Joseph Guthlin, ou Lector Lucius de son nom de plume, est né Joseph Aloyse Philippe Michel Guthlin le à Colmar et mort le à Rome. Français et alsacien, issu d'une famille originaire de Folgensbourg, il est un prêtre catholique ordonné le , professeur d'apologétique au Grand séminaire de Strasbourg, chanoine honoraire de la cathédrale de Strasbourg.
A Rome à partir de 1878, il devient docteur en droit canon et canoniste à l'Ambassade de France près le Saint-Siège, clerc national, conseiller du pape pour les questions d'Orient, prélat domestique de la Maison de Sa sainteté le pape Léon XIII, prélat référendaire de la signature papale, recteur de l'église Saint-Nicolas-des-Lorrains de Rome, supérieur de l'église St-Louis-des-Français de Rome, chevalier de la légion d'honneur.
Biographie alt=|gauche|vignette|Les "célébrités" parmi les élèves du collège libre Saint-André de Colmar-Lachapelle fondé en 1854, dont Joseph Guthlin (en-haut à gauche)Source : INGOLD A.M.P., Association amicale des anciens élèves, Histoire du collège libre de Colmar-Lachapelle, Imp. J.-B. Jung, Colmar, 1908,
Famille, naissance et enfance Il naît le , à Colmar, au domicile familial situé rue Rapp. Il est le premier des six enfantsJoseph (1850), Marie (1852), nés à Colmar ; Philippine (1854), Aloïs (1855), Philippe (1858) et Mathilde (1860), nés à Folgensbourg (État civil du Haut-Rhin : www.archives.haut-rhin.fr) de François-Joseph Guthlin (1822-1890État civil, Folgensbourg, Décès, 1890, acte , 20 novembre (www.archives.haut-rhin.fr)), menuisier et membre du conseil général de la Haute-Alsace pendant de longues années"L'Alsace vient de perdre un homme de bien dans toute l'acceptation du mot. M. Joseph Guthlin, qui a été pendant de longues années membre du conseil général de la Haute-Alsace est mort à Volkensberg, dans le comté de Ferrette. M. Guthlin a vécu et il est mort en catholique zélé. Son fils Guthlin, clerc de l'ambassade de France à Rome, était venu pour lui fermer les yeux, il est arrivé trop tard. Le souvenir de M. Joseph Guthlin restera honoré chez tous ses compatriotes." (Edition quotidienne du journal L'univers du Mercredi 26 novembre 1890), et de Marie-Anne Christ (1817État civil, Colmar, Naissance, 1817, acte , 3 février (www.archives.haut-rhin.fr)
Elle est la fille de Michel Christ, boulanger, et de Ursule Hochschild.-1890État civil, Folgensbourg, Décès, 1890, acte , 20 février (www.archives.haut-rhin.fr))Tous ces détails figurent sur son acte de naissance consultable en ligne sur la Base Léonore des décorés de la Légion d'honneur (http://www2.culture.gouv.fr/documentation/leonore/NOMS/nom_00.htm), qui se sont mariés dans cette même ville le État civil, Colmar (Haut-Rhin), Mariages, 1849, acte (www.archives.haut-rhin.fr). Après la naissance de sa sœur Marie (1852), sa famille retourne vivre au village familial de Folgensbourg, où naissent ses autres frères et sœurs, Philippine (1854), Aloïs (1855), Philippe (1858) et Mathilde (1860).
Ses deux oncles du côté paternel sont l'un Aloïse Guthlin (1828-1878), prêtre catholique, théologien et métaphysicien, chanoine honoraire et vicaire général de l'évêque d'Orléans Dupanloup, et l'autre Philippe Guthlin (1831-1888), écrivain, poète, professeur d’allemand, de littérature et de poésie, et époux de Mathilde Delaporte.
Parmi les enfants et petits-enfants de sa plus jeune sœur Mathilde (1860-1934)État civil, naissances dans la commune de Folgensbourg (www.archives.haut-rhin.fr), il y a deux prêtres catholiques en fonction dans le Haut-Rhin, tous deux nés au village familial de Folgensbourg, son neveu le chanoine Philippe Sauner (1890-1956) et son petit-neveu le curé Philippe Sauner (1943-2020)Avis de décès : https://www.libramemoria.com/defunts/sauner-philippe/dcfb9c30488846d99e87a39bfe635605.
Études, ordination sacerdotale, missions à Strasbourg Il devient étudiant au Collège libre de Saint-André de Colmar où enseigne son oncle prêtre Aloïse Guthlin qui y est professeur de philosophie.
Il est ensuite séminariste au Grand Séminaire de Strasbourg jusqu'à son ordination sacerdotale.
Le Equipe de Recherche sur le Catholicisme en Alsace et en Lorraine (ERCAL), La formation du clergé dans les diocèses de Strasbourg et de Metz de 1871 à 1918, Actes de la journée d'études de Strasbourg du 13 mars 1985, ERCAL Publications, 1987 (172 p.), p. 26, dès avant son ordination sacerdotale, il y devient professeur de théologieDétail évoqué dans la lettre testimoniale accompagnant la demande de décoration. Source : Base Léonore des décorés de la Légion d'honneur (http://www2.culture.gouv.fr/documentation/leonore/NOMS/nom_00.htm) sous le nom GUTHLIN en apologétique (1871-1878)Equipe de Recherche sur le Catholicisme en Alsace et en Lorraine (ERCAL), La formation du clergé dans les diocèses de Strasbourg et de Metz de 1871 à 1918, Actes de la journée d'études de Strasbourg du 13 mars 1985, ERCAL Publications, 1987 (172 p.), p. 23 et en dogmatique de niveau 1 (1873-1878), ainsi que professeur d'hébreu de niveau 2 (1871-1880).
Il devient allemand, à la suite de la cession de l'Alsace-Moselle, qui intègre l'Empire Allemand lors de la signature du traité de Francfort le .
Il est ordonné prêtre pour le diocèse de Strasbourg le , et continue d'enseigner comme professeur d'apologétique au Grand Séminaire de Strasbourg.
Révolté par l'attitude de Paul Dupont des Loges au Reichstag, il se sent trahit et se rapproche de Joseph Guerber. Il écrit dans le Volkfreund des articles sans les signer et se brouille avec André Raess. Il soutient Jacques Kablé via le Grand Séminaire lors des élections de 1878. L'action du gouvernement allemand est immédiat et il est expulsé du paysAnnuaire pontifical de 1913, Le Figaro du 11 juin 1916.
Dans les archives du Grand Séminaire, il y est enregistré comme professeur durant 9 années de 1871 à 1880, de l'âge de 21 ans à ses 30 ansEquipe de Recherche sur le Catholicisme en Alsace et en Lorraine (ERCAL), La formation du clergé dans les diocèses de Strasbourg et de Metz de 1871 à 1918, Actes de la journée d'études de Strasbourg du 13 mars 1985, ERCAL Publications, 1987 (172 p.), p. 10, notamment pour l'hébreu niveau 2 qu'il aurait continué d'enseigner après 1878 jusqu'en 1880, ce qui semble difficile compte tenu de son expulsion et de son départ pour Rome en 1878. Il est néanmoins possible qu'il soit revenu de Rome périodiquement pour dispenser ces cours à Strasbourg.
Missions à Rome Canoniste à l'Ambassade de France près le Saint-Siège En , il part à Rome où il étudie le droit canonique et devient docteur en droit canon (selon une source, il serait déjà devenu docteur en droit canon dès 1875).
De 1878 à 1904, pendant 26 années, il est consulteur canoniste de l'Ambassade de France près le Saint Siège (d'abord adjoint puis titulaireJournal Le Radical du 11 août 1904, ), en tant que fonctionnaire français nommé et rémunéré par le Ministère français des Affaires étrangères sous la République.
Il y travaille, sous les pontificats de Léon XIII puis de Pie X, avec plusieurs ambassadeurs de France près le Saint-Siège au fil de leurs nominations respectives : Joseph de Cadoine de Gabriac de 1878 à 1880, Ferdinand de Navenne de 1880 à 1882, Édouard Lefebvre de Béhaine de 1882 à 1896, Eugène Poubelle de 1896 à 1898, Armand Nisard de 1898 à 1904Armand Nisard (1841-1925) fut ambassadeur de France près le Saint-Siège du 23 décembre 1898 au 21 mai 1904 (https://gw.geneanet.org/garric?lang=fr&p=francois+auguste+armand&n=nisard) et enfin probablement brièvement Alphonse Chodron de Courcel de mai à D'après les dires de Georges Clemenceau dans un communiqué de presse d'août 1904, Guthlin, comme "ambassadeur officieux" aurait succédé à Alphonse Chodron de Courcel, qui aurait lui-même succédé à Armand Nisard. Or, ce dernier est arrivé en fin de mandat le 21 mai 1904, De Courcel aurait donc exercé de mai 1904 jusqu'à la rupture des relations diplomatiques en juillet 1904. (Journal Le Radical du 11 août 1904, ).
Dans ses fonctions et avec ses compétences, il s'est particulièrement occupé des matières de droit canonique et concordataire qu'impliquent les rapports du gouvernement de la République française avec le pape. Il a notamment étudié de multiples questions de droit, de statistique et d'administration ecclésiastiques qui se rattachent à l'exercice du Protectorat historique de la France sur les Missions catholiques en Orient, et des rapports qu'ils entretiennent alors avec la Propagande de la foi au Vatican.
Il fait, comme canoniste, une étude remarquable sur le conclave, avec plusieurs publications d'ouvrages de références sur le sujet.
En , il quitte l'Ambassade de France près le Saint Siège avec la rupture brutale des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège.
Clerc national de France auprès du Saint-Siège Il est nommé Clerc national de France auprès du Saint-SiègeLe titre complet de sa charge est "clerc national du Sacré-Collège et de secrétaire consistorial pour la France". à partir de 1886, succédant à Casimir Chevalier qui le fut de 1878 à 1886.
La fonction de Clerc national a vu le jour avec la formation du Sacré Collège des cardinaux en 1150, et consiste à placer auprès des ambassadeurs près le Saint-Siège respectifs des clercs nationaux pour chaque État. À ce titre, il a pour mission d'assister aux consistoires (où sont créés les cardinaux et préconisés les évêques), et par ailleurs aussi d'être postulateur du pallium des nouveaux archevêques de son pays. Dans le cadre alors en vigueur du Concordat, sa mission est donc à la fois religieuse et politique. D'une part, il est en lien direct avec l'ambassadeur de France près le Saint-Siège, donc dans la confidence des projets politiques et des nominations épiscopales. D'autre part, il est en contact répété avec le pape, le secrétaire d'État, les cardinaux et la cour pontificale. Il est ainsi le canal de nombre d'informations et de confidencesRome pendant la semaine sainte : dessins par Paul Renouard, Ed. Boussod-Valadon, Paris, 1891, . Dans sa mission, il suggère et influence ainsi les décisions à prendre, que ce soit du côté de l'État ou de l'ÉgliseLaurencin Michel, Casimir Chevalier, clerc national de France à Rome d'après des documents inédits, Colloque Casimir Chevalier, Tours, 28 mai 2011, .
En ,par exemple, il demande le pallium pour les nouveaux archevêques de Bourges, Cambrai et AlgerLe Figaro, 25 janvier 1893.
Cet extrait d'un courrier du qu'il écrit à Léon Lavedan illustre bien sa mission d'influence à Rome : «...il y a deux ans M. Spuller (...) disait (...) qu'il ne verrait que des avantages à ce qu'il devint Cardinal de curie. C'était une idée que j'avais suggérée quelque temps auparavant, (...) elle n'avait pas trouvé un terrain absolument réfractaire. Ne verriez-vous pas de moyen discret de la faire surgir de nouveau dans le moment présent ? »Beretta Francesco, Monseigneur d'Hulst et la science chrétienne: portrait d'un intellectuel, Ed. Beauchesne, 1996, Paris,
Prélat de la cour papale Le , il est nommé camérier, conseiller du pape pour les questions d'OrientAnnuaire pontifical de 1899.
Le , il est nommé prélat domestique de la Maison de Sa sainteté le pape Léon XIII
Le , il est nommé prélat référendaire de la signature papaleAnnuaire pontifical 1913Annuaire pontifical de 1902Ces informations sont confirmées par : Jean de Bonnefon, Paroles françaises et romaines, 1906, Paris, .
De Rome, il fait appel à des collaborateurs français. En 1882, par exemple, il fait appel à Eugène BoeglinArticle de presse de 1994 paru dans le journal hebdomadaire alsacien L'Ami Hebdo, un compatriote alsacien et sundgauvien, qui vient collaborer avec lui, devenant traducteur au Journal de Rome, puis rédacteur en chef du Moniteur de Rome, et enfin également prélat de sa sainteté.