La Conquête des Turcs Occidentaux, aussi nommés Tujue Occidentaux dans les chroniques chinoises, est une campagne militaire lancée en 657 et dirigée par le général Su Dingfang de la dynastie Tang. Elle vise le Khaganat des Turcs Occidentaux dirigé par le qaghan Ashina Helu. Le vrai début du conflit entre les Chinois et les Turcs occidentaux date de 640, avec l'annexion par les Tang de Karakhoja, un des royaumes-oasis du Bassin du Tarim et allié des Turcs Occidentaux. Plusieurs de ces royaumes-oasis étaient jadis des vassaux de la dynastie Tang ; mais l'un après l’autre, ils ont fait allégeance aux Turcs Occidentaux a cause des ambitions militaires et expansionnistes Chinoises. L'expansion des Tang en Asie centrale continue avec les conquêtes de Karachahr en 644 et Kucha en 648.
La confrontation directe entre les deux empires a lieu en 657. L'armée principale des Tang est commandée par Su Dingfang, tandis que les généraux turcs Ashina Mishe et Ashina Buzhen dirigent les deux corps d'armée secondaires. Ces troupes chinoises sont renforcées par une cavalerie fournie par les Ouïghours, un peuple turc allié des Tang depuis que ces derniers ont soutenu leur révolte contre les Xueyantuo. L'armée de Su Dingfang vainc Helu lors de la .
Cette victoire renforce le contrôle de Tang sur les Régions de l'Ouest, soit grosso modo l'actuelle province du Xinjiang, et intègre à l'empire Tang les régions autrefois gouvernées par le Khaganat. Après cette conquête, les qaghansIl s'agit du titre que portent les souverains turcs ne sont plus que des marionnettes entre les mains des Chinois et des garnisons militaires sont installés pour administrer les territoires nouvellement acquis. Le territoire de la dynastie Tang atteint sa superficie maximum, dans la mesure où les frontières occidentales de la Chine ont atteint la frontière orientale du califat arabe des Omeyyades. Cet apogée territorial ne dure qu'un temps, car des révoltes turques mettent fin à l'hégémonie chinoise au-delà du Pamir, soit la zone qui correspond actuellement au Tadjikistan et à l'Afghanistan. Mais les Tang gardent le contrôle de la région de la Dzoungarie et du Bassin du Tarim, qui sont regroupés au sein du Protectorat Général pour Pacifier L'Ouest. Durant les décennies suivantes, l'Asie centrale absorbe les influences culturelles des vainqueurs du conflit; la culture et la langue turques se répandent en Asie centrale, tout comme les influences artistiques et politiques de la dynastie Tang ; beaucoup de généraux et de soldats Tang stationnés dans la région étant ethniquement turcs. Durant les siècles suivants, les Turcs, les Tibétains et les Tang vont rivaliser militairement pour le contrôle de la région.
Situation avant la conquête vignette|gauche|200px|L'empereur Tang Taizong, dont les campagnes militaires contre les royaumes des oasis ont permis aux Tang de prendre le contrôle du Bassin du Tarim. vignette|droite|Carte résumant les campagnes de l'empereur Tang Taizong dans le Bassin du Tarim, contre les différents royaumes alliés des Turcs Occidentaux.
La dynastie Tang ( - ), qui succède à la dynastie Sui, a fondé et géré un empire cosmopolite qui est un des plus vastes de l'histoire de la Chine. Après la fin des troubles qui marquent la chute de la dynastie Sui, les nouveaux maîtres de la Chine doivent faire face à des raids mené par les guerriers nomades Khitans et Turcs. Les dirigeants Tang répondent à cette menace par l'usage de diverses stratégies déjà utilisées par les Sui, dont celles du Diviser pour mieux régner, les guerres par procuration, le versement de tributs et les mariages d'alliances.
Les contacts entre les Tang et les Turcs Occidentaux existent depuis la fondation de la dynastie. En effet, L'empereur Tang Gaozu, le fondateur de la dynastie Tang, aide les Turcs Occidentaux a assassiner un Qaghan des Turcs Orientaux le . Face à la menace des deux Khaganats Turcs, Tang Taizong, le fils et successeur de Gaozu, s'allie aux Turcs Occidentaux contre les Turcs Orientaux, mettant ainsi en place une politique visant à « s'allier avec ceux qui sont loin pour lutter contre ceux qui sont proches. »
L'expansion vers l'ouest de la dynastie Tang commencé avec la guerre qu'ils livrent aux Turcs Orientaux, que les Chinois appellent aussi Tujue Orientaux. Tirant parti des problèmes politiques internes du Khaganat des Turc Orientaux, Taizong détruit le Khaganat et annexe leur territoire en 629 C'est le début d'une période de domination chinoise qui va durer cinquante ans. Les peuples nomades sont chassés de la région des Ordos et du sud de la Mongolie, tandis que les tribus vaincues et soumises par les Tang donnent à Taizong le titre de « Khagan Céleste ».
Les batailles dans le Bassin du Tarim
Cette subite expansion de la Chine inquiète les royaumes des oasis du bassin du Tarin, qui, l'un après l'autre, mettent fin aux liens qui les unissent à la dynastie Tang, pour faire allégeance aux Turcs Occidentaux. Ce changement d'alliance ne freine en rien les ambitions chinoises et ces royaumes vont, l'un après l'autre, être attaqué par les Tang. Les premiers royaumes à tomber sont ceux de Kachgar et Khotan qui se rendent aux Chinois en 632, suivis du Royaume de Yarkand en 635. À partir de 640, les Tang lancent une série de campagnes militaires plus à l'Ouest, visant les royaumes du bassin du Tarin qui continuent à leur résister. Géographiquement, ces royaumes se situent dans une région correspondant au sud de l'actuelle province du Xinjiang, soit la portion du bassin la plus éloignée des Tang et la plus proche des Turcs Occidentaux.
Le roi de Karakhoja refusant de se soumettre et de reconnaître la dynastie Tang comme étant son suzerain, l'empereur Taizong donne en 638 l'ordre d'organiser une campagne dirigée par le général Hou Junji pour mater ce royaume. Les troupes Tang arrivent sur place en 640 et annexent rapidement Karakhoja. Les Turcs Occidentaux organisent bien une riposte à cette attaque en envoyant une armée soutenir le roi de Karakhoja, mais leurs troupes se retirent à mesure que les forces Tang approchent de la ville.
Bien qu'allié des Tang, le royaume voisin de Karachahr se méfie de la garnison chinoise stationnée à Karakhoja et de la volonté d'expansion de Taizong. Peu de temps après l'annexion de son voisin, Karachahr refuse d'envoyer un tribut à la Cour Impériale des Tang et s'allie avec les Turcs Occidentaux. Ce changement d'alliance est assez paradoxal, car un des motifs de l'attaque chinoise contre Karakhoja est que ce royaume c'était allié aux Turcs occidentaux pour bloquer la route de la soie et ainsi établir un blocus visant son principal concurrent dans la région, à savoir... le royaume de Karachahr ! Une nouvelle campagne militaire commandée par le général Guoxiao Ke permet aux Tang de s'emparer du royaume en 644 et d'installer sur le trône un souverain pro-chinois. Une nouvelle fois, l'aide militaire apportée par les Turcs Occidentaux au royaume-oasis n'a pas réussi à dissuader les Tang. Cependant, après le départ de Ke, le roi pro-Tang est déposé par la population locale, aidée par les Turcs occidentaux, et Karachahr redevient un allié des Turcs. Taizong lance une nouvelle campagne militaire, dirigée par le général Ashina She'er(Il s'agit d'un membre du clan Ashina, la famille royale des Turcs Orientaux, qui a fait allégeance aux Tang) qui arrive sur place en 648 et rétablir le contrôle des Tang sur le royaume.
Après avoir conquis Karasahr, She'er mène ses troupes jusqu'au Royaume de Kucha. L'armée de ce royaume, forte de est vaincue par She'er et le roi de Kucha s'enfuit avec ses soldats jusqu'au Royaume d'Aksu, où il demande l'asile. Après un siège de quarante jours, le roi est capturé et l'armée de Kucha se rend le .
Cette victoire permet aux Tang d'achever la conquéte du bassin du Tarim. Pour gouverner cette zone nouvellement annexée, les Tang fondent le Protectorat Général pour Pacifier L'Ouest en 640, puis installent des garnisons à Kucha, Kachgar, Khotan et Karachahr. Elles sont connues collectivement comme étant les Quatre Garnisons d'Anxi.
La campagne contre les Turcs Occidentaux
Jusqu'en 630, le khaganat des Turcs Occidentaux était dirigé par yabghu Tong, un puissant souverain, qui avait étendu son pouvoir jusque sur une partie de l'Afghanistan et du nord de l'Inde. Mais en 630, les Qarluq, une des tribus vassales des Turcs, se révoltent et tuent Tong. Dès lors, les Turcs occidentaux perdent leur unité et ne sont plus qu'un ensemble épars de tribus rivales, ce qui facilite les conquêtes chinoises dans le bassin du Tarim lors des décennies suivantes. La situation change avec l'arrivée d'Ashina Helu. Membre de la famille royale Ashina, Helu était auparavant un général de l'empereur Taizong ayant le commandement des troupes Tang stationnées dans le Gansu. Il organise une révolte contre les Tang et part vers l'ouest ou ile se proclame souverain du Khaganat des Turcs Occidentaux. L'ascension d'Helu réunifie les tribus turques divisées sous la houlette d'un seul chef et il devient Ishbara Qaghan.
Après s'être proclamé qaghan, Ashina Helu lance des raids à répétition contre les colonies des Tang situées à l'est de son domaine. Il attaque également le bassin du Tarin, sur lequel il rétablit la domination turque pendant six ans. L'empereur Tang Gaozong, le fils et successeur de Taizong, répond à ces attaques en organisant une expédition militaire composée d'un corps d'armée principal commandé par Su Dingfang, et un autre dirigé par Ashina Mishe et Ashina Buzhen, deux Turcs Occidentaux rivaux d'Ashina Helu.
Su Dingfang est un commandant du centre-sud de Hebei qui, plus tôt dans sa carrière d'officier, avait dirigé l'attaque contre le camp militaire d'Illig qaghan, le qaghan des Turcs Orientaux. Il a également acquis une expérience militaire en tant que chef de milice pendant la guerre civile qui a ravagé la Chine durant la transition des Sui aux Tang. Su est donc un général ayant déjà une expérience de la guerre en Asie centrale et familier avec la culture des steppes. De plus, il avait déjà été en contact avec des chefs militaires de la région. Il jouit également d'une réputation et d'un prestige assez important au sein de la Cour, assez pour avoir été l'un des neuf commandants d'origines multi-ethniques invités par l'empereur Gaozong à un événement militaire en 655. Le général turc Ashina Zhong, un cousin au second degré d'Ashina She'er, fait lui aussi partie des commandants envoyés au combat.
Les forces de Su Dingfang comprennent des soldats chinois et Ouïghours ; ce peuple étant un allié des Tang depuis que les Chinois les ont soutenus lors de leur révolte contre les Xueyantuo, une tribu membre de la Confédération Chile. Pour être plus précis, ces cavaliers sont envoyés par Porun, le fils de Tumidu Eltabar, un roi Ouïghours ayant été installé sur son trône par Tang Taizong. Porun rejoint d'ailleurs personnellement Su Dingfang en tant que vice-commandant de la cavalerie Ouïghour lors de cette campagne militaire contre les Turcs Occidentaux. Les commandants de la cavalerie sont le Protecteur Général de Yanran et le Vice-Protecteur Général de Yanran, les deux administrateurs du Protectorat de Yanran dont dépend la garnison militaire installée par les Tang à Xishouxiang.