vignette|L'Histoire de l'automobile française illustrée de 1878 à 1901. vignette|alt=photographie noir et blanc ; une femme sur le toit d'une voiture|Célèbre photographie représentant la photographe américaine Dorothea Lange, assise sur sa Ford B Modèle 40 Woody à moteur V8, en 1936 en Californie.
L'histoire de l'automobile rend compte de la naissance et de l'évolution de l'automobile, invention technologique majeure qui a considérablement modifié les sociétés de nombreux pays au cours du . Elle prend naissance au durant la Révolution industrielle, lorsque la technique fait la part belle à la machine à vapeur comme source d'énergie, pour ensuite s'orienter massivement vers le pétrole et le moteur à explosion, avec comme concurrent longtemps délaissé le moteur électrique.
L'automobile s'est progressivement imposée dans les pays développés comme le principal mode de transport pour la circulation des individus et des marchandises. Son industrie a été l'un des secteurs les plus importants et les plus influents depuis le début du et son essor mondial en a été spectaculaire : sont dénombrées en 1907, 1914 avec l'apparition de la Ford T, avant la Seconde Guerre mondiale.
Le parc automobile triple pendant les Trente Glorieuses et atteint les de véhicules en 1975.
En 2018, la production annuelle mondiale d’automobiles aurait atteint les d'unités..
L'automobile a révolutionné le transport et a entraîné de profonds changements sociaux, en particulier dans le rapport des individus à l'espace. Elle a favorisé le développement des échanges économiques et culturels et conduit au développement massif de nouvelles infrastructures. Tout un univers culturel s'est construit à partir de sa diffusion comme objet de consommation grand public et elle représente aujourd'hui un équipement largement considéré comme indispensable dans les foyers des pays développés. À la fois moyen de distinction sociale et instrument de loisir, l'automobile occupe une place éminente dans le mode de vie contemporain.
Ses effets sur la vie sociale ont été sujets de controverse dès son apparition et le sont, plus que jamais, aujourd'hui. Perçue au début de sa diffusion massive dans les années 1920, lors de l'engouement pour la voiture des « années folles », comme un progrès en matière de mobilité et de confort, l'automobile a fait l'objet de critiques importantes tant dans ses conséquences environnementales que sociales. Son emploi est venu concurrencer les modes de transport collectifs comme les tramways en ville ou le train pour les trajets interurbains.
Au tournant du , l'automobile, qui a déjà été confrontée aux différents chocs pétroliers, doit faire face désormais au réchauffement climatique et aux restrictions d'émissions polluantes imposées à l'industrie dans son ensemble.
Les débuts de l'automobile vignette|droite|Automobile de Léonard de Vinci, vers 1478, au Musée Léonard de Vinci (Vinci) de Vinci, près de Florence en Toscane.
Étymologie et prémices vignette|gauche|redresse|Jouet à vapeur à roue à aubes dessiné par Verbiest en 1672. vignette|gauche|redresse|Carrosse d'Hautsch (et premier tricycle à traction humaine par manivelle de l'horloger invalide d’Altdorf bei Nürnberg, Stephan Farffler - 1680). Bien que les premiers modèles soient apparus quelques années plus tôt, le mot « automobile » lui-même n'est forgé qu'en 1875 lorsque l'Académie française se prononce sur son genre, masculin en l'occurrence. Néanmoins, en 1901, elle entérine l'usage du féminin.. Le terme « automobile » n'est que rarement employé dans le langage courantLe terme « automobile » est en revanche très souvent utilisé à l'écrit., et a été remplacé par le terme « véhiculeRaccourcis du terme « véhicule automobile ». » ou « voitureRaccourcis du terme « voiture automobile ». ». Paradoxalement, les véhicules désignent initialement les engins mobiles mus par une force extérieure, en particulier par les chevaux.Pour éviter toute ambiguïté, on parle dès lors de voiture hippomobile..
Si l'on s'en tient à l'étymologie du mot automobile, « qui se meut par soi-même », ce serait le petit véhicule à vapeur fabriqué par Ferdinand Verbiest dans le palais de l'empereur de Chine à Pékin vers 1668, qui, le premier, remplit cette condition... Ce véhicule, considéré davantage comme un jouet, est constitué d'une bouilloire fixée sur un petit four et équipé d’une roue à aubes, d’engrenages et de petites roues. Il en décrit le fonctionnement dans l’ouvrage Astronomia Europa de 1668...
De façon plus anecdotique, certains voient dans les publications Codice atlantico de Léonard de Vinci, au , la première étude d'une voiture sans chevaux., Early Steam Powered Cars.. Antérieur à de Vinci, Francesco di Giorgio Martini, ingénieur de la Renaissance, présente dans ses carnets un dessin remarquable connu sous le nom de « l'automobile », vaguement ressemblant à un véhicule à quatre roues., et vers 1472"SAPERE" – éd. Urlico Hoepli, Anno III – Volume V – n. 55 15 avril 1937 - XV., Roberto Valturio ingénieur militaire décrit le premier chariot automoteur, muni de deux hélices à quatre palmes qui, en utilisant la force du vent, transmet le mouvement aux roues de traction grâce à une série d'engrenagesL'Histoire de l'Automobile, éditions de Le Tour - Panini, Jeunesse-collection, , 1971..
En 1689, le forgeron de Nuremberg Hans Hautsch construit le premier de ses carrosses à ressorts et engrenages cachés régulièrement remontés par un serviteur, se déplaçant ainsi seul de façon purement mécanique à la vitesse maximale de (expérimenté notamment en présence de Gustave-Adolphe)Historische Nachricht von den nürnbergischen Mathematicis und Künstlern 1730, Peter Conrad Monath, Verleger, Nürnberg 1730; personnage également inventeur du régulateur de pression de la pompe à incendie, d'après Leibnitz, et revue des Deux Mondes, article L'Automobile et son évolution de Charles Nordmann, 1924, (T.19)..
L'ère de la vapeur
vignette|droite|redresse|Le fardier de Cugnot, modèle de 1771, conservé au musée des arts et métiers, à Paris. En 1769, l'idée du flamand Ferdinand Verbiest est reprise par le Français Joseph Cugnot qui présente le . ce qu'il nomme son « fardier à vapeur », un chariot propulsé par une machine à vapeur alimentée par une chaudière. Développé pour le milieu militaire, cet engin autopropulsé est destiné à déplacer de lourds canons. Il atteint une vitesse de par heure, soit environ , pour une autonomie moyenne de . Le fardier ne possède ni direction, ni freins., si bien qu'il ne peut éviter de renverser, accidentellement, un pan de mur, lors d'un essai. Un accident qui démontre néanmoins la force développée par ce véhicule de près de de long constitué de bois et d'acier.. mais signe la fin de sa carrière.
Le duc de Choiseul, ministre des Affaires étrangères, de la Guerre et de la Marine, est très intéressé par le projet et suit de près cette innovation, dont un deuxième modèle est produit en 1771. Cependant, il quitte son poste un an plus tôt que prévu et son remplaçant ne souhaite pas donner suite au fardier, si bien que ce dernier est stocké à l'arsenal. Le fardier sera par la suite redécouvert par L.-N. Rolland, commissaire général de l'artillerie dans les années 1800, mais Napoléon Bonaparte n'est pas intéressé par cet engin..
L'inventeur américain Oliver Evans est à l'origine de machines à vapeur à haute pression. Il expose en 1797 ses idées sur ces dernières, mais trouve peu d'approbateurs et meurt avant d'avoir vu son invention prendre le rang qu'elle occupe au .
En 1801, l'Anglais Richard Trevithick présente le premier véhicule routier britannique, équipé de trois roues, pouvant transporter 9 passagers, propulsé à la vapeur., dénommé et parcourt à son bord dans les rues de Londres. Des problèmes fondamentaux concernant la direction, les suspensions et l'état des routes font que l'automobile « routière » est délaissée, laissant place aux chemins de fer..
vignette|gauche|redresse|La Mancelle à vapeur de 1878, exposée au château de Compiègne. vignette|droite|L'Obéissante d'Amédée Bollée en 1873.
Au milieu du , les progrès réalisés dans le domaine des machines à vapeur incitent certains à se pencher de nouveau sur les véhicules routiers. Dans la logique des choses, c'est en Angleterre, pionnière dans le développement des chemins de fer, que l'automobile à vapeur prend son essor. Néanmoins, le décret de 1839 limitant la vitesse à pour les diligences à vapeur ainsi que le « » imposant aux véhicules automobiles d'être précédés d'un homme à pied agitant un drapeau rougePour cette raison, la loi sera très vite surnommée « ». mettent un terme à son développement outre-Manche.
C'est en France que l'automobile à vapeur reprend son cours. Parmi les plus fameuses adaptations de la propulsion à vapeur, il convient de signaler celles d'Amédée Bollée qui commercialise en 1873, au Mans, la première véritable automobile à vapeur, un véhicule appelée L'Obéissante capable de transporter douze personnes à une vitesse de pointe de . Bollée conçoit ensuite, en 1876, un omnibus à vapeur dont les quatre roues sont motrices et directrices, puis en 1878 une voiture appelée La Mancelle plus légère () que son premier modèle, qui dépasse facilement les .. Présentes lors de l'exposition universelle de 1878 à Paris, ces deux voitures sont classifiées avec le matériel roulant ferroviaire.
Cette exposition permet au public et à plusieurs industriels de découvrir pleinement ces nouveaux engins. Les commandes affluent de toutes parts, d'Allemagne tout particulièrement où une filiale Bollée voit même le jour en 1880. Bollée part alors à la conquête du monde et présente ses modèles de Moscou à Rome, de Syrie en Angleterre (1880-1881). Un nouveau modèle est lancé en 1880, dénommé La Nouvelle, pourvu d'une boîte de vitesses à deux rapports et d'un moteur à vapeur de .. En 1881, le modèle La Rapide de six places pouvant atteindre est présenté. D'autres modèles suivent, mais la propulsion à vapeur s'avère une impasse en matière de rapport poids/performance. Bollée et son fils AmédéeLe père et le fils se prénomment tous les deux Amédée Bollé, ce qui n'est pas sans poser des difficultés pour attribuer la paternité de certaines inventions. expérimentent bien une propulsion à l'alcool, mais c'est finalement le moteur à explosion et le pétrole qui s'imposent.
vignette|droite|redresse|Tricycle Serpollet Peugeot Type 1 de 1889.
À la suite des progrès des motorisations, certains ingénieurs cherchent à réduire la taille de la chaudière. C'est ainsi qu'à l'occasion de l'Exposition universelle de 1889, le premier véhicule à vapeur à mi-chemin entre l'automobile et le tricycle, développé par Serpollet-Peugeot, est présenté.. Ce progrès notable est notamment dû à Léon Serpollet qui met au point la chaudière à « vaporisation instantanée ».. Il obtient par ailleurs sur le véhicule de sa propre conception le premier permis de conduire français.. Son châssis mais surtout l'utilisation qu'on lui consacre à l'époque expliquent que ce tricycle soit généralement considéré comme une automobile. Mais malgré l'ensemble de ces prototypes, l'automobile n'est pas encore réellement lancée ; il faut pour cela attendre la généralisation d'une innovation des années 1860, qui bouleverse le cours de l'histoire de l'automobile : le moteur à explosion.
Le moteur à explosion Les précurseurs
vignette|gauche|Portrait d'Alphonse Beau de Rochas.