Le Briançonnais dispose d’une flore remarquablement riche, adaptée au climat de la région, et composée de nombreuses variétés que l’on retrouve dans diverses zones climatiques en Europe. Depuis des siècles, les habitants locaux utilisent ces plantes selon leurs différentes propriétés, pour se soigner soit de manière préventive, soit de manière ponctuelle.

Cultivées ou récoltées dans la nature, ces plantes sont traitées selon des procédés différents pour en préserver au maximum les attributs. La relation aux plantes était auparavant quasi-quotidienne et les savoirs liés à leurs usages se transmettaient au sein des familles et des communautés. Aujourd’hui, les pratiques médicinales relatives aux plantes de la région sont extrêmement restreintes et les usages se raréfient. Toutefois, certains experts, ethnobotanistes et passionnés, maitrisent encore ces savoirs anciens.

Inventaire du patrimoine patrimoine culturel immatériel en France Le Ministère de la Culture recense la liste des fiches d'inventaire des savoir-faire du patrimoine culturel immatériel en France, et notamment la fiche du savoir-faire du Briançonnais : les plantes médicinales.

Identification de l'élément Type d'élément selon la classification Unesco traditions et expressions orales connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers Communauté(s) et pratiques concernant la nature et l'univers Jusqu’au milieu du 20e siècle, les habitants du Briançonnais utilisaient habituellement les plantes à des fins médicales. De nos jours, ce sont principalement des personnes âgées, des ethnobotanistes et des passionnés qui détiennent les savoirs liés à ces pratiques.

Plusieurs acteurs du Briançonnais, contribuent à la pratique et transmission de ces savoirs et savoir-faire : Denise Delcour (1910-2013) a établi un travail ethnographique extensif sur la médecine populaire des hautes vallées briançonnaises, en interrogeant plus de soixante-dix personnes dans le but d’inventorier ces savoirs. Les principaux résultats de ces enquêtes sont publiés dans l’ouvrage Plantes et gens des Hautes. Les Coll Buissonnière est une association créée à l’Argentière-la-Bessée par Dominique Coll, ethnobotaniste, en 2002. Cette association organise des visites et ateliers permettant de connaître les plantes sauvages et leurs utilisations médicinales : c’est aujourd’hui l’un des acteurs qui propose des activités associées à la transmission des savoirs et savoir-faire liés aux plantes, ainsi qu’à leur adaptation aux usages plus contemporains. L’association remarque un intérêt croissant des gens vis-à-vis de ces connaissances et un désir de s’en réapproprier. Les fins sont multiples : connaissance de la flore locale, usages médicaux, production de teintures végétales… L’association Pulsatille, dont le nom vient d’une plante de montagne, propose des activités de découverte des plantes dans le Briançonnais. Cette association fondée autour de la botanique a pour vocation de faire découvrir la flore de la région, lors de randonnées ou de stages.

Localisation physique de l'élément Cette fiche recense l’utilisation des plantes médicinales dans la région du Briançonnais. Cette région, située dans le département des Hautes-Alpes, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, comprend la ville de Briançon, et les villages environnants dans un rayon de dix kilomètres.

Les Hautes-Alpes se situent à la limite géographique des milieux alpins et méditerranéens, ainsi la flore locale regroupe des plantes méditerranéennes, septentrionales et arctiques : c’est une des flores des plus riches d’Europe. En particulier, le col du Lautaret, au nord de la région, est une barrière climatique qui arrête la progression de l’air humide. Le climat est ainsi tout à fait adapté au traitement des maladies pulmonaires.

L’utilisation des plantes locales à des fins médicales est typique du Briançonnais, mais aussi de nombreuses autres régions françaises et du monde. De nos jours, de nombreux intérêts économiques s’attachent aussi à ces connaissances précieuses. En effet, .

Description de l'élément Dans cette région montagneuse, les habitants ont dû, de tout temps, s’adapter à consommer une quantité plus faible d’oxygène du fait de l’altitude. Leurs organismes devaient être en mesure de supporter des températures plus froides que dans certaines autres régions françaises. { "type": "FeatureCollection", "features": [

"type": "Feature", "properties": {}, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [ 6.6418557486031, 44.900601901329 ]

},

"type": "Feature", "properties": {}, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [ 6.645240726829799, 44.900688431860935 ]

] }Jusqu’à la moitié du 20e siècle, maintes maladies étaient traitées grâce aux plantes dans le Briançonnais. Les habitants pouvaient consommer les plantes pour prévenir une maladie ou pour effectuer une thérapie immédiate. Denise Delcour définit les connaissances des habitants du Briançonnais comme une « pharmacopée populaire », s’appliquant aux remèdes végétaux, animaux et minéraux. Les connaissances liées à ces usages étaient largement partagées. Les femmes utilisaient les plantes à des fins gynécologiques, pédiatriques ou digestives, quand les hommes s’en servaient plus généralement pour guérir des problèmes traumatiques. D’autres types de maladies étaient régulièrement soignés grâce aux propriétés des plantes médicinales : les maladies respiratoires, gastro-intestinales, les maux dentaires, sensoriels, etc. Selon les besoins particuliers, chaque habitant possédait sa propre réserve de préparations. Celles-ci étaient administrées en fonction du mal-être manifeste de chacun. Ces réserves devaient être préparées chaque année, car les plantes perdaient au terme d’une dizaine de mois leurs qualités médicinales. Ce n’était que lorsque les plantes étaient mélangées à des liqueurs ou des digestifs qu’elles pouvaient être conservées plusieurs années.

Les plantes devant être collectées étaient ensuite conservées en prévision des périodes hivernales : elles étaient généralement mises à sécher dans des bocaux de verre. Les femmes étaient les principales garantes de ces préparations, qu’elles mettaient parfois de nombreuses heures à concocter. Les mères de famille portaient un soin tout particulier à cet exercice, car il garantissait le bien-être de leur entourage. Le ramassage et la conservation des plantes sauvages représentaient également, pour certains habitants, un revenu supplémentaire.

Malgré certains savoirs qui deviennent de plus en plus rares, ces connaissances perdurent aujourd’hui et sont transmises par les différents acteurs mentionnés. Les espaces de récolte

Les plantes récoltées sur les hauteurs comprennent : Les plantes des pentes sèches comme l’églantier, le genévrier, l’hysope, la lavande, le millepertuis, le prunellier ou les vipérines. Les plantes provenant des alpages ou des limites des forêts : l’arnica, la gentiane, le mélèze, la myrtille, la pensée de montagne, le pied de chat, le pin, le sapin, le serpolet, le tussilage et la valériane. Les plantes se trouvant sur les sommets comme les trois genépis.

Les plantes récoltées dans les bas comprennent : Les plantes issues des bordures des maisons comme l’absinthe, l’armoise, la bardane, la bourrache, la camomille, la chélidoine, le chiendent, les épinards sauvages, le noyer, les orties, le sureau noir, le sureau rouge, la tanaisie ou le tilleul. Les plantes que l’on trouve dans les prés comme la bourse à pasteur, la grande consoude, la guimauve, le laiteron, l’oseille, le pissenlit ou la sauge des prés. Les plantes issues des terres labourées comme le bleuet, le coquelicot, la doucette, la pensée des champs ou la prêle des champs. Les plantes provenant des zones humides comme le cresson, la menthe sauvage, l’oseille ou la reine des prés. Les plantes trouvées sur les talus ou les chemins comme l’absinthe, l’achillée millefeuille, l’aigremoine, l’armoise, la bardane, la bourrache, le bouillon-blanc, le cerisier mahaleb, le cerisier sauvage, la chélidoine, l’épine-vinette, le frêne, le genévrier, la guimauve, la mauve, le millepertuis, le plantain ou la verveine officinale. Enfin certaines plantes peuvent être issues directement des cultures comme l’ail, la camomille romaine, la carotte, le cassis, le chou, le lys, la mélisse, la menthe, les oignons, la sauge officinale.

Deux types de plantes peuvent être différenciées : les plantes sauvages et les plantes cultivées.

Les formes d'administration Les traitements peuvent s’effectuer par voie interne ou par voie externe.

Les remèdes à usage interne sont nombreux : Manger certaines plantes procure nombre de bénéfices : les myrtilles soignent les maux de ventre, quand l’ail a des fonctions curatives. Les lavements : les Briançonnais pratiquaient des lavements avec de la mauve ou de la guimauve. Les inhalations : l’absorption se fait seulement par les voies respiratoires, se pratiquent avec, par exemple, de la bourrache, dans le but d’apaiser les fièvres. Les tisanes et les macérations : l’absorption se fait avec des alcools ou des huiles. Les racines de gentiane ou le genièvre étaient couramment utilisées à cet effet. Les tisanes pouvaient être bues trois fois par jour, quand les liqueurs et autres alcools devaient être servis avec plus de parcimonie.

Les remèdes à usage externe s’appliquent sous différentes formes : Des bouquets suspendus au plafond, des colliers expressément confectionnés : la simple odeur des plantes constitue un pouvoir agissant. Application par friction, comme dans le cas de l’arnica où il faut frotter énergiquement sur la partie du corps douloureuse. Les cataplasmes, qui sont des préparations pâteuses destinées à être appliquées sur la peau, et permettent de soigner les inflammations, les infections ou les plaies. Les bains, comme par exemple le bain au tilleul, qui aide à faire baisser les fortes fièvres. Les fumigations, vapeurs qui résultent d’un feu, peuvent être également utilisées. Auparavant, les fumigations servaient aussi pour des pratiques vétérinaires : lorsqu’une vache mettait bas, de la lavande était brulée durant plusieurs jours. Des pommades sont aussi conçues : de l’huile ou du beurre mélangés aux plantes pour ensuite être appliquées sur des corps humains ou animaux.

Des exemples d’usages des plantes du Briançonnais Un entretien avec Dominique Coll, ethnobotaniste et fondatrice de l’association Les Coll Buissonière, a permis d’identifier des exemples de plantes encore employées par les Briançonnais, en raison de leurs propriétés médicales : Genépi (Artemisia galcialis, A. genipi, A. umbelliformis): Le genépi est une plante qui est encore récoltée par beaucoup d’habitants de la région. Elle est généralement associée aux coups de froid et à la convivialité. Bien qu’un usage industriel se soit établi autour de cette plante, la transformation est toujours effectuée par les Briançonnais. Traditionnellement, la recette des trois 40, soit 40 brins et 40 sucres pendant 40 jours, est employée ; mais d’autres méthodes ont vu le jour. La quantité de sucre est parfois diminuée, la macération peut se faire avec une cocotte-minute, ou les brins sont suspendus au-dessus d’un récipient d’alcool. Généralement, il faut 4 à 5 heures de marche pour arriver sur le lieu de ramassage. Les habitants de la région n’ont cependant pas le droit de vendre cette plante, et la récolte est encadrée (100 brins par personne). Le moment de la récolte constitue un vecteur de transmission des savoirs.