Ni Nyoman Tanjung, née vers 1930 dans le village de Saren Kauh, dans la partie orientale de l’île de Bali, en Indonésie, est une artiste autodidacte indonésienne. Elle meurt le matin du 17 juillet 2020 au domicile de sa fille, Ni Wayan Penpen, chez qui elle résidait depuis plusieurs années, dans le village de Saren Anyar, à Budakeling, dans le kabupaten de Karangasem, à Bali.
Son œuvre, rattachée à l’Art brut par plusieurs spécialistes et historiens de l’art, est aujourd'hui considérée comme l'une des découvertes majeures du de ce courant artistique, théorisé et défini par Jean Dubuffet.
Eléments biographiques Née vers 1930, Ni Tanjung ne fréquente pas l’école mais reçoit une éducation traditionnelle balinaise, fondée notamment sur la danse, le chant, le tissage et la préparation des offrandes rituelles. Durant l’occupation japonaise des Indes néerlandaises (1942-1945), elle grandit dans des conditions de grande précarité.
Au cours de sa vie, elle donne naissance à quatre enfants, dont seule sa fille aînée, Ni Wayan Penpen, survit. Dans les années 1960, elle est confrontée à plusieurs événements marquants de l’histoire indonésienne, notamment l’éruption du mont Agung en 1963 et les massacres anti-communistes de 1965-1966 qui accompagnent l’arrivée au pouvoir de Soeharto. Cette campagne de répression visant les opposants réels ou supposés au nouveau régime fait plusieurs centaines de milliers de victimes.
De 2000 à 2009, elle dessine sur des pierres volcaniques qu’elle ramasse et entasse au bord d’une route dans un village de Bali, créant une œuvre s’apparentant à une architecture éphémère, à la croisée du Land Art et de l'Art Brut. Durant cette même période, elle réalise également des dessins sur papier découpé qu’elle suspend autour de son habitation. La majorité des œuvres produites à cette époque ont aujourd’hui disparu.
À partir de 2009, elle développe les assemblages qui feront sa renommée. Ces œuvres sont réalisées à partir de morceaux de bois ramassés dans son environnement immédiat, tissés puis assemblés à des papiers découpés, dessinés et colorés. Les premiers assemblages réalisés par l'artiste sont aujourd'hui conservés à la Collection de l'Art Brut à Lausanne
Affaiblie par le décès de son mari en 2011, Ni Tanjung se retrouve seule et grabataire. Elle communique alors de moins en moins et ne parle plus que rarement, tenant des propos difficiles à comprendre. Elle est alors recueillie chez sa fille, reclus dans une petite pièce dont les murs deviennent l’un de ses supports de création. En 2019, elle est confrontée à une nouvelle éruption du mont Agung et doit être temporairement évacuée vers Ubud chez l'un de ses petits-enfants vivant dans des conditions très précaires. Elle retourne ensuite auprès de sa fille, dans le banjar de Saren Anyar, situé dans le village de Desa Budakeling, dans le kecamatan (district) de Bebandem, à Karangasem (Bali), où elle vit jusqu’à son décès en 2020. Elle continuera à réaliser des œuvres sans interruption jusqu’à la fin de sa vie.
Découverte vers l’an 2000 par l’artiste balinais Made Budhiana, elle est prise en charge dès 2003 par l’anthropologue suisse Georges Breguet, qui devient sa figure tutélaire et contribue à sa reconnaissance institutionnelle.
Les œuvres de Ni Tanjung sont aujourd'hui conservées et présentées dans les plus importantes collections d'Art Brut à travers le monde. Plusieurs expositions lui ont été consacrées à travers le monde notamment à la Collection de l'Art Brut à Lausanne en Suisse ou encore au centre culturel Bentara Budaya Jakarta de Bali. Ses créations sont régulièrement présentées dans le cadre d’expositions institutionnelles collectives comme L'Art Brut dans le monde (2014) à la Collection de l'Art Brut, Voir l’invisible. L’art brut et l’au-delà (2025) au Musée international de la Réforme ou encore Cavalcades et épluchures (2025) ainsi que Singulières : Artistes, autodidactes, affranchies (2026) au Lille Métropole Musée d'Art moderne, d'Art contemporain et d'Art brut.
En 2013, Lucienne Peiry, ancienne directrice de la Collection de l’Art Brut de Lausanne (2001-2011), se rend à Bali afin de rencontrer Ni Tanjung. Cette visite s’inscrit dans la continuité des recherches qu’elle a menées durant son mandat en faveur d’une ouverture internationale de l’Art Brut, notamment à travers la découverte et la mise en lumière de créateurs en Europe, en Asie, en Afrique et aux États-Unis. Cette rencontre avec l'artiste fait l’objet du court documentaire Ni Tanjung. De l'aube à la nuit, réalisé par Erika Manoni. Le film est projeté pour la première fois la même année au Musée d'art moderne et d'art contemporain de Nice (MAMAC), dans le cadre du festival du Film d'Art Singulier, organisé par l'association Hors-Champs.
En 2017, elle est choisie par les commissaires d’exposition de la 17ᵉ édition de la Jakarta Biennale pour représenter l’île de Bali. À cette occasion, une installation réunissant des centaines d’assemblages réalisés par l’artiste est présentée au public.
En 2019, son travail est présenté dans le cadre de la 4e Biennale de l'Art Brut à Lausanne, consacrée au thème du théâtre, sous le commissariat de Pascale Jeanneret. La même année, La Fabuloserie présente un ensemble d'assemblages de l'artiste dans sa galerie parisienne du 52, rue Jacob.
À la suite de rencontres avec l'artiste lors de séjours sur l'île indonésienne de Bali, le chercheur et commissaire d'exposition Lucas Djaou lui consacre, en 2020, une exposition à la Galerie Patricia Dorfmann à Paris, réunissant un ensemble varié de ses oeuvres. Cette exposition contribue à faire connaître son travail auprès du public européen. L'année suivante, son travail est de nouveau présenté dans le cadre de la 5e Biennale de l'Art Brut à Lausanne, consacrée aux croyances, sous le commissariat d'Anic Zanzi.
En 2026, le Musée d’Art Brut de Montpellier lui consacre une exposition.
Musées Collection de l'Art Brut, Lausanne, Suisse Lille Métropole Musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut (LaM), Villeneuve-d'Ascq, France Bentara Budaya Jakarta museum, Jakarta, Indonésie La Fabuloserie, Dicy, France Art Museum Versi, Yongin, Corée du Sud Musée d'Arts Brut, Singulier & Autres, Montpellier, France Museum der Kulturen Basel, Schweiz
Expositions Ni Tanjung, la reine du Volcan Agung, 2020, Galerie Patricia Dorfmann, Paris, France, proposition et commissariat d'exposition de Lucas Djaou.. Ni Tanjung : À l'ombre du volcan Agung, 2019, Galerie La Fabuloserie, Paris, France, commissaire d'exposition Sophie Bourbonnais. L'art Brut dans le monde, 2014, Collection de l'Art Brut, Lausanne, Suisse, commissaire d'exposition Lucienne Peiry. The Origin. History of psychiatry & art brut, Art Museum Versi, Yongin, Corée du Sud Jakarta Biennale 2017, Jakarta, Île de Java, Indonésie.
Conférence
Voyage à Bali à la rencontre de Ni Tanjung, 2013, émission Les Cafés du vendredi, durée 30 minutes, épisode 2, Lausanne.
Bibliographie
Ni Tanjung, la reine du Volcan Agung, texte de Lucas Djaou, parution , Éditions Galerie Patricia Dorfmann, Paris, France.
Notes et références
Catégorie:Artiste indonésien Catégorie:Personnalité féminine indonésienne