María de las Mercedes (ou Mercedes) d’Espagne, princesse des Asturies et infante d'Espagne, est née le au palais d’Orient, à Madrid, et morte le dans le même palais. Fille aînée du roi Alphonse XII et de sa seconde épouse l’archiduchesse Marie-Christine d’Autriche, elle est toute sa vie durant l’héritière présomptive de la Couronne espagnole.
En 1901, Mercedes épouse Charles de Bourbon (1870 – 1949), qui porte le titre de courtoisie de « prince des Deux-Siciles », avec lequel elle a trois enfants. L’infante et son mari sont les ancêtres des prétendants siciliens implantés en Espagne, et notamment du « duc de Calabre », dont le père était membre de l’actuelle famille royale espagnole.
Biographie Enfance Née le au palais royal de Madrid, l’infante María de las Mercedes est la fille aînée d’Alphonse XII, roi de la Restauration bourbonienne qui règne depuis 1874, et de sa seconde épouse, l’archiduchesse Marie-Christine d’Autriche. Baptisée des prénoms Isabel Teresa Cristina Jacinta María de Todos los Santos, l’infante reçoit comme marraine sa grand-mère paternelle, la reine Isabelle II, qui a quitté son exil parisien pour assister à la naissance de son premier petit-enfant. Pourtant, la famille royale reçoit la naissance de l’infante de façon plutôt amère puisqu’un garçon, un « véritable héritier » était espéré à la place d’une fille, qui poserait des problèmes dans la succession. Pour essayer d’adoucir la situation, la reine Marie-Christine suggère de donner à sa fille le prénom Mercedes, en l’honneur de la première épouse d’Alphonse XII, la reine Mercedes d’Orléans.
vignette|La reine Marie-Christine et ses trois enfants, en 1897.|gauche|upright=0.9
Bien que l’infante Mercedes soit l’héritière présomptive de son père dès sa naissance, la déception au sein du royaume et de la cour est telle qu’elle reçoit simplement le traitement d’infante héritière d’Espagne. Antonio Cánovas del Castillo, plus tard président du Conseil des ministres espagnol, qui déteste la reine Marie-Christine et ne souhaite pas que la Couronne espagnole passe une nouvelle fois à une femme, après le règne désastreux de la reine Isabelle II, décide d’ignorer le nouveau-né. L’infante Isabelle, tante paternelle de l’infante Mercedes, garde le titre de princesse des Asturies jusqu’à ce que Práxedes Mateo Sagasta, chef du gouvernement espagnol remplaçant Cánovas del Castillo, agisse pour lui donner ce titre auprès d’Alphonse XII ; projet qu’il réussit le au travers d’un décret royal.
Alors qu’une sœur, prénommée Marie-Thérèse, naît en 1882, le mariage de ses parents demeure malheureux. Sans lui porter d’amour, le roi avait épousé l’archiduchesse afin d’assurer la succession au trône, et la naissance de deux filles ne satisfaisait en rien Alphonse XII, quand il avait déjà deux garçons issus de ses liaisons adultérines. En , la reine Marie-Christine quitte la cour espagnole et voyage avec ses filles pour visiter sa propre famille en Autriche-Hongrie. À l’été 1884, le roi Alphonse XII, qui était atteint par la tuberculose, voit sa santé se détériorer davantage. Après une brève amélioration, le roi de 27 ans meurt le , faisant de Mercedes le chef d’État du royaume sous la régence de sa mère. Toutefois, la princesse des Asturies n’est pas proclamée reine puisque l’archiduchesse Marie-Christine était enceinte. La naissance d’une autre sœur aurait fait d’elle la souveraine espagnole en titre, mais c’est un garçon qui naît le , le roi Alphonse XIII. Ainsi, la princesse reste héritière présomptive du trône, une qualité qu’elle gardera tout le restant de sa vie.
Éducation vignette|La reine Marie-Christine, accompagnée de ses deux filles, prêtant serment à la constitution, en 1885 ; en face le Président des ministres del Castillo tient le livre ouvert|upright=1.4
La première apparition publique de l’infante María de las Mercedes devant la cour d’Espagne n’arrive que le jour où sa mère est proclamée régente du royaume ; l’infante, âgée de 5 ans, tient la main de la reine-régente au cours de la séance solennelle. L’éducation de la princesse des Asturies et de l’infante Marie-Thérèse est confinée au palais royal de Madrid, dans un environnement austère mené par deux femmes encore jeunes mais déjà veuves: leur mère et leur tante Isabelle. La reine élève ses trois enfants de façon stricte. En dépit de son statut constitutionnel, Mercedes ne reçoit pas une éducation qui la préparerait à gouverner une nation. À la place, la princesse des Asturies est éduquée à la manière conventionnelle des princesses de son temps. Rythmées par des leçons de piano et de peinture, ou par la pratique du tricot, les journées sont également marquées par des apparitions à la cour, ce que la reine souhaite mettre en valeur. Une attention particulière est donnée à l’obéissance et aux préceptes religieux.
Mercedes grandit dans l’optique de devenir une jeune femme sérieuse. Timide et peu avenante, elle était davantage une Habsbourg-Lorraine dans l’apparence en raison de son long visage. La famille passe les mois d’été au palais de Miramar, à Saint-Sébastien.
vignette|gauche|upright=0.9|Le prince Charles de Bourbon-Deux-Siciles en 1900, dont Mercedes tombe amoureuse en 1898.
Dans son adolescence, l’infante Mercedes accompagne sa mère dans des voyages à l’étranger, visitant à Paris sa grand-mère paternelle, la reine en exil Isabelle II, à Munich, sa tante paternelle l’infante Paz ou encore à Vienne, sa grand-mère maternelle l’archiduchesse Élisabeth-Françoise. Alors que la guerre hispano-américaine de 1898 rend la situation en Espagne de plus en plus complexe, la princesse des Asturies et sa sœur continuent de vivre de façon très réglée, leur mère ne les autorisant pas à prendre part à la vie sociale ni à fréquenter les membres de la noblesse. La reine organise toutefois le une soirée au palais royal madrilène pour ses filles afin de marquer leur entrée dans la société, l’événement ayant été retardé par la guerre. À l’occasion d’une danse, la princesse des Asturies tombe amoureuse de Charles de Bourbon, prince des Deux-Siciles ; les deux ayant été vus souvent ensemble.
Mariage Membre de la maison de Bourbon-Siciles, une dynastie déposée par la maison de Savoie en 1860, le prince Charles est un cousin issu de germains de la reine Marie-Christine. Âgé de 29 ans, il s’est installé en Espagne quelques années avant sa rencontre avec la princesse des Asturies afin de suivre une carrière militaire au sein de l’armée. La rencontre de la princesse Mercedes et du prince Charles n’a rien d’accidentel. En effet, il a été choisi comme potentiel mari par la reine Marie-Christine et par l’infante Isabelle, qui est aussi une tante par alliance de ce dernier. À l’époque, il semble nécessaire que l’héritière du trône épouse un membre de la maison de Bourbon puisque dans le cas où Mercedes aurait succédé à son frère Alphonse XIII, le changement dynastique était évité. De même, il offrait d’autres avantages en tant qu’époux de la princesse des Asturies. Comme il n’appartenait plus à une famille royale régnante, il pourrait s’installer de façon permanente en Espagne et acquérir la nécessaire nationalité espagnole. Toutefois, il doit renoncer à ses droits sur le trône des Deux-Siciles, puisqu’il était en troisième position dans la succession, après son père et son frère aîné.
vignette|La princesse des Asturies et son époux, l’infant Charles, à l’issue de leur cérémonie de mariage.
Charles était d’un caractère sérieux et discret, et l’infante Mercedes était attirée par ce prince. Leur engagement est annoncé le mais doit d’emblée faire face à une vive opposition : comme le Parti libéral et des membres de la fraction républicaine, une partie de la société espagnole rejetait ce projet d’union. Il n’y avait rien de personnel contre le prince lui-même, mais son père, le comte de Caserte, avait été général dans la dernière guerre carliste, participant notamment au siège de Cuenca par les troupes carlistes. On redoutait que le fils du comte de Caserte, se mariant avec la princesse des Asturies, importe également le parti carliste à proximité du trône espagnol. Même le prénom du prince excitait les suspicions. En outre, la maison de Bourbon-Siciles était considérée comme étant la plus conservatrice des dynasties catholiques, ce qui inquiétait le Parti libéral.
Dans les journaux et les rues de Madrid, Séville et Grenade, se manifestaient des attaques encore plus virulentes contre le mariage de Mercedes. L’archevêque de Valladolid, l’un des prélats espagnols les plus éminents, écrivit une lettre adressée à la reine l’avertissant de terribles conséquences si le mariage avait lieu. La reine lui répondit : Mercedes exprimait elle-même sa frustration face à cette forte opposition dans la correspondance qu’elle avait avec sa tante la princesse Paz de Bavière :
vignette|gauche|upright=0.8|La princesse des Asturies (date inconnue).
La controverse entacha les festivités du mariage. Le jour du mariage, les routes menant au palais royal étaient barricadées par peur des manifestants et un grand nombre de troupes ont été déployées à travers la capitale espagnole. Cependant, aucun incident majeur n'en résulta et la cérémonie se tint le en la chapelle du palais royal de Madrid.
Mort Le couple vit au palais royal de Madrid, juste à proximité de la reine Marie-Christine, comme celle-ci le désirait. De cette union heureuse naissent d’abord deux garçons, qui garantissent la succession : l’infant Alphonse (1901-1964) et l’infant . Enceinte une troisième fois, la princesse des Asturies espérait avoir une fille après ses deux fils. Alors qu’elle vient juste d’entrer dans sa , en , le mois suivant, vingt jours avant le terme théorique, Mercedes tombe gravement malade. Elle était atteinte d’appendicite, mais le diagnostic initial avait conclu à de simples crampes intestinales. Une péritonite étant apparue, Mercedes donne naissance de façon prématurée à son dernier enfant, l’infante Isabelle-Alphonsine (1904-1985), dans les premières heures du .
La santé de la mère était sérieusement compromise au point que l’on a porté une moindre attention à l’enfant, qui était supposé être mort-né jusqu’à ce que le jeune roi Alphonse se rende compte que le bébé était vivant. La princesse des Asturies meurt le jour suivant, le , entourée par sa famille.
Les trois enfants de Mercedes ont été ensuite confiés à la reine Marie-Christine et élevés à la cour du roi Alphonse XIII. Le fils aîné de la princesse des Asturies, l’infant Alphonse, n’a pas succédé à sa mère en tant que prince des Asturies, mais, il la remplaça en tant qu’héritier présomptif.
Famille Fille aînée d’Alphonse XII (1857-1885), roi d’Espagne, et de sa seconde épouse l’archiduchesse Marie-Christine d’Autriche (1858-1929), princesse de Teschen, María de las Mercedes est la sœur de l’infante Marie-Thérèse de Bourbon (1882-1912) et d’Alphonse XIII (1886-1931), qui devient roi dès sa naissance. Par son père, elle appartient à la branche espagnole de la maison de Bourbon et a pour grands-parents la reine Isabelle II et l’infant François-d’Assise, duc de Cadix ; du côté maternel, les aïeuls de Mercedes sont l’archiduc Charles-Ferdinand, duc de Teschen, de la maison de Habsbourg-Lorraine, et l’archiduchesse Élisabeth d’Autriche, du rameau palatin de cette maison.
Le , l’infante María de las Mercedes épouse à Madrid le prince Charles de Bourbon-Deux-Siciles, naturalisé espagnol et fait infant d’Espagne quelques jours plus tôt par son beau-frère le roi Alphonse XIII ; il était le fils du prince Alphonse des Deux-Siciles, comte de Caserte, chef de la maison de Bourbon-Siciles en 1896, et de son épouse la princesse Antoinette des Deux-Siciles, sa cousine germaine. De leur union naissent trois enfants : l’infant Alphonse d’Espagne (1901-1964), né don Alfonso de Borbón y Borbón, qui épouse en 1936 la princesse Alice de Bourbon-Parme (postérité) ;