François Duvalier, surnommé « Papa Doc », né à Port-au-Prince le et mort dans la même ville le , est un médecin, un écrivain et un homme d'État haïtien élu 41 président de la République d'Haïti. en 1957, avant de prendre le titre de président à vie de 1964 à sa mort en 1971..
Son règne est marqué par la corruption et l'utilisation de milices privées, les Tontons Macoutes. Autoritaire, il multiplie les actes d'arrestation et de condamnation à mort. Allié par intérêt aux États-Unis, il utilise le culte de la personnalité afin de se maintenir durablement au pouvoir.
Ancien ministre de la Santé, il est élu président en 1957 avec un programme populiste et nationaliste noiriste sous les couleurs du Parti de l'unité nationale (PUN). Profitant de la guerre froide et de la tension avec Cuba, Duvalier obtient que les États-Unis le soutiennent par intérêt économique. En 1958, en réaction à une tentative de coup d’État, il crée une milice de quelques milliers de fidèles, les « volontaires de la sécurité nationale », mieux connus sous leur sobriquet de Tontons Macoutes. L'état de siège est décrété en Haïti, puis périodiquement reconduit. Réélu en 1961, il voit son mandat prolongé de cinq ans. Revisitant la constitution, il instaure l’élection présidentielle à candidat unique avant d’accéder à la présidence à vie en 1964, avec un droit de succession. À partir de cette date, il réforme en profondeur le pays en modifiant le drapeau (le noir remplaçant le bleu), afin de renouer avec l’ancien régime de Jean-Jacques Dessalines, père fondateur de la Nation haïtienne.
Critiqué par l’Église catholique, très puissante en Haïti, Duvalier expulse l’archevêque, les prêtres et les jésuites, ce qui lui vaut d’être excommunié. À la fin des années 1960, il se réconcilie avec Rome et obtient en contrepartie le droit de nommer les prêtres.. Son gouvernement confisque les propriétés foncières des paysans et les attribue à des membres de sa milice qui n'ont pas de salaire officiel et vivent des confiscations. Les dépossédés fuient vers les bidonvilles de la capitale où ils ne trouvent que de maigres revenus pour se nourrir. La malnutrition et la famine sont devenues endémiques dans certains villages. Néanmoins, Duvalier bénéficie d'un soutien significatif de la population rurale qui voit en lui un porte-parole de leurs revendications contre l'élite politique traditionnelle. Au cours de ses 14 années au pouvoir, il crée une classe moyenne noire substantielle, principalement grâce au patronage gouvernemental et aide les jeunes entreprises. Duvalier initie le développement de l'aéroport de Port-au-Prince, qui porte son nom, maintenant connu sous le nom d'aéroport international Toussaint Louverture. Pendant son règne, il mène également une politique anticommuniste et fait exiler les dirigeants politiques de gauche. Lorsque des bombes explosent près du palais présidentiel en 1967, Duvalier fait arrêter puis exécuter dix-neuf officiers de la garde présidentielle à Fort Dimanche. Quelques jours plus tard, il prononce un discours public au cours duquel il donne les noms des 19 officiers tués. Cette politique répressive a néanmoins permis la stabilisation du pays tant sur le plan politique qu'économique.
Avant ses débuts en politique, Duvalier était médecin de profession. En raison de sa profession et de son expertise dans le domaine médical, il a acquis le surnom de « Papa Doc » d'abord auprès de ses partisans puis par la population en général. Après sa réélection en 1961, il consolide son pouvoir pas à pas, culminant en 1964 lorsqu'il accède au pouvoir à vie. Après cette période, la vie politique haïtienne est un peu plus stable que par le passé. Après avoir pris le contrôle du pays et tenu à l'écart les États-Unis, Duvalier transforme Haïti selon son idéologie en appliquant une politique répressive, nationaliste, anticommuniste et antiaméricaine. Au cours des années 1960, le pays surmonte plusieurs ouragans dévastateurs auxquels le gouvernement répond avec d'importants travaux. Frappé par la maladie, il désigne son fils, Jean-Claude Duvalier, comme son successeur en 1970 et l’officialise le 31 janvier 1971. François Duvalier meurt quelques mois plus tard, le 21 avril, d'un essoufflement cardiaque. Il reçoit des obsèques nationales et est inhumé à Port-au-Prince.
Premières années Études et jeunesse
Fils du Duval Duvalier, juge de paix, professeur et journaliste Richard M. Juang et Noelle Morrissette, « Africa and the Americas: Culture, Politics, and History, Vol. 1 », Abc-Clio Inc, 2008, p. 391., d'une famille originaire de MartiniqueSophie Chautard, Les dictateurs du , Studyrama, 2006, ., et de Uritia (ou Ulyssia) Abraham, il suit sa scolarité au lycée Pétion où il obtient son diplôme de fin d'études secondaires en 1928. Il s'inscrit ensuite à l'École de médecine de Port-au-Prince, puis commence à pratiquer dans les régions rurales. Il s'attire alors la faveur des populations pour son aide à la lutte contre le typhus, le pian et d'autres maladies de l'extrême pauvreté. Il y gagnera aussi son surnom de « Papa Doc ». En 1939, il épouse à Pétion-Ville Simone Ovide, une infirmière que l'on appellera plus tard Maman Simone, avec laquelle il aura trois filles, Marie-Denise, Nicole et Simone, ainsi qu'un fils, Jean-Claude. Duvalier fréquente à cette époque l'ethnologue haïtien Lorimer Denis, spécialiste du culte vaudou et militant de la cause noire. Il partage ses idées, qu'il développe dans les articles qu'il écrit pour des revues nationalistes comme Les Griots. Il y défend notamment l'idée que la lutte des classes, en Haïti, s'illustre par l'opposition entre les Noirs et les Mulâtres, et que les premiers sont appelés à diriger le pays au détriment des seconds.
Débuts en politique Duvalier s'appuie sur les relations de Lorimer Denis pour rencontrer Daniel Fignolé, avec lequel il participe à la fondation du Mouvement des Ouvriers Paysans en 1946, dont il devient secrétaire général. Sa popularité dans les campagnes et son introduction dans les milieux politiques incitent le président Dumarsais Estimé à le nommer en 1946 directeur de la Santé publique. En 1949, il devient ministre de la Santé publique et du Travail. Après s'être opposé à l'élection de Paul Magloire, qui renverse Estimé en 1950, il est poussé à l'exil et s'engage dans l'opposition. Candidat à l'élection présidentielle
gauche|vignette|253x253px|François Duvalier durant la campagne présidentielle de 1957. Profitant de la démission de Magloire et de l'amnistie décrétée en 1956, il revient en Haïti et participe à la fondation d'un parti populiste et nationaliste : le parti de l'unité nationale (PUN). Il se porte candidat à la présidence de la République dans un climat d'agitation sociale et d'instabilité politique : entre décembre 1956 et juin 1957, cinq gouvernements provisoires se succèdent, le parlement est dissous et des factions de l'armée continuent à s'affronter Pierre Étienne Sauveur, Haïti, misère de la démocratie, L'Harmattan, 1999, . Duvalier fait campagne avec un programme populiste qui vise à flatter la majorité afro-haïtienne en s'appuyant sur un discours noiriste prétendant bénéficier les masses populaires « noires » au détriment de l'élite « mulâtre »... Les élections sont organisées le par le général Antonio Kébreau, président par intérim. Duvalier est élu avec 69,1 % des voix, son principal adversaire Louis Déjoie, du Parti républicain haïtien (PRH), n'en recueille que 28,3 %. Président de la République (1957-1964) Premières années du mandat Dix mois après son accession au pouvoir, en juillet 1958, François Duvalier doit affronter une tentative de coup d'État. Il réagit en instaurant l’état de siège et en exigeant du Parlement l’autorisation de gouverner par décrets (31 juillet 1958). Il écarte de l'armée les officiers qui ne lui sont pas fidèles, interdit les partis d’opposition et mène une politique de répression. Avec l'aide du chef de la police Clément Barbot et de la CIA, il organise la milice des Volontaires de la Sécurité nationale, plus connue sous le nom de ses membres, les Tontons macoutes. Ce groupe paramilitaire de à , inspiré des chemises noires de l'Italie fasciste, ne touche aucun salaireAndré-Marcel d'Ans, Haitï : Paysage et société, Karthala, 1987.
En 1959, alors qu'il est soigné à l'hôpital pour une crise cardiaque, un commando tente de débarquer sur l'île. Le chef de la police secrète, Barbot, fait alors appel à la marine américaine pour empêcher l'opération. Sitôt rétabli, Duvalier fait emprisonner Barbot, qu'il soupçonne de vouloir prendre le pouvoir, et l'accuse de complot contre l'État. Barbot sera finalement assassiné par les Tontons macoutes en 1963 avec ses deux frères et d’autres compagnons. Consolidation du pouvoir vignette|250x250px|Duvalier (assis, à droite) et ses généraux (debout) en 1963.|gaucheEn quelques années, Duvalier devra faire face à une dizaine d'attentats, de tentatives de renversement et d'invasions. Il en tire parti à chaque fois pour renforcer son image de défenseur de la patrie, pour éliminer ses adversaires et pour durcir son pouvoir personnel. Il asservit l'armée et entretient la corruptionKern Delince, Les Forces politiques en Haïti, Karthala, 1993, . S'appuyant sur le climat de guerre froide et sur le cas de la révolution cubaine, il exploite la peur du communisme pour justifier la répression et obtenir le soutien des États-Unis. Le , il prononce à Jacmel un discours qui met en relation l'orientation politique de son régime et l'aide américaineFrançois Duvalier, Œuvres essentielles, Presses nationales d'Haïti, 1968, . En réaction à l'opposition de l'église catholique romaine, il expulse plusieurs prêtres, l'archevêque de Port-au-Prince, , et deux évêques, ce qui lui vaut son excommunication en 1961. Trois ans plus tard, il expulse les jésuitesMicial M. Nérestant, L'Église d'Haïti à l'aube du troisième millénaire. Essai de théologie pratique, Karthala, 1999, et 144. Oppositions et répressions À la suite de ce qui s'apparente à une tentative d'enlèvement de deux de ses enfants, il commandite le massacre du 26 avril 1963 où plusieurs maisons sont incendiées avec leurs occupants et des dizaines de personnes assassinées par balles ou encore enlevées pour ne plus jamais être revues James Ferguson, Papa Doc, Baby Doc: Haiti and the Duvaliers, Blackwell Pub, 1988, .. Lors de ce massacre, de nombreux haut-gradés des forces armées d'Haïti, soupçonnés d'être opposés à son pouvoir, sont entre autres ciblés. Président à vie (1964-1971) Transformation du régime vignette|Drapeau d’Haïti sous le régime duvaliériste (1964-1986). En avril 1961, deux ans avant la fin de son mandat, il réécrit la Constitution et organise une élection présidentielle à candidat unique. Il obtient 1,32 million de voix et aucun vote contre. Réélu pour un autre mandat de six ans, il prononce la dissolution du Parlement. Pour échapper à toute incertitude électorale, Duvalier se fait proclamer président à vie en juin 1964, par le Sénat, obtenant également le droit de désigner son successeur. Libre de toute opposition, ses adversaires éliminés ou exilés à l'étranger, il modifie les couleurs du drapeau haïtien, qui devient noir et rouge au lieu de bleu et rouge ; il impose l'affichage de son portrait dans les rues, les bâtiments publics et les établissements scolaires. L'exil des cadres politiques, administratifs et techniques, le détournement des ressources de l'économie haïtienne mène le pays à la faillite, le PIB chutant de 40 % entre 1960 et 1970Rapport de la Banque interaméricaine de développement, 1989. Relations étrangères En 1966, Duvalier reprend contact avec le Vatican et obtient le pouvoir de nommer la hiérarchie catholique haïtienne. Perpétuant un nationalisme noir, il réussit ainsi à renforcer son emprise sur l'île par le contrôle des institutions religieuses.