Mir Iskousstva (en ) ou Le Monde de l'art est une revue mensuelle illustrée, qui est parue à Saint-Pétersbourg, en Russie, de 1898 à 1904, dont les auteurs se sont consacrés à la diffusion de l'œuvre picturale et littéraire des symbolistes russes et du mouvement Mir iskousstva.

Les bureaux de la rédaction de la revue sont installés dans la maison de Serge de Diaghilev animateur infatigable du mouvement (perspective Liteïny, 45; а с 1900 — Fontanka, 11, à Saint-Pétersbourg).

Histoire

En Europe, à la fin du , et dans le monde germanique en particulier, naissent des revues qui propagent l'Art nouveau tout en composant parfois avec leur aspect satirique. Dans l'Empire allemand , dans les années 1890, ce sont les revues Pan (1894), Jugend (1896), Simplicissimus (1896) et en Autriche : Ver sacrum (1898). En Russie, Vladimir Stassov, un des chefs de file des Ambulants ne ménage pas ses critiques envers l'exposition des peintres finlandais et russes de 1898, organisée par Serge de Diaghilev . Ce dernier se sent obligé de répondre à ces accusations et de créer une revue qui propage ses idées sur l'art et montre au public qu'en Russie aussi il y a des forces fraîches et jeunes prêtes à s'exprimer, outre les Ambulants.

Les débuts

Diaghilev dispose d'un certain prestige dans le monde des affaires qui lui permet de faire appel à Savva Mamontov, riche mécène dont il obtient une promesse d'appui financier. Quant à la vie mondaine de Diaghilev, elle lui permet de cultiver des relations avec la princesse Maria Tenicheva, dont le mari, haut fonctionnaire, dispose d'une immense fortune personnelle. Le , un contrat est passé entre la princesse Tenicheva, Diaghilev et Mamontov, au terme duquel la princesse et Mamontov s'engagent à verser chacun roubles par an pour fonder la revue Mir Iskousstva dont le rédacteur en chef sera Diaghilev. Malheureusement, Mamontov s'est engagé à la veille d'une faillite. Celle-ci est suivie d'un procès spectaculaire qui le brise moralement et l'oblige à quitter la vie publique. La première année la princesse Tenicheva comble elle-même le déficit créé par le départ de Mamontov. Mais les relations personnelles entre Diaghilev et la princesse Tenicheva se détériorent rapidement. De plus, cette dernière est attaquée par une cabale dans la presse, parce qu'un certain public était choqué par son achat d'un grand panneau des Roussalki du peintre Mikhaïl Vroubel, considéré par certains comme un peintre maudit. Le portraitiste de la famille impériale Valentin Serov obtient alors, grâce à ses relations au palais, une subvention du gouvernement au profit de la revue, qui s'élève à roubles par an pour trois ans.

Mais indépendamment des difficultés matérielles, des réticences apparaissent parmi ceux qui se sont engagés dès le départ de l'entreprise vis-à-vis de Diaghilev. Alexandre Benois lui-même est pris de doutes. « Élever jusqu'à soi un grand public, cela veut dire en fait, s'abaisser à son niveau. Et puis, qu'ai-je à faire du grand public ? »

Serge de Diaghilev et Dimitri Philosophoff surmontent toutefois toutes les difficultés grâce à leur acharnement . Finalement, le premier numéro de la revue sort de presse le . Puis la revue sort une fois toutes les deux semaines, enfin à partir de 1901 une fois par mois. La rédaction dispose d'une structure très souple. Alexandre Benois devient l'un des principaux personnages de la revue. En 1899, Anna Ostroumova-Lebedeva et Eugène Lanceray complètent la série des peintres illustrateurs : Léon Bakst, Constantin Somov, Ivan Bilibine. En 1902 Igor Grabar vient ajouter son nom à cette liste et y fait entrer Mstislav Doboujinski.

La section littéraire de la revue n'apparaît pas dès l'origine mais seulement à partir de 1900 et elle ne comprend que des articles et de la critique, mais pas de reproduction d'œuvres littéraires. À la direction de ce département se trouve Dimitri Philosophoff. Parmi les principaux collaborateurs il faut citer Dimitri Merejkovski et Zinaïda Hippius, Vassili Rozanov, Léon Chestov, Nikolaï Minski, Fiodor Sologoub, Constantin Balmont, et à partir du milieu de l'année 1901, Valéri Brioussov, et de l'année 1902, Andreï Biély.

Problèmes de développement Présentation Les initiateurs de la revue rêvaient d'une revue présentée comme un véritable objet d'art : papier vergé, caractères de style qui avaient cours un siècle plus tôt. L'édition, au même titre que la haute couture, l'architecture, le ballet est considéré comme une des voies ouvertes, en tant qu'œuvre d'art synthétique. Le livre ou la revue devient un laboratoire d'expérimentation sophistiquée vers la perfection formelle. Les progrès des techniques d'imprimerie à la fin du siècle et les produits qu'elle apporte comme la diversité de polices, la netteté des caractères, l'acuité des couleurs, l'accès à de beaux papiers donnent aux livres et revues une apparence nouvelle.. Placé sous le signe de l'Art nouveau européen, Mir Iskousstva considère que les arts dit mineurs doivent occuper une place de premier plan. L'illustration des livres, la lithographie, l'affiche, les lettrines , les frontispice les culs-de-lampe, les vignettes attirent les meilleurs artistes et artisans.

Contenu La revue consacre une grande place aux arts appliqués, c'est-à-dire à ceux qui s'occupent d'introduire la beauté dans le cadre de l'existence. L'agrémentation des intérieurs fait appel aux fabrications artisanales des centres de Talachkino et d'Abramtsevo, qui produisent des objets en bois façonnés au tour. La princesse Tenicheva qui finance Talachkino ne peut pas ne pas trouver d'écho dans les pages de la revue qu'elle a aidé à débuter sur le plan financier.

À l'origine, la revue était destinée uniquement à la publication d'articles de critiques d'art et d'illustrations nombreuses et de bonne qualité. Elle se présentait comme des cahiers de grand format qui pouvaient être reliés par semestre pour former un volume important en édition d'art de luxe. Cette édition de luxe était dédiée aussi bien aux artistes russes qu'étrangers, parmi lesquels pour les russes : Ilia Répine, Constantin Somov, Viktor Vasnetsov et Apollinaire Vasnetsov, Vassili Polenov, Valentin Serov, Mikhaïl Nesterov, Isaac Levitan, Constantin Korovine, Léon Bakst, Eugène Lanceray et beaucoup d'autres. Cela donnait à la revue un niveau esthétique extrêmement élevé vu la personnalité de ces artistes. Un grand nombre de documents sont consacrés à la production d'un art russe de conception individualiste, libre et autosuffisant mais en même temps nationaliste. Une attention particulière est accordée à l'art russe de la fin du début du . La revue occupe la première place en Russie en matière d'art nouveau et présente à ses lecteurs un large éventail de connaissances sur la vie artistique mondiale de ces années (des articles et des notes d'Alexandre Benois, Igor Grabar, de Diaghilev, Vassily Kandinsky, des extraits d'œuvres de théoriciens de l'art occidentaux en vue, des tours d'horizon d'ouvrages parus à l'étranger, des reproductions d'expositions, des reproductions d'œuvres de peintres russes et étrangers contemporains). La revue est, au moment du changement de siècle, la porte-parole des nouvelles tendances de l'art et a un effet déterminant sur le développement de la culture russe.

La section littéraire de la revue n'apparaît pas dès l'origine, mais seulement à partir de 1900, et ne comprend que des articles et de la critique, mais pas de reproduction d'œuvres littéraires. À la direction de ce département se trouve Dimitri Philosophoff. Parmi les principaux collaborateurs il faut citer Dimitri Merejkovski et Zinaïda Hippius, Vassili Rozanov, Léon Chestov, Nikolaï Minski, Fiodor Sologoub, Constantin Balmont, et à partir du milieu de l'année 1901, Valéri Brioussov, et de l'année 1902 Andreï Biély.

La revue publie aussi des œuvres de philosophie religieuse de Dimitri Merejkovski (par exemple ses recherches approfondies sur Léon Tosltoï et Dostoïevski), des œuvres de Zinaïda Hippius, Nicolaï Minski (Lettres philosophiques), Léon Chestov, Vassili Rozanov, Constantin Balmont, Semion Loure, des articles de critique littéraire de Valéri Brioussov, Andreï Biély, Alfred Nourok. Avant même que s'organise au sein de la revue le département proprement littéraire, l'ouvrage Dans le monde de l'art, de Vladimir Soloviev, avait toutefois déjà été publié. Parmi les textes publiés les plus importants il faut encore citer : Léon Tolstoï et Dostoïevski de Merejkovski (durant les années 1900 et 1901 en différentes parties), Le Philosophie de la Tragédie de Léon Chestov en 1902, Conversations philosophiques de N. Minski (publie de 1901 à 1903), et un nombre important d'articles de Vassili Rozanov. Parmi les articles intéressants on trouve encore La dégénérescence de la rime (1901, № 5) de , l'article de Valéri Brioussov Une vérité inutile: à propos du théâtre d'art de Moscou (1902, № 4), les articles d'Andreï Biély : La cantatrice (1902, № 11), Les formes d'art (1902, № 12) et le symbolisme comme conception du monde (1904, № 5). C'est, en effet, dans Mir Iskousstva que de nombreuses propositions fondamentales sur le symbolisme ont été émises, que des questions ont été posées à ce propos et que les premières tentatives de réponses ont été données.

La partie littéraire de la revue étant orientée vers le symbolisme russe, cela finit par provoquer un conflit avec la partie artistique qui se tourne vers la nouvelle esthétique appelée plus tard Art nouveau. Après une discussion ouverte mais orageuse, le groupe littéraire Philossophoff-Merejkovski préfère quitter la revue et fonder sa propre publication .

La capacité de Mir Iskousstva de regarder et de voir non seulement vers l'avenir, mais aussi vers le passé, jusqu'à l'antiquité lointaine, apparaît comme une conséquence des différentes visions du monde de ses collaborateurs et de leurs nombreuses spécificités en matière de goût et de centre d'intérêts. Au sein de la revue et du mouvement une division existe entre les conservateurs (ceux qui s'intéressent surtout à l'art du passé) et les radicaux. Parmi les conservateurs on compte : A. Benois, E. Lanceray, Merejkovski, parfois Valentin Serov. Chez les radicaux : A. Nourok, Walter Nouvel, Léon Bakst, Z. Hippius et même Valentin Serov. Dans le rôle d'équilibriste entre les groupes on trouve Diaghilev et Philosophoff. Le plus souvent les désaccords concernent les pages de la revue. Du fait de son caractère éclectique, la revue offrait à chaque auteur pleine liberté pour l'expression de ses opinions. Mais cette liberté produit, dès le début, une révolution décisive en littérature et en matière de goûts artistiques.

Mir Iskousstva ouvre non seulement les yeux des lecteurs sur la beauté classique des palais de Saint-Pétersbourg et de ses environs, mais aussi sur l'élégance romantique de l'époque du règne de et d', et avant eux sur la beauté de l'architecture du Moyen Âge et de l'Iconographie russe. La revue présente un type de paysage historique lyrique avec Benois ou fort romantique avec Eugène Lanceray. La revue fait réfléchir ses lecteurs de l'époque au sens moderne des civilisations anciennes et des croyances, mais aussi à la nécessité de réévaluer sérieusement leur patrimoine littéraire.

La revue souhaite encore informer ses lecteurs sur la vie de l'art à l'étranger. Elle publie des articles de Maurice Maeterlinck, Edvard Grieg, Friedrich Nietzsche, John Ruskin.

Des correspondants bénévoles envient des comptes rendus sur la vie artistique à l'étranger. C'est ainsi que Benois, lors de son séjour à Paris, donne à la revue la primeur de sa découvert de l'impressionnisme français encore presque inconnu ne Russie. En 1904, Grabar fera de même et joindra des photographies de tableaux de Matisse, et Picasso auxquels on ne s'intéressait pas encore en France.