vignette|redresse=1.6|Une partie d'échecs à l'aveugle de Philidor (au centre, assis et ceint d'un bandeau) à Londres dans les années 1780.
Dans le domaine des jeux de réflexion, une partie à l'aveugle est une variante d'un jeu de réflexion (échecs, dames, go) dans laquelle l'un des deux joueurs (ou les deux) joue sans voir le plateau de jeu, les coups de l'adversaire étant annoncés oralement.
Cette forme de jeu est surtout pratiquée aux échecs, mais elle peut être adaptée à d'autres jeux tels que les dames ou le xiangqi (échecs chinois). Spectaculaire pour le non-initié, les parties à l'aveugle se déroulent généralement lors d'exhibitions de forts joueurs face à des amateurs.
Historique Les échecs à l’aveugle sont apparus très tôt dans l’histoire de ce jeu : le premier à jouer de cette façon fut peut-être Sa'id bin Jubair (665-714) au Moyen-Orient Eliot Hearst, John Knott Blindfold Chess: History, Psychology, Techniques, Champions, World Records, and Important Games, McFarland, 2008, 437 pages, pp. 10-16.. En Europe, le jeu à l’aveugle s'est répandu comme moyen pour handicaper un maître d'échecs face à un adversaire plus faible, ou simplement afin de démontrer les capacités supérieures d’un joueur.
Harold James Ruthven Murray a cité une partie à l'aveugle au cours de laquelle deux cavaliers d'Asie centrale, chevauchant côte à côte, jouaient oralement aux échecs en énonçant chacun leurs mouvements sans voir l'échiquier.
Le premier évènement connu de ce type en Europe s’est déroulé à Florence en 1266. En 1783, le grand joueur français François-André Danican Philidor a démontré sa capacité à jouer jusqu’à trois parties à l’aveugle simultanément avec un grand succès, des journaux soulignant sa prouesse. Il avait appris tout seul à visualiser l'échiquier quand, au lit, il avait du mal à dormir.
En 1858, lors d'un périple en Europe, le joueur d'échecs américain Paul Morphy a fait une démonstration de jeu à l’aveugle contre huit des meilleurs joueurs de Paris, avec le résultat étonnant de six victoires et deux nulles. Parmi les autres maîtres des échecs à l’aveugle, on peut citer Louis Paulsen, Joseph Henry Blackburne (qui a joué jusqu’à seize parties à l’aveugle en simultané) et le premier champion du monde officiel du jeu d'échecs, Wilhelm Steinitz qui, à Dundee en 1867, joua six parties simultanées à l’aveugle (trois victoires, trois nulles). Parmi les femmes, l'une des toutes premières joueuses reconnues pour avoir remporté des parties à l'aveugle est Ellen Gilbert dans les années 1870..
Ce type d’exhibition a été vu par ces maîtres comme une bonne source de revenus.
Image mentale de l'échiquier Contrairement à une idée reçue, la plupart des joueurs de parties à l'aveugle n'ont pas une image photographique de la position sur l'échiquier à chaque instant.
Même si chaque joueur expérimenté est capable de dire instantanément les cases accessibles par une pièce située sur n'importe quelle case de l'échiquier, c'est l'enchaînement des déplacements précédents qui sont le plus souvent mémorisés, la logique de ces mouvements permettant une meilleure mémorisation. Avec un peu d'entraînement, un joueur expérimenté est capable de mener à bien une partie complète à l'aveugle.
Toutefois, cette question n'est pas absolument résolue. Après les travaux d'Hippolyte Taine sur la question, pensant pour sa part que les joueurs d'échecs à l'aveugle avaient une mémoire visuelle de l'échiquier, ce qui n'était pas là un cas général et universel, puis après les réflexions d'Henri Bergson qui lui pensait que les joueurs refaisaient la partie dans leur esprit, en déployant sa théorie de « pensée-schéma-image », la question n'a cessé d'être débattue. En effet, Bergson pensait que les joueurs rejouaient systématiquement le début de la partie dans leur esprit afin de retrouver la position actuelle des pièces sur l'échiquier. Or, cela n'est qu'exceptionnel.
Christophe Bouriau, ayant interviewé le grand maître français Éric Prié sur ce processus, souligne le fait que les joueurs n'ont pas à se représenter en image les pièces pour mener à bien la partie, mais qu'ils voient « des rapports de force ». Eliot Hearst et John Knott indiquent eux, après avoir interviewé de nombreux joueurs, que la faculté à jouer en aveugle ne vient pas de la mémorisation des mouvements. Il s'agit plutôt d'une faculté à comprendre les interactions potentielles les plus significatives sur l'échiquier. La question est donc toujours ouverte sur la question de l'image mentale de l'échiquier.
Partie à l'aveugle et simultanée à l'aveugle
Tout joueur de bon niveau est capable de jouer des parties à l'aveugle ; aux échecs, le tournoi Amber est un exemple de compétition entre très forts joueurs qui alternent parties rapides et parties à l'aveugle. Le niveau de jeu à l'aveugle, même s'il est sensiblement diminué par rapport à une partie en voyant le jeu, reste cependant relativement comparable à celui des parties classiques.
Tout joueur de bon niveau est aussi capable d'effectuer, sans grand effort, des parties simultanées (plusieurs parties jouées en même temps face à de multiples joueurs), tant que ses adversaires ont chacun un niveau inférieur au champion.
Certains évènements combinent parties à l'aveugle et parties simultanées ; on parle pour ce type de manifestation de « simultanée à l'aveugle ».
Records Dans les tableaux ci-dessous, la colonne « Adversaires » indique le nombre d'adversaires contre lequel le joueur joue en simultanée. Le résultat est entre parenthèses. Ainsi, « +3 » signifie 3 victoires. « (+12 =3 -1) » signifie que le joueur de simultanée a remporté 12 victoires, fait 3 matchs nuls, et qu'il a perdu une fois.
Aux échecs vignette|redresse=1|Simultanée à l'aveugle de Paul Morphy en 1858 au Café de la Régence à Paris. Année Adversaires+victoires =nulles -défaites Lieu Joueur 1751 3 (+3) Berlin Philidor 1857 4 Louis Paulsen 1858 8 (+6 =2) Paris Paul Morphy 1861 10 (+9 -1) Londres Louis Paulsen 1876 16 (+12 =3 -1) Johannes Zukertort 1902 21 (+3 =11 –7) ; il s'agissait des participants au tournoi, et pas d'amateurs. Hanovre Harry Nelson Pillsbury 1919 24 (+12 =9 -3) Haarlem Richard Réti 1921 25 (+15 =7 -3) Berlin Gyula Breyer 1925 28 (+22 =3 -3) Paris Alexandre Alekhine 1925 29 (+20 =7 -2) Biografia de Réti São Paulo Richard Réti 1933 32 (+19 =9 -4) Chicago Alexandre Alekhine 1937 34 (+24 =10) Édimbourg George Koltanowski 1947 45 (+39 =4 -2) São Paulo Miguel Najdorf 2011 46 (+25 =19 -2) Sontheim Marc LangSite officiel 2016 48 (+35 =7 -6) Las Vegas Timour Gareïev.
En 1960, George Koltanowski joue contre 56 joueurs à l'aveugle à San Francisco, mais consécutivement et non simultanément.
La même année, le Hongrois János Flesch joue contre 52 adversaires à Budapest (+31 =3 -18), mais ce record est terni par le fait que Flesch pouvait recompter verbalement le score des parties en cours. De plus, le record s'est établi sur un temps très court, environ cinq heures, avec de nombreuses parties très brèves Blindfold Chess par le MI .
Aux dames vignette|redresse=1|Ton Sijbrands jouant une simultanée à l'aveugle en 1987.
Dames internationales Pour les dames internationales, le record a essentiellement été détenu par Ton Sijbrands à partir de 1982.
L'ancien champion du monde Benedictus Springer est le premier joueur à jouer aux dames à l'aveugle en 1923, en simultanée face à deux joueurs en 1926 puis contre trois joueurs en 1927. Son record a ensuite été porté à quatre. En 1945, le Hollandais Idzerda et le champion du monde français Pierre Ghestem avaient égalé ce record.
Année Adversaires Lieu Joueur 1923. 1 Marseille Benedictus Springer 1926 2 ? Benedictus Springer 1927 3 Paris Benedictus Springer < 1945 4 ? Benedictus Springer 1950. 5 Leyde Piet Roozenburg 1951 6 ? Wim Huisman 1955 8 La Haye Wim Huisman 1982 10 (+9 =1) La Haye Ton Sijbrands 1986 12 Cannes Ton Sijbrands 1987 14 IJmuiden Ton Sijbrands 1991 15 Middelbourg Ton Sijbrands 1993 18 Venlo Ton Sijbrands 1999 20 Gouda Ton Sijbrands 2002 22 Lutten Ton Sijbrands 2004 24 Lutten Ton Sijbrands 2007 25 Tilbourg Ton Sijbrands 2008 27 Delft Erno Prosman 2009 28 Amsterdam Ton Sijbrands 2012 30 Delft Erno Prosman 2014. 32 (+14 = 18) Hilversum Ton Sijbrands
Dames italiennes Aux dames italiennes, le seul record homologué est celui de Michele Borghetti, qui a affronté 23 adversaires (17 victoires, 6 nulles) à Varazze en 2003.
Au xiangqi Bien que la pratique du xiangqi à l'aveugle soit plus difficile que celle des échecs., plusieurs très forts joueurs s'y sont essayés. Année Adversaires Joueur 1995. 19 (+9 =8 -2) Liu Dahua 2010 20 Jiang Chuan 2015 25 Fei Dang 2017 26 (+21 =3 -2) Jiang Chuan
Au jeu de go
Au jeu de go on a quelques exemples de parties d'exhibition, souvent jouées par des professionnels contre des amateurs aveugles (lesquels jouent avec un matériel spécial).
Tournois Tournoi d'échecs Amber
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Alfred Binet, Psychologie des grands calculateurs et des joueurs d'échecs, Hachette, Paris, 1894 Henri Bergson, « L'effort intellectuel » in L'Énergie spirituelle, PUF, Paris, 1919, Réédition de 1985, pp. 162 - 164. Eliot Hearst et John Knott, Blindfold Chess : History, Psychology, Techniques, Champions, World Records, And Important Games, McFarland, Jefferson 2009 . . . .
Articles connexes Partie simultanée
Liens externes Blindfold Chess par Bill Wall.
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