La superficie de la France est la mesure physique de l'aire des espaces sous souveraineté nationale. Ces espaces peuvent être terrestres, délimités par des frontières terrestres ou par des côtes, ou maritimes, délimités par des lignes caractérisant le type d'espace et les droits associés. Ces frontières terrestres ou maritimes résultent en principe d'accords ou de traités internationaux, mais de nombreuses limites sont encore à ce jour contestées par certains États riverains.

Cette superficie varie selon le tracé de ces limites et leur niveau de précision, selon le mode de calcul ou de projection cartographique et selon la convention définissant les espaces mesurés, mais aussi, depuis l'apparition des cartes numériques, selon le produit cartographique numérique utilisé.

Au , l'évaluation de la superficie du royaume n'est pas une préoccupation de la monarchie qui laisse les particuliers faire leurs propres estimations. Le chiffre de carrées (environ ) était couramment utilisé, pour un royaume d'environ , soit une estimation supérieure d'environ 80 % à la réalité, proposé sous . En supprimant l’ensemble des impôts de l'Ancien régime pour les remplacer par une contribution foncière unique, l’Assemblée constituante jette les bases d’un cadastre général de la France qui est élaboré à partir de 1807. Ainsi dès 1836, des statistiques de superficie des communes, élaborées à partir du cadastre sont publiées et, par voie de conséquence, la superficie de la France.

Les valeurs de la superficie de la France ont de tout temps varié selon les ouvrages ou organismes qui les publient. C'est d'ailleurs devant les discordances qui existent dans les diverses publications officielles de la superficie de la France et de ses divisions territoriales, que le Conseil supérieur de Statistique émet le vœu en 1885 auprès du Service géographique de l'armée d'une nouvelle mesure de la superficie de la France à partir de la Carte d'État-Major au qui vient d'être réalisée. Celle-ci s'établit alors, pour les qui composent la France métropolitaine, à . Cette valeur a ensuite été annuellement actualisée par le service géographique des armées, qui devient l'Institut géographique national en 1940, et publiée par le Bureau des Longitudes pour atteindre la valeur de en 1951, valeur officielle conservée jusqu'à nos jours.

Depuis les premières évaluations, deux valeurs se côtoient, celle calculée du cadastre et publiée par l'Insee ( pour la France métropolitaine), qui comprend « toutes les surfaces du domaine public et privé, cadastrées ou non cadastrées, à l'exception des lacs, étangs et glaciers de plus d'un kilomètre carré ainsi que des estuaires », et celle issue de la carte topographique et publiée par l'IGN (), couvrant toutes les surfaces jusqu'à la laisse de basse mer et valeur officielle. Cette valeur de doit néanmoins être considérée comme conventionnelle car elle ne tient pas compte des nombreuses délimitations intervenues après le Traité de Paris (1947), dernier traité international réglant les frontières de la France avec un pays limitrophe, et en particulier de la nouvelle frontière numérique bilatérale élaborée avec les pays limitrophes depuis 2007 dans le cadre de la directive INSPIRE. Cette frontière bilatérale, de précision métrique, est en 2017 entièrement définie à l'exception d'un seul secteur qui affiche encore deux lignes, depuis le dôme du Goûter jusqu’au nord du col du Géant, le litige du mont Blanc n’étant pas résolu avec l'Italie.

Des différences similaires ressortent pour la France entière comprenant l'Outre-mer. Avec l'apparition de la cartographie numérique, de nouvelles valeurs peuvent être calculées selon le produit numérique utilisé, et donc selon la précision des limites administratives, mais aucune n'est officielle.

Concernant la superficie des espaces maritimes, les valeurs sont également très fluctuantes, du fait que certaines frontières ne sont pas reconnues internationalement. La superficie des zones économiques exclusives françaises est ainsi, selon le SHOM, organisme officiel français de référence dans le domaine maritime, de de km.

Histoire Ancien Régime Au , l'État monarchique n'apparaît pas préoccupé par l'évaluation de la superficie du royaume et laisse les particuliers faire leurs propres estimations. Les quelques auteurs de cette époque qui donnent au royaume une superficie reprennent tous le même chiffre de carrées (environ pour un royaume d'environ , soit une estimation supérieure d'environ 80 % à la réalité), proposé sous Charles IX, et peut-être à sa demande. Cette évaluation résulte de calculs de type économique et à valeur essentiellement polémique, de fait de la période de guerres civiles, et l'arithmétique politique n'est pas encore vraiment née..

Le besoin de calcul de la richesse territoriale et les préoccupations démographiques sont à l'origine du calcul de la superficie du royaume. Trois influences distinctes prévalent à la définition de cette grandeur : l'expérience des praticiens de la gestion militaire que sont les officiers, dont Vauban, la vision de propriétaire des tenants du modèle de la bonne gestion du domaine seigneurial et les adeptes du sens de l'intérêt et de la grandeur de l'État exprimés par ses grands commis. Vauban donna le véritable coup d'envoi aux évaluations économiques quantifiées. La conception d'une place-forte nécessitait en effet de définir un programme de construction, d'avoir une pensée globale de l'espace, avec son interaction avec les autres places fortes, et de prévoir l'utilisation des ressources locales, d'étudier les infrastructures régionales, etc., autant de quantifications qui ne peuvent être que surfaciques. Devenu commissaire général des Fortifications en 1677 et chargé de prévoir et d'animer la création des ouvrages, de surveiller et d'inspecter les forteresses de la France entière, il devait disposer d'outils de vision globale du territoire..

Premières publications d'évaluations De la fin du à la fin du , l'utilité de ce type de renseignement grandit avec la multiplication de ses usages, à tel point que la décennie 1780 connaît une véritable mode. Il est alors de bon ton d'introduire des chiffres de superficie territoriale dans des ouvrages où ils n'apparaissent pas de première utilité. Le nombre de publications d'une évaluation de la superficie de la France suit la courbe de croissance du nombre d'ouvrages d'économie politique : 11 ouvrages écrits ou traduits en français entre 1570 et 1695 (environ un tous les 11 ans en moyenne), puis dans 11 ouvrages entre 1695 et 1752 (un tous les 5 ans), 13 entre 1756 et 1768 (1 par an), 20 entre 1770 et 1781 (deux par an), 41 entre 1784 et 1795 (quatre par an)..

Tous les calculateurs de l'époque moderne qui s'intéressent à la capacité productive de l'agriculture française par le biais de la superficie doivent passer, en raison de l'absence de données globales, par un calcul par solde : à la superficie totale du royaume, ils soustraient les superficies des zones considérées comme stériles ou improductives (surfaces bâties et pierreuses, routes et rivières, etc.). La superficie du royaume de France ne les intéresse donc pas en tant que telle. L'objectif principal est alors de déterminer les capacités de production de la subsistance du pays et apprécier les capacités contributives d'une société dont l'économie repose essentiellement sur l'agriculture. L'intention est de proposer une réforme du système fiscal ou de l'assiette de l'impôt, démarche qui va aboutir à la création du cadastre..

Premiers cadastres partiels À partir de la fin du , tous les pays européens essaient de réformer leurs systèmes fiscaux en y introduisant des cadastres pour répondre aux besoins monétaires croissants causés par la guerre et la croissance de l'administration en élargissant le nombre des sujets imposables. En France est ainsi créée en 1695 par Pontchartrain la capitation (déclaration du ) pour subvenir aux dépenses de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, et en 1710 du dixième, impôt proportionnel sur le revenu personnel de tous les propriétaires. Parallèlement, une autre tendance s'affirme : les administrateurs essaient de donner une base à la répartition du tribut, visant à mesurer et estimer les immeubles et rendu actuels les cadastres, instruments de relèvement et d'estimation déjà existants depuis longtemps, puisque dans le Midi de la France, et précisément au sud d'une ligne idéale unissant approximativement Bordeaux à Lyon, des cadastres existaient au moins à partir du ..

Dans les pays voisins des cadastres régionaux voient le jour. En Italie, débutent en 1697 les travaux du cadastre piémontais puis en 1718 ceux du cadastre milanais. En Espagne sont entrepris les travaux du cadastre en Aragon en 1714-1718, ceux de Valence en 1715, ceux de la Catalogne en 1716 puis Majorque en 1728. Un cadastre est créé en Savoie en 1728.. En France, on assiste dans ces mêmes années à des essais partiels de réforme, destinés à revoir dans quelques généralités en pays d'élections la perception de la taille, impôt traditionnel sur le revenu. Mais ce n'est qu'à partir de 1740 que, à l'initiative de l'intendant de Limoges, Louis-Urbain-Aubert de Tourny, sont mises en œuvre des procédures qui aboutissent à la création d'un cadastre. Tourny soutenu par l'Intendant des finances Trudaine, connaisseur des cadastres ayant été intendant d'Auvergne, prend la décision d'envoyer dans les paroisses de sa généralité plusieurs arpenteurs jurés qui, aidés par quelques habitants du lieu, procèdent à l'arpentage et à l'estimation de l'élection d'Angoulême..

Anne Robert Jacques Turgot, successeur de Tourny à Limoges, améliore la procédure en changeant aussi les instruments de relevé. Les commissaires qui se rendaient dans les paroisses pour assister à la confection du rôle, étaient en effet munis d'éléments objectifs : les plans parcellaires des héritages élaborés à l'aide de la planchette.. En treize ans passés en Limousin, Turgot ne réalise toutefois que l'arpentage de trois paroisses..

En , le Contrôleur général des finances Henri Bertin publie un édit décrétant la création d'un cadastre général du royaume. Cette démarche apparaît donc comme la réponse française aux difficultés financières dues à la guerre de Sept Ans, désastreuse pour toutes les puissances belligérantes. La création du cadastre amenait en effet avec elle la transformation des vingtièmes d'impôts proportionnels en impôts de répartition. Des précautions sont toutefois prises dans l'édit où on affirme solennellement dans le préambule que le cadastre ne porte pas , concept renforcé à la fin du premier article où il est dit que les seraient pris en compte.. L'intendant des finances d'Ormesson, entreprend de consulter l'ensemble des intendants provinciaux qui émettent des réponses globalement positives, et, aidé par l'Intendant des finances Trudaine, confie à Harvouin une mission de voyage d'étude en Italie. Harvouin découvre l'existence d'un cadastre géométrique et parcellaire avec une estimation réalisée par des ingénieurs, modèle qu'il propose d'importer en France. Mais ni d'Ormesson, ni Harvouin ne pouvaient prévoir que la consultation des intendants provinciaux et la mission en Italie se dérouleraient au moment même où commençait une crise politique si grave qu'on l'a comparée à la Fronde. Le projet de cadastre et de réforme fiscale échoue..