Incoronata est un site archéologique, dont l’occupation est principalement datée entre le et le , situé sur l’actuelle commune de Pisticci, dans la région Basilicate, en Italie.
Le site fait l’objet d’investigations archéologiques depuis sa découverte en 1970 par le premier surintendant des Antiquités de la Basilicate, Dinu Adamesteanu.
Siège dès le d’un important établissement protohistorique indigène posté sur le plateau sommital de basses collines, à quelques kilomètres de la côte de la mer ionienne, le site est bien connu dans la littérature archéologique pour avoir révélé en grand nombre des vases de productions grecque et indigène locales d’une très grande qualité d’exécution.
Dans la littérature archéologique, on distingue généralement l’Incoronata dite indigena, plateau collinaire essentiellement caractérisé par les vestiges d’une occupation indigène, de l’Incoronata dite greca, qui concentre sur une même colline un nombre relativement important d’artefacts de facture grecque ; cependant, cette dernière appellation greca a largement été remise en cause lors des recherches les plus récentes, qui ont au contraire revalorisé la continuité d’occupation et de fréquentation indigène du site archéologique.
Géographie, géologie, toponymie
Environnement géographique et géologique Le site archéologique de l’Incoronata se situe sur une basse colline alluviale à environ de l’actuelle côte de la mer ionienne. Le nom d’Incoronata recouvre en fait un ensemble de plateaux collinaires, dominant la plaine et le cours inférieur du fleuve Basento, probablement encore navigable au début du premier millénaire av. J.-C.Et peut-être même jusqu’au : Folk 2011, . Le sous-sol du site est constitué notamment de strates d’argile marine, ainsi que de séries de dépôts de sables et de graviers pertinents aux différentes fluctuations du niveau marin..
Toponymie Le nom d’Incoronata, bien diffusé dans l’Italie péninsulaire, peut faire référence au culte de la Vierge Marie, « couronnée » Reine du Ciel et de la terre. Si aucun vestige d’édifice lié au culte chrétien n’est connu actuellement, les excavations archéologiques menées en 2004 ont permis la mise au jour de traces d’occupation médiévale sur la pointe nord-ouest de la colline.
Histoire
Site indigène Les plus anciennes traces d’occupation à l’Incoronata semblent remonter au début de l’âge du Fer, dès le Ces traces, disséminées sur les collines de l’Incoronata ainsi que celle de San Teodoro (immédiatement voisine des premières), consistent pour la plupart en nécropoles de centaines de tombes et quelques vestiges plus diffus d’habitations en matériaux périssablesChiartano 1983, Chiartano 1994, Chiartano 1996, De Siena 1990., révélant un habitat relativement important pour le premier âge du Fer. Les tombes sont des inhumations, en fosse ou parfois dans des coffres en matières périssables, où le défunt est habituellement déposé sur le côté en position recroquevillée, accompagné de vases céramiques, d’armes, outils et objets de parures (bronze, fer, ambre) selon le statut et le genre de l’inhumé. Si l'on en croit la mention des auteurs anciens plus tardifs sur l'identité ethnique de la population indigène habitant cette région du sud de l'Italie, certains chercheurs avancent que ce sont des Œnôtres qui occuperaient ce site en particulierEntre autres Denti 2009b, Bianco & Preite 2014..
Sur l’Incoronata dite greca, des indices indirects mais quantitativement significatifs permettent de croire à la tenue d’activités artisanales liées à la production céramique au cours du Denti, Villette 2014..
Fréquentation grecque Entre le et le début du , une attestation croissante d’objets de facture grecque d’importation, notamment céramiques, démontre le développement des contacts entre les communautés indigènes locales et les premiers explorateurs grecs sur la côte ionienne de l’Italie du SudOrlandini 1977, Denti 2010 ..
Au cours de la première moitié du , un atelier de potiers actif sur la colline de l’Incoronata dite greca produit des vases céramiques de tradition indigène et de tradition grecque, trahissant la coexistence d’artisans indigènes et grecs sur un même lieu de productionVillette 2013 ; Denti, Villette 2014..
Dans un moment qu’il semble falloir situer entre la fin de la seconde moitié du et le tout début du , la colline de l’Incoronata dite greca semble être abandonnée, les structures de production arasées et oblitérées, et de nombreux matériels archéologiques rejetés dans des fosses, dont certains semblent témoigner de logiques de déposition ritualiséesDenti 2009..
Sur la colline de l’Incoronata dite indigena, la documentation archéologique issue de contextes non funéraires témoigne d’une occupation au moins dans les premières décennies du Cossalter, De Faveri 2009., vraisemblablement contemporaine de l’activité productive sur l’Incoronata dite greca. Un noyau sépulcral de quelques dizaines de tombes à inhumation et à crémation, datable autour du milieu du De Siena 1990., milite également en faveur d’une continuité d’occupation de l’Incoronata au cours de ce siècle, même si l’identité ethnique des occupants pendant cette phase d’occupation n’est pas définitivement établie.
Sanctuaire grec colonial Une partie de la colline qualifiée de greca connaît une réoccupation dans le cours du , sous la forme d’un petit sanctuaire rural lié à MétaponteCarter 2006., colonie grecque dont la création semble coincider avec la disparition du faciès indigène sur le site de l'Incoronata.
Fréquentation médiévale Relativement peu de données sont disponibles sur la fréquentation médiévale de l’Incoronata, si ce n’est l’interception de vestiges médiévaux notamment lors de l’une des campagnes de l’Université Rennes 2 en 2004.
Historique de la découverte du site archéologique Le site archéologique de l’Incoronata a bénéficié d’une attention continue depuis sa découverte, faisant l’objet de denses et divers programmes de fouilles et de recherches opérés par différentes institutions internationales.
Découverte du site et premières fouilles et recherches de la Surintendance Archéologique de la Basilicate Le site est découvert en 1970 par le premier surintendant des Antiquités de la région Basilicate, Dinu Adamesteanu. Celui-ci réalise un premier sondage en 1971, puis en 1972, sur la colline qui sera qualifiée de greca, y mettant effectivement au jour des vestiges matériels grecs ; mais y voyant mêlés de nombreux vases indigènes typiques de la protohistoire locale, il pressent déjà que l’établissement ait pu voir la cohabitation des Grecs et des indigènesAdamesteanu 1972, ..
Dans le même temps, à partir de 1970 jusqu’à 1987, étaient entreprises les fouilles des nécropoles indigènes de l’Incoronata et du plateau voisin de San Teodoro, dont la richesse matérielle et documentaireChiartano 1983, Chiartano 1994, Chiartano 1996. allait soutenir le développement des connaissances sur les sociétés indigènes de l’âge du Fer sur la côte ionienne.
Les fouilles et recherches de l’Université de Milan Des fouilles sont entreprises sur la colline de l’Incoronata dite greca dès le mois de mai 1974 par une équipe de l’Université de Milan dirigée par le Professeur Piero OrlandiniOrlandini 1975.. Dans le cadre de campagnes annuelles pratiquement en continu jusque 1996 (excepté quelques années « blanches » consacrées à l’étude des matériels archéologiques), il y fait exécuter de nombreux sondages, identifiés à chaque fois par une lettre, de A à X.
Le modèle interprétatif proposait alors de lire deux occupations distinctes et successives : un premier village indigène, dont l’occupation était datée entre la fin du et la fin du , se voyait totalement oblitéré et remplacé, à la suite de son abandon ou de sa brutale destruction par les nouveaux arrivants, par un emporion grec, un établissement constitué de maisons-magasins grecques appelées ici oikoi qui sera lui-même violemment détruit dans le troisième quart du . Cependant, au sein du dernier volume des publications des sondages de l’Université de Milan, on observe un changement de paradigme : ainsi, Marina Castoldi et Claudia Lambrugo suggèrent de lire la proportion relativement importante de vases céramiques indigènes au sein de ces oikoi grecs comme l’indice de la coexistence gréco-indigène, plus particulièrement comme la présence d’une épouse indigène au sein de la maison grecqueIncoronata 2003..
Les fouilles et recherches de l’Université d’Austin Tandis que les fouilles et recherches milanaises battent leur plein, le surintendant Dinu Adamesteanu invite une équipe de l’Université d’Austin (Texas) dirigée par Joseph Coleman Carter à initier de nouvelles excavations en 1977 et 1978 sur l’éperon sud-est du même site. Les fouilles révèlent sensiblement les mêmes structures que celles excavées au même moment par l’équipe italienne ; toutefois, J. C. Carter soutenait une lecture plus pacifique des relations entre Grecs et indigènes, et imaginait volontiers une cohabitation des deux communautés au . Enfin, la mission américaine démontra l’existence d’un petit sanctuaire grec dans cette même zone de la colline, créé après une brève césure d'occupation au cours du , a priori monumentalisé et fréquenté possiblement jusqu’au .
Les fouilles et recherches de l’Université Rennes 2 alt=Vue des fouilles de l'Université Rennes 2|vignette|Fouilles en cours sur le secteur 1 par l'Université Rennes 2 (cliché geoNature - V. Muscio) Une équipe de l’Université de Rennes 2, dirigée par Mario Denti, alors professeur d’Archéologie et d’Histoire de l’Art Antique au sein de l’institution rennaise, reprend les investigations archéologiques dès 2002. L’enjeu est alors de mettre en place un nouveau programme de fouilles et recherches sur la colline de l’Incoronata dite greca en particulier, et d’améliorer notamment la compréhension de l’articulation topographique des structures archéologiques, en procédant à des prospections géophysiques et archéomagnétiques et des sondages.
Si dans la zone proche des anciens sondages de l’Université de Milan, les structures archéologiques mises au jour sont sensiblement les mêmes, d’autres structures et documents émergent de la zone sud-ouest du plateau. Il s’agit tout d’abord des vestiges d’une zone artisanale liée à la fabrication et à la cuisson des poteries indigènes mais également grecques et datables au Villette 2013., et ensuite de structures monumentales inédites correspondant à la phase d’occupation indigène du Denti 2015.. Les résultats de ces campagnes annuelles permettent de proposer là encore une phase de cohabitation entre indigènes et Grecs au cours du , attestée clairement au moins dans la sphère artisanale. Le qualificatif grec de cette colline est alors remis en cause, les chercheurs proposant au contraire un site continûment indigène accueillant à partir du début du une communauté de potiers grecs, tandis que certains éléments qui appuyaient l'hypothèse de maisons-magasins grecques sont invalidésDenti, Lanos 2007..
Structures archéologiques
Habitat et nécropoles indigènes à l’âge du Fer C’est essentiellement sur le plateau collinaire de l’Incoronata dite indigena qu’ont été identifiés les vestiges de maisons de l’âge du Fer. Ces habitations étaient construites en matériaux périssables, terre et bois, et il ne reste généralement que leur négatif : des trous de poteaux délimitant leur périmètre et des structures semi-excavées de forme circulaire ou ovale, voire rectangulaire dans un cas au moinsDe Siena 1990, en particulier pour la structure rectangulaire.. Un axe viaire semble organiser cet habitat, et permet de séparer l’espace domestique de l’espace funéraire.