Éliane Vogel-Polsky, née le à Gand (Belgique) et décédée le à Bruxelles (Belgique), est une juriste et féministe belge...

Jeunesse et famille Éliane Vogel-Polsky est née à Gand le . Ses parents, d’origine juive russe, se sont installés en Belgique après la Première Guerre mondiale et ont donné naissance à deux filles : Éliane et Marie-Françoise.

Éliane Vogel-Polsky, tout comme les enfants de la bourgeoisie à l’époque, fait ses études primaires en français. Ses parents, soucieux d’apporter la meilleure éducation possible à leurs enfants, inscrivent leur fille au lycée Émile-Jacqmain qui encourage les filles vers leur émancipation : elle est cependant contrainte d’arrêter ses études durant la Seconde Guerre mondiale pour se mettre à l’abri.. En effet, la Belgique adopte à l’époque une ordonnance antijuive contraignant Éliane Vogel-Polsky à quitter son établissement scolaire. À la suite de cela, elle finira ses études secondaires sous une autre identité à Liège chez les sœurs bénédictines.

Son talent pour plaider des causes et sa bonne connaissance des institutions européennes font d’elle une avocate remarquable.

En 1952, elle épouse André Albert Vogel, un autre avocat, et ils auront ensemble : Jean (1953), Laurent (1955) et Alain (1956). Le couple monte un cabinet ensemble, mais un élément pose problème à Éliane Vogel-Polsky : parce qu’elle est à la fois mère et jeune avocate, les clients ont tendance à toujours se diriger vers son mari pour les affaires importantes.

Âgée de , elle meurt à Bruxelles le .

Études et divers postes Après les secondaires, elle entame des études de droit, domaine réputé comme étant plus « sérieux » que la philosophie qu’elle souhaitait étudier à l’époque. Éliane Vogel-Polsky s’inscrit aux facultés universitaires de Saint-Louis en 1944 et poursuit par un doctorat en droit à l’ULB, elle est diplômée docteur avec grande distinction en 1950 et rejoint le barreau la même année. Le , elle obtient un doctorat à L’ULB avec grande distinction, fait assez rare pour une femme à cette époque. C’est lors de son doctorat qu’elle rencontre Marie-Thérèse Cuvelliez et Odette De Wynter, qu’elle aura l’occasion de recroiser tout au long de sa carrière.

En 1952, Éliane Vogel-Polsky participe avec Marie-Thérèse Cuvelliez au prix Janson : elles remportent le prix ce qui est une première pour des femmes dans l’histoire. Le talent oratoire d’Éliane Vogel-Polsky a été souligné à cette occasion et c’est grâce à cela qu’elle ouvre la première séance judiciaire du Jeune Barreau de Bruxelles.

Elle obtient également une licence en droit social et international en 1958 ainsi qu’une licence spéciale en droit social en 1963. Sans oublier le grade de licenciée spéciale en études européennes avec la plus grande distinction à l’institut d’Études européennes en 1965, ce qui lui permet de finaliser la spécialisation.

Cela fait 3 licences spéciales acquises en moins de , attestant de ses centres d’intérêts : le droit social international, le droit social comparé et le droit social communautaire.

C’est en 1966 que Éliane Vogel-Polsky révèle une dimension militante féministe à ses travaux en soutenant la grande grève des ouvrières de la FN, s’orientant après Mai 68 vers les études féministes. « Elle n’hésitera pas à insérer la question de la discrimination sexuée dans ses cours ».

En 1975, elle dispense 4 cours pour au total 180 heures de cours : en droit du travail et de la sécurité sociale belge, en droit social international, en droit social comparé et en droit social européen.

À partir de 1978 et jusqu’à sa retraite, elle est très active dans les domaines du droit social, de la place des femmes dans le travail, étant désormais reconnue internationalement.

Sa renommée est internationale, elle noue des relations dans toute l’Europe et même au-delà.

Ces invitations à l’étranger ne cessent pas, même après sa retraite. Cette dernière ne fut en effet pas de tout repos : elle consacre les années 1990 à « la défense du travail féminin, à la promotion de l’Europe sociale et de la citoyenneté européenne, et au développement des études féministes ».

C’est en 1991 qu’elle obtient le titre de professeure de l’université, elle donne des cours de droit social comparé jusqu’en 1995 tout en continuant ses recherches.

Listing détaillé de ses divers postes

Assure l’intérim des cours de Maurice Cornil au moment du décès le , l’université saluera son effort considérable. Chargée d’organiser la Chaire pour la condition et le travail féminin en 1972-1973 A dirigé une grande quête sur la situation des femmes salariées en Europe débutée en 1970 5 magazines soutiennent son projet : Amica (Italie), Margriet (Pays-Bas), Femmes d’Aujourd’hui (France et Belgique), Het Rijk der Vrouw (Belgique) et Brigitte (Allemagne). Ils en supportent les frais. Enquêté lancée avec l’appui de la Commission européenne Les résultats mettent crûment en lumière les inégalités sexuées au travail, tableaux et statistiques à l’appui. Les conclusions appellent au changement afin que l’égalité des femmes et des hommes se répercute également dans le monde du travail. Plus tard, la Chaire Suzanne Tassier apporte une dimension académique : de février à , les différents rapports de l’enquête sont présentés par six experts européens, dont Éliane Vogel-Polsky (en tire aussi les conclusions). Introduite à la CEE depuis 1962 Titulaire de la Chaire de droit social en 1975 « Fait partie du comité scientifique de la nouvelle revue Sextant, créée à l’ULB par le GIEF (fondé en 1989 et reconnu en 1999) par le Conseil de la recherche. Elle présentera les conclusions du premier colloque sur la Ligue belge du droit des femmes ». « De 1990 à 1994, elle dirige le Point d’Appui Women’s studies, créé par les services de programmation de la politique scientifique dans le cadre d’un programme Recherches en sciences sociales ». Organise, le , une journée d’études sur « Fécondité et limites de la recherche féministe ». « De 1992 à 1994, elle organise deux cycles de séminaires. Deux thèmes sont privilégiés ; la critique féministe et les parcours épistémologiques ; le concept de démocratie paritaire né au tournant des années 1990 ». Le , Éliane Vogel- Polsky cycles de séminaire et développe le thème de « La démocratie paritaire, vers un nouveau contrat social ». Dirige la publication d’un Manuel des ressources en 1994 qui reprend l’essentiel des séminaires et des conférences (du Point d’Appui) Fonde avec deux philosophes (Lydia Zaïd et Dominique Rodriguez) le GERFES, qui devra néanmoins fermer rapidement faute de moyens. Fait des recherches en 1961-1962 pour la Direction Générale des affaires sociales de la Commission des Communautés européennes « Elle est sollicitée également par le Conseil de l’Europe, dès 1961 pour la Charte sociale, ensuite pour des programmes précis d’égalité des chances. Dans le sillage de Troclet, elle participe à plusieurs sessions de la Conférence internationale du Travail, suit les travaux de diverses commissions, deviendra elle-même experte auprès de l’Organisation internationale du Travail et du Bureau International du Travail». Collabore à la préparation du Petit Livre rouge des femmes Elle participe à la Première Journée de la Femme Fait partie du Conseil des Cahiers du GRIF Détachée à mi-temps pendant deux mois au ministère du Travail pour une commission pour analyser les discriminations qui frappent les travailleuses, ce qui sert de base à la création d’une Commission du Travail des femmes Traite les résultats d’une grande enquête sur la vie des femmes lancée par le Centre féminin de rencontres et d’échanges Anime un séminaire sur l’Europe et expose ses propres thèses sur l’article 119 du Traité de Rome lors de la semaine de formation syndicale organisée par la FGTB à Zeezicht.

Engagement professionnel

Son entrée dans le droit social international Éliane Vogel-Polsky découvre une nouvelle discipline à l’Institut du Travail à l’ULB : le droit social et international. Elle y décroche sa licence dans ce domaine en 1958 avec la plus grande distinction.

Dans le cadre de sa licence en droit et sociologie du travail à l’Institut du Travail, Éliane Vogel-Polsky écrit son mémoire qui sera publié 8 ans plus tard en 1966, le temps pour elle de le retravailler afin de pouvoir le présenter sous la forme d’un ouvrage volumineux : « Du Tripartisme à l’Organisation internationale du Travail ». Cet ouvrage énonce l’histoire de la liberté syndicale depuis 1919.

Elle va au même moment découvrir Léon-Éli Troclet, dont elle suivra attentivement les cours de droit social. C’est un des premiers députés socialistes liégeois, ministre du travail et de la prévoyance sociale. En 1958, il crée le Centre national de sociologie du droit social (CNSDS). Éliane Vogel-Polsky est très intéressée par son enseignement car il arrive à rendre le droit du travail humain et vivant. La même année, elle l’assiste pour son cours de droit social international. C’est lui qui lui transmet « deux virus d’un coup : le virus social et le virus européen ». Éliane Vogel-Polsky devient chargée de recherche au sein du CNSDS, qui lui accorde une totale liberté pour ses travaux, elle devient ensuite maître de recherche, chercheuse qualifiée et enfin directrice de recherche à partir de 1972. Devenue directrice adjointe en 1969, elle succède à Troclet.

En parallèle de tout cela, elle entre comme chargée de cours en 1969 à la Faculté de Droit à l’ULB, chargée de cours associée auprès de Léon-Éli Troclet (en droit social et droit international et droit social européen) et de Maurice Cornil (droit social comparé et cours d’histoire sociale contemporaine).

Elle donne donc cours à l’Institut du Travail, à la Faculté de Droit et à la Faculté des Sciences sociales, économiques et politiques de l’ULB. Mais aussi à l’Institut de formation sociale et culturelle à Charleroi où elle anime le cycle « Responsabilité actuelle des mouvements ouvriers » à partir de 1963.

Elle devient rapidement une experte aux yeux d’instances comme le gouvernement belge, mais aussi internationales, qui vont lui demander de diriger de nombreux travaux par le biais de ses fonctions au CNSDS. C’est en honorant ces contrats de natures assez diverses qu’elle fait « vivre » le Centre. Éliane Vogel-Polsky aura sous sa direction au Centre une douzaine de chercheurs, avant que le centre ne rencontre des difficultés financières comme beaucoup de groupes de recherche à l’époque.

Un article essentiel dans sa carrière : l'article 119 du Traité de Rome Ses recherches ne sont pas uniquement consacrées à la défense des droits des femmes même si ce sont elles les plus sujettes aux inégalités et qu’elles ont donc une place importante dans ses travaux. Ce combat est assez complexe et Éliane Vogel-Polsky va rapidement comprendre que ses compétences juridiques seront fort utiles.

Rapidement devenue une experte sur les plans national et international, ses domaines de prédilection sont les « relations industrielles, les politiques sociales, la liberté de grève et la liberté syndicale, les conflits éventuels entre le droit social international et le droit national, au niveau national, international, européen ».

En parallèle de ses recherches sur le droit du travail et la dimension féministe qu’elle y apporte, elle s’intéresse également à de nombreux sujets internationaux, dans le domaine social, comme l’interdépendance des conventions sociales en se posant les questions de leurs conséquences ou de la responsabilité des états. La question d’interdépendance sera présente dans ses travaux sur les droits fondamentaux sociaux et économiques, distinguant les droits de la première et de la deuxième génération.