Henri-Paul Desroche est un officier français né en 1887 à Paris et mort en 1942 à Chambéry.

Grièvement blessé lors de la Première Guerre mondiale, il commande durant la Seconde Guerre mondiale un régiment d'infanterie qui tiendra tête à la ID allemandeLa ID commandée par le général Rudolf Koch-Erpach appartient au corps d'armée du général Heitz. Face à Bouchain cette division est composée, outre ses appuis d'artillerie, de 3 régiments d'infanterie : les 28, 38 et 84 IR. Elle est, pour l'occasion, renforcée par le 43 IR. du 20 au dans la ville de Bouchain (département du Nord) dans un rapport de forces de un contre cinq. Cette résistance inattendue de la part d'une unité française provoquera la stupéfaction d'Hitler qui viendra sur place le se faire expliquer comment l'offensive allemande, jusque là foudroyante, a pu être ainsi stoppée durant plusieurs jours par un régiment de réservistes. Lors de la retraite vers Dunkerque il commandera la division d'infanterie puis, à son retour en France, la demi-brigade de chasseurs alpins, avant d'être limogé par Vichy en raison de ses sentiments gaullistes.

Biographie Formation Après des études faites à Annecy puis à Provins, Henri-Paul Desroche est admis à l’école de Saint Cyr en 1906 et en sort en 1909 avec la promotion "du Centenaire de l’école"Michel Camus Origine des noms de baptême des promotions de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, 1972-1973. Cette promotion est emblématique par les pertes qu'elle subira. Cent vingt-sept officiers de cette promotion vont tomber au champ d’honneur, soit 48,66% de ses effectifsDeux au Laos en 1913 ; cent quatorze durant la grande guerre ou des suites de leurs blessures ; quatre au Maroc en 1913, en 1917 et pendant la campagne du Rif de 1925-26 et sept durant la Seconde Guerre mondiale de 1939-45, dont deux en déportation..

En 1909, Henri-Paul Desroche est nommé lieutenant au bataillon de chasseurs à pied en garnison à TroyesYvick Herniou & Éric Labayle, Répertoire des corps de troupe de l'armée française pendant la Grande Guerre, tome 2, Chasseurs à pied, alpins et cyclistes, Unités d'active de réserve et de territoriale, Éditions Claude Bonnaud, Château-Thierry, 2007..

Première Guerre mondiale Dès la déclaration de la guerre, le lieutenant Desroche est engagé en MoselleLe BCP fait partie de la brigade de la division d'infanterie. . Son bataillon prend part à l'occupation des cols des Vosges et le remporte le combat de Plaine près de Saint-Blaise-la-Roche. Le BCP s'y illustre en étant la première unité à capturer un drapeau à l'ennemi. C'est celui du PoméranienHistorique du premier groupe de chasseurs 1914-1918, Ackermann, pages 5 à 8. et pour ce fait glorieux la Médaille militaire sera remise au drapeau des chasseurs. Le bataillon y gagnera sa première citation à l'ordre de l'arméeLe BCP est titulaire de quatre citations à l'ordre de l'armée obtenues durant la Première Guerre mondiale..

Les premiers engagements se font donc dans l'euphorie. Elle sera toutefois de courte durée. Les combats qui se déroulent du 19 au dans la région de Sarrebourg seront en effet le théâtre d’un des premiers revers françaisLes combats laissent sur les champs de bataille les corps de près de 6700 soldats français et allemands. Éric Perrin, Un Toubib sous l’uniforme, 1908-1918, carnets de François Perrin Anovi..

Le , le lieutenant Desroche, en couvrant avec sa section le repli de sa compagnie, est blessé à la jambe au combat d’Abreschviller près de Sarrebourg. Trop grièvement atteint pour être transporté, laissé sur place, il tombe le lendemain aux mains de l'ennemi. Promu capitaine en 1915, il reste prisonnier et n'est envoyé en Suisse que le Dès , le CICR se met en relation avec les gouvernements allemand et français en vue de l’échange, par l’intermédiaire de la Confédération suisse, des prisonniers gravement blessés : « les grands blessés ». Favre E, L’internement en Suisse des prisonniers de guerre malades ou blessés. rapport, 1916, Genève, Bâle, Lyon : Georg. et , 1917, VIII-426 p. ; 2e rapport, 1917, Genève, Bâle, Lyon : Georg. et , 1917, VIII, 388 p. ; 3e rapport, 1918-1919, Berne : Bureau du service de l’internement, VI-467 p. .

Fait chevalier de la Légion d'honneur dès 1919, il est décoré de la croix de guerre avec citation à l'ordre de l'armée accompagnée de la citation suivante : "Officier d’élite. A été grièvement blessé, le , devant Abreschwiller tandis qu’il couvrait, avec sa section, le front de la compagnie. Tombé dans les mains de l’ennemiHistorique du premier groupe de chasseurs 1914-1918, Ackermann (Wissembourg), page 10 et impotent, il refusa, durant toute sa captivité, de se laisser hospitaliser en Suisse".

Entre-deux-guerres Après la guerre, il commande une compagnie au BCP qui est alors à Wissembourg. À l'issue, il est affecté au 125 RI de Poitiers. En 1930, chef de bataillon au 117 RI du Mans, il en commande un des trois bataillons. Nommé lieutenant-colonel, il est affecté comme commandant en second du RI à Soissons. C'est en 1939 qu'il est choisi pour former le RIConstitué principalement par des réservistes des classes 29/30 et 35/36 provenant principalement de l'Aisne, du Nord, de l'Oise ou de la Seine. Structuré autour de 3 bataillons d'infanterie, il est fort d'environ 4 000 hommes. qu'il emmènera au combat comme chef de corps.

Deuxième Guerre mondiale Après l’attaque allemande du 10 mai 1940, le RI appartenant à la division d'infanterie est acheminé sur la Belgique, débarqué dans la région de Gand, puis replié sur Valenciennes. Les 20 et , il combat pour la défense de Valenciennes, puis à Mastaing où Henri Desroche installera son poste de commandement avant de mettre son régiment en position à Bouchain. Au cours de ces trajets erratiques qui marquent le début de la désorganisation de l'armée française, le lieutenant-colonel Desroche n'a de cesse de maintenir la cohésion et le moral de son unité.

Les combats de Bouchain 21 mai - 26 mai 1940 Le régiment est sur ses positions en lisière de Bouchain le , étalé sur un front de 5 kilomètres. Le premier ordre du jour du chef de corps résume sa personnalité : "la consigne est : résister sans idée de recul".

Le colonel comprend en effet immédiatement que Bouchain est un point défensif de premier plan au centre du dispositif français. Il permet d'une part de protéger le flanc sud des armées alliées encore en Belgique et d'autre part de mettre sur pied une contre-attaque contre le flanc droit de la percée des panzers. Ces ambitions du commandement français se réduiront par la suite à conduire un combat retardateur permettant les premiers regroupements dans la région de Dunkerque, gardant toutefois toute sa valeur non seulement à ce point d'appui, mais également à la mission du RI.

Dès le 21, le général Musse, qui commande la DI, est blessé. Resté cependant à son poste, mais diminué par sa blessure, il laisse le chef du bureau, le capitaine Leclerc, futur maréchal de France, conduire la bataille au niveau de l'État-major. Du 21 jusqu'au le capitaine Leclerc sera conforté dans la conviction qu'il faut tenir sur place par les contacts qu'il a sur le terrain avec le lieutenant-colonel Desroche. Il est également convaincu qu'une résistance au rouleau compresseur allemand est possible lorsqu'il constate de visu que le RI arrive à stopper l'avance allemandeJean Compagnon Leclerc : maréchal de France, Flammarion, 1994, page 116, chapitre VI, "la guerre septembre 1939 - juin 1940 La course vers la liberté juin - juillet 1940.

Le , alors qu'il est encerclé, le lieutenant-colonel Desroche prend personnellement le commandement de la section hors rang et fait lui-même le coup de feu avec un mousqueton pour colmater une brèche qui s'est faite dans le dispositif de son régiment. Vers 17h00, une balle lui traverse la main en broyant plusieurs os. Il continue néanmoins à combattre.

Le , alors qu'un ordre de la VIIe armée évoque déjà une possibilité de rupture de manœuvre, il écrit : « Le 45 et les éléments qui lui sont adjoints ont tenu. Ils tiendront encore, votre colonel est fier de vous » (ordre du jour n° 66).

Le , il renouvelle ses ordres : « La consigne est la même qu'hier : tenir » (plan de feux ). Cette ténacité illustre bien qu'un homme décidé peut galvaniser un groupe même dans les moments les plus désespérés. La conduite héroïque et exemplaire du régiment montre également qu'une volonté insufflée à une collectivité peut enrayer une machine prétendument irrésistible.

Le même jour, le général Aymes, commandant le IVe Corps d’armée, le félicite pour sa belle conduiteÉmile Obled, Combats sur l'Escaut, 45 Bouchain-Rœulx-Mastaing, mai 1940, Paris, 1953, page 93.. Mais, autour de lui, le front craque de toutes parts et alors que le 45 résiste sur place sans céder de terrain, ses positions sont prises à partie par des attaques incessantes de Stukas. Témoignant de la violence des combats, les bombardements aériens comme les tirs de l'artillerie allemande détruiront tout ou partie de la ville qui sera reconnue sinistrée à 80 %.

Le RI aura durant ces quelques jours d'engagement 127 militaires du rang, 8 sous-officiers et 6 officiers tués (dont les frères Henri et Louis Lecomte-Larmuzeaux, lieutenants tous les deux et tués à un jour d'intervalle). Si les chiffres des pertes allemandes ne sont pas connus avec précision, 150 soldats de la ID ont été enterrés sur les lieux mêmes des combats. Ces chiffres sont probablement inférieurs aux pertes réellesÉmile Obled, Combats sur l'Escaut, 45 Bouchain-Rœulx-Mastaing, mai 1940, Paris, 1953, page 82. Des témoins oculaires témoigneront de morts évacués vers l'arrière permettant d'estimer les pertes allemandes à un millier d'hommes hors de combat.. La position devient peu à peu intenable et le bataillon du chef de bataillon Martin est totalement imbriqué avec l'ennemi. Le 26, ordre est donné au lieutenant-colonel Desroche de se retirer sur Lille. Les et bataillons du 45 réussiront à s'extraire de l'encerclement qui s'opère peu à peu autour de Bouchain grâce à l'appui de l'artillerie française et à une manœuvre coordonnée par un chef de corps qui considère la captivité, pour l'avoir vécue au cours de la Première Guerre mondiale, comme inacceptable. Jusqu'au bout, ce régiment de réservistes restera inébranlable.

Le général Musse ayant été fait prisonnier, le lieutenant-colonel Desroche porté par les autres chefs de corps prend alors, le , le commandement de la divisionÉmile Obled, Bataille de l'Escaut et de la Sensée Mai 1940, Nord Patrimoine, 2002, page 127..

Le 30, lui arrive l’ordre de gagner Dunkerque et d’y attendre l’embarquement. Rassemblant les restes de la division il arrive à quitter le piège de Lille alors que le goulot de sortie se resserre de plus en plus. vignette|Compte rendu de destruction du drapeau du 45e RI Peu de temps après, le exactement, Hitler arrive à Bouchain protégé par trois automitrailleuses et un avion d'observation. Le Führer est de mauvaise humeurL’Observateur du Valenciennois du vendredi 24 juillet 2015. Il se fait expliquer du haut de la tour d'Ostrevant les raisons pour lesquelles ses divisions ont été stoppées pendant une semaine, empêchant de terminer le coup de faux vers le nord pensé par le général Erich von Manstein et parfaire ainsi une victoire qui aurait ainsi pu être plus rapide et encore plus brillante. Pour Hitler c'est d'autant plus incompréhensible que face à une de ses divisions puissamment épaulée par l'aviation et l'artillerie, le général Walter Heitz commandant le corps d'armée lui explique que les Français ont aligné un régiment de réservistes.

La retraite vers Dunkerque mai 1940