est une composition de la pianiste de jazz américaine Mary Lou Williams écrite en 1945, d'abord dans une version pour trio qui sera ensuite orchestrée. Cette suite, inspirée par des musiciens nés sous chacun des signes du Zodiaque, est annonciatrice du .

Historique vignette|Jack Teagarden, Dixie Bailey, Mary Lou Williams, Tadd Dameron, Hank Jones, Dizzy Gillespie et Milt Orent, dans l'appartement de Mary Lou Williams en 1947 (photo de William P. Gottlieb) Au moment de la composition de sa , Mary Lou Williams, âgée de 36 ans, a déjà une longue carrière derrière elle en tant que pianiste, compositrice et arrangeuse. Elle tient un engagement aux Café Society de et d', où elle conçoit la .. L'idée d'écrire une suite est peut-être inspirée en partie par la suite de Duke Ellington (1943)..

À cette époque, la pianiste anime une émission de radio hebdomadaire, sur . Elle décide d'y jouer un nouveau morceau chaque dimanche.. Après avoir composé les trois premiers morceaux, elle avoue : Pour autant, sa Suite est très cohérente et solidement composée.

La Suite, retravaillée pour l'occasion, est enregistrée au printemps 1945 aux studios de Moses Asch, qui lui laisse une grande liberté. Elle s'entoure du contrebassiste et du batteur Jack « » Parker, qu'elle a rencontrés au . Le disque se vend bien..

Malheureusement, les disques publiés par Asch ne sont pas d'une très grande qualité sonore. La réédition de 1975 est faite à partir de ces disques, il faut donc attendre la remastérisation et l'édition en CD par en 1995 pour avoir un son de qualité correcte..

Versions pour orchestre vignette|Ben Webster, soliste invité sur Cancer.

Mary Lou Williams a réalisé plusieurs orchestrations de sa Suite. Une première version pour orchestre de chambre est jouée au en 1945. Williams écrit ensuite une orchestration de trois mouvements pour orchestre symphonique, jouée au en 1946 ; trois autres mouvements seront également arrangés pour le big band de Dizzy Gillespie en 1957.

Au Grâce à l'appui de , le fondateur de Café Society, la Suite est donnée au Town Hall de New York le dans une version pour orchestre de chambre : petite section de cordes, trompette, trombone, cor, flûte, clarinette, basson, basse, batterie, et Mary Lou Williams au piano. L'orchestre est dirigé par Milt Orent.. Le saxophoniste Ben Webster (sur ) et la soprano Hope Faye (sur ) sont solistes invités...

Pour préparer ce concert, Mary Lou Williams prend des leçons avec Milt Orent, un arrangeur de NBC, qui l'assiste pour l'orchestration. Il lui fait également écouter des disques de musique classique et lire des partitions de Berg, de Bartók ou des impressionnistes français. Comme l'explique Williams : Elle prend également des leçons de piano classique avec un concertiste russe, qui tournent court quand ce dernier critique sa technique d'autodidacte.

À cause du manque de répétitions et des erreurs de débutante commises par Williams (tonalités inhabituelles, erreurs de transcription ou de copie…), les musiciens ne sont pas toujours ensemble, et les « couacs » sont nombreux. Williams s'est vue obligée de jouer certains mouvements en piano solo ou en trio (, ), bien qu'ils aient été orchestrés.

Ce concert reçoit des critiques mitigées. Un critique du écrit ainsi Pour autant, certains critiques sont enthousiastes devant une des premières rencontres entre le jazz et la musique dite classique. Ce genre, qui n'a pas encore de nom, deviendra dans les années 1950 le Third stream, mené entre autres par Gunther Schuller.

Sortie frustrée de ce concert, Mary Lou Williams est très affectée par cette expérience et les critiques négatives : malade, elle est incapable de travailler pendant une semaine..

Au Le , trois mouvements, , et , sont interprétés au Carnegie Hall dans une version pour orchestre symphonique par les 70 musiciens du dirigé par Herman Neuman. Ayant moins de 10 jours pour écrire les orchestrations, Williams se fait aider par Milt Orent.

Les autres mouvements ne seront jamais orchestrés, peut-être à cause de la mauvaise expérience qu'a représenté le concert au Town Hall pour Williams.

Big band de Dizzy Gillespie Après s'être retirée de la scène en 1954 et convertie au catholicisme, Mary Lou Williams fait son retour au jazz en 1957 au Newport Jazz Festival dans le big band de Dizzy Gillespie.. Elle joue trois mouvements de sa Suite : , et .

À propos de la musique Description générale vignette|Mary Lou Williams vers 1946 (photo de William P. Gottlieb)

La musique composée pour la Suite, très moderne., montre l'étendue de la palette musicale de Mary Lou Williams. On y trouve les racines issues du blues et du boogie, associées à des harmonies remarquablement modernes pouvant évoquer Claude DebussyStuart Broomer, notes de pochette du disque. ou le compositeur contemporain de la Suite Paul Hindemith. La musique est pleine de surprises, de cassures, de changements de tempo et de métrique et d'alternance entre des passages a tempo et d'autres rubato..

Dans la version en trio, Williams fait intervenir sa section rythmique, composée de et du batteur Jack Parker, d'une façon originale : les deux musiciens ne jouent pas sur toutes les sections des morceaux, certains passages sont juste joués en duo avec la contrebasse. Quelques morceaux sont écrits pour piano solo.

Cette suite est une des premières rencontres entre le jazz et la musique dite classique, et annonce le . Certains critiques la placent au même niveau que la de Sonny Rollins ou que de John Coltrane.

Description des morceaux (Bélier) : ce morceau est dédié à Ben Webster et Billie Holiday, Le morceau mêle des éléments issus de la tradition, notamment du boogie-woogie, à des éléments plus modernes évoquant Debussy.. Les différents épisodes peuvent évoquer une symphonie en miniature. (Taureau) : ce morceau est dédié à Duke, Ellis Larkins et à Mary Lou Williams elle-même : L'intro, rubato, contient des passages utilisant la gamme par tons ; la suite du morceau est a tempo avec un son bluesy. (Gémeaux) : ce morceau est dédié à Benny Goodman, Harold « Shorty » Baker (alors le mari de Mary Lou Williams) et Miles Davis. Le premier thème repose sur deux lignes de basses contraires : un arpège ascendant en Do majeur se superpose à un arpège descendant en Ré mineur. Une deuxième section est proche du boogie-woogie. (Cancer) : ce morceau est dédié à , un altiste du groupe d'Eddie Heywood Jr. Elle s'est également inspirée de son amie l'actrice Lena Horne.. (Lion) : ce morceau est dédié au tromboniste Vic Dickenson, avec lequel Mary Lou Williams a enregistré de plusieurs fois pour Moses Asch. Le morceau est royal et pompeux, avec une imitation de la trompette dans les accords d'ouverture. (Vierge) : ce morceau, un blues proche du bebop, est dédié à Leonard Feather et au pianiste Phil Moore. Le premier enregistrement présente un duo avec le contrebassiste , permettant un dialogue riche. (Balance) : ce morceau est dédié aux (Scorpion) : ce morceau est dédié à Imogene Coca, Ethel Waters, Katherine Dunham, trois amies de Williams, ainsi qu'à Al Parker, L'introduction peut évoquer Art Tatum, vient ensuite un ostinato avec des échos de blues. (Sagittaire) : ce morceau, enregistré en piano solo, est dédié à Eddie Heywood et Bob Cranshaw. C'est une pièce variée, triomphante et résonnante. (Capricorne) : ce morceau, un des préférés de Mary Lou Williams, est dédié au trompettiste Frankie Newton. C'est un morceau au rythme soutenu qui évoque l'obstination et la persévérance. (Verseau) : ce morceau, enregistré en piano solo, est dédié au président Franklin Delano Roosevelt, à Josh White et à Eartha Kitt. C'est un morceau remarquablement structuré pour une création spontanée.. (Poisson) : cette valse est dédiée au contrebassiste , au pianiste-compositeur Phil Moore et à , le fondateur de Café Society. Williams a écrit un thème pour le morceau mais pas de structure définie, considérant que les Poissons manifestent une grande liberté.

Enregistrements Version en trio

Enregistré avec le contrebassiste et le batteur Jack « » Parker.

Publications originales (1945)

Réédition en vinyle (1975)

Version CD (1995)

Version orchestrale

Enregistré au Town Hall à New York le . La Suite est suivie par des standards de jazz et d'autres compositions de Mary Lou Williams.

Les bandes de l'enregistrement avaient été volées, Williams n'a donc jamais pu les réécouter. Elles ont été redécouvertes et publiées en 1991.

Sur le disque les titres et sont inversés.

Avec Dizzy Gillespie Une sélection de trois pièces extraites de la Zodiac Suite a été jouée par le big band de Dizzy Gillespie avec Mary Lou Williams au festival de Newport en 1957. Il existe un enregistrement de ce concert, couplé avec des morceaux de l'orchestre de Count Basie.

Postérité Honneurs En 2001, l'album en trio est intégré à place de la liste de la .

Version en petit ensemble La pianiste Geri Allen a publié un hommage en 2006 intitulé . Publié sous le nom de « », l'album est enregistré en trio avec Buster Williams à la contrebasse et Billy Hart à la batterie...

En 2021 paraît , premier album du pianiste Chris Pattishall qui adapte l'œuvre de Williams pour quintet...

Versions orchestrales La a très rarement été rejouée dans ses versions orchestrales.

En 1990, l', au cours d'un hommage à Williams, rejoue les arrangements écrits pour le big band de Gillespie ..

En 2010, le donne la suite en concert, dans un nouvel arrangement pour big band.

En 2021, plusieurs performances de la ont eu lieu. En , l'Orchestre philharmonique de New York et le pianiste jouent des extraits (, , et ) de la version pour orchestre de chambre jouée au .. Diehl raconte d'ailleurs voir le désir de jouer l'intégralité de la Suite. En 2023 paraît , une version complète de la suite jouée par Diehl et l'orchestre de chambre ..

En , le donne une nouvelle version de la Suite lors d'un concert virtuel...

Sur l'album (Umlaut Records, 2021), l'Umlaut Big Band enregistre trois mouvements de la Zodiac Suite (, et ) dans leur version pour orchestre de chambre de 1945, établie à partir des manuscrits originaux de la compositrice par Pierre-Antoine Badaroux. On y trouve également un arrangement de , également au programme du concert du . En 2023, l'Umlaut Chamber Orchestra enregistre la version pour orchestre de chambre de la dans son intégralité (Umlaut Records, 2023).

Références Dan Morgenstern, notes de pochettes de l'album, 1995.

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Autres références

Liens externes

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