Marie-Josèphe Dreullette, dite Marie Cabel ( - ) est une soprano belge. Membre des troupes du Théâtre-Lyrique et de l'Opéra-Comique, elle est restée célèbre pour avoir créé les rôles de Dinorah dans Le Pardon de Ploërmel de Meyerbeer et de Philine dans Mignon d'Ambroise Thomas.

Biographie

Années de jeunesse

Marie-Josèphe Dreullette Andrew Gann, « Marie Cabel », Dictionnaire de la musique en France au XIXe siècle sous la direction de Joël-Marie Fauquet, Fayard, Paris, 2003, 1406 p. née à Liège, est la fille d'un ancien officier de cavalerie de l'armée napoléonienne qui, après sa carrière militaire, est devenu comptable pour divers théâtres en Belgique. Pauline Viardot, qui vit à cette époque dans un château près de Bruxelles, entend Cabel chanter enfant et lui prédit un grand avenir. Cabel étudie d’abord le chant à Liège. Après la mort de son père, elle donne des leçons de musique pour soutenir financièrement sa mère. Le frère cadet de Cabel, Edmond, deviendra également chanteur et sera le créateur, en 1863, du rôle de Hylas dans Les Troyens d'Hector Berlioz Thomas Joseph Walsh, Second Empire Opera: The Théâtre Lyrique, Paris, 1851-1870, Londres : John Calder, 1981 .

Cabel poursuit ses études à Bruxelles avec Ferdinand Cabel et Louis-Joseph Cabel. En 1847, elle épouse Georges Cabel, frère de Louis-Joseph et professeur de chant. Le mariage n’étant pas heureux, ils se séparent bientôt et finissent par divorcer. La même année, elle donne un concert à Paris et achève ses études au Conservatoire de Paris en 1848-1849.

Cabel fait ses débuts à l'opéra à Paris au Château des Fleurs Le Château des Fleurs était un établissement situé aux Champs-Élysées dans lequel on donnait des concerts. en 1848 et, en 1849, chante Georgette dans Le Val d'Andorre d'Halévy et Athénaïs dans Les Mousquetaires de la reine du même Halévy à l'Opéra-Comique où elle passe presque inaperçue. De retour à Bruxelles, elle chante au théâtre de la Monnaie de 1850 à 1853 avec plus de succès. En 1852, elle apparaît également à Lyon, avec un salaire de 3000 francs par mois, et l'année suivante à Strasbourg et à Genève.

1853-1856 : révélation et premiers succès au Théâtre-Lyrique 1853-1854 : la direction de Jules Seveste C'est à Lyon qu'elle est découverte par Jules Seveste, directeur du Théâtre-Lyrique à Paris. Seveste l'engage pour la saison 1853-1854 dans son théâtre, où elle fait ses débuts en créant le rôle de Toinon dans Le Bijou perdu d'Adolphe Adam le . Fétis la décrit comme : jeune, fraîche, accorte, souriante, ayant le diable au corps, manquant à la fois de goût et de style musical, mais douée d'une voix adorable, d'une pureté merveilleuse et dont le timbre brillant et argentin produisant un effet étonnant sur le public, avec cela lançant les traits les plus difficiles avec une crânerie et une sûreté surprenantes… Dans Le Ménestrel Julius Lovy, « Débuts de Mme Cabel », Le Ménestrel, n° 45, 9 octobre 1853, Julius Lovy écrit : Cette fois nous avons deux événements à constater : un opéra nouveau et une nouvelle cantatrice. L'opéra devait réussir : la musique est de M. Adolphe Adam. Quant à la cantatrice, elle a dépassé littéralement toutes les espérances; car, il y a trois ou quatre ans, nous avions vu cette même Marie Cabel (…) faire, sous le rapport du talent, assez maigre figure auprès de la remarquable troupe de Favart. Mme Cabel était alors, tranchons le mot, une chanteuse médiocre. Aujourd'hui, cette médiocrité n’est plus reconnaissable. (…) L’agilité des traits, le brio, la hardiesse, l’inexpérience, rien ne manque à la débutante, ses défauts même sont ravissants… Elle devient une chanteuse si populaire que le théâtre, situé dans le quartier ouvrier du boulevard du Temple, commence à attirer un public plus choisi, à commencer par l'empereur Napoléon III et sa nouvelle épouse Eugénie de Montijo .

vignette|Marie Cabel dans La Promise de Clapisson. Cabel continue à chanter au Théâtre-Lyrique, créant les rôles de Corbin dans Georgette, ou le Moulin de Fontenoy de François-Auguste Gevaert () et Marie dans La Promise de Louis Clapisson () . Lovy Julius Lovy, « La Promise », Le Ménestrel, n° 16, 19 mars 1854 indique que : La Promise, qui renferme du reste des morceaux de premier ordre, a obtenu un succès complet, succès dont Marie Cabel peut revendiquer une belle part. Le succès se prolonge quelque peu, puisque l’œuvre est exécutée 60 fois en deux ans. Vers la fin de la saison en mai, Cabel est en congé et apparaît à Bordeaux et à Nantes, puis est annoncée pour une représentation de La Promise au Théâtre-Lyrique le .

Été 1854 : la tournée londonienne

Après la fin de la saison à Paris, pendant les vacances d'été, une partie de la compagnie se rend au St James's Theatre de Londres. Il ne s’agit pas d’une tournée officielle du Théâtre-Lyrique, Seveste ayant refusé d’y participer ; il est resté en France pour préparer la prochaine saison. Une saison de deux mois est présentée au St James’ Theatre, qui débute avec l’interprétation de Cabel dans Le Bijou perdu. The Illustrated London News () estime que l'opéra est : extrêmement immoral - une chose sans importance à Paris, mais pas encore négligée, nous l'espérons, à Londres. Cabel chante également les rôles de Catarina dans Les Diamants de la couronne d’Auber et Marie dans La Fille du régiment de Donizetti . The Musical World () rend compte en détail des performances de Cabel: Malgré la chaleur intense du temps, qui a contribué puissamment à réduire le public des théâtres londoniens, le St. James's a été fréquenté par des auditoires à la mode tous les soirs où est apparue la charmante et fascinante Marie Cabel. Les Diamants de la couronne s’est révélé être l'opéra le plus séduisant produit par la compagnie du Théâtre-Lyrique et, indépendamment de la supériorité de la musique d'Auber sur celle de tout autre compositeur dont l'œuvre a été représentée, nous n'hésitons pas à dire que la Catarina de Madame Marie Cabel est le personnage le plus frappant et intéressant dans lequel elle est apparue à Londres. Peut-être était-ce parce que c’était dans cette œuvre qu’elle est apparue en dernier, et que, par conséquent, elle a fait la plus profonde impression. La charmante artiste, cependant, ne partageait sans doute pas cette opinion. Ainsi, pour la représentation à son bénéfice, mercredi dernier, elle a choisi La Fille du Régiment de préférence aux Diamants de la couronne. Après tout, le fait de préférer Mme Cabel dans Catarina ou Maria est une simple question de goût. Si la plupart aime Catarina, c’est souvent parce qu’ils préfèrent la musique d'Auber à celle de Donizetti.

Marie Cabel a été accueillie par un public de vrais dévots mercredi soir. Le temps chaud semblait n'avoir aucun effet sur sa voix, à moins de la rendre encore plus douce et souple. Si Jenny Lind a le droit d'être appelée le « Rossignol », et Alboni la « Grive », Marie Cabel peut, sûrement et sans trop vouloir filer la métaphore, être appelée « l'Alouette ». En effet, aucune alouette ne pourrait chanter plus gentiment et déverser ses notes piquantes plus joyeusement qu'elle ne l’a fait mercredi soir. Son chant était l'exaltation même des sons agréables, et sa perfection s’exerçait à la fois dans les rôles de la Vivandière ou de la fille du régiment. Dans le second acte, Mme Cabel a présenté la scène du Toréador de M. Adolphe Adam, dans laquelle figurent les variations sur « Ah! Vous dirai-je, maman ». Ce fut l'un des chants de bravoure les plus achevés et les plus brillants que nous ayons écoutés depuis longtemps et qui fut un véritable triomphe pour Mme Cabel, qui fut adroitement appuyée par MM. Legrand et Louis Cabel dans les deux parties masculines. Madame Cabel fut rappelée à la fin de l'opéra, reçue avec des applaudissements enthousiastes et honorée d'une pluie de bouquets. Le succès de la compagnie à Londres est toutefois terni par le décès brutal de Jules Seveste le à Meudon.

1854-1855 : la direction d’Émile Perrin

Émile Perrin prend la direction du Théâtre-Lyrique le , tout en conservant son poste de directeur de l'Opéra-Comique. Marie Cabel étant sous contrat avec Seveste, elle est libre de quitter la compagnie, mais Perrin réussit à la convaincre de signer un contrat de cinq ans avec lui pour 40 000 francs par an et trois mois de congé annuel. La nouvelle saison débute avec Cabel dans La Promise.

Adolphe Adam écrit deux nouvelles œuvres pour Perrin, Le Dernier Bal pour l'Opéra-Comique et l'opéra-comique en trois actes Le Muletier de Tolède pour le Théâtre-Lyrique. Craignant que la production simultanée de deux œuvres d’un même compositeur suscite des jalousies, Adam doit choisir quel opéra représenter en premier. Ayant écrit Le Muletier pour Cabel, il ne réfléchit pas longtemps. L'opéra est créé le avec Cabel dans le rôle principal d'Elvire, et bien qu'il soit souvent considéré comme l'une des œuvres les plus faibles d'Adam, il devient l'un des nouveaux triomphes de Perrin au théâtre, avec 54 représentations cette année et la suivante. Son succès peut être attribué presque entièrement à Cabel. Comme Lovy Julius Lovy, « Le Muletier de Tolède », Le Ménestrel, n° 4, 24 décembre 1854 le note avec enthousiasme : Le double rôle de Marie Cabel domine toute la pièce : la cantatrice est presque toujours en scène, elle chante continuellement, et cette charmante fauvette porte le fardeau avec une grâce, une aisance, une légèreté qui dénotent réellement une organisation privilégiée. La miraculeuse agilité de sa voix, la verve et l'audace de ses traits lui ont valu dans ce double rôle de reine et de paysanne, un succès d'enthousiasme qui aura un long retentissement à Paris.

vignette|Marie Cabel en 1855. Plus tard dans la saison, après une série de productions médiocres de Perrin (à l'exception d'une reprise très altérée du Freischütz de Weber appelée Robin des Bois le ), Cabel crée le rôle de Jaguarita dans Jaguarita l'Indienne de Halévy (). Cette production rencontre un succès encore plus grand que Le Muletier et réalise un total de 124 représentations. Les avis semblent cependant un peu moins enthousiastes comme le note Lovy Julius Lovy, « Jaguarita l'Indienne », Le Ménestrel, n° 25, 20 mai 1855 : Faisons quelques réserves pour certaines fantaisies indiennes, certaines vocalises de Peau-Rouge, qui jurent avec la grâce toute française de Marie Cabel, avec la délicatesse de sa nature et sa coquetterie pur-sang. Elle aura beau vous dire qu'elle est Jaguarita, la farouche reine des Anatocas; vains efforts! Elle est et elle restera Marie Cabel, la gentille fauvette du Théâtre-Lyrique ; et les cris de panthère lui sont interdits. Encore, si elle avait consenti à bistrer son visage, à faire disparaître l'albâtre de ses bras sous une couche de couleur fauve, à revêtir le costume traditionnel : mais pas si indienne !... Jaguarita apparaît à nos yeux avec sa blanche figure de tous les jours, et ses jolis bras défient tous les blancs de perle de la civilisation.

Pendant les vacances d'été, Cabel se rend à Baden-Baden, puis retourne ouvrir la saison 1855-1856 le avec Jaguarita. Il avait été annoncé en avril que Perrin quitterait son poste de directeur, et il s’exécute le .

1856-1861 : création des rôles de Manon Lescaut et Dinorah à l’Opéra-Comique La première création de Cabel à l’Opéra-Comique est le rôle-titre de l'opéra en trois actes d’Auber, Manon Lescaut, le . L’air célèbre « Éclat de rire » aurait été créé spécialement pour elle.