, marchand bourgeois de Strasbourg, ainsi qu’Antoine Marie Guaita, banquier à Francfort-sur-le-Main. Claude-Henry Lanfrey et Antoine-Marie Guaita rachètent alors la moitié des parts de Drolenvaux et la totalité des parts des religieux de Marmoutier en 1760.

En 1762, Hugues Drolenvaux se retire au profit de Louis-Antoine Ména, avocat au Conseil souverain d'Alsace, son neveu par alliance. À cette époque, la société rachète progressivement la verrerie de Plaine de Walsch. Par acte de société du , Louis-Antoine Ména, Claude-Henry Lanfrey et Antoine-Marie Guaita sont associés pour 1/3 chacun de la société. Lanfrey est nommé directeur.

En 1764, la Société prend à bail pour neuf années la verrerie voisine du Harberg et construit un sixième four à Lettembach.

Manufactures de glaces et verres de Saint-Quirin, Cirey et Monthermé Le , la Compagnie de Saint-Quirin rachète la verrerie la verrerie de Monthermé pour . Pierre Ména, cousin de Louis-Antoine Ména, entre dans la société.

Les associés sont Antoine-Marie Guaita, pour 2/5 des parts, Claude-Henry Lanfrey pour 1/5, Louis-Antoine Ména pour 1/5 et Pierre Ména pour 1/5. Antoine-Marie Guaita cède la moitié de ses parts à son fils Georges de Guaita.

La manufacture est constituée : de l'emphytéose de Saint-Quirin (Lettembach), pour la moitié appartenant à la Société, du bail de neuf années de l’autre moitié de Saint-Quirin appartenant à l'abbaye de Marmoutier, de la propriété de la verrerie de Plaine-de-Walsch, du bail de la verrerie de Harreberg, de la propriété des verreries royales de Monthermé. À partir de 1766, la Compagnie de Saint-Quirin et Monthermé a successivement fabriqué à Monthermé, de la gobeleterie de Bohême, des verres à vitres dits d'Alsace, des verres à vitres blancs pour vitrages de luxe et pour estampes. les globes de pendules.

Lanfrey est directeur de Saint-Quirin, Plaine de Walsch et le Harberg, Louis-Antoine Ména est directeur de Monthermé. Le , Lanfrey donne sa démission, il est remplacé  par Louis-Antoine Ména (directeur de fabrication) et Pierre Ména (directeur financier). Guillaume Moyen remplace Louis-Antoine Ména, comme directeur à Monthermé.

En 1777, Lanfrey quitte la société vend ses parts à ses anciens associés pour , plus les verreries de Harberg et Plaine-de-Walsch qu'il va exploiter pour son compte.

La Compagnie de Saint-Quirin et Monthermé, forte de son titre et de ses capitaux, déclare en 1771 avoir le droit de polir son verre. Ce qui entraîne un long procès contre la Compagnie de Saint Gobain. Pierre-Louis Roederer, conseiller au parlement, est chargé de défendre les intérêts de Saint-Quirin lors du procès à partir de 1783. En , le tribunal autorise la Compagnie de Saint-Quirin à polir son verre blanc soufflé. Pierre-Louis Roederer en épousant en 1777 Louise de Guaita, devient le gendre d’Antoine-Marie Guaita. Il est également le beau-frère de Louis-Antoine-Ména par le mariage en 1765 de sa sœur Anne Roederer.

En 1785, la Compagnie de Saint-Quirin et Monthermé fait partie des trois plus grandes verreries d’Europe avec la cristallerie de Baccarat  et la cristallerie de Saint-Louis-lès-Bitche.

Pierre Ména décède en 1786. Sans héritiers, les coassociés proposent à Pierre-Louis Roederer de racheter les parts de Pierre Ména pour . Georges de Guaita prend la direction, assisté par M. Joseph Chamot.

Louis-Antoine Ména prend sa retraite en 1789 et cède ses parts à son gendre Auguste Desrousseaux. Ce dernier prend la direction de Monthermé. Les coassociés sont Antoine-Marie Guaita,  Georges de Guaita, Pierre-Louis Roederer et Auguste Desrousseaux, chacun pour ¼. vignette|234x234px|Auguste Chevandier de Valdrome, président des Manufactures. Caricature du Charivari Afin de continuer le développement de la société, Georges de Guaita fait venir en 1805 un jeune chimiste nommé Auguste Chevandier de Valdrome. Il est nommé directeur et épouse, peu de temps après, Catherine-Claire de Guaita, la fille de Georges. Auguste Chevandier de Valdrome donne une nouvelle impulsion aux verreries et devint l’inspirateur et l’âme de cette industrie.

En 1808, Louis-Philippe Desrousseaux prend la direction de Monthermé, en remplacement de son père.

Le , la société devient l’une des toutes premières sociétés françaises à adopter le statut de société anonyme et prend la dénomination de « Manufactures de glaces et verres de Saint-Quirin et Monthermé ».

La manufacture rachète pour la verrerie de Cirey le . Georges de Guaita prend la direction de Cirey, son fils Antoine-Marie prendra sa place à partir de 1825. Alors que les verreries de Saint-Quirin sont toujours sous bail emphytéotique, la partie la plus importante de la production est transférée à Cirey.

Pendant 25 ans, la concurrence est redoutable et gênante avec la Compagnie de Saint-Gobain. À la suite d'un premier échec de fusion, les deux plus grandes verreries française adoptent d'un commun accord en 1830 de vendre leurs glaces et verres dans le même entrepôt et au même tarif.

En 1831, Auguste Chevandier de Valdrome est élu député. Il garde sa fonction de président du conseil d’administration jusqu'à la fusion en 1858, mais il consacre moins de temps à la direction. Il nomme alors en 1835 ses fils Eugène Chevandier de Valdrome (diplômé de École centrale des arts et manufactures en 1831), directeur à Cirey et Georges Chevandier de Valdrome sous-directeur à Saint-Quirin. La verrerie de Cirey emploie 600 ouvriers.

Le bail expire en 1840. La société anonyme des Manufactures de glaces et verres de Saint-Quirin et Monthermé rachète la pleine propriété des verreries de Saint-Quirin pour .

Par acte du , elle est renommée « Manufactures de glaces et verres de Saint-Quirin, Cirey et Monthermé ». Le siège social est établi à Paris, son capital est de 8 millions de francs, divisé en 192 actions. Elle est administrée par Étienne de Guaita (fils d’Antoine-Marie), Auguste Chevandier de Valdrome (président), Louis-Philippe Desrousseaux (fils d’Auguste) et Antoine-Marie Roederer (fils de Pierre-Louis et Louise de Guaita). En 1844, ils sont rejoints à l’administration par Jean-Baptiste de Mesny (gendre de Georges de Guaita), Gaspard Gourgaud (gendre de Pierre-Louis Roederer), François de Guaita (fils de Georges) et Édouard Desrousseaux (fils d’Auguste).

La société emploie de à ouvriers. En 1847, Saint-Gobain en emploie .

En 1845, Monthermé ferme définitivement ses portes et Saint-Quirin ne figure plus que pour la forme : tout est déménagé et centralisé à Cirey qui s'agrandit encore, de même pour les verriers de Monthermé et Saint-Quirin qui s’installe à Cirey. Le , la Société vend pour 220.000 francs à Louis-Philippe Desrousseaux le château de Monthermé, les terrains et les constructions de la verrerie de Monthermé, entièrement vidées de toutes les machines, de tout l'outillage et de tous les stocks ; à charge pour Louis-Philippe Desrousseaux de ne plus y fabriquer de verre d'aucune sorte. Il la transforme en fonderie.

Techniques industrielles Dans cette manufacture, plusieurs centaines d'ouvriers coulent des glaces aux proportions souvent considérables et de toutes dimensions dans une dizaine de fours. On y travaille aussi le verre en table. Les glaces reçoivent leurs derniers perfectionnements dans l'entrepôt de Paris. Les usines sont équipées de moulins avec pilons et de polissoirs.