Les « grandes découvertes » désignent généralement celles des explorations maritimes entreprises par les puissances européennes aux . Durant cette période, les monarchies et de riches compagnies commerciales financent de grandes expéditions dans le but d'explorer le monde, cartographier la planète et établir des contacts directs avec l'Afrique, l'Amérique, l'Asie et l'Océanie. L'expression « âge des découvertes » est également utilisée par les cartographes. Les principales puissances maritimes qui se lancent dans l'exploration du monde sont le Portugal, l'Espagne, puis la France, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, avec l’aide parfois de navigateurs italiens.
Les Portugais explorent les côtes de l'Afrique sous l'impulsion du prince Henri dit « le Navigateur » au début du . Dinis Dias découvre les îles du Cap-Vert en 1444 ; le Sénégal est visité par Alvise Cadamosto en 1455 ; quant au fleuve Gambie, il est remonté par Diogo Gomes en 1456. Bartolomeu Dias atteint l'océan Indien en 1488 en contournant le cap de Bonne-Espérance, qu'il n’identifie que sur le chemin du retour, après avoir peu pénétré le nouvel océan.
En cherchant une nouvelle voie par l'ouest vers l'Asie, le navigateur génois Christophe Colomb — financé par la monarchie espagnole — quitte Séville avec deux caravelles et une caraque à trois-mâts, commandée par lui-même , traverse l'océan Atlantique et atteint en 1492 des îles des Caraïbes, prémices d’un « Nouveau Monde » : l'Amérique, monde nommé ainsi vers 1507 par des imprimeurs vosgiens en l’honneur d’Amerigo Vespucci, parce que, le premier, il aurait pressenti qu’il s’agissait d’un nouveau continent, et pas uniquement d’un archipel d’îles.
Pour éviter un conflit entre l'Espagne et le Portugal, le traité de Tordesillas (1494) partage le monde selon un méridien, en deux zones d'exploration où chacun des protagonistes aura l'exclusivité des droits sur ces découvertes. Ainsi, le futur territoire du Brésil, à l’est du méridien, sera lusophone.
En 1498, une expédition portugaise menée par Vasco de Gama, à laquelle Bartolomeu Dias apporte sa contribution et son expérience, réalise finalement le rêve d'établir une liaison maritime avec l'Inde en naviguant autour de l'Afrique. Peu après, en 1512, les Portugais atteignent les « îles aux épices » (les Moluques) et, un an plus tard, la Chine.
Les explorations vers l'ouest et vers l'est se superposent lorsque l'Espagnol Juan Sebastián Elcano (le chef de son expédition, Magellan, étant tué en cours de route dans le Pacifique) termine la première circumnavigation de la Terre en 1522. Dans le même temps, les conquistadors espagnols explorent l'intérieur des terres américaines et détruisent les empires amérindiens. À partir du , les Français, les Anglais et les Hollandais se lancent dans la course et contestent le monopole ibérique sur le commerce maritime. Ils participent à l'exploration des Amériques mais surtout à celle de l'Océanie. Parallèlement aux explorations maritimes, les Russes explorent et conquièrent la quasi-totalité de la Sibérie.
Au même titre que la Renaissance, l'« âge des découvertes » constitue un pont entre Moyen Âge et époque moderne. L'imprimerie (qui vient d'apparaître) contribue à répandre les récits d'exploration et les cartes de terres lointaines, favorisant ainsi le développement de l'humanisme et du questionnement scientifique et intellectuel. L'expansion européenne mène à la constitution d'empires coloniaux : les contacts entre Ancien et Nouveau Mondes produisent l'échange colombien qui désigne le transfert massif entre les hémisphères occidentaux et orientaux de plantes, d'animaux, de populations (dont les esclaves), de maladies infectieuses et de culture. Cette première mondialisation engendre des modifications écologiques, agricoles et culturelles parmi les plus importantes de l'histoire. L'exploration européenne se poursuit jusqu'au , au cours duquel on estime que la totalité des terres émergées a été cartographiée.
Alors que ces événements étaient autrefois regroupés sous l'expression « ère des grandes découvertes », l'historiographie contemporaine met en avant l'aspect bilatéral de la rencontre de deux civilisations.. En 1992, de nombreux colloques et publications célébrant le de la découverte de l'Amérique ont fait émerger l'expression de « rencontre de deux mondes » ou plus simplement de « rencontres », en mettant en évidence que la notion des « grandes découvertes géographiques » n'est M. Milanesi, « Gli esploratori italiani. L’inizio dell’era moderna », dans Commissariato Generale per l’Esposizione Universale, Expo universale Sevilla ‘92. Sezione italiana, Séville, 1992, p. 129-153 ; Ead., « La cartografia del Cinquecento e la nascita della tradizione colombiana », dans G. Ferro, L. Faldini, M. Milanesi, Nuova raccolta colombiana. Iconografia colombiana, Rome, 1991, p. 71-97.. Cette année-là, l’Exposition universelle de Séville, point de départ du premier voyage de Christophe Colomb, rend aussi hommage à ces découvertes.
Contexte Un monde encore peu connu Au début du , les Européens ont une très bonne idée de l'Europe et du bassin Méditerranéen, et quelques notions du reste de l'Afrique et de l'Asie, mais ces dernières restent confuses. Ils savent que la Terre est ronde mais ne connaissent pas bien ses dimensionscf. Carte de Nicolas Le Germain, Géographie de Ptolémée, 1842, Paris, BnF. À la fin du , les Européens ont découvert la côte est de l'Amérique du Nord, l'Amérique centrale, les littoraux de l'Amérique du Sud et de l'Afrique, ainsi qu'une grande partie de l'Asie (Sibérie, Inde).
À la fin du siècle, il reste encore beaucoup de territoires inconnus des Européens, comme l'Australie ou le centre de l'Afrique (et sans parler des régions polaires), mais les Européens ont une connaissance beaucoup plus précise des masses continentales, comme en témoignent les cartes de l'époqueLe Monde connu à la fin du , Mappemonde de Desceliers, peinture sur parchemin, 1546. Londres, British Library.
De nombreuses avancées techniques diffusées à la fin du Moyen Âge, comme la caravelle ou l'astrolabe ont permis aux Européens une navigation plus sûre et grandement améliorée. La volonté de répandre la foi chrétienne et de découvrir de nouvelles voies maritimes et commerciales vers l'Asie a aussi joué en faveur des grandes découvertes.
Prélude (1241-1438) vignette|200px|Les routes de la soie et des épices bloquées par l'Empire ottoman en 1453, obligent les Européens à trouver de nouvelles routes maritimes. vignette|200px|Les voyages de Marco Polo (1271-1295). Les connaissances européennes sur l'Asie au-delà des limites de l'Empire byzantin reposent sur des documents vagues, souvent obscurcis par des légendes et remontent parfois à l'époque des conquêtes d'Alexandre le Grand. Une autre source provient des Radhanites, marchands juifs qui établissent des routes commerciales entre l'Europe et le monde musulman à l'époque des Croisades. En 1154, le géographe arabe Al Idrissi réalise une carte, Tabula Rogeriana, rassemblant toutes les connaissances de son époque pour le compte du roi Roger II de SicileHouben, 2002, .Harley & Woodward, 1992, ..
Voyages médiévaux Une série d'expéditions terrestres européennes à travers l'Eurasie à la fin du Moyen Âge constitue le prélude aux grandes découvertessilk-road 2008, web.. Les Mongols, après avoir envahi une grande partie de l'Asie et menacé l'Europe, unifient une bonne partie de l'Eurasie et la Pax Mongolica garantit l'existence de routes de commerce sûres entre le Moyen-Orient et la ChineDeLamar 1992, .Abu-Lughod 1991, .. Plusieurs Européens en profitent pour explorer l'Orient: La plupart sont Italiens car le commerce entre l'Europe et le Moyen-Orient est contrôlé par les républiques maritimes comme Venise.
Des ambassadeurs chrétiens sont envoyés jusqu'à Karakorum dans l'actuelle Mongolie. Parmi eux, on peut citer Jean de Plan Carpin, envoyé par le pape Innocent à la cour du Grand Khan de 1241 à 1247. Au même moment, Iaroslav Vladimirski et ses fils André Vladimirski et Alexandre Nevski se rendent à Karakorum mais ne laissent aucun récit détaillé. D'autres voyageurs dont André de Longjumeau (en 1245 et 1249) et Guillaume de Rubrouck (en 1253-1254) traversent l'Asie centrale et vont jusqu'en MongolieMancall 2006, .. Puis le célèbre Vénitien relate dans le Livre de Marco Polo (1298) sa description de l'empire sino-mongol de Kubilai Khan, pour lequel il a travaillé entre 1274 et 1291 en tant que « messager »Lire en ligne..
En 1291, les deux frères marchands Vandino et Ugolino Vivaldi partent de Gênes avec deux galères pour explorer l'Atlantique mais disparaissent le long de la côte marocaine, ce qui alimente les craintes sur la navigation dans l'AtlantiqueDiffie 1977, .. De 1325 à 1354, un érudit marocain Ibn Battûta réalise un impressionnant voyage qui l’amène de Tombouctou au sud à Bulghar (en actuelle Russie, sur la Volga) au nord et de Tanger à l’ouest à Quanzhou en Extrême-Orient. Ses récits sont compilés par Ibn Juzayy en un livre appelé Rihla (voyage). À partir de 1357, un livre retraçant les voyages supposés de Jean de Mandeville, le Livre des merveilles du monde, connaît un important succès malgré ses descriptions souvent fantastiques et douteuses.
En 1400, une traduction latine de la Géographie de Ptolémée atteint l'Italie depuis Constantinople. La redécouverte des connaissances antiques permet aux cartographes de l'époque d'améliorer leur compréhension du monde. En 1439, Nicolò de' Conti publie un récit de ses voyages en Asie du Sud-Est et Athanase Nikitine fait de même pour l'Inde en 1472.
Ces périples terrestres ont peu d'effets immédiats. L'Empire mongol s'effondre presque aussi vite qu'il était apparu et la route vers l'est devient beaucoup plus dangereuse. La peste noire du ralentit le commerce terrestre tout comme la montée en puissance de l'Empire ottoman et force les Européens à chercher de nouvelles routes commerciales.
Expéditions chinoises vignette|150px|gauche|Carte possiblement basée sur les voyages de Zheng He représentant les voies de navigations entre Ormuz et Kozhikode (Calicut). En 1368, après le renversement de la dynastie Yuan, les Mongols perdent la majeure partie de la Chine au profit de la dynastie Ming. Les Chinois établissent des relations commerciales maritimes jusqu'en Arabie depuis la dynastie Tang (618-907). Entre 1405 et 1421, le troisième empereur Ming Yongle encourage une série de voyages lointains dans l'océan Indien sous le commandement de l'amiral Zheng HeArnold 2002, .. À la différence des futurs voyages européens, ces expéditions ont un caractère essentiellement diplomatique.
Une importante flotte de jonques est préparée pour ces voyages, certaines mesurant plus de de long, et des milliers de marins sont embarqués. Au moins sept expéditions sont lancées à partir de 1405, chacune étant plus ambitieuse que la précédente. Les flottes visitent l'Arabie, l'Afrique orientale, l'Inde, l'Insulinde et le SiamTamura 1997, .. Zheng He offre des présents en or, en argent, en porcelaine et en soie et reçoit en échange des animaux exotiques comme des girafes, des autruches ou de l'ivoireCromer 1995, .Tsai 2002, .. Cependant, la mort de l'empereur en 1433 entraîne l'arrêt brutal de ces expéditions très coûteuses pour le pouvoir. La Chine entre dans une période d'isolationnisme connue sous le nom dhaijin.
L'océan Atlantique (1419-1507)
vignette|Routes maritimes des républiques de Gênes (rouge) et de Venise (vert) dans les mers Méditerranée et Noire.