Les Demoiselles de village est une huile sur toile de Gustave Courbet, achevée en 1852, conservée à New York au Metropolitan Museum of Art.
vignette|Photographie par Gustave Le Gray, le Salon de 1852. Au centre le tableau de Courbet.
Description du tableau Au centre de la toile, trois jeunes femmes en tenue de ville offrent à manger à une petite fille habillée en paysanne et pieds nus. L'environnement consiste en un champ vallonné, où paissent deux vaches. On voit aussi un chien. La scène est entourée d'escarpements rocheux abrupts, les ciels sont bleus. C'est une journée ensoleillée ; l'une des trois jeunes femmes porte une ombrelle.
En bas à gauche, est inscrite en rouge la signature « G. Courbet ».
Histoire du tableau La trentaine passée, Courbet présente son tableau pour la première fois au public au Salon de Paris en sous le titre Les Demoiselles de village faisant l'aumône à une gardeuse de vaches dans un vallon d'OrnansBase Salons, musée d'Orsay.. Il est immédiatement acheté par le duc de Morny, nonobstant une polémique lancée par la presse et une partie du public. Par exemple, le critique d'art Théophile Gautier se montre réservé, trouvant la toile inaboutieLa Presse, 11 mai 1852.. D'autres, comme Gustave Planche, Eugène Loudun ou Louis Énault, jugent les règles de composition, en particulier celle de la perspective, ici comme bafouées ou travesties (la petitesse relative des vaches), et les jeunes femmes, , et . Le tableau allait être remontré en 1855 lors de l'Exposition universelle et provoquer à nouveau des réactions négatives, la critique portant cette fois son jugement sur le malaise que provoquerait cette . Cette toile fit autant parler de Courbet, sinon plus, qu'Un enterrement à Ornans. Elle fait partie, selon Michael Fried, des et participent d'une stratégie du scandaleMichael Fried, Le Réalisme de Courbet, Paris, Gallimard-NRF Essais, 1993 (présentation en ligne)..
En 1878, la duchesse de Morny le revend pour la somme de à l'hôtel Drouot. Il arrive aux États-Unis peu avant 1901. La filiale new-yorkaise de Paul Durand-Ruel l'expose en . Après quelques péripéties, il est offert par Harry Payne Bingham en 1940 au Metropolitan Museum of ArtGustave Courbet (1819-1877), catalogue de l'exposition de 2007, ..
Analyse Ce n'est pas la première fois que Courbet peint ses trois sœurs ensemble, la toile Les Trois Sœurs de Courbet, les Récits de la grand-mère Salvan (Minneapolis, Curtis Galleries) date de 1846-1847 et les montre en taille réelle et plein cadre. Par ailleurs, on connaît une étude préparatoire aux Demoiselles (Leeds, ) qui représente les mêmes personnages mais placés plus en retrait au fond du tableau, le tout étant dominé par la végétation, le paysageGustave Courbet, catalogue de l'exposition de 1977, Paris, RMN, .. En 1862, Courbet redessine le motif, mais avec des perspectives sensiblement différentes, pour une traduction à l'eau-forte publiée chez Alfred Cadart et Jules LuquetJanine Bailly-Herzberg, Dictionnaire de l'estampe en France (1830-1950), Paris, Flammarion, 1986, ..
Le paysage environnant correspond à des lieux existants du côté d'Ornans, le pays de Courbet. Ils lui inspirèrent d'autres peintures de paysage, avec ou sans présence humaine.
L'agressivité de la critique, son rejet du tableau, hormis les questions de composition, s'expliquent en situant le contexte historique et social de la France à la fin de la Deuxième République : alors que paradoxalement, c'est l'électorat des campagnes qui porte au pouvoir Louis-Napoléon Bonaparte et qui le soutiendra, empereur, jusqu'en 1870, la Franche-Comté, ici représentée, demeurera une région profondément rebelle, attachée au idées républicaines. Certains ont vu dans cette première « toile de la provocation » le début d'un engagement politique chez Courbet qui prend racine à la fois dans son terroir et dans la représentation des rapports de classe. Ce rapport prend chair dans un échange de regard lourd de défiance entre le chien des demoiselles — le canidé de luxe incarnant ici l'arrogance d'une bourgeoisie dominante — et les jeunes veaux sur leurs gardes, allégorie du monde paysan opprimé au bord de l'insurrectionDominique Massonnaud, « Le Désarroi critique : les affirmations polémiques comme négation de l'art », in Figures de la Négation, Textuel, n°29, 1995, p. 58.. Le spectateur nanti parisien de 1852 est forcé ici de regarder en face les gens de la campagne. Par ailleurs, cette toile se veut en définitive morale en figurant la vertu : ne jugeant pas, ne prenant pas parti, convoquant un thème archétypal, ici manifesté par le geste universel de l'aumône, la générosité, le don, loin des canons esthétiques catholiques magnifiés en gros plan par d'autres peintres, adoptant une distance, abolissant la mièvrerie et le fini glacé des toiles académiques, surdimensionnant les formats et les lignes, la toile provoqua un véritable rejet, en tant qu'elle est une sorte de révélateur d'un malaise sociétal. Cette campagne, au fond, n'est pas si tranquille, idéale, pacifiée : la ville bourgeoise la voit comme un ennemi potentiel, une souillure, au moment où, s'enrichissant par l'industrie, elle enterre l'idéal révolutionnaire de 1848.
Annexes Notes et références
Bibliographie .
Voir aussi Les Demoiselles des bords de la Seine (été)
Liens externes
Catégorie:Tableau de Gustave Courbet Catégorie:Tableau réalisé en 1852 Catégorie:Scène de genre Catégorie:Portrait de famille Catégorie:Portrait de femme du XIXe siècle Catégorie:Enfant dans la peinture Catégorie:Femme dans la peinture Catégorie:Ombrelle ou parapluie dans la peinture Catégorie:Chien dans la peinture Catégorie:Bovin dans la peinture Catégorie:Œuvre exposée au Salon de 1852 Catégorie:Œuvre de Gustave Courbet au Metropolitan Museum of Art Catégorie:Tableau conservé au Metropolitan Museum of Art