La Bourse des valeurs de Turin est une Bourse des valeurs fondée en 1851 par Cavour, sous la forme d'un marché régional d'actions et d'obligations, situé à Turin, dans la province du Piemont en Italie.
Histoire Les débuts en 1850 La Bourse de Turin a été fondée par la loi du Histoire du Risorgimento et de l'Unification de l'Italie par Cesare Spellanzon, Ennio Di Nolfo - 1965, page 714, et a commencé à travailler le , afin de contribuer à la diffusion cruciale de l'esprit d'entreprise. Elle a été voulue par Camillo Cavour, homme d'État piémontais, important partisan et acteur de l'unité italienne, malgré les critiques de beaucoup de ceux qui craignaient les excès de l'esprit spéculatif.
Elle met à la cotation, dès ses débuts, l'action de la « Compagnia di Illuminazione a Gaz per la Città di Torino », l'entreprise qui en 1856 fusionne avec la Società Anonima Piemontese par l'Illuminazione Gaz Di Torino, créant Gaz Luce Di Torino Società, chargée de développer le réseau de distribution à gaz, de faire des améliorations à ses systèmes et de créer de nouveaux centres de stockage. Parmi les autres premières sociétés cotées, Ansaldo, société industrielle italienne, créée à Sampierdarena à côté de Gênes, lors du rachat des établissements Meccanico en 1853, qui sera la première capitalisation du Royaume du Piedmont.
La "Car mania" du début du La bulle spéculative En , Fiat se dote d'un capital de 0,8 million de lires "La Dynastie Agnelli", par Pierre de Gasquet, aux Éditions Grasset, 2006 . Giovanni Agnelli n'a que 150 actions pour une valeur totale de 30000 lires. En 1903, l'action est introduite à la Bourse des valeurs de Turin et monte immédiatement de 25 lires à 425 lires. Adolphe Clément-Bayard s'implante à Turin en 1904 et Alexandre Darracq à Milan en 1906, dans un établissement qui sera racheté par des Italiens en 1909 devenir Alfa-Romeo"Une industrie nouvelle : l'automobile en France jusqu'en 1914", par Patrick Fridenson dans la Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine en 1972 .
En 1905, l'espoir de dividendes significatifs chez Fiat encourage la spéculation et en l'action atteint 2450 lires"Fiat, Crysler, and the power of a dynasty, par Jennifer Clarke, 2011, page 37. Fiat vient d'annoncer un profit de plus de 2 millions de lires pour 1905, assorti d'un dividende de 50 lires, soit deux fois son cours d'entrée en Bourse de 1925"The Automobile Revolution, the impact of an industry" par Jean-Pierre Bardou, 1982.
Fondé en , le magazine américain , qui veut couvrir la transition technologique mondiale permise par l'automobile, décrit aussi l'action de la société Züst SpA du constructeur Roberto Züst, d'origine suisse, qui avait ouvert en 1905 une seconde usine à Milan pour des véhicules commerciaux et en 1906, une filiale à Brescia, appelée Brixia-Züst, pour la fabrication de voitures plus économiques que celles de la maison mère. Son action grimpe de 560 à 760 lires au cours de la seule journée du , puis s'envole à 1175 lires quatre jours plus tard"", page 518 .
L'action d'Isotta Fraschini, constructeur automobile italien de luxe, créée à Milan le par Cesare Isotta et les frères Vincenzo, Oreste et Antonio Fraschini, grimpe à 520 lires et Fiat atteint 756 lires. La période de fut ainsi en Italie celle des plus grandes spéculations sur les voitures à moteur, particulièrement sur la Bourse de Turin The Economist 1908, mais également à Milan et Gênes, car les courtiers offrent les actions sur chaque place. Très inquiètes de ces spéculations, la Bourse des valeurs de Milan interdit les transactions à crédit pour tous ces membres sur toutes les actions le . Mais d'autres actions automobiles font leur apparition, le même jour, sur la Bourse des valeurs de Turin.
L'action Fiat connait un nouvel envol à nouveau à l'été 1906. Les espoirs sont à moitié récompensés : Fiat produit 1149 voitures en 1906. En 1906, les effectifs de Fiat s'élèvent à 1500 salariés et elle achète la société Ansaldi.
Les difficultés Dans les mois qui précèdent la crise d' à Turin, l'automobile est affectée par un boom des cours des matières premières, notamment le cuivre, qui fait monter les coûts de production plus vite que les ventes. Les investisseurs découvrent une crise de surproduction: la clientèle de luxe est saturée et les constructeurs doivent s'atteler au problème des véhicules populaires et des poids lourds. L'Italie a une trentaine de constructeurs automobiles à cette époque et quasiment tous sont de spécialistes du haut de gamme, souvent exporté, qui fait le bonheur du salon de Turin, du 3 au , marqué par le lancement de l'Aquila Italiana Cappa. Les 2500 salariés de Fiat exportent alors les deux tiers de leur production. En , une grève dans la région de Turin sur le premier accord prévoyant que les ouvriers peuvent élire cinq représentants par usine"Antonio Gramsci: Vivre, c'est résister", par Jean-Yves Frétigné Armand Colin, 2017.
En 1907 apparaît une mévente à l'exportation"Bandiera rossa: Un siècle d'histoire du Mouvement ouvrier italien" par Marc Brianti, Éditions Connaissances et Savoirs, 2007. Le propriétaire de l'entreprise mécanique « Savigliano », Moreno, refuse d'appliquer les accords passés à Turin entre ouvriers et patrons de l'industrie automobile, car il a des stocks. Ses ouvriers se mettent en grève, de mai à , appuyés à partir de juillet par les 800 ouvriers de l'établissement de Moreno à Turin à la suite d'un référendum interne. La Ligue industrielle, créé en , dirigée par le franco italien Luigi Craponne, et présidée par Giuseppe Mazzini industriel ayant travaillé pour Fiat, membre du PNF et sénateur, veut "donner une leçon aux grévistes" et déclenche en représailles son premier lock-out de 48 heures les 1, 5 et .
Parallèlement, la Panique bancaire américaine de 1907 éclata à la mi- après une tentative ratée de corner sur les actions de la compagnie United Copper. Les banques qui avaient prêté de l'argent pour réaliser le corner furent victimes de retraits massifs, qui se propagèrent aux établissements affiliés, causant en l'espace d'une semaine la chute de la société fiduciaire Knickerbocker Trust Company, troisième établissement en importance de ce genre à New York. Cette chute causa une vague de paniques parmi les établissements financiers de la ville lorsque les banques régionales commencèrent à retirer des fonds de New York. La crise a en fait été précédée par une baisse très importante des actions des sociétés produisant des métaux, celle du géant de l'acier US Steel ayant par exemple perdu la moitié de sa valeur dès le , deux jours avant le corner sur United Copper"Histoire des crises et des cycles économiques: Des crises industrielles du aux crises actuelles", par Philippe Gilles, aux éditions Armand Colin, 2009: ActionsUS SteelUnion PacificGeneral ElectricPlus haut de
Fin 1907, l'action Fiat s'effondre ensuite à seulement 17 lires, ruinant des milliers d'actionnaires, parmi lesquels la famille de l'un des fondateurs, Emanuele Cacherano di Bricherasio, qui avait été l'un des premiers représentants de la noblesse italienne à comprendre le potentiel de l'industrie mécanique, surnommé le «compte rouge» pour ses idées progressistes et modérées, qui avait trouvé la mort mystérieusement le . La chute du cours sera expliquée par les méventes sur le marché américain, selon le principal créancier, la Banque de Turin. Cours de l'action Fiat à Turin de 1907 - Volume 20,Partie 2 - Page 900: MoisjanviermaiaoûtoctobreCours505410200804034,5
Un rapport du Parlement britannique s'intéresse au phénomène, pour constater que "l'opinion publique a changé son regard sur l'investissement dans les actions automobiles", qui compennent "de nombreux petits constructeurs, à côté des noms bien connus comme Fiat, Itala, et Diatto—Clement"Great Britain. Parliament. House of Commons - 1907. En 1905, Vittorio et Pietro Diatto, patrons du constructeur le plus ancien du monde et précurseur de l'automobile, vendaient des voitures Clement-Bayard sous licence et avaient persuadé Adolphe Clément-Bayard de devenir président d'une filiale dotée d'un capital de 1,5 million de lires.
L'action de Isotta Fraschini, constructeur italien historique, reconnu pour ses productions de luxe, s'effondre aussi. La première entreprise de Milan, n'est sauvée que par l'intervention de la société française Lorraine-Dietrich qui lui avance des sommes considérables et en prend le contrôle en 1907, jusqu'en 1911.
Aux États-Unis, William C. Durant, qui a pris les commandes de Buick en 1904, a fait monter la production annuelle de 37 à automobiles en 3 ans. Le Modèle D, première Buick à quatre cylindres, est produit par l'usine ouverte en 1906 à Flint à 4641 exemplaires un an après l'inaugurationDurant's Right-Hand Man par Paul Arculus, FriesenPress, 2011, page 108. Buick vend aussi des moteurs à la McLaughlin Motor Car canadienne, avec qui elle a pris une participation croisée, par l'échange d'un demi-million d'actions, et profite du réseau national de Dort, société familiale alliée à Durant, qui vend près de 100.000 calèches en bois par an.
Le , Durant commence à négocier avec Henry Ford, Benjamin Briscoe, fondateur de Maxwell Motor, 3785 voitures produites en 1907 avec pour la première fois des 4 cylindres, qui vient d'ouvrir la plus grande usine du monde, à New Castle (Indiana)Durant's Right-Hand Man par Paul Arculus, Friesen Press, 2011, page 123 et Ransom Eli Olds, fondateur de REO Motor (3967 produites voitures en 1907, qui figurait parmi les quatre constructeurs automobiles les plus importants des États-Unis). Il s'agit de racheter une vingtaine de marques pour créer un géant mondial. Le banquier John Pierpont Morgan, qui vient de sauver Wall Street de la Panique bancaire américaine de 1907 est cependant réticent, car il faut six millions de dollars.
D'abord intéressé, Henry Ford décline, car il prépare le lancement de sa Ford T. Le , le New York Times dévoile ces négociations, estimant qu'une fusion Buick-Maxwell Motor suffirait à créer un leader mondial, mais ces fuites indisposent JP Morgan, qui refuse de soutenir l'opération.
Du coup, General Motors est capitalisé par Durant le sous forme de holding. Son gendre, le Campbell, fils d'un grand négociant en céréales, se charge de placer en Bourse de Chicago pour un million de dollars d'actions "Chicago Buick"mémoires de Samuel McLaughlin, citées par Paul Arculus, FriesenPress, 2011, page 119. La société achète Oldsmobile peu après, puis en 1909 Cadillac, Cartercar, Elmore, Ewing, Oakland (futur Pontiac), Reliance Motor Truck Company d'Owosso, dans le Michigan, et la Rapid Motor Vehicle Company, de Pontiac, Michigan Histoire de General Motors et une dizaine d'autres marques, s'endettant pour près de 1 million de dollars pour réaliser ces acquisitions, ce qui va freiner l'expansion du nouveau groupe, appelé GM, face à Ford.
Le sauvetage de Fiat et le procès contre ses dirigeants Une association de banques, menées par Banca Commerciale vient au secours de Fiat et décide d'annuler les actions existantes, puis d'approuver une nouvelle émission d'actions, à 65,85 lires contre un cours de 34,19 lires. Le constructeur avait avant la crise un capital de 8 millions de lires (2 millions de dollars). L'opération a rendu le contrôle de l'entreprise à Giovanni Agnelli. Les comptes de 1907 révèlent une perte de 5,92 millions de lires et la disparition du dividende.