Pierre Joannon (1868-1935) est un homme politique français, maire d'Izieux de 1904 à 1935, et conseiller général de la Loire entre 1904 et 1919. Il était industriel, fabricant de lacets.
Biographie Origines Pierre Marie Joannon est né le , à Izieux (dans la Loire)Archives départementales de la Loire, Izieux, état civil, 1868., au lieu-dit du Moulin DyonOn trouve aussi la graphie Moulin d'Yon..
Parents
À la naissance de Pierre, son père, Joseph, employé, est âgé de trente ans ; sa mère, Françoise Romain, est âgée de trente-six ansArchives départementales de la Loire, état civil d'Izieux, 1868, visualiseur : p. 19.. Pierre Joannon a une petite sœur, Bénédicte, née le Archives départementales de la Loire, état civil d'Izieux, 1870, visualiseur : p. 4..
Sur le recensement de population, en 1872, son père est inscrit comme fabricant de lacets, résidant au Moulin DyonArchives départementales de la Loire, Izieux, recensement, 1872, visualiseur : p. 25.. L'instituteur Mathieu Fournier l'a signalé comme «un ferreur de lacets, dont les pauvres économies furent dévorées par un banquier véreux»Mathieu Fournier, La vie d'une cité. Impressions d'Izieux, Saint-Étienne, impr. de la Loire républicaine, 1937, p. 7..
La mère de Pierre Joannon meurt le Comme il est indiqué sur l'acte de mariage de son fils en 1897.. Le , son père meurt à son domicile, à l'âge de 54 ansArchives départementales de la Loire, état civil d'Izieux, décès, 1890, visualiseur : p. 64..
À l'âge de 22 ans, Pierre Joannon a donc déjà perdu ses deux parents. Il vit avec sa sœur et son beau-frère Claude Louison.
Formation Adolescent, Pierre Joannon a suivi les cours de l'école pratique d'industrie de Saint-Chamond, récemment fondée en 1879 par Claude LeboisArchives municipales de Saint-Chamond, registre des délibérations du conseil municipal d'Izieux, 8 septembre 1935..
Il travaille très tôt dans la petite entreprise de lacets de ses parents, ainsi qu'en témoigne Albert Ravachol, premier adjoint lors de la réunion du conseil municipal le qui rend hommage au maire disparu.
À l'âge de 20 ans, il se fait recenser par l'autorité militaire. Le conseil de révision le place dans les services auxiliaires pour cause de «déviation de la colonne vertébrale». Sa fiche l'enregistre comme «employé» et le décrit comme ayant les yeux et les cheveux châtains, mesurant 1,53 mArchives départementales de la Loire, registres matricules du recrutement militaire, 1888, numéro 372.. Il n'a jamais été appelé à l'activité militaire.
Vie à Izieux et activité professionnelle
Au recensement de 1891, Pierre Joannon, âgé de 23 ans, habite au Moulin Dyon, avec sa sœur Bénédicte et son beau-frère Claude Louison : ils ont une domestiqueDomestique : Marguerite Romain.. Sa profession indiquée est déjà celle de fabricantArchives départementales de la Loire, Izieux, recensement, 1891, visualiseur : 54..
Dix ans plus tard, en 1901, il vit avec les mêmes personnes et ses deux enfants au n° 41 de la République ; ils ont une autre domestiqueDomestique : Marie Genevet, née en 1874 à Chambéry.. Claude Louison et lui sont mentionnés comme fabricants de lacetsArchives départementales de la Loire, Izieux, recensement, 1901, visualiseur : 55..
Pierre Joannon n'a jamais quitté la commune d'Izieux. Il y a passé toute sa vie. Dans les années 1920-1930, il acquiert et aménage une très belle villa, au 111 rue Petin-Gaudet, construite dans le style art nouveau«Villa Joannon, à Izieux, Saint-Chamond», http://bonneville.ccolonna.net..
Famille Pierre Joannon a épousé Anne Simone Rochat (née le à Saint-Étienne)Archives municipales de Saint-Étienne, déclarations de naissances, 1873, visualiseur : p. 152., institutrice, le à Saint-ÉtienneArchives municipales de Saint-Étienne, déclarations de mariages, 1897, visualiseur : p. 157..
Ils ont eu cinq enfants : Claudius Alexandre Jean, né le , à IzieuxArchives départementales de la Loire, état civil d'Izieux, naissances, 1898, visualiseur : p. 3.. Il meurt à l'âge de quatre ans, le Archives départementales de la Loire, état civil d'Izieux, décès, 1902, visualiseur : p. 123.. Bénédicte Antoinette, née le , à Izieux. Elle épouse Jean Philippe Daneyrolle, à Izieux, le Archives départementales de la Loire, état civil d'Izieux, naissances, 1900, visualiseur : p. 94.. Jean Joseph, né le , à Izieux. Il meurt à Antibes (Alpes-Maritimes), le Archives départementales de la Loire, Izieux, naissances, 1902, visualiseur : p. 28.. Louise, née le , à Izieux. Elle épouse Marcel Jacques Bon le , à IzieuxArchives départementales de la Loire, Izieux, naissances, 1904, visualiseur : p. 95.. Pierre né le , à Izieux. Il a épousé Suzanne Sophie Louise Veillith le , à Saint-Étienne ; puis Simone Claire Bladier le , à Lyon 7eArchives départementales de la Loire, Izieux, naissances, 1906, visualiseur : p. 47..
La famille habite au n° 41 de la rue de la République à Izieux.
Anne Simone Rochas, épouse de Pierre Joannon meurt veuve, le , à Izieux, dans son domicile, 50 rue de la RépubliqueMairie de Saint-Chamond, service de l'état civil, copie de l'acte de décès..
Mort de Pierre Joannon Pierre Joannon meurt le , à Lyon, 27 rue de FlessellesMairie de Saint-Chamond, service de l'état civil, transcription de l'acte de décès., dans la clinique des sœurs hospitalières de Saint-CharlesBibliothèque municipale de Lyon, photographies en Rhône-Alpes, clinique Saint-Charles.. Il est incinéré.
Fabricant de lacets à Izieux Les parents de Pierre Joannon ne lui ont pas laissé un gros héritage, mais leur petite affaire commerciale de lacets ferrés. Alors qu'il n'a que 20 ou 22 ans, «il achète deux ou trois métiers à lacets et commence, avec ce modeste outillage, une carrière qui lui procurera plus tard une large aisance et quelque peu d'honneurs». Son entreprise appartient à une occupation alors très répandue dans la vallée du Gier.
L'industrie du lacet à Saint-Chamond et à Izieux La fabrication de lacetsHistorique de la fabrique de lacets à Saint-Chamond, L.-J. Gras, Saint-Étienne, impr. Théolier, 1906. a été introduite en 1807 par Richard-Chambovet, à Saint-Chamond puis à Izieux : «Elle a remplacé progressivement l'ancienne Fabrique de rubans, dont l'histoire se confond avec celle de la Fabrique stéphanoise»Historique de la fabrique de lacets à Saint-Chamond, L.-J. Gras, Saint-Étienne, impr. Théolier, 1906, p. 3..
Son développement a été spectaculaire. En 1922, Le Monde illustré concluait un article sur l'industrie du lacet à Saint-Étienne avec ce dithyrambe : «En somme, Saint-Chamond, le modeste Saint-Chamond inonde le globe de ses articles. N'est-ce pas un excellent agent de l'expansion française et ne mériterait-il pas d'être moins ignoré de ses compatriotes ?»Le Monde illustré, 15 juillet 1922.. Cette production a occupé des milliers d'ouvriers et d'ouvrières de la vallée du Gier au XIXe siècle.
En 1809, Richard-Chambovet «avait 20 métiers«Ces métiers faisaient mouvoir de 9 à 33 fuseaux chacun ; chaque métier pouvait faire de 40 à 80 mètres de lacets en 24 heures». Cf. Historique de la fabrique de lacets à Saint-Chamond, L.-J. Gras, Saint-Étienne, impr. Théolier, 1906, p. 40. réunis dans une petite fabrique de moulinage près des moulins de Saint-Pierre, à Saint-Chamond. (...) Il créa en 1819 une grande manufacture sur l'emplacement des moulins d'Izieux, lesquels possédaient toutes les eaux du Gier et 10 mètres de chute»Historique de la fabrique de lacets à Saint-Chamond, L.-J. Gras, Saint-Étienne, impr. Théolier, 1906, p. 40-41.. Très vite, des concurrents apparurent à Izieux. En 1830, «Izieux comptait alors 7 fabriques de lacets. Celle de Richard-Chambovet comprenait 800 métiers»Historique de la fabrique de lacets à Saint-Chamond, L.-J. Gras, Saint-Étienne, impr. Théolier, 1906, p. 42..
Un autre témoignage nous apprend qu'en 1830 : «la fabrique de lacets d'Izieux avait 4000 fuseaux de moulinage occupés nuit et jour au retordage de la soie pour marabouts. La moitié de ces moulins, après six ans d'activité, fut détruite ; elle est remplacée actuellement par des métiers à lacets»Dictionnaire général des tissus anciens et modernes..., tome 1, Jean Bezon, impr. de Th. Lépagnez, Lyon, 1859-1863, p. 53..
En 1879, Florian Balas, président de la chambre syndicale des fabricants de lacets de Saint-Chamond, est entendu par la commission du tarif des douanes à la Chambre des députés : «Avant 1860, il y avait à Saint-Chamond deux mille ouvriers ou ouvrières occupés aux métiers de lacets de soie et de coton ; aujourd'hui, il y en a douze mille (...)»Impressions : projets de lois, propositions, rapports, etc., Chambre des députés, 1879, p. 408..
En 1886, le groupe régional des lacets dont Saint-Chamond était le centre, comprenait notamment la commune d'IzieuxHistorique de la fabrique de lacets à Saint-Chamond, L.-J. Gras, Saint-Étienne, impr. Théolier, 1906, p. 67-68..
Izieux a connu trois maires qui furent des fabricants de lacets : Richard-Chambovet lui-même, de 1829 à 1831 ; Henry Castel, de 1870 à 1887 ; et Pierre Joannon, de 1904 à 1935.
L'entreprise de Pierre Joannon
Grâce à son savoir-faire technique acquis à l'École pratique d'industrie de Saint-Chamond et à son sens du commerce, Pierre Joannon a rapidement développé l'entreprise reçue de ses parents. Mais son activité n'a pas laissé de traces dans les archives.
De nombreuses femmes y sont employées, dont certaines obtiennent la médaille d'honneur décernée par le ministère du Commerce et de l'industrie telles : Marguerite Vial, ouvrière paqueteuseJournal officiel de la République française, 31 juillet 1930, p. 8723. ; Joséphine-Louise Darnond, ouvrière cylindreuse, et Clotilde Exbrayat, ouvrière plieuseJournal officiel de la République française, 31 juillet 1930, p. 8719..
Un édile local et départemental
Mandats électifs Moins d'une dizaine d'années après avoir lancé son affaire industrielle, Pierre Joannon entend participer à l'essor de sa ville : «En dehors de ses occupations privées, il pense souvent à sa commune natale qu'il rêve d'administrer suivant des méthodes nouvelles et hardies. Déjà, ses opinions sont connues. Tout ce qui est progrès l'intéresse. Il voit le développement de l'instruction pour tous comme une chose indispensable».
Il est d'abord élu, en 1896, contre les candidats du conseil municipal sortant, sur une liste Républicaine Socialiste dont les membres lui confient la charge de maire-adjoint. En 1902, le maire Pétrus Vial démissionne ; les conseillers désignent alors deux candidats au poste de maire : Pierre Joannon et Michel Darmancier obtiennent un nombre égal de voix. Darmancier est élu au bénéfice de l'âge.
En 1904, enfin, Pierre Joannon est élu maire de la commune d'Izieux et le reste jusqu'à 1935. Parallèlement, il est élu conseiller général de la Loire de 1904 à 1919Archives municipales de Saint-Chamond, fonds de l'ancienne commune d'Izieux, dossier élections..
mandature commune département1896-1904 adjoint au maire 1904-1908 maire conseiller général1908-1912 maire conseiller général1912-1919 maire conseiller général1919-1925 maire 1925-1929 maire1929-1935 maire1935 maire
En 1935, Pierre Joannon ne souhait pas se représenter«Peut-être se sentit-il touché par le mal implacable qui l'a emporté en si peu de temps», Albert Ravachol, 8 septembre 1935. mais dû consentir aux pressions qu'on lui adressait. Élu le , il meurt moins de quatre mois plus tard.
L'œuvre d'un maire Le bilan des trente années de son action municipale a été dressé par son premier adjoint, Albert Ravachol, une semaine après la mort de Pierre Joannon.
: gratuité des fournitures scolaires pour les élèves des écoles publiques. Rachat des immeubles Balais au Vieux Creux pour en faire une école. 1905 ouverture d'une école de filles. 1906 : après la construction du tramway électrique entre Saint-Chamond et le Creux, pavage des rues de la République et Petin-Gaudet. Adduction d'eau à la Philippière.