L'hôtel Pax, situé avenue de la Gare à Annemasse (Haute-Savoie), est un lieu de détention, de tortures et d'exécutions sommaires pendant la Seconde Guerre mondiale. Occupé par la Gestapo du au , Klaus Barbie y conduit des interrogatoires lors de ses passages dans la région.

L'hôtel (actuellement dénommé « Oskar Hôtel ») est situé au numéro 22 de l'avenue de la Gare ; les hangars qui servaient de lieu de détention, au numéro 21, ont été détruitsPour une photo de l'ancien Pax Hôtel, voir Photos et cartes postales. Pax Hôtel, avenue de la Gare, sur le site de La Salévienne - lasalevienne.org. La ville d'Annemasse a acquis le bâtiment qui servait d'annexe à l'hôtel, situé devant l'ancienne prison et a annoncé son intention d'y créer un espace de mémoire qui prendra le nom de Maison des Mémoires à l'automne 2025.

Histoire Au début du mois de janvier 1943, les douaniers italiens accompagnant la logent dans l'hôtelVincent Dozol, « Annemasse, ville frontière 1940-1944 », Mémoire de Séminaire : Histoire Politique, 2009 - 2010, page 25.. En , la cave de l'entrepôt de bonneterie en gros situé derrière l'annexe de l'hôtel est réquisitionné par les carabiniers italiens, afin d'y enfermer des prisonniers politiques. Les troupes allemandes succèdent à celles des italiens en . Les hommes de la compagnie du bataillon du SS Polizei Regiment « Todt » investissent la prison et la Gestapo fait de l'hôtel son quartier général à Annemasse.

Immédiatement une grande rafle est organisée, qui remplit la prison du Pax. La terreur commence. Constatant que les personnes incarcérées sont parquées à plus de 20 dans une cave froide et humide, le maire d'Annemasse Jean Deffaugt obtient de faire aménager l'entrepôt en dix grandes cellules et un cachot.

Jusqu'à la fin de la guerre, plus de de douze nationalités différentes passeront par la prison du Pax, surtout des Juifs. Près de 500, transférés ensuite à Annecy, à Lyon ou ailleurs, ont disparu sans laisser de trace.

Avant la démolition des cellules, la population annemassienne a rendu hommage aux six Français lâchement assassinés par la Gestapo et aux emprisonnées en posant le , une plaque commémorative en leur mémoire sur la façade du bâtiment, 21 avenue de la GareA Propos de la prison du Pax. Annemasse. À vivre ensemble..

La Plaque commémorative Sur la façade du bâtiment une plaque commémorative de marbre noir rappelle :

Ledit Viollet se prénommait Louis et non Fernand ; il est le seul parmi les six mentionnés à décéder le . Les cinq autres ont été abattus le , par un SS dans la cellule de la prison ; ceci immédiatement après un attentat à la grenade visant l'entrée principale de l'annexe de l'hôtel.

Personnel lié à la prison Appartenant à la compagnie du bataillon du SS-Polizei Regiment « Todt » (Orpo) : Hauptmann der Schutzpolizei et SS- Hauptsturmführer (capitaine) Johannes Lottman, responsable entre autres du massacre d'Habère-LullinGuy Gavard, 2006, p. 343.Michel Germain, 1992, p. 124.Michel Germain, 1999.Conter, Nicolas, Jacques. Les Amis de la Fondation de la Résistance/ ; Oberleutnant der Schutzpolizei (lieutenant de police) Wronsky, chef de la prisonMichel Germain, 1992, p. 107. ; Dhorst. À partir de , des hommes de la compagnie du bataillon du SS-Polizei-Regiment (Orpo) commandés par le Hautmann der Schutzpolizei (capitaine) GuthRuth FIVAZ-SILBERMANN, « La fuite en Suisse : migrations, stratégies, fuite, accueil, refoulement et destin des réfugiés juifs venus de France durant la Seconde Guerre mondiale », thèse de doctorat, Université de Genève, 2017, page 599.. Appartenant à la Gestapo ou au SD : SS-Obersturmführer Herberg ou Alex Waldmann (lieutenant)Vincent Dozol, « Annemasse, ville frontière 1940-1944 », Mémoire de Séminaire : Histoire Politique, 2009 - 2010, page 31. ; SS-Hauptscharführer Kurt Meyer (adjudant), chef du SD d'AnnemasseRuth FIVAZ-SILBERMANN, « La fuite en Suisse : migrations, stratégies, fuite, accueil, refoulement et destin des réfugiés juifs venus de France durant la Seconde Guerre mondiale », thèse de doctorat, Université de Genève, 2017, pages 593, 608, 923, 927. ; Mansholt, qualifié de « bourreau », subalterne de MeyerRuth FIVAZ-SILBERMANN, « La fuite en Suisse : migrations, stratégies, fuite, accueil, refoulement et destin des réfugiés juifs venus de France durant la Seconde Guerre mondiale », thèse de doctorat, Université de Genève, 2017, pages 593, 927. ; Pinck, subalterne de Meyer, chauffeurRuth FIVAZ-SILBERMANN, « La fuite en Suisse : migrations, stratégies, fuite, accueil, refoulement et destin des réfugiés juifs venus de France durant la Seconde Guerre mondiale », thèse de doctorat, Université de Genève, 2017, page 927..

Klaus Barbie et l'hôtel Pax Klaus Barbie est très actif du côté savoyard de la frontière franco-suisse, lieu de passage de clandestins vers la Suisse. Accompagné de son interprète Gottlieb FuchsGottlieb Fuchs a publié, en 1973 un livre intitulé Le Renard. 30 ans après, l'interprète de Klaus Barbie parle., il conduit des interrogatoires accompagnés d'actes de torture à l'hôtel PaxFuchs affirme dans son livre qu'il falsifiait des documents que devait signer Barbie qu'il saoulait avec la complicité des serveuses, pour sauver des résistants..

Personnalités détenues à l'hôtel Pax Mila Racine et Roland Epstein (octobre 1943) vignette|Biographie de Mila Racine sur la façade de la future Maison des Mémoires d'Annemasse. En 1943, Mila Racine a 24 ans. Elle fait partie du réseau MJS, "Éducation Physique". Le , elle conduit, avec Roland Epstein, un convoi difficile : des enfants, un couple de personnes âgées, une jeune maman avec un bébé et un autre couple avec un enfant en bas âge. Ils sont surpris par des chiens policiers. Coup de feu. Une femme est tuée, une autre blessée. Mila et Roland ne veulent à aucun prix abandonner ceux dont ils ont la charge. Tous sont arrêtés et emmenés à l’hôtel Pax.

Jean Deffaugt, le Maire d’Annemasse, parvient à les visiter et à obtenir la libération des enfants placés sous sa responsabilité personnelle dans un home d’enfants de la région. Il propose à Mila un plan d’évasion. Elle refuse, sachant que les enfants, ou Deffaugt, ou le personnel de l’hôpital où il veut la faire entrer, devront payer pour elle.

Mila et Roland sont transférés à la prison Montluc, à Lyon. De là, Roland sera envoyé à Drancy, puis déporté à Buchenwald. il survivra.

Mila, soutient qu’elle n’est pas juive. Elle est envoyée à Compiègne, déportée à Ravensbruck, puis à Mauthausen. Elle meurt lors d’un raid aérien des Alliés, le , sur son lieu de travail, près du campAu prix de leur vie... aloumim.org..

Rosette Wolczak (octobre 1943) Rosette Wolczak passe la frontière de Suisse en France, au Moulin de la Grave, avec trois autres réfugiés. Elle est arrêtée le et envoyée par les gardes-frontières allemands à l’hôtel Pax. De là elle est transférée au camp de Drancy, où elle arrive le . Elle y reçoit le numéro de matricule 7114.

Elle est déportée à Auschwitz dans le convoi n° 62 du 20 novembre 1943. Après l'appel qui rassemble les déportées à six heures et demie, le convoi quitte la gare de Bobigny à 11 heures 50. Il emporte , dont 640 hommes, 560 femmes et 164 enfants de moins de dix-huit ans. Rosette est dans le même convoi que Nicole Alexandre, dont Françoise Verny célèbre la mémoire dans Serons-nous vivantes le ?. Dix-neuf jeunes juifs arrivent à s'échapper de ce convoi en sautant du train, dont le futur conseiller d'état Jean Cahen-Salvador.

Rosette Wolczak parvient le à Auschwitz. D'après les témoignages des déportées, les vieillards et enfants de moins de seize ans sont en général conduits directement dans les chambres à gaz car ils ne sont pas considérés comme aptes à travailler. Rosette meurt gazée ce .

Jean Rosay (février 1944) Jean Rosay est arrêté dans la nuit du au , à deux heures du matin, comme passeur à l'étranger de réfractaires, de juifs, de résistants et autres terroristes selon les autorités allemandes. Il passe en effet des agents anglais, parachutistes et aviateurs abattus au-dessus de la France, et parmi les quelques personnalités croisées : le colonel Verduraz ; Jean-Marie Soutou, futur ambassadeur et l'un des fondateurs de Témoignage chrétien ; Xavier de GaulleMichel Germain, Le Maquis de l'Espoir, chronique de Haute-Savoie, au temps…, Éd, La Fontaine de Siloé, 1994, p.44.. Dans cette affaire sont arrêtés également deux agriculteurs du village, Joseph Lançon, déjà pris en 1943 puis relâché, vivant depuis dans la clandestinité, et François Perillat, originaire de la Tuillière, un hameau de Veigy-Foncenex, ils mourront tous deux à Hersbruck.

Jean Rosay est emmené à l'hôtel Pax. La Gestapo vient de démanteler un des plus gros réseaux de passage en Suisse.

Jean Rosay avoue tout, craignant que les Allemands ne retournent au presbytère, ce qu'il ne feront pas, tenant le chef du réseau.

Il est transféré à Compiègne le , et part en déportation à Auschwitz le . Évacué à Birkenau en , Gross-Rosen le , où il est le dernier prêtre retrouvé sur place, et Nordhausen le , pour finir, il arrive exténué au mouroir de Bergen-Belsen sous le matricule « 186.350 », après avoir fait les voyages dans des wagons à charbon découverts par un froid glacial sous la pluie et la neige.

Partis six mille, ils n'arrivent que deux mille. C'est ici qu'il meurt entre le 10 et le , quelques jours avant la libération du camp par les AnglaisHistoire de Veigy-Foncenex, Des héros Chablaisiens..gauche|vignette|Biographie de Marianne Cohn sur la façade de la future Maison des Mémoires d'Annemasse.

Marianne Cohn (mai 1944) Après l’arrestation de Mila Racine et de Roland Epstein, Marianne Cohn, âgée de 21 ans, passe à la Sixième et prend la relève avec Rolande Birgy, militante de la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne), reconnue en 1984 comme Juste parmi les nations.

Le , Marianne prend en charge un groupe de 28 enfants. À de la frontière, ils sont arrêtés par une patrouille allemande avec des chiens, emmenés à l'hôtel Pax à Annemasse.

De nouveau, Jean Deffaugt intervient et parvient à libérer 17 enfants. Il propose à Marianne Cohn un plan d’évasion, mais elle refuse pour ne pas compromettre le sort des enfants qui lui sont confiés. Tous les jours, Marianne est interrogée par la Gestapo et atrocement torturée, mais elle ne parle pas.

Début , elle est emmenée par des agents de la Gestapo, avec cinq autres résistants, à Ville-la-Grand, près d’Annemasse, dans un lieu isolé. Elle est sauvagement assassinée, à coup de bottes et de bêches Paul R. Bartrop, 2016, p. 43. avec une photo de Marianne Cohn..

Jean Deffaugt, maire d'Annemasse (1942-1947) Jean Deffaugt Jean Deffaugt. Jewish Virtual Library. est maire d'Annemasse à partir de 1942. Il obtient le la libération de juifs emprisonnés à l'hôtel Pax transformé en prison par la Gestapo, arrêtés alors qu’ils tentaient de passer la frontière avec des camarades plus âgés et une jeune convoyeuse clandestine, membre des réseaux juifs, Marianne Cohn. Il entre en contact avec Mila Racine pour ébaucher un plan d'évasion plus large, qui sera abandonné. Après la Libération, il demeure maire jusqu'en 1947.

Depuis 1965, il figure dans la liste des Justes de France.

Une place d'Annemasse porte son nom.

Enfants survivants de l'hôtel Pax Hélène Stein. Elle a 13 ans en , lorsqu'elle fait partie du groupe conduit par Marianne Cohn Jonathan Kalmus. I was so scared when the Gestapo led us at gunpoint. The Jewish Chronicle, January 26, 2012. Stein, Helen. Jewish survivors of the Holocaust. British Library. Audio..

Bibliographie . Michel Germain. Le sang de la barbarie: chronique de la Haute-Savoie au temps de l'occupation allemande, -. La Fontaine de Siloé, 1992. , Michel Germain, Histoire de la milice et les forces du maintien de l'ordre: guerre civile en Haute-Savoie. La Fontaine de Siloé, 1997. , Michel Germain. Mémorial de la déportation: Haute-Savoie, 1940-1945. La Fontaine de Siloé, 1999. ,