La Shoah au Luxembourg recouvre les persécutions, les déportations et l'assassinat subis par les Juifs durant la Seconde Guerre mondiale au Luxembourg (président), La spoliation des biens juifs au Luxembourg 1940-1945, rapport final, Commission spéciale pour l'étude des spoliations des biens juifs au Luxembourg pendant les années de guerre 1940-1945, Luxembourg, juin 2009.
Invasion du Luxembourg
Le , l'Allemagne nazie mettant en œuvre son Plan Jaune (), viole la neutralité du Luxembourg et envahit son territoire. La grande-duchesse Charlotte et le gouvernement Dupong fuient vers la France puis l'Angleterre. Les nazis considèrent que le territoire du Luxembourg fait partie intégrante du Grand Reich allemand et l'annexent officiellement en . La jeunesse luxembourgeoise est alors enrôlée de force dans les unités allemandes. Ceci déclenche des grèves qui sont durement réprimées par l'occupant. De nombreux Luxembourgeois rallient Londres pour servir aux côtés des Belges dans la Brigade Piron. Après avoir placé le pays sous une administration militaire, Hitler nomme un gauleiter à la tête du Gau de Coblence-Trèves (), Gustav Simon. Il prend ses fonctions le . En septembre, les premières ordonnances antisémites entrent en vigueurShoah au Luxembourg, Service information et presse du gouvernement du Grand-Duché du Luxembourg, juillet 2005 .
Populations juives au 10 mai 1940 La part de la population juive au Luxembourg en 1940 est difficile à estimer, le dernier recensement de la population remontant au . À cette époque, étaient réputées être de confession israélite dont luxembourgeois, soit 1,1 % de la population luxembourgeoise de 1935. En 2009, une commission est chargée d'établir de la manière la plus précise possible cette population au . Elle établit ainsi un fichier(CDRR:popjuive 1939-1945) reprenant entre autres les noms, prénoms, domicile, lieu de déportation et le cas échéant, la date de décès ou la survivance à la guerre. L'objectif est de retrouver les ayants droit en vue de restituer les avoirs spoliés par les nazis. Population juive sur le territoire luxembourgeois - dissout en 2016. Populations juives 1935 1940 Nombre % Nombre % Juifs luxembourgeois 870 27,7 1005 25,7 Juifs non-luxembourgeois 2274 72,3 2902 74,3 Total 3144 100 3907 100 Cette étude revoit un peu à la hausse les estimations de de 1986 qui mentionne le chiffre de 3700 Juifs, l'étoile juive au Luxembourg, Luxembourg, 1986. et est compatible avec les vues de Georges AlsGeorges Als, Effets démographiques et économiques de la Seconde Guerre mondiale au Luxembourg: bilan 1940-1973, in Letzbuerger Land, 20, 1973, n°23, p. 3 qui situe la population juive entre et dont luxembourgeois.
Du au (date à laquelle les Allemands interdisent l'émigration), environ ont quitté le territoire pour gagner la zone libre de la France, la Suisse et d'autres territoires laissés libres par l'occupant. Plus de 500 d'entre eux sont repris et déportés via la France ou la Belgique.
CdZ-Gebiet Luxemburg Du au , le Luxembourg avait tout d'abord été placé sous une administration militaire (Militärverwaltung) dirigée par Walter von Reichenau. Le le Gauleiter Gustav Simon est nommé et le Luxembourg est placé sous son administration civile (). Gustav Simon dépend de l'administration militaire à Bruxelles. Le Luxembourg est alors rattaché au district de Trèves, dirigé par .
Ordonnances allemandes et mesures antisémites vignette|gauche|Plaque commémorative à l'emplacement de l'ancienne synagogue de Luxembourg détruite en 1943.
Le , le gauleiter Gustav Simon fait paraître des ordonnances par lesquelles le Luxembourg se voit appliquer les lois de Nuremberg de 1935 et les mesures économiques anti-juives de 1938. La Gestapo somme les Juifs de quitter le territoire dans les quinze jours. Néanmoins, la mesure n'est finalement pas adoptée à la suite de l'intervention du Consistoire israélite de Luxembourg, qui propose de se charger de l'émigration des Juifs. Le , de nouvelles ordonnances concernent les avoirs des Juifs, d'abord l'or et les titres puis le , l'argent liquide qu'ils doivent déposer dans certaines banques. Ils ne peuvent retirer que 250 reichsmarks par mois. En est instaurée l’ dépendant directement du RSHA à Berlin. Le , les biens des Juifs ayant émigré sont saisis avec effet rétroactif pour les familles ayant quitté le territoire depuis le . Le , la spoliation concerne également les Juifs résidant encore sur le territoire. Le , la synagogue d'Esch-sur-Alzette est démolie. En juillet, la synagogue de Luxembourg est profanée (elle est détruite en 1943). Le , une nouvelle ordonnance exclut totalement les Juifs de la sphère publique. Ils doivent porter un brassard jaune au bras gauche. vignette|, siège de la Gestapo, boulevard de la Pétrusse à Luxembourg. En , la Gestapo, qui avait expulsé la communauté et transformé le couvent de Cinqfontaines (), y ouvre une maison de triage et de rassemblement pour les juifs du Luxembourg avant de les déporter dans les ghettos et centres de mise à mort de Theresienstadt, Litzmannstadt, Sobibor et Auschwitz Jürgen Michael Schulz, , in: Lieux de mémoire au Luxembourg. Erinnerungsorte in Luxemburg, 2008, éd., ; S. Kmec, B. Majerus, M. Margue, P. Peporte, éditeurs. éditions Saint-Paul, Luxembourg. . La (maison de retraite juive), comme la désignait l'occupant, ne pouvait contenir qu'une centaine de personnes. Très vite, elle accueille 400 personnes, pour la plupart âgées et malades.
Le , cent Juifs sont envoyés aux travaux forcés dans des carrières à Nennig, sur les chantiers de l'autoroute de l'Eifel ou dans les usines Paul Wurth.
Le , le port de l'étoile juive leur est imposé. Le , sur ordre d'Heinrich Himmler, il ne leur est désormais plus possible d'émigrer.
Le , le premier convoi de la déportation des Juifs du Luxembourg quitte le territoire pour le ghetto de Łódź. Le lendemain, la presse de propagande nazie déclare le pays judenfrei. Six autres convois quittent le Luxembourg, jusqu'au , date du dernier convoi vers Theresienstadt. 475 juifs ont été déportés via Drancy et 90 via le camp de rassemblement de Malines. Au total, 1289 personnes sont déportées, seules 69 survivent à la guerre.
Convois de la déportation des Juifs du Luxembourg vignette|485px|droite|Monument commémoratif à Cinqfontaines. Convois de la déportation N° Date des convois au départ du Luxembourg Déportés Survivants Destination 1 327 12 Ghetto de Łódź puis Chełmno 2 24 0 Izbica (Lublin) 3 24 0 Auschwitz 4 24 2 Theresienstadt 5 157 11 Theresienstadt 6 99 18 Theresienstadt 7 9 1 Theresienstadt Total 664 44 + Juifs déportés via Drancy 475 20 + Juifs déportés via le Camp de rassemblement de Malines 90 5 Auschwitz + Déportés hors convois 13 0 + Disparus 47 0 Total général 69
Libération
Le Luxembourg est libéré par les alliés le . Des 1289 déportés juifs, on ne dénombre que 69 survivants à l'issue de la guerre. Des recherches récentes de l'université du Luxembourg démontrent que le retour des juifs non luxembourgeois était souvent refusé.
Procès et jugements A la fin de la guerre, la justice luxembourgeoise ouvre 162 procès pour juger les criminels nazis. Il y a 44 condamnations à mort, 15 acquittements et 103 renvois. 5242 faits de collaboration font l'objet de poursuites par les tribunaux luxembourgeois et dans douze cas, la condamnation à mort est prononcée..
Gustav Simon est arrêté le . Il est incarcéré à la prison de Paderborn en attente de son transfert et de son procès pour crimes de guerre au Luxembourg. Pour échapper à la justice, il se pend dans sa cellule le . Sa dépouille est ramenée au Luxembourg pour identification. Son adjoint est condamné à sept années de réclusion. , le chef de l'Einsatzkommando de la police de sécurité du service de sécurité à Luxembourg est condamné à mort, gracié et renvoyé en Allemagne en 1957 ; son adjoint Walther Runge est condamné à mort par contumace et n'est jamais inquiétéÄnder Hohengarten, Die nationalsozialistische Judenpolitik in Luxemburg, 2004, .. Josef Ackermann, qui était responsable de l'aryanisation, est reconnu coupable et libéré dans les années 1950.
Richard Hengst (1903-1982), commissaire de la ville de Luxembourg () de à , était responsable de la police et le Sicherheitsdienst. Il est arrêté le par les Soviétiques et emprisonné, puis libéré en raison de ses blessures de guerre en . Le Luxembourg ne le poursuit pas.
Responsabilités et reconnaissances officielles En 2009, sous la présidence de , une commission spéciale pour l'étude des spoliations des biens juifs au Luxembourg pendant les années de guerre 1940-1945 remet son rapport. Il ne fait qu'effleurer une éventuelle collaboration de l'appareil administratif resté en place tandis que le gouvernement optait pour l'exilMaurice Ficks, interview de Steve Kayser, La «machinerie» de l'Holocauste au Luxembourg, Luxemburger Wort.
En 2011, Vincent Artuso défend une thèse de doctorat au Luxembourg et à la Sorbonne à Paris. Il transmet également un rapport final à Xavier BettelVincent Artuso, Rapport final : La « Question juive » au Luxembourg (1933-1941), L’État luxembourgeois face aux persécutions antisémites nazies remis à Xavier Bettel, premier ministre, le 9 février 2015.. Vincent Artuso met en exergue :
À la suite de ce rapport, le gouvernement luxembourgeois présente officiellement ses excuses à la communauté juive en 2015.
Le déni de la Shoah est désormais une infraction pénale au Luxembourg (art. 457-3 du code pénal).
Le le Gouvernement luxembourgeois signa un accord avec le Consistoire Israélite et la World Jewish Restitution Organization qui a comme objectif de régulariser les questions non résolues au niveau des spoliations des juifs au Luxembourg dans lequel l'Etat s'engage entre autres à acquérir et à sauvegarder le Couvent de Cinqfontaines pour y créer un centre éducatif et de commémoration de la Shoah.
Commémorations 300px|vignette|droite|Mémorial de la déportation à Hollerich. Depuis 2007, le ministère de l'éducation luxembourgeois organise en janvier un événement commémoratif relatif à la Shoah dans toutes les écoles, mission confiée depuis 2022 au Zentrum fir politesch Bildung (Zpb).
Depuis 2009, le Luxembourg comme la plupart des pays européens commémore le souvenir des victimes de la Shoah le , date de la libération d'Auschwitz. Cette commémoration a eu lieu pendant 6 ans à la gare de Hollerich, endroit qui n'avait pas de rapport avec la Shoah, mais qui est dédié, comme le Monument National de la Déportation adjacent, avant tout à la "déportation militaire" des enrôlés de force. Depuis plus de 20 ans, l'association "Témoins de la Deuxième Génération" organise des voyages à Auschwitz. Le a eu lieu - en présence de Grand-Duc et un grand nombre d'autorités - une cérémonie commémorant pour la première fois le train de déportation de Luxembourg-gare centrale à destination de Litzmannstadt (Lodz) comprenant 323 juifs, rejoints par 189 juifs de la région de Trêves. Cette cérémonie se répète depuis annuellement dans un contexte transfrontalier organisée par "grenzenlos gedenken" dans toutes les gares d'où les juifs embarquaient.
Depuis 2013, l'asbl MemoShoah, initiée par Henri Juda, organise des expositions, conférences et cérémonies de mémoire dans différentes communes du pays. Une centaine de pierres de mémoire ont été posées à leur initiative. Néanmoins de graves discussions eurent lieu dans la cité de Junglinster quand l'artiste Demnich posa des pierres pour des victimes de la Shoah avec des pierres pour des soldats enrôlés de force.