La démobilisation des combattants français de la Première Guerre mondiale s’est déroulée sur une période de 19 mois, du au . Après l’armistice de 1918, la plupart des cinq millions de soldats français espèrent être démobilisés rapidement. Mais, sauf pour les plus âgés, la libération se fait attendre car la tâche est immense et l'armée veut conserver des effectifs suffisants pour faire pression sur l'Allemagne.

Le sujet reste méconnu, les historiens l'ayant peu traité et les anciens combattants s'étant très peu exprimés sur cette période de leur vie.

Ordre de priorité Le , la Chambre des députés adopte l'ordre du jour suivant : Un sous-secrétariat d’État à la démobilisation chargé également du rapatriement des prisonniers est créé le avec à sa tête Louis Deschamps. La libération commence par les hommes les plus âgés, ceux des classes 1887 à 1891 (année de leurs 20 ans) entre le et le , et par les engagés volontaires qui peuvent rentrer dans les semaines qui suivent l’armistice. Les soldats des classes 1891 à 1906 sont libérés entre le et le . À cette date 3 millions d’hommes ont été démobilisés sur les 5 millions de combattants à l’armistice. L'interruption de 4 mois qui suit, due aux tensions diplomatiques, suscite beaucoup de mécontentement. Les classes 1907 à 1909 sont libérées du au , les classes suivantes jusqu’au . Les soldats des classes 1911 à 1913 qui sont sous les drapeaux depuis de 5 à 8 ans à l’été 1919 sont particulièrement vindicatifs. Cette règle de l’ancienneté est amendée par un système complexe de majorations de classe suivant la situation de famille, les proches tués à la guerre (particulièrement les frères) ou bénéficiant aux militaires originaires des régions envahies. Des sursis sont accordés à des membres professions tels que mineurs, agriculteurs d’exploitations saisonnières ou pour des cas particuliers à des commerçants, industriels, spécialistes nécessaires à la reprise économique Jusqu’à la date du décret de cessation des hostilités d’, les soldats sont en congé illimité de démobilisation mais sont tenus de rejoindre leur régiment en cas de reprise de la guerre.

Causes de la lenteur de la démobilisation En novembre, le gouvernement français, s’il n’avait plus de doute sur l’issue victorieuse du conflit, n’avait pas pris la mesure du délabrement de l’armée allemande et de l’ampleur du chaos régnant en Allemagne. se souvient Clemenceau lors d’une séance de la Commission des affaires étrangères du . Cette ignorance amène à une démobilisation prudente à la fin de l’année 1918 pour contenir d’éventuelles contre-offensives. La nécessité de disposer d’effectifs suffisants pour faire pression sur l’Allemagne lors de la préparation du traité de Versailles. Foch avait préparé un plan d’invasion en cas de refus du traité. La lourdeur de la logistique à mettre en place. La tâche est immense : il faut en même temps regrouper les matériels, équiper les troupes d’occupation de la rive gauche du Rhin, rapatrier les animaux de l’armée (chevaux, mulets, chiens), participer à la reconstruction des régions envahies. Le transport est difficile sur un réseau ferroviaire en mauvais état, encombré par les besoins du ravitaillement et de la reconstruction des départements envahis du nord-est.

Le parcours de démobilisation Le commandant de l’unité ayant reçu l'ordre de mise en congé, remet au soldat démobilisé un carnet de pécule et organise sa mise en route sans tarder vers un centre de groupement. Après un séjour dans ce centre, le soldat est envoyé dans une gare de répartition puis dans un centre démobilisateur en principe proche de sa résidence. De multiples formalités y sont effectuées : vérification de fiches de recensement, paiement de la solde, des frais de route, remise de tickets de pain, opérations d’habillement. Ces étapes longues et fastidieuses dans des centres débordés et mal organisés sont généralement vécues avec agacement. Les démobilisés reçoivent une indemnité de 250 F plus 15 F par mois de service, 20 F pour la présence dans les unités combattantes et bénéficient du remboursement des sommes inscrites sur son carnet de pécule auxquelles s’ajoutent des majorations par enfant à charge. Le pécule des soldats décédés est attribué à sa veuve ou à toute personne qui se serait comportée comme une épouse, à défaut à ses enfants légitimes ou naturels ou à ses ascendants. Des vêtements, généralement mal taillés, disparates, et des objets de première nécessité leur sont donnés. Les combattants sont autorisés à amener leur casque, ils conservent souvent leur baïonnette malgré l'interdiction.

Convention portant sur les conditions de l'armistice conclu avec l'Allemagne Entre

Le maréchal Foch, commandant en chef des armées alliées stipulant au nom des puissances alliées et associėes, assisté de l'amiral Wemyss, First Sea Lord, d'une part,

et

M. le sous-secrétaire d'État Erzberger, président de la délégation allemande, M. l'envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire comte von Oberndorff, M. le général d'état-major von Winterfeldt, M. le capitaine de vaisseau Vanselow, munis de pouvoirs réguliers et agissant avec l'agrément du chancelier allemand, d'autre part,

Il a été conclu un armistice aux conditions suivantes :

A. Sur le front d'Occident

I. - Cessation des hostilités, sur terre et dans les airs, six heures après la signature de l'armistice.

II. - Évacuation immédiate des pays envahis : Belgique, France, Luxembourg, ainsi que l'Alsace-Lorraine, réglée de manière à être réalisée dans un délai de quinze jours à dater de la signature de l'armistice. Les troupes allemandes qui n'auront pas évacué les territoires prévus dans les délais fixés seront faites prisonnières de guerre. L'occupation par l'ensemble des troupes alliées et des États-Unis suivra, dans ces pays, la marche de l'évacuation. Tous les mouvements d'évacuation ou d'occupation sont réglés par la note annexe arrêtée au moment de la signature de l'armistice.

III. - Rapatriement, commençant immédiatement et devant être terminé dans un délai de quinze jours, de tous les habitants des pays énumérés ci-dessus (y compris les otages et les prévenus ou condamnés).

IV. - Abandon par les armées allemandes du matériel de guerre en bon état : canons (dont lourds et de campagne) mitrailleuses minenwerfers avions de chasse et de bombardementen premier lieu tous les D7 et tous les avions de bombardement de nuit, à livrer sur place aux troupes des Alliés et des États-Unis, dans les conditions de détail fixées par la note annexe , arrêtée au moment de la signature de l'armistice.

V. - Évacuation des pays de la rive gauche du Rhin par les armées allemandes.Les pays de la rive gauche du Rhin seront administrés par les autorités locales, sous le contrôle des troupes d'occupation des Alliés et des États-Unis.Les troupes des Alliés et des États-Unis assureront l'occupation de ces pays par des garnisons tenant les principaux points de passage du Rhin (Mayence, Coblentz, Cologne) avec, en ces points, des têtes de pont de 30 kilomètres de rayon sur la rive droite, et des garnisons tenant également des points stratégiques de la région.Une zone neutre sera réservée sur la rive droite du Rhin, entre le fleuve et une ligne tracée parallèlement aux têtes de pont et au fleuve, et à 10 km de distance depuis la frontière de Hollande jusqu'à la frontière suisse. L'évacuation par l'ennemi des pays du Rhin, rive gauche et rive droite, sera réglée de façon à être réalisée dans un délai de 16 nouveaux jours, soit 31 jours après la signature de l'armistice. Tous les mouvements d'évacuation ou d'occupation seront réglés par la note annexe arrêtée au moment de la signature de l'armistice.

VI. - Dans tous les territoires évacués par l'ennemi, toute évacuation des habitants sera interdite ; il ne sera apporté aucun dommage ou préjudice à la personne ou à la propriété des habitants. Personne ne sera poursuivi pour délit de participation à des mesures de guerre antérieures à la signature de l'armistice. Il ne sera fait aucune destruction d'aucune sorte. Les installations militaires de toute nature seront livrées intactes, de même les approvisionnements militaires, vivres, munitions, équipements, qui n'auront pas été emportés dans les délais d'évacuations fixés. Les dépôts de vivres de toutes natures, pour la population civile, bétail, etc. devront être laissés sur place. Il ne sera pris aucune mesure générale ou d'ordre officiel ayant pour conséquence une dépréciation des établissements industriels ou une réduction dans leur personnel.

VII. - Les voies et moyens de communication de toute nature, voies ferrées, voies navigables, routes, ponts, télégraphes, téléphones, ne devront être l'objet d'aucune détérioration. Tout le personnel civil et militaire actuellement utilisé y sera maintenu.Il sera livré aux Puissances associées : machines montées et wagons en bon état de roulement et pourvus de tous rechanges et agrès nécessaires, dans des délais dont le détail est fixé à l'annexe et dont le total ne devra pas dépasser 31 jours. Il sera également livré automobiles en bon état, dans un délai de 36 jours. Les chemins de fer d'Alsace-Lorraine, dans un délai de 31 jours, seront livrés dotés de tout le personnel et matériel affectés organiquement à ce réseau. En outre, le matériel nécessaire à l'exploitation dans les pays de la rive gauche du Rhin sera laissé sur place. Tous les approvisionnements en charbon et matières d'entretien, en matériel de voies, de signalisation et d'atelier, seront laissés sur place. Ces approvisionnements seront entretenus par l'Allemagne, en ce qui concerne l'exploitation de voies de communication des pays de la rive gauche du Rhin. Tous les chalands enlevés aux Alliés leur seront rendus, la note annexe règle le détail de ces mesures.

VIII. - Le Commandement sera tenu de signaler, dans un délai de 48 heures après la signature de l'armistice, toutes les mines ou dispositifs à retard agencés sur les territoires évacués par les troupes allemandes et d'en faciliter les recherches et la destruction. Il signalera également toutes les dispositions nuisibles qui auraient pu être prises (telles qu'empoisonnement ou pollution de sources, de puits, etc.), le tout sous peine de représailles.

IX. - Le droit de réquisition sera exercé par les armées des Alliés et des États-Unis dans tous les territoires occupés, sauf règlement de comptes avec qui de droit. L'entretien des troupes d'occupation des pays du Rhin, non compris l'Alsace-Lorraine, sera à la charge du gouvernement allemand.

X. - Rapatriement immédiat, sans réciprocité, dans des conditions de détail à régler, de tous les prisonniers de guerre, y compris les prévenus et condamnés, des Alliés et des États-Unis. Les puissances alliées et les États-Unis pourront en disposer comme bon leur semblera. Cette condition annule les conventions antérieures au sujet de l'échange des prisonniers de guerre, y compris celle de , en cours de ratification. Toutefois, le rapatriement des prisonniers de guerre allemands internés en Hollande et en Suisse continuera comme précédemment. Le rapatriement des prisonniers allemands sera réglé à la conclusion des préliminaires de paix.

X. - Les malades et blessés inévacuables laissés sur les territoires évacués par les armées allemandes seront soignés par du personnel allemand qui sera laissé sur place avec le matériel nécessaire.

B. Dispositions relatives aux frontières orientales de l'Allemagne

XII. - Toutes les troupes allemandes qui se trouvent actuellement dans les territoires qui faisaient partie avant-guerre de l'Autriche-Hongrie, de la Roumanie, de la Turquie, doivent rentrer immédiatement dans les frontières de l'Allemagne telles qu'elles étaient au .