Graphie moderne : 腰弁頑張れ est un court métrage muet japonais réalisé par Mikio Naruse, sorti en 1931. C'est le huitième film du réalisateur et le premier de sa filmographie qui a été conservéLa survie même du film tient du hasard. Russell rappelle que « un seul des seize premiers films de Naruse subsiste », vestige du « statut éphémère dont jouissait le médium à l'époque » : avec les bombardements de Tokyo en 1945, on estime que « seuls 4 % des films muets japonais ont survécu » (p. 51-52). Bon courage, larbin ! vaut ainsi à la fois comme œuvre et comme rescapé — fenêtre rare sur le modernisme vernaculaire du jeune Naruse. Russell, .
Synopsis vignette|250px|Scène du film vignette|250px|Seiji Nishimura et Isamu Yamaguchi vignette|250px|Tomoko Naniwa Okabe est agent d'assurances, il vit bien pauvrement avec sa femme, son fils aîné Susumu et un nouveau-né. Après s'être fait vertement reprocher cette vie de misère par sa femme, Okabe se rend chez les Toda, une riche famille nombreuse du voisinage, bien décidé à placer une police d'assurance pour les enfants. Mais il se heurte à la vive concurrence de Nakamura, un agent d'une compagnie concurrente et se fait éconduire malgré ses stratagèmes.
Susumu se bagarre avec des enfants qui, malgré leur promesse, refusent de le laisser jouer avec l'aéroplane qu'il a été récupérer pour eux sur un toit. Il raconte cet épisode à son père qui le félicite dans un premier temps, puis s'apercevant que le propriétaire du jouet est Hiroshi, un des enfants Toda, il supplie son fils de s'excuser. Ce dernier refuse et part en pleurant. Okabe raccompagne Hiroshi chez lui et tombe sur une Toda très inquiète car une rumeur parle d'un enfant qui a été renversé par un train. Heureuse de trouver son fils sain et sauf, elle souscrit à une police d'assurance pour ses enfants auprès d'Okabe.
En rentrant fièrement chez lui, Okabe achète un aéroplane pour Susumu mais trouve sa maison vide. La voisine lui apprend que son fils s'est fait renverser par un train. À l'hôpital, le pronostic vital du médecin est réservé, mais après une longue attente, Susumu finit par ouvrir les yeux et Okabe peut lui offrir le jouet tant désiré.
Fiche technique Titre français : Bon courage, larbin ! Titre original : Titre anglais : Flunky, Work Hard! Réalisation : Mikio Naruse Scénario : Mikio Naruse Photographie : Mitsuo Miura Société de production : Shōchiku (Studios Kamata) Pays de production : Format : noir et blanc — 1,33:1 — film muet Genre : comédie Durée : 29 minutes (métrage : 3 bobines - ) soit 38 minutes à 18 images par secondes Dates de sortie : Empire du Japon :
Distribution : Okabe : l'épouse d'Okabe : Susumu, le fils d'Okabe Shizue Akiyama : Toda : Hiroshi, le fils Toda : Koji Nakamura, l'agent d'assurances concurrent : le médecin Zentaro Iijima : un enfant de la famille Toda
: un enfant de la famille Toda : la servante de la famille Toda
Autour du film Bon courage, larbin ! est le premier film de Mikio Naruse à avoir été sauvegardé, ses films précédents sont perdus.
Analyse Le cœur formel du film est la scène de l'accident. Okabe gifle son fils, qui s'enfuit et se fait renverser par un train — événement que le père ne voit pas mais qu'on lui rapporte. Catherine Russell en souligne la violence cinétique : la séquence est « extraordinairement cinétique, mettant en jeu une fragmentation de l'espace et du temps dans un montage d'images spectaculaire », « comprimant vingt-cinq plans en vingt secondes » (p. 49). Divisions kaléidoscopiques du cadre, surimpressions de rails, yeux démultipliés et tournoyants : Russell rattache ces effets à L'Homme à la caméra (1929) de Dziga Vertov et au « ciné-œil ». Mais elle marque aussitôt l'écart : « le film de Naruse se démarque de ce film urbain majeur en associant la crise de la perception [...] à l'expérience subjective d'un personnage de fiction » (p. 49). Là où Vertov célèbre une perception machinique, Naruse arrime le choc visuel à la subjectivité d'un personnage — le spectateur n'apprend l'accident qu'au moment où le père l'apprend.
Au-delà de sa virtuosité, le film introduit selon Russell « bon nombre des thèmes clés de l'œuvre de Naruse à Shōchiku-Kamata » et trace « les paramètres de son modernisme vernaculaire » (p. 51) : un regard ethnographique sur le quotidien des classes moyennes inférieures, que Russell relie à la pensée européenne de la modernité (Benjamin, Kracauer, Simmel) comme aux théoriciens japonais de l'entre-deux-guerres. Le titre lui-même est programmatique : le « koshibenLe terme , abréviation de , remonte à l'époque d'Edo, où les samouraïs de rang inférieur suspendaient leur gamelle (bentō) à la ceinture de leur hakama pour se rendre à leur service. Il désigne aujourd'hui un fonctionnaire subalterne ou un employé à faible salaire — soit, dans le film, l'agent d'assurances Okabe. [...], traduit par "larbin" (flunky), désigne un employé mal payé qui apporte son propre déjeuner au travail » (p. 53). En lisant le personnage à la lumière de Suekichi Aono et de son Salaryman's Panic Time (1930), Russell fait du désarroi de l'employé le « symptôme des structures féodales encore en place au sein du Japon des entreprises » (p. 53). La fin tragique — l'accident puis la scène d'hôpital — forme « un ajout inhabituel à ce qui aurait pu être, autrement, une comédie nansensu est la transcription japonaise de l'anglais nonsense. C’est un genre de comédie absurde/burlesque très en vogue aux studios Shōchiku-Kamata à la fin des années 1920 et au début des années 1930. typique » (p. 53), faisant basculer la farce vers une méditation sur la précarité de la vie moderne. Catherine Russell,
Postérité
2001 : Le film a été projeté au XXème Festival du film muet de Pordenone dans le cadre de la rétrospective La luce dell’Oriente: cinema giapponese muto, 1898-1935. 2011 : Publication d'un DVD dans la collection Eclipse Series 26: Silent Naruse.
Notes et références
Liens externes
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