Les insurrections antifrançaises en Italie sont des révoltes qui éclatent, entre 1796 et 1814, pendant la période où une partie de la péninsule italienne se trouve sous domination française. Elles ont lieu dans les territoires occupés par les armées de la France révolutionnaire, dont cette dernière a fait des républiques sœurs, avec l'aide des sympathisants et des Jacobins du cru. Elles débutent avec la première campagne d'Italie conduite par Napoléon Bonaparte et prennent fin en 1814 avec son abdication.

Contexte historique vignette|L'Italie en 1796. 1796-1799 Depuis le début de la Révolution française, un courant de sympathie vis-à-vis des idées révolutionnaires s'était développé chez certains Italiens. Entre 1791 et 1793, plusieurs soulèvements « jacobins » avaient ainsi eu lieu, comme à Dronero (Piémont), à Odogna (Abruzzes) et à Rionero (Basilicate). Les loges maçonniques de Turin et de Naples, en correspondance avec celle de Marseille, étaient au premier rang de cette activité subversive. De nombreux Jacobins italiens, persécutés dans leur pays, avaient trouvé refuge en France où ils s'étaient regroupés autour de Filippo Buonarroti.

Mais les révolutionnaires français restaient alors sceptiques quant à l'orthodoxie et aux capacités révolutionnaires réelles de la péninsule et certains pensaient même qu'une république italienne unifiée pouvait représenter une rivale pour la France« Une république démocratique piémontaise serait pour nous un voisin beaucoup plus inquiétant qu’un roi que nous avons mis hors d’état de nuire », Charles-François Delacroix de Contaut, alors ministre des Relations extérieure, le 25 juillet 1796. Cité par Anna Maria Rao in Guerre et politique. L’ennemi dans l’Italie révolutionnaire et napoléonienne Annales historiques de la Révolution française, , juillet-septembre 2012, ..

Pendant les années 1796-1799, connues en Italie sous le nom de « triennio giacobino» ou « triennio francese», la péninsule est envahie, puis conquise, par l'Armée d'Italie conduite par le général Bonaparte.

Le , les troupes françaises occupent les territoires sous domination autrichienne (le duché de Milan et celui de Mantoue), les territoires du duché de Modène et de Reggio, et, enfin, ceux faisant partie des états Pontificaux (Ferrare, Bologne et la Romagne). La république de Venise () et la république de Gênes () disparaissent. Rome est occupée le ; le Pape est déchu de son pouvoir temporel et la République est proclamée. Seuls restent indépendants le royaume de Sardaigne, la principauté de Bénévent et le royaume de SicileAnna Maria Rao, Guerre et politique. L’ennemi dans l’Italie révolutionnaire et napoléonienne Annales historiques de la Révolution française, , juillet-septembre 2012, ..

Avec l'arrivée de l'Armée d'Italie, le jacobinisme bénéficie d'un élan considérable et se répand dans toute la péninsule. Ses représentants sont invités à participer à l'administration des nouvelles républiques, immédiatement surnommées « Républiques jacobines ». Mais les opérations militaires et le maintien de l'ordre restent du ressort des armées occupantes et jamais les autorités françaises n'accepteront d'armer les « patriotes » italiens. Ces derniers, convaincus que les armées révolutionnaires ne sont pas là pour « faire la guerre aux peuples, mais aux tyrans », doivent vite déchanter devant l'installation d'une véritable armée d'occupation.

Napoléon révolutionne la structure politique de la péninsule : les anciennes monarchies sont, pour la plupart, balayées et remplacées par des républiques sœurs, prenant modèle sur les institutions de la France révolutionnaire. Le Piémont et la Toscane sont annexés à la France. Le nord de la péninsule est divisé en République cispadane, suivie par les Républiques cisalpine, ligurienne, romaine, napolitaine et lucquoise.

Cependant, suivant le principe édicté par la Convention le , les peuples « libérés » par les armées révolutionnaires sont tenus de contribuer à leur entretien. L'application de cette règle, qui remonte à l'ancienne maxime romaine (« bellum seipsum alet » : « la guerre se nourrit d'elle-même ») attribuée à Caton le CenseurV. Ilari, P. Crociani e C. Paoletti, Storia Militare del Regno Italico, USSME, Roma, 2004,., mécontente une partie de la population, générant des mouvements de révolte. Ceux-ci sont alimentés par l'attitude des troupes françaises, qui s'en prennent aux biens de l'Église et se comportent en occupants plus qu'en libérateursCarla Nardi, Napoleone e Roma : dalla consulta romana al ritorno di Pio VII (1811-1814), Gangemi, 2005, ..

En 1799, la chute de ce réseau républicain, provoquée par l'offensive de la deuxième coalition, déclenche une série de révoltes antifrançaises. Les Jacobins du cru ne sont pas épargnés par cette violente contre-révolution. Abandonnés par l'occupant, ils regrettent que le Directoire ait « traité les patriotes italiens et les populations italiennes en ennemis plutôt que comme des alliés fidèles [...] entravé le recrutement d’armées « nationales » dans les républiques-sœurs, [...] empêché toute possibilité de défense militaire autonome ».

Les rébellions de 1799 sont matées lors du retour des Français en Italie, après la victoire de Marengo (). La refonte institutionnelle et territoriale se poursuit alors de manière autoritaire, souvent violente, sans tirer les leçons de l'épisode précédent : la deuxième République cisalpine devient République italienne en 1802. Dans le cadre des projets dynastiques de Napoléon, cette dernière devient royaume d’Italie en 1805, tandis que le royaume de Naples est confié à Joseph Bonaparte (1806), puis à Joachim Murat (1808). Le duché de Toscane (devenu royaume d’Étrurie en 1801) est confié à Louis de Bourbon, réuni à la France (1807) et confié à Élisa Bonaparte (1809). Le Piémont est annexé à la France (), tout comme la Ligurie () et ce qui reste des États de l’Église ().

Ces bouleversements continuels sont accompagnés d'une pression fiscale irraisonnée, de levées de troupes très impopulaires, de manifestations délibérées d'impiété, de pillages et des excès habituels de la troupe. Les princes, depuis leur exil en Sardaigne ou en Sicile, et la papauté, prennent appui sur l'impopularité des occupants pour favoriser de nouveaux mouvements insurrectionnels, qui accompagneront la décennie, avec leur cycle d'atrocités et de répression aveugle, jusqu'à la fin de l'Empire et le retour à l'ordre antérieur.

1799-1800 thumb|Les troupes russes sous les ordres du généralissime Alexsandre Souvorov traversant les Alpes en 1799. En 1799, le Royaume-Uni, l'Autriche, la Russie et la Turquie forment une nouvelle coalition contre la France. Profitant de l'absence de Napoléon Bonaparte bloqué en Égypte, ils lancent une offensive sur les nouvelles possessions italiennes de la France. Les mouvements populaires insurrectionnels, fort de ce soutien inespéré, reprennent alors de la vigueur. Le sort des armes, d'abord défavorable aux Français, s'inverse avec le retour de Napoléon.

La République cisalpine, dissoute après la défaite du général Moreau à Cassano d'Adda (), est restaurée après Marengo (), diminuée de la région de Pesaro (restée au pape), mais augmentée de celle de Novarre, détachée du Piémont. Le traité de Lunéville () fixe sa frontière orientale sur l'Adige, avec la totalité de la ville de Vérone.

1802-1805 Le , les députés de la République cisalpine, réunis à Lyon, proclament la transformation de celle-ci en République italienne, avec pour président Napoléon Bonaparte, Premier consul de la République française.

1805-1814

vignette|Napoleon Bonaparte par Andrea Appiani. Il se proclame empereur des Français en 1804, et il est couronné roi d'Italie en 1805. thumb|L'Italie napoléonienne en 1812. Dans le cadre de ses ambitions dynastiques, Napoléon Ier transforme la République italienne en royaume d'Italie. Il se nomme roi d'Italie le . Eugène de Beauharnais est nommé vice-roi.

Une organisation en départements, districts et communes couvre l’ensemble du territoire et les barrières douanières intérieures sont abolies. Les poids, monnaies et mesures sont unifiés, le réseau routier est amélioré. Les codes napoléoniens sont introduits et l'instruction publique est réorganisée.

En 1812, après la retraite de Russie, les Autrichiens avancent jusqu'aux portes de la Lombardie. Arrêtés par Eugène sur le Mincio (), ils acceptent une ligne de cessez-le-feu au-delà de Peschiera et Mantoue qui restent italiennes. Le , la noblesse milanaise nomme un comité de régence rebelle à Eugène, qui se soumet, le , en signant la capitulation de Mantoue.

Pendant les Cent-Jours, depuis Naples, Murat, qui a trahi Eugène de Beauharnais et Napoléon en s'alliant avec les Autrichiens, se porte sur Rimini où il se déclare le défenseur de la liberté italienne (). Le il est battu là Tolentino. Le , il doit quitter l'Italie.

Le « triennio francese » (1796-1798) Lombardie

1796 Napoléon Bonaparte fait son entrée à Milan le . Dès son arrivée, il fait connaître à la population les besoins de son armée en termes de subsistance ().

S'y ajoute une contribution financière, l'équivalent de 25 millions de lires milanaisesL'imposta era pari a sei annate del carico preteso dall'Austria.. Les Français vident les caisses de l'État, les fonds municipaux et ceux des institutions caritatives et religieuses, y compris le Mont de piété (qui, ruiné, ne rouvrira qu'en 1804).

Des œuvres d'art sont dérobées pour être expédiées en France : à la pinacothèque Ambrosienne, les Français volent les cartons de l' École d'Athènes de Raphaël, un dessin de Léonard de Vinci, des tableaux de Bernardino Luini, de Rubens, de Giorgione et de Mattia Preti, ainsi que trois précieux manuscrits.

Dans l'église de Santa Maria delle Grazie, ils dérobent le Couronnement d'épines, de Titien , et le Saint-Paul de Gaudenzio Ferrari.

Les Français répriment rapidement les mouvements de colère que ces abus suscitent chez les Milanais, mais le soulèvement se propage rapidement aux villes et aux campagnes avoisinantes : le , Pavie, Côme, Varèse et leurs environs se soulèvent. Toutes les provinces de Lombardie, à l'exception de Crémone, se dressent contre l'occupant français. Les 24 et , les troubles gagnent les campagnes autour de Pavie et celles qui entourent Lodi.

À Binasco les paysans occupent le bourg et en chassent la garnison française. Ce sera le village le plus durement touché par la répression. Les 24 et , le général Lannes, commandant d'un escadron de dragons à cheval (environ 160 hommes) et 3 compagnies de grenadiers (environ 420 fantassins), met à feu et à sang les fermes des environs, s'empare des animaux, des provisions et des fourrages et met le feu au village, dont un tiers part en fumée. Il laisse ses troupes saccager les églises, violer les femmes et massacrer la population, faisant une centaine de victimes, tandis que les Français déplorent la mort d'un dragon. Les Français occupent ensuite Pavie, après en avoir abattu les murs à coup de canon. La ville est pillée les 25 et .

1797 En mars, la République est proclamée à Bergame et à Brescia. Les révolutionnaires déclarent la fin de la domination vénitienne (elle remontait, à Bergame, à 1428) et se lancent dans une campagne de destruction contre les symboles du passé : les statues, les monuments, les colonnes sont renversés. De nombreux villages se révoltent. Le soulèvement touche les vallées autour de Brescia, les villages de Lonato, Castenedolo, la Val Trompia, les 34 communes de la Riviera de Salò. Les contingents Jacobins, venus de Brescia et de Bergame pour mater le soulèvement, sont repoussés et doivent demander main-forte aux Français. Le , la ville de Salò est contrainte de se rendre.

En juin, des émeutes touchent la Brianza (Seregno, Busto Arsizio)Paolo Martinucci, Premesse storiche e culturali dell'insorgenza nel bergamasco e nel bresciano.

1798