Ali Baba est un opéra-comique en trois actes de Charles Lecocq, livret de Albert Vanloo et William Busnach, créé au Théâtre de l'Alhambra de Bruxelles le 11 novembre 1887.

Genèse Source Le conte Ali Baba et les Quarante Voleurs exterminés par une esclave est issu du corpus des Mille et Une Nuits, un vaste ensemble de contes orientaux traduits de l'arabe par Antoine Galland de 1704 à 1717.

Contexte social Alors que se développent au siècle la condition ouvrière, l’industrialisation des activités humaines et le commerce à grande échelle, la question de la propriété se pose avec autant d’acuité pour les fruits de la nature et les créations de l’esprit que pour les produits du travail.

Le personnage d’Ali Baba, qui connaît une large diffusion par l’édition populaire, l’illustration et le développement du grand spectacle, démontre que richesse et propriété, qui structurent la société, n’ont ni base ni valeur morale. « Je ne suis pas voleur, à moins que ce ne soit l’être que de prendre sur les voleurs » explique Ali Baba à sa femme. Aux voleurs lésés, il pourrait citer Proudhon : « La propriété, c’est le vol ! »

Contexte théâtral

En 1822, Pixerécourt fait du conte un mélodrame « à spectacle » accompagné d’une musique d’Alexandre pour la Gaîté.

En 1833, le grand compositeur officiel Cherubini en tire pour l’Opéra de Paris son dernier ouvrage lyrique, d’esprit bouffe, composé sur un livret de Scribe et Mélesville.

En 1853 paraît au Théâtre impérial du Cirque une version en neuf tableaux des frères Cogniard avec une musique de Fessy.

En 1868, le Théâtre du Prince Impérial (future Gaîté-Lyrique) reprend le même titre, orné d’une musique de Diache.

En 1872, le Théâtre des Folies-Marigny affiche Les 400 Femmes d'Ali Baba, opéra-bouffe de Frébault avec une musique de Nibelle.

Genèse de l'œuvre

En 1887, Charles Lecocq, William Busnach et Albert Vanloo s’emparent du sujet. Il s’agit d’en faire un de ces spectacles populaires dont ces trois auteurs ont le secret, le premier comme le compositeur d’opérette le plus renommé depuis la mort d’Offenbach en 1881, le deuxième comme directeur de salle, vaudevilliste et adaptateur de succès littéraires à la scène, le troisième comme auteur d’opérettes à succès.

Le conte est simplifié et adouci. La servante Morgiane n’est plus au service du riche Cassim mais à celui du pauvre Ali Baba, au prix d’une trouvaille : il l’a achetée enfant à un maître trop dur. Le motif, qui la rapproche de la Mignon d’Ambroise Thomas (Opéra-Comique, 1866), justifie sa mise en vente à l’acte I et le beau geste d’Ali qui, la rachetant, se nimbe d’une romantique couleur goethéenne. Aussi astucieuse que dans le conte, Morgiane gagne en sentimentalité et forme avec Ali un couple ingénu, placé face au couple grotesque Cassim/Zobéïde dans un dédoublement typique de l’opéra-comique. Plus truculents que dans la source littéraire, les voleurs sont de véritables brigands d’opérette, ce qui justifie l’abandon de la violence que le conte exploitait avec un Cassim coupé en morceaux, l’hécatombe des brigands et le meurtre final de leur chef. .

Opérette ou opéra-comique ? Le genre en question thumb|Page de garde de la partition pour piano de l'opéra-comique Ali-Baba de Lecocq. La Troisième République est moins favorable à l’opérette que le Second Empire. Lecocq, qui en est le principal représentant, lutte pour en hausser le niveau, au risque de la confondre avec l’opéra-comique – terme dont il qualifie Ali Baba et la plupart de ses partitions. Vanloo se montre soucieux d’en faire autant : « L’opérette est dans le sang du Français né malin. Qu’est-elle sinon une autre forme, rajeunie et modifiée, des premiers opéras-comiques ? »

Le propre de l’opérette néanmoins, c’est son humour, une épice que néglige l’Opéra-Comique qui, dans les années 1880, se voue au drame vu par Massenet, Delibes, Saint-Saëns et Lalo. Mais « ceux qui disent que la musique légère insulte au grand art disent une ânerie, affirmera Lecocq en 1913. Elle a existé de tout temps sous d’autres noms et elle existera toujours. En France, on ne tuera jamais l’esprit gaulois. »

La ténacité de Lecocq lui vaut le mépris de ses amis – Bizet, Chabrier, Saint-Saëns : « Ce bon Charles, écrit ce dernier, je n’ai qu’un ennui avec lui ; celui de ne pas pouvoir admirer ses œuvres ; mais je lui fais croire que je les admire et je me réjouis quand il a du succès. » Comme tout compositeur d’opérette en effet, Lecocq fait de l’art commercial, non de l’art pour l’art, et il déplore : « Quand on fait de grandes choses qui n’ont pas de succès, on a la ressource de passer pour un génie incompris. Dans l’opérette, il faut réussir ou bien on passe pour le dernier des crétins ». C’est ainsi qu’Ali Baba, signé d’un compositeur de au renom international, est refusé par le directeur de la Gaîté qui préfère parier sur de plus jeunes talents...

Argument vignette|ALI BABA Charles Lecocq Production Opéra Comique 2014

Acte I Dans le grand magasin de Cassim, le commerce bat son plein, animé par des commis entreprenants. Le premier d’entre eux, Saladin, s’empresse auprès de la jolie Morgiane qui n’est pourtant que la servante du pauvre Ali Baba. Elle le repousse gentiment mais fermement. Cassim et son épouse Zobéide surviennent, en pleine dispute. Cassim refuse en effet de faire un geste pour Ali Baba : plus que le cousin de sa femme, il est leur locataire et leur créancier. Cassim a d’ailleurs demandé au cadi d'expulser Ali Baba le soir même.

Face à cette intransigeance, Ali Baba ne voit qu’une issue : le suicide. Il s’apprête à se pendre quand surgit Morgiane qui le réconforte et lui rappelle ce qu’il a fait pour elle : la racheter à un marchand d’esclaves, l’élever, la protéger.

Rasséréné, Ali Baba se remet au travail lorsqu’il est surpris par l’intrusion d’hommes patibulaires. Ce sont quarante voleurs dont le chef Kandgyar prépare un coup avec Zizi, un ancien employé de Cassim. Après leur départ, Ali Baba entre dans leur repaire grâce à la formule magique qu’il a entendue, « Sésame, ouvre-toi ».

En l’absence d’Ali Baba et devant sa bicoque, ses maigres biens sont mis en vente par le cadi Maboul, à la grande satisfaction de Cassim. Si le mobilier ne remporte guère de succès, Morgiane excite la convoitise. Ali Baba arrive juste à temps et double la mise afin de récupérer sa protégée. Il invoque un bienfaiteur discret qui lui permet de payer comptant. Cassim ne peut que soupçonner sa femme…

Acte II Tandis qu’Ali Baba envoie Morgiane chercher des balances pour mesurer ses biens, Zobéide vient lui rappeler le tendre sentiment qui les liait dans leur jeunesse. Cassim surprend les confidences de sa femme mais à la vue des balances, la curiosité l’emporte sur la jalousie. Après le départ du couple, Ali Baba dévoile sa fortune à Morgiane ainsi que le secret des voleurs, sans se douter que Cassim les écoute. Ali Baba part préparer une fête dans le palais qu’il vient d’acquérir tandis que Morgiane fait ses adieux à leur masure.

Cassim se précipite dans la caverne et prend littéralement un bain d’or. Mais au moment de repartir les poches pleines, la formule magique lui échappe. Les voleurs reviennent riches d’un nouveau butin et surprennent Cassim. Comme il sait leur secret, il doit mourir. Zizi sauve son ancien patron qu’il fera passer pour mort : il le grime en voleur et le baptise Casboul.

Acte III Devant le magasin fermé, Zobéide supplie Ali Baba de s’enquérir de son époux. Cassim rode justement en compagnie de Zizi et sous sa nouvelle identité. Il constate ainsi que Saladin le vole. Lorsqu’Ali Baba revient annoncer sa mort, Saladin se réjouit mais Zobéide au moins semble éprouver du chagrin.

Les aumônes d’Ali Baba révèlent au chef des voleurs l’origine de sa fortune car l’argent est marqué. Zizi inscrit une croix sur la porte du palais mais Morgiane, qui a surpris son geste, multiplie les croix dans la rue.

Zizi et Cassim se sont introduits à la fête d’Ali Baba. Cassim constate que sa femme offre déjà son cœur à son cousin. Convenant qu’un homme riche doit être marié, Ali Baba propose de célébrer leur mariage le soir même.

Mortifié, Cassim dénonce l’origine de la fortune d’Ali Baba aux voleurs. Le projet de mariage trouble Morgiane tandis qu’Ali Baba la regarde maintenant d’un œil neuf.

Travesti en négociant, Kandgyar vient demander à Ali Baba l’hospitalité pour lui et pour ses barils –qui dissimulent en réalité toute sa bande. Morgiane a surpris le piège et les fait arrêter par le cadi.

Seuls ont réchappé Kandgyar et Zizi qui méditent d’assassiner Ali Baba, ainsi que Cassim qui s’empresse de leur échapper. En pleine fête, Morgiane dénonce les deux derniers voleurs tandis que Cassim se révèle à Zobéide. Tandis que celle-ci intervient pour sauver leur ancien commis Zizi du châtiment qui attend les voleurs, Ali Baba peut épouser Morgiane.

Création L'Alhambra de Bruxelles Lecocq a offert à Bruxelles ses premiers chefs-d’œuvre – Les Cent Vierges, La Fille de Madame Angot et Giroflé-Girofla – et la capitale belge reste fière d’avoir lancé une carrière si brillante. L'Alhambra accueille donc Ali Baba avec empressement. Construit pour rivaliser avec les grandes scènes parisiennes, l’Alhambra a été inauguré en 1846. Son plateau et sa machinerie permettent de monter des spectacles grandioses et il peut accueillir environ . On le compare au Palais Garnier lorsque celui-ci ouvre ses portes en 1875. S’il ne cesse de changer de directeur, de projet et même de nom, accueillant des programmations tour à tour d’opéras et de revues, de ballets et de cirque, on y joue surtout de 1887 à 1895 de l’opérette, du drame et du music-hall. L’Alhambra connaîtra sa grande époque dans l’entre-deux guerres, recevant Chevalier, Mistinguett, Trénet, Baker, Laurel et Hardy… Fermé et négligé à partir de 1957, il a été détruit en 1977 malgré une forte mobilisation des Bruxellois.

Première production et première distribution

Ali Baba est créé le , dans une production luxueuse et avec une chorégraphie de l’excellente Mariquita.

Les interprètes, de premier ordre, sont pour certains venus de Paris : le baryton Dechesne pour Ali Baba, Juliette Simon-Girard (créatrice de Madame Favart et de La Fille du tambour major d’Offenbach) pour Morgiane, Duparc pour Zobéide et des comiques comme Mesmaeker.

La partition, brillante, comporte 25 numéros musicaux en tous genres. Elle ne présente pas de caractère oriental car un compositeur d’opérette ne se mesure pas à Félicien David mais à Offenbach… ou à Lecocq !

Réception Les 122 représentations consécutives démontrent que Lecocq est parvenu au sommet de son art. Ce succès se prolonge l’année suivante aux Galerie Saint-Hubert pour près de 80 soirées.

La création parisienne a lieu à l'Eden-Théâtre le , dans une version en trois actes et neuf tableaux, avec Morlet dans le rôle-titre et Jeanne Thibault dans le rôle de Morgiane.

Productions modernes

Opéra-Comique, Paris, 2014 En 2014, l’Opéra-Comique programme Ali Baba pour la première fois, lors de six représentations données du 12 au . Cette nouvelle production de l'Opéra-Comique est montée en coproduction avec l'Opéra de Rouen Haute-Normandie et le Palazzetto Bru Zane - Centre de musique romantique française.

Le spectacle est mis en scène par Arnaud Meunier et dirigé par Jean-Pierre Haeck. Ali Baba est jouée dans sa version de 1887 avec des dialogues parlés resserrés mais quasiment pas retouchés et, dans les danses, les coupures prévues par le compositeur. Décors : Damien Caille-Perret Costumes : Anne Autran Dumour Lumières : Nicolas Marie Chorégraphie : Jean-Charles Di Zazzo Dramaturgie : Laure Bonnet Distribution : Tassis Christoyannis (Ali Baba) Sophie Marin-Degor / Judith Fa (Morgiane) Christianne Belanger (Zobéide) François Rougier (Cassim) Philippe Talbot (Zizi) Mark Van Arsdale (Saladin) Vianney Guyonnet (Kandgiar) Thierry Vu Huu (Maboul et le Cadi) Orchestre de l'Opéra de Rouen Haute-Normandie Chœur accentus