Erich Meuthen (né le à Mönchengladbach et mort le à Cologne) est un historien allemand dont les recherches portent essentiellement sur le Moyen Âge tardif.

Professeur d'histoire médiévale aux universités de Berne de 1971 à 1976, et de Cologne de 1976 à 1994, il découvre de nombreux documents datant du et fait partie des spécialistes les plus réputés de Nicolas de Cues, humaniste, philosophe et politicien ecclésiastique allemand.

Biographie Erich Meuthen est le fils d'un vice-recteur. Il fait sa scolarité à Gladbach puis obtient sa maturité en au gymnase scientifique de Mönchengladbach.

L'intérêt de Meuthen pour l'histoire est éveillé par les petites images (du style « L'empereur Frédéric Barberousse punit les rebelles de Milan ») qu'un fabricant de cirages fournit avec ses produits. En fait, il s'intéresse davantage aux textes qu'aux images. Il étudie pendant neuf semestres l'histoire, la germanistique et la philosophie à l'université de Cologne. Ses principaux professeurs sont Josef Koch, Richard Alewyn et Gerhard Kallen. Auprès de Richard Alewin, il étudie le Faust de Goethe et s'essaie à l'écriture de quelques poèmes et drames. Il obtient son doctorat à Cologne en en soutenant une thèse portant sur la réforme de l'église et la théologie de l'histoire selon Gerhoh de Reichersberg. De 1954 à 1957, il travaille à l'Institut historique allemand de Rome et suit une formation d'archiviste aux Archives de Rhénanie du Nord-Westphalie à Dusseldorf ainsi qu'à l'école d'archivistes de Marbourg avec Hugo Stehkämper. De 1957 à 1971, il travaille au service des archives d'Aix-la-Chapelle où il est promu conseiller en 1961 puis directeur en 1966. Il obtient son habilitation universitaire en 1967 en soutenant une thèse portant sur les prélats d'Aix-la-Chapelle. Outre son activité de directeur des archives, il est jusqu'en 1971 privat-docent à l'université technique de Rhénanie-Westphalie à Aix-la-Chapelle, puis, de 1971 à 1976, professeur ordinaire d'histoire médiévale à l'université de Berne. Il décline l'invitation de l'université Louis-et-Maximilien de Munich et, en 1976, succède à Theodor Schieffer à la chaire d'histoire médiévale de l'université de Cologne, poste qu'il conserve jusqu'à sa retraite en 1994. En , il succède également à Theodor Schieffer au poste de directeur des archives de l'université, poste qu'il occupe jusqu'au . Parmi ses plus illustres élèves figurent Johannes Helmrath, Harm Klueting, Heribert Müller et Urs Martin Zahnd. Cependant, aucun cercle d'élèves ayant un domaine de recherche commun ne se constitue autour de lui.

En 1993, la médaille universitaire lui est décernée. Dès 1977, il est membre correspondant de l'Académie des sciences de Heidelberg et membre de la Commission Historique de l'Académie bavaroise des sciences. En 2007, il est également élu membre correspondant de l'Académie des Sciences et des Arts de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Pendant plus de vingt ans il fait partie du conseil scientifique de l'Institut historique allemand de Rome. Appelé par la Commission Historique de l'Académie bavaroise des sciences à succéder à Hermann Heimpel, il est chargé d'éditer les documents les plus anciens des Deutsche Reichstagsakten. Il fait également partie durant de nombreuses années du groupe des éditeurs de l'Historische Zeitschrift.

Recherches

De 1954 à 2003, Meuthen a rédigé près de 120 publications dont la grande majorité traite de Nicolas de Cues. Il s'est cependant aussi consacré à l'histoire des lieux dans lesquels il enseigne. Ainsi, lorsqu'il est archiviste à Aix-la-Chapelle, il publie des études consacrées à l'histoire médiévale de cette ville, tandis que lorsqu'il est professeur à Cologne, il s'intéresse à l'histoire de l'université de cette ville qui, à l'occasion de ses 600 ans, publie en 1988 un ouvrage en trois volumes relatant son histoire. Le premier, consacré à la période entre 1388 et 1798, est rédigé par Meuthen. L'ouvrage satisfait aux plus hautes exigences scientifiques et obtient une reconnaissance internationale.

L'intérêt de Meuthen pour Nicolas de Cues est éveillé par Josef Koch. Grâce à une bourse de trois ans octroyée par le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, Meuthen peut, à partir de 1954, se consacrer à la recherche sur les dernières années de Nicolas de Cues en Italie. Il trouve, dans 38 bibliothèques et archives italiennes, une multitude de documents totalement inconnus jusqu'alors. L'étude qui en résulte, parue en 1958 et intitulée Die letzten Jahre des Nikolaus von Kues comporte essentiellement des documents publiés pour la première fois. En 1964, à l'occasion du anniversaire de la mort de Nicolas de Cues, Meuthen publie une présentation intitulée Nikolaus von Kues 1401-1464. Skizze einer Biographie. Dans cet ouvrage, Meuthen présente Nicolas de Cues comme le premier historien du droit au sens strict du terme et il accorde un grand intérêt à l'envoi de Nicolas de Cues à Constantinople en 1437. Meuthen considère Nicolas de Cues comme un politicien européen de tout premier plan et un grand acteur de l'évolution du monde grâce à son engagement inlassable en faveur de l'union des Églises lors de ses voyages en tant que légat et affirme qu'aucun évêque allemand de son siècle n'a eu un tel souci pastoral. L'ouvrage en est en 1992 à sa septième édition, il paraît en japonais en 1973 et en anglais en 2010. Toujours en 1964, Meuthen publie un document intitulé Das Trierer Schisma von 1430 auf dem Basler Konzil. Zur Lebensgeschichte des Nikolaus von Kues, une étude sur le début de la vie de Nicolas de Cues. L'accent est mis sur la manière d'agir du Concile de Bâle vis-à-vis d'Ulrich de Manderscheid, candidat malheureux au ministère d'archevêque de Trèves, dont Nicolas avait pris le parti. En 1972, Meuthen publie découvre un écrit de politique ecclésiastique de Nicolas de Cues datant du printemps 1433, intitulé De maioritate auctoritatis sacrorum conciliorum supra auctoritatem papae, et le publie. Durant les années 1980, Meuthen travaille sur les nombreuses sources concernant les voyages de Nicolas de Cues entre et en tant que légat du pape. Ces textes donnent de nombreux aperçus de la situation de l'Église à cette époque et de sa diplomatie.

Lors de ses recherches sur Nicolas de Cues, Meuthen trouve dans les Archives d'État de Wurtzbourg un exemplaire manuscrit de la Summa dictorum, texte déjà connu des chercheurs mais dont l'étude approfondie n'avait pas encore été faite. Cette Summa dictorum est la réponse que Nicolas de Cues voulait opposer en 1442, à la Diète de Francfort, aux explications de Niccolò Tedeschi, légat pour le concile de Bâle. En tant que porte-parole de la Légation pontificale, il a tenté de prouver que la destitution du Pape Eugène IV était invalide.

À partir des années cinquante, Meuthen travaille avec Hermann Hallauer à l'édition des Acta Cusana, un ensemble d'ouvrages regroupant tous les écrits concernant la vie de Nicolas de Cues. Les deux chercheurs se sont rencontrés pour la première fois en à Bad Honnef. Ils disposent de plusieurs milliers de documents, lettres et chroniques et décident d'en faire une présentation complète, classée dans l'ordre chronologique, ce qui représente un immense défi dont Meuthen a donné de très nombreux exemples en 1999. Le premier volume des Acta Cusana est publié par Meuthen et Hellauer entre 1976 et 2000 en 5 parties. Il concerne la période allant de 1401 à 1452 et reproduit 2452 documents sur plus de 1800 pages. Âgés et malades, Erich Meuthen et Hallauer ne peuvent poursuivre le projet eux-mêmes et c'est Jean Helmrath qui se charge de la suite. Les Acta Cusana comptent parmi les éditions de sources les plus importantes du Moyen Âge tardif. Grâce aux recherches de Meuthen, le nombre de documents biographiques concernant Nicolas de Cues est passé à près de 5000 pièces et de nombreuses lacunes qui subsistaient dans la biographie écrite par Edmond Vansteenberghe en 1920 ont pu être comblées. Meuthen et Hallauer se voient décerner en 2009 le premier prix Cusanus par l'université de Trèves pour leurs contributions à la recherche sur Nicolas de Cues.

Les recherches de Meuthen sur Nicolas de Cues l'amènent à s'intéresser également aux conciles du XVe siècle. Il consacre de nombreuses études approfondies au concile de Bâle. A Bâle, il découvre les trois volumes de la rote et à Copenhague les procès-verbaux du concile appartenant à Juan de Segovia. Grâce aux travaux de Meuthen, le concile de Bâle n'est plus considéré uniquement d'un point de vue théologique ou ecclésiologique mais également comme un événement historique débordant largement le cadre de l'histoire de l'église. Meuthen a toujours présenté ses propres recherches sur Nicolas de Cues dans un cadre temporel bien plus large. En 1980, il publie un ouvrage intitulé Das 15. Jahrhundert qui traite de l'histoire du XVe siècle, jusqu'alors fort négligée. Cet ouvrage a un fort retentissement et est devenu incontournable pour les historiens de langue allemande Meuthen révise ses travaux pour les deux éditions de 1984 et de 1996. La quatrième, en 2006, et la cinquième, en 2012, ont été revues par Claudia Märtl.

Meuthen s'intéresse également à l'Humanisme de la Renaissance, et présente Nicolas de Cues comme un bâtisseur de ponts entre l'Allemagne et l'Italie. De Cues, cardinal allemand, fait partie d'un cercle d'amis allemands et italiens germanophiles appartenant à la Curie romaine. Lors de ses recherches sur Nicolas de Cues, Meuthen trouve une lettre d'Enea Silvio Piccolomini, le futur pape Pie II, adressée au cardinal espagnol Juan de Carvajal. Datée du , cette lettre montre que Carvajal sait qu'un homme a proposé à Francfort des pages imprimées de la Bible. Elle témoigne ainsi de la plus ancienne impression de la Bible et est très importante pour les études sur Gutenberg. La publication en 1982 de cette découverte de Meuthen a un énorme retentissement et est considérée comme la découverte la plus importante du XXe siècle concernant l'histoire de la bible de Gutenberg.

Dans de nombreux articles, Meuthen explore différents aspects de l'histoire médiévale d'Aix-la-Chapelle. Il publie en 1961 une étude sur les relations de Nicolas de Cues avec la ville d'Aix-la-Chapelle, en particulier avec sa collégiale Marienstift puis, en 1965, une étude sur Aix-la-Chapelle dans l'historiographie jusqu'en 1800. En 1972, il édite le texte intégral de 252 documents concernant Aix-la Chapelle de 1101 à 1250 puis, en 1975, une étude sur les liens entre Frédéric Barberousse et Aix-la-Chapelle qui montre que ces liens étaient beaucoup moins étroits que ce que l'on pensait jusqu'alors et qu'après 1174, aucun représentant de la maison des Hohenstaufen n'a séjourné à Aix-la-Chapelle.

Publications

Ouvrages

Articles

Notes et références

Sources

Erich Meuthen

Autres

Bibliographie

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