La SS « Handschar » ou la division « Handschar » (dernière appellation allemande : la 13. Waffen-Gebirgsdivision der SS « Handschar » (kroatische Nr.1) ; soit en traduction littérale : « de montagne de la Waffen-SS « Handschar » (croate ) ») est l'une des 38 divisions de la Waffen-SS durant la Seconde Guerre mondiale.

Elle était composée presque entièrement de Bosniaques musulmans de Bosnie, alors annexée par l'État indépendant de Croatie. La division ne fut surnommée « Handschar » (en bosnien, ) qu’à partir de Sylvain Boulouque, La 13e division SS en Bosnie, mythes et réalités, nonfiction.fr, 8 juillet 2020, en référence au cimeterre turc, usuel dans la région, cimeterre qui apparaît d'ailleurs sur l’emblème de la division.

Le grand mufti de Jérusalem, Mohammed Amin al-Husseini ainsi que le mufti de Mostar participèrent activement au recrutement de ses membresMagazine l'Histoire , mars 1998.

Nature spécifique de la division thumb|upright=1.28|Le grand mufti de Jérusalem, Hadj Amin al-Husseini, passant en revue une unité de la SS Handschar, alors stationnée en Silésie pour entraînement (). La division Handschar était composée majoritairement de musulmans bosniaques, en partie recrutés dans les rangs des milices autonomistes musulmanes malgré les réticences de l'État indépendant de Croatie d'Ante Pavelić, mais aussi composée de quelques catholiques Croates et d'Allemands (Volksdeutsche) de Croatie afin d'atteindre le nombre minimal requis de ..

La formation d'une division SS musulmane peut apparaître étrange au vu des critères raciaux, physiques et psychologiques très stricts en vigueur dans la Waffen-SS. En , Heinrich Himmler s'inquiétait déjà de l'affaiblissement de ces critères d'incorporation. Mais le besoin de disposer de troupes toujours plus nombreuses a permis cet assouplissement. La défaite de Rommel à El-Alamein, le débarquement en Afrique du Nord et la reddition de la de Friedrich Paulus à Stalingrad ont mené à une évolution dans la composition des divisions Waffen-SS en avec l'approbation du Führer. Pour justifier cette décision en contradiction avec les théories qu'il défendait, Heinrich Himmler, proposant lui-même la création de cette division, prétendit que les musulmans bosniaques étaient à l'origine des Goths donc des aryens... La propagande allemande crée également à cette occasion le terme de « germano-musulman ».

L'uniforme de la division Handschar présente deux particularités : le port du fez, avec la tête de mort (Totenkopf), traditionnel emblème de la SS ; sur le col de chemise, les Sieg Rune sont remplacées par un cimeterre (en bosnien, ; en transcription allemande : « Handschar ») et une croix gammée.

Ces particularités vestimentaires sont portées dans le carnet militaire des soldats, notamment afin de justifier du port du fez lors des permissions en Allemagne en cas de rencontres avec la Feldgendarmerie.

Contrairement aux autres divisions de la Waffen-SS, dans lesquelles la religion n'est pas prééminente, la division « Handschar » est encadrée par des imams et des mollahs, et les soldats font régulièrement les prières musulmanes.. Himmler, une fois la troupe formée, s'intéresse de plus près à la religion musulmane, s'enquiert des rites et coutumes de ces soldats. Il déclare même que cette religion, qui promet le paradis aux soldats mourant dans l'honneur au combat, est bonne pour le moral des troupes.

Histoire Après la chute de Sarajevo, le , l'État indépendant de Croatie (, le NDH) est créé sur une partie des territoires des actuelles Croatie, Bosnie-Herzégovine et Serbie (la Syrmie). Ante Pavelić, chef des Oustachis, y est installé à sa tête.

Dès le , Mile Budak, ministre de la Culture et de l'Éducation du nouvel État, proclame que les musulmans sont partie intégrante du NDH en tant que Croates mahométans. Le au centre de Zagreb est converti en mosquée sous ordre de Pavelić.

Au même moment, les Bosniaques musulmans proclament trois fatāwa dénonçant les mesures prises par les Oustachis envers les Serbes et les Juifs, à Sarajevo en , à Mostar en 1941, et à Banja Luka le Stephen Schwartz, The Jews, the Serbs, and the Truth, front page mag.

Dès la fin 1942, le Reichsführer-SS Heinrich Himmler propose à Hitler de former une division SS musulmane en Bosnie-Herzégovine, à l'instigation du grand mufti de Jérusalem, el-Hadj Amin al-Husseini. C’est seulement le que Hitler donne son accord quant à la constitution de cette formation de la Waffen-SS. Le jour-même, Himmler charge le SS-Gruppenführer Artur Phleps, alors commandant de la division « Prinz Eugen », de mener à bien le recrutement de la nouvelle unité. Malgré les réticences des autorités croates, Artur Phleps obtient finalement de celles-ci leur accord à condition que les effectifs soient prélevés au sein des Oustachis, le parti de Pavelić, et que la nouvelle division prenne la dénomination de « SS-Ustascha Division Kroatien » voire de « division « Bosnien-Herzegovinien ». .

Très vite, cette unité de montagne prend des attributs distinctifs : cimeterre recourbé et croix gammée au col des uniformes à la place des S runiques (22x22px), port du fez Au mois d’, le grand mufti de Jérusalem se rend sur place afin d’inciter les musulmans à rejoindre la Waffen-SS. Environ se présentent mais le recrutement stagne face à l’obstruction de Pavelić. En effet, celui-ci accuse les Allemands de lui prendre les recrues dont il a besoin pour sa propre armée. Il suppose surtout que cette unité risque de développer certaines idées autonomistes chez les musulmans de Bosnie et remettre en cause l'unité de son État indépendant de Croatie. Finalement, ce sont les unités oustachies qui sont affectées dans les rangs de la nouvelle unité de Waffen-SS (cadres verts, bataillon de Hussein Miljkovic).

L’organisation de la nouvelle division de montagne de la Waffen-SS est confiée au SS-Standartenführer . L’encadrement devait être assuré par des officiers musulmans mais, à défaut de ceux-ci, il est assuré par des Volksdeutsche yougoslaves (du Banat) provenant de la division « Prinz Eugen » auxquels sont adjoints des officiers musulmans formés dans les écoles de la SS, comme Sennheim (Cernay en Alsace) et la SS-Junkerschule Bad Tölz en Bavière.

Face au manque de tact de Obwurzer envers ces volontaires, il est démis de ses fonctions de commandant de la division, et remplacé par le SS-Oberführer Karl-Gustav Sauberzweig, début ..

Le représentant de Himmler dans l'État indépendant de Croatie, le SS- Konstantin Kammerhofer, est chargé par celui-là de reprendre en main le recrutement. Le Reichsführer-SS lui accorde un mois pour lever les nécessaires à la constitution de la division, plus de Reichsmarks pour relancer la campagne de recrutement. Konstantin Kammerhofer finit par convaincre Ante Pavelić, qui donne son accord quant à l’enrôlement des musulmans. Malgré tout, le nombre de volontaires demeure insuffisant et il est fait recours à la conscription (rétablie par le gouvernement croate) mais aucun recrutement forcé n'est observé, comme l'attestent les archives militaires allemandesBA/MA, RS 3-13. Des Albanais du Nord sont incorporés, ainsi que croates, ce qui ne manque pas de provoquer des tensions au sein de l’unité. En définitive, le nombre maximal de soldats au sein de la Handschar est atteint à la fin de avec .

Entraînements et constitution finale de l'unité

thumb|250px|Des soldats Bosniaques de la division Handschar dans le Sud de la France lisant une brochure intitulée L'Islam et le Judaïsme (). Face aux risques de désertions et surtout à l’hostilité des populations locales, il est décidé que l'activité de formation des troupes ait lieu en France, se répartissant sur six départements du Massif central (Puy-de-Dôme, Cantal, Haute-Loire, Aveyron, Lozère et Corrèze) car le relief de la région est proche de celui de la Yougoslavie. Le transfert a lieu tout au long des mois de et . Le poste de commandement de la division est installé au Puy et son dépôt à Mende.

La rude discipline imposée aux volontaires de la SS ne semble pas convenir aux jeunes Bosniens. Heinrich Himmler est amené à réagir et c’est en ce sens qu’il adresse une lettre à Artur Phleps et Konstantin Kammerhofer dans laquelle il insiste sur le fait que les musulmans « doivent être en mesure d’accomplir les préceptes de leur religion » et que les auteurs de plaisanteries à l’égard des musulmans doivent être punis : une véritable exception dans un corps national-socialiste très influencé par la mystique germano-païenne.

Les musulmans de l'unité sont autorisés à suivre les préceptes de l'islam. Il fait donner des cours de cuisine sans porc ni alcool aux services de ravitaillement ; des vivres de remplacement leur sont attribués (selon la directive de Himmler). Les impératifs religieux acceptés sont : la prière cinq fois par jour en étant tourné vers La Mecque, l’encadrement religieux, soit un mollah (docteur de la loi coranique) par régiment et un imam (chef religieux) par bataillon. Le , Hitler promulgue les dispositions suivantes :

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La SS Nord a reçu l'ordre de l'Office principal de commandement SS (SS-Führungshauptamt, SS-FHA) de céder une partie de son armement et de son personnel pour la constitution de la SS Handschar mais aussi pour la SS Hohenstaufen et la SS Frundsberg au grand dam de la dont la SS Nord faisait partie en Scandinavie..

La mutinerie de Villefranche-de-Rouergue () Dans la nuit du au , un peu après minuit, pendant que l'un des bataillons de la division (le SS-Gebirgs-Pionier-Bataillon 13) est en garnison à Villefranche-de-Rouergue, en France, un groupe de recrues menées par , Eduard Matutinović, Luftija Dizdarević et Nikola Vukelić organise une mutinerie (acte de rébellion né d'une prise de conscience). Ils séquestrent la plupart des Allemands et exécutent cinq officiers allemands. Apparemment, les mutins ont cru que beaucoup de soldats les rejoindraient, ce qui n'est pas le cas. La révolte est réprimée avec l'assistance du SS-imam Halim Malkoč et du . Environ vingt des rebelles sont exécutés sommairement ou à l'issue d'un procès. Les Allemands sont convaincus qu'il s'agissait de communistes ayant infiltré l'unité dans le but de la désorganiser. Selon Louis Érignac, Villefranche-de-Rouergue est la première ville libre de la France occupée. Le Reichsführer-SS Heinrich Himmler décerne personnellement au la croix de fer et au SS-imam Halim Malkoč, la croix de fer ().

Il semble que la mutinerie ait été provoquée par le non-respect des engagements pris par les autorités nazies avec le déplacement de la division en France. L’examen de la révolte montre qu’il s’agit essentiellement d’une protestation contre les mauvaises conditions de vie et non pas d’une révolte contre l'idéologie de l'Allemagne hitlérienne.

Quand la ville est libérée l'année suivante, les habitants décident de rendre hommage aux mutins en appelant une de ses rues « avenue des Croates ».

Retour en Bosnie À la fin du mois de , les premières unités commencent à quitter la France, les autres suivent durant le mois d’. Elles prennent leurs quartiers à Neuhammer, en Silésie, pour y parfaire leur entraînement. Heinrich Himmler intervient personnellement pour empêcher l'envoi de la division en Bosnie malgré l'ordre de l'Oberkommando der Wehrmacht. Cela permet à la division de poursuivre son entraînement encore plusieurs mois..

En décembre, la division est envoyée en Autriche, elle y stationne jusqu’à son retour dans les Balkans en .

: la division stationne en Bosnie centrale. Elle est rattachée à la 2. Panzerarmee du groupe d’armées F, son poste de commandement est situé à Brčko, dans le Nord de la Bosnie. Les Bosniaques sont engagés dans des opérations de lutte contre les partisans dirigés par Tito dans le secteur de Vinkovci ( au nord de Brčko). La division est alors rattachée au corps de montagne de la SS (V. SS-Gebirgs-Korps).