L'histoire de l'homosexualité est une histoire multiple. Elle regroupe diverses histoires différentes en fonction des aires géographiques, même si la mondialisation, en particulier culturelle, politique et sanitaire permet l'émergence d'une histoire mondiale de l'homosexualité. Les hommes et femmes homosexuels ont aussi une histoire parfois commune, parfois évoluant de manière parallèle. Enfin, l'histoire de l'homosexualité a de nombreux liens avec l'histoire de la bisexualité ou plus généralement des autres minorités sexuelles et de genre.

Histoire mondiale Jusqu'à la fin du , il n'y a pas d'histoire mondiale unifiée de l'homosexualité, mais des histoires locales définies sur des aires linguistiques, culturelles, religieuses et politiques.

Trois ensembles d'évènements vont aboutir à l'émergence d'histoires globales de l'homosexualité : le colonialisme européen, qui s'accompagne d'une diffusion du christianisme ainsi que du système de genre occidental en Amérique, en Afrique et en Asie ; l'émergence du premier mouvement homosexuel, qui évoluera par la suite en mouvement LGBT, et permettra de porter des revendications politiques dans le monde ; la mondialisation, qui permet à ce que les œuvres musicales, cinématographiques ou littéraires circulent à échelle globales ; et enfin, les pandémies, en particulier du Sida et du Covid-19, qui affectent toutes les communautés homosexuelles du monde.

Histoires régionales

Europe et Occident

Antiquité

vignette|Achille pansant Patrocle, sexe nu (Kylix à figures rouges du peintre de Sôsias, v. -500, Staatliche Museen, Berlin). Les sociétés préchrétiennes montraient plus ou moins de tolérance ou d'acceptation vis-à-vis des pratiques homoérotiques. Pour beaucoup d'entre elles, ces pratiques étaient toutefois très codifiées socialement, et tout écart vis-à-vis de ces normes pouvait être mal perçu, voire considéré comme délictueux. Par exemple, dans certaines cités de la Grèce antique, la pédérastie était pratiquée dans le cadre de l'éducation d'adolescents mâles, mais de façon généralement très codifiée. Ainsi, à Athènes, l'éraste, partenaire adulte, devait être actif dans la relation sexuelle, et l'éromène, adolescent, passif, faute de quoi la relation était considérée comme immorale. Par ailleurs, l'homosexualité exclusive demeurait quelque chose de rare, la pédérastie n'excluant absolument pas les relations avec les femmes ni la procréation.

On relève également que plusieurs sociétés antiques, comme la Grèce, ont encouragé la création de liens homosexuels dans certains corps d'armée entre des combattants expérimentés et leur disciple. L'on pensait alors que deux hommes amoureux se battraient avec plus de détermination et avec une plus grande morale. Le Bataillon sacré de Thèbes constitue un exemple classique de force militaire bâtie sur cette croyanceGay Warriors, by Burg, B. R., et al.; New York: New York University Press, 2002 ..

Un des plus célèbres exemples antiques d'homosexualité est sans doute Achille, héros de l'Iliade d'Homère : sa relation avec son cousin et écuyer Patrocle, ambiguë dans le texte homérique, fut considérée par les Grecs (en particulier Eschyle et Platon) puis les Romains de l'Antiquité comme un modèle d'amour entre hommes., tout comme la rage avec laquelle Achille reprend le combat à la mort de son tendre ami. Il s'agit là d'une liaison entre hommes du même âge, bien différente de la pédérastie rituelle. Cette histoire mythique servit plus tard à justifier la relation entre Alexandre le Grand et son amant Héphestion, XII, 7...

La religion juive semblait réprouver les relations homosexuelles, sans en faire pour autant un thème majeur (la seule mention presque explicite se trouve en Lévitique XX;13 : ).

Jésus n'aborde jamais ce thème dans l’Évangile, mais il est présent chez certains apôtres, notamment saint Paul, qui se livre à une diatribe extrêmement violente dans son Épître aux Romains (1, 18-31).

En conséquence, la christianisation de l'Empire romain va voir apparaître une méfiance progressive à l'égard des pratiques homosexuelles. En 342, les empereurs convertis Constance II et Constant Ier décrètent dans le Code théodosien : (IX, 7, 3). Cette répression concerne essentiellement les personnages nobles ou importants, et notamment les hommes d’Église : en 542, deux évêques, Isaïe de Rhodes et Alexandre de Diospolis, surpris en flagrant délit, sont amputés de leurs pénis et traînés dans les rues de Constantinople, pour servir d’exemple à tous les prélats et à la population.

Moyen Âge : de l'indifférence au puritanisme

vignette|La relation tendre entre Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste est considérée par de nombreux historiens comme relevant de l'homosexualité. Sur fond de tolérance des peuples germaniques — les lois du Haut Moyen Âge ne font aucune référence à l'homosexualité — la société chrétienne du Moyen Âge entretient des rapports ambigus à l'homosexualité, alors que le mode de vie (monastique ou chevaleresque) fournit un terrain souvent très propice aux amitiés charnelles..

Les Wisigoths répriment la sodomie homosexuelle lors du concile de Tolède tenu en 693 sous le règne du roi Égica, qui la sanctionne par une peine de castration (peine datant de Chindaswinthe, quelques dizaines d'années auparavant) pour les laïcs, mais seulement une peine de défroquage et d'exil pour les clercs délinquants, bien qu'Egica inclura la peine de castration aux clercs après le concile.

Si la doxa catholique réprime en théorie les actes homosexuels (notamment pour les clercs ayant prononcé des vœux de chasteté) dès les débuts de l’Église, dans les faits cette condamnation n'a que peu d'application concrète.. Des personnalités politiques telles que Charlemagne, l'archevêque de Canterbury ou le pape Léon IX sont conscients des mœurs légères en vigueur dans de nombreux monastères, mais refusent d'exclure les coupables de l’Église ou d'appliquer des peines en l'absence de circonstances aggravantes (viol, meurtre, pédophilie, débauche manifeste…). Plusieurs hauts dignitaires de l'Église purent ainsi mener de grandes carrières ecclésiastiques sans inquiétude, et des souverains tels que Richard Cœur de Lion. ne cherchèrent pas à dissimuler leur penchant.. De même, la littérature monastique connut plusieurs mouvements littéraires très empreints de références homoérotiques (notamment chez Baudri de Bourgueil, Marbode de Rennes ou Ælred de Rievaulx) sans que les autorités ecclésiastiques ne s'en inquiètent.

Au , la notion de — « sodomie » — est instituée en droit canon par Pierre Damien, mais il s'agit d'un concept complexe qui englobe de manière générale tous les comportements sexuels ne visant pas à la procréation : donc la pénétration anale, comme dans l’acception moderne du terme, mais aussi la masturbation ou la fellation (c'est encore le sens du mot anglais ). Le sexe des impétrants n'est d'ailleurs pas précisé, et la ligne de faille principale se situe plutôt entre l'amour chaste — la charité — et l’amour charnel, l’opposition traditionnelle entre pratiques sexuelles « naturelles » et « contre nature » s’inscrivant à cette époque dans une défiance généralisée à l’égard de la sexualité.

alt=|gauche|vignette|Castration pour homosexualité ou bestialité, Toulouse, 1296. C'est au qu'un changement de politique prend place dans l’Église., puis chez les souverains, dans le cadre de la lutte contre la montée des hérésies : les dortoirs des monastères adoptent des règles de surveillance plus strictes, et des peines commencent à être appliquées pour les coupables de sodomie, allant de l'amende au bûcher, mais le nombre de condamnations effectives demeure très faible.

La sodomie est alors souvent appelée « bougrerie ». Ce nom est dérivé du mot bougre ou boulgre, « bulgare », employé pour désigner les adeptes du bogomilisme (mouvement dont la Bulgarie est le foyer initial), réputés à la fois hérétiques et sodomites (ils nient plusieurs sacrements et en particulier le mariage)Article « bougre, esse, subst. », étymologie, Trésor de la langue française... Le terme est utilisé, avec cette double implication, à l’encontre des cathares, assimilés aux bogomilesArticle « bougre » du dictionnaire Littré.. Il existe donc une ambiguïté dans les textes entre la condamnation de l'hérésie et celle de la sodomie.

vignette|Exécution du chevalier de Hohenbourg et de son écuyer devant les murs de Zurich (1482). Vers 1260, le traité anonyme Livres de jostice et de plet indique ainsi :

En parallèle, l'amour charnel au sein du couple hétérosexuel commence à être valorisé comme métaphore de la relation unissant Jésus et son Église (ce sont les débuts de la sacralisation du mariage), dans une mystique carnaliste très novatrice par rapport aux périodes précédentes.

La répression de la sodomie s'accroît aux et siècles et l'accusation devient une arme politique efficace pour affaiblir des personnalités publiques. La torture est parfois infligée aux coupables d'actes homosexuels ou de sodomie (qu'on appelle alors « délit de l'épine du dos » ou tout simplement « délit de l'épine »).

Époque classique À la sortie du Moyen Âge, un adoucissement des répressions s'opère progressivement, notamment en Italie et en FrancePhilippe Contamine, « Pouvoir et vie de cour dans la France du : les mignons », in Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Volume 138, Numéro 2, 1994, , .. De nombreux personnages historiques, artistes, militaires, hommes d'Église, monarques, princes et ducs en France et à l'étranger furent encore accusés d'être homosexuels, à tort ou à raison, mais ce motif seul ne donna presque jamais lieu à des condamnations., d'autant que ces individus étaient pour la très large majorité mariés avec des femmes produisant descendance.. Ce fut par exemple en France le cas du roi Henri III, largement suspecté (et ouvertement accusé par les protestants puritains) d'accorder à ses nombreux « mignons » des faveurs pas uniquement politiques, ainsi qu’avec des moines selon le magistrat et historien Jacques Auguste de Thou : .

Alors qu'au l'accusation de sodomie pouvait encore ponctuellement constituer un motif de pression politique (qui obligea par exemple l'érudit humaniste Marc Antoine Muret à s'exiler), le début du et l'admiration pour les héros antiques aux amours masculines célébrées dans la littérature classique, ouvre la voie à un climat de tolérance voire d'admiration vis-à-vis des relations sentimentales entre hommes. Plusieurs grands artistes comme Jean-Baptiste LullyRobert Aldrich, Garry Wotherspoon, Who's who in gay and lesbian history: from antiquity to World War II, Routledge, 2003, 528 pages, , .. vignette|Monsieur (ici en robe), avec son frère Louis XIV. L'exemple le plus célèbre fut sans doute Philippe d'Orléans (1640-1701), « Monsieur, frère du Roi » (Louis XIV) et mari de « Madame » (Henriette d'Angleterre puis Élisabeth-Charlotte de Bavière), dont il eut respectivement quatre et trois enfants. Celui-ci avait en effet été éduqué d'une manière volontairement féminine par sa mère et le cardinal Mazarin, éprouvés par la Fronde, sans doute dans le but d'éviter toute velléité au trône de sa part. Il fut ainsi habillé en fille pendant la majeure partie de son enfance (et encore souvent à l'âge adulte), et invité à entretenir des relations sentimentales avec d'autres jeunes garçonsAbbé François-Timoléon de Choisy, Mémoires de l'abbé de Choisy habillé en femme. Il en existe des éditions modernes, comme celle de la Petite Bibliothèque Ombres (1998)., et conserva cette inclination toute sa vie, au vu de toute la cour.

L'un de ses principaux « mignons » fut le futur abbé François-Timoléon de Choisy, qui laissa à ce propos des Mémoires de l'abbé de Choisy habillé en femme, dans lesquelles il décrit sa relation avec Monsieur.