Le traité de Leake est un accord conclu le entre le roi Édouard II d'Angleterre et son cousin Thomas de Lancastre, comte de Lancastre, chef de l'opposition baronniale. Il survient dans le contexte de la rivalité pour le contrôle du gouvernement qui oppose les deux cousins depuis l'avènement du roi en 1307. À la tête du gouvernement d'Angleterre entre 1314 et 1316, Thomas de Lancastre se retrouve depuis marginalisé des affaires du royaume et s'oppose graduellement aux favoris d'Édouard II, ce qui fait craindre l'éclatement de la guerre civile. L'incertitude politique et la menace écossaise poussent toutefois les deux camps à chercher à négocier un compromis. De ce fait, de multiples prélats et barons s'impliquent dans de longues et difficiles négociations entre le roi et son puissant vassal entre avril et , avant de déboucher sur un accord satisfaisant les deux hommes.

Les conditions du traité de Leake soulignent la nécessité pour le roi de réformer son gouvernement et de se distancer de ses favoris, tandis que le comte est invité à s'impliquer davantage dans les affaires du royaume. Si le traité porte ses fruits pendant quelques mois, les relations entre les deux cousins s'aggravent rapidement et le duel entre Édouard II et Thomas de Lancastre s'achève finalement en 1322 lorsque ce dernier est exécuté après avoir conduit une rébellion infructueuse. Bien que les premiers historiens s'intéressant au traité de Leake pensent qu'il résulte de la volonté d'un « parti du Milieu », situé entre le parti de la cour influencé par le roi et ses favoris d'une part, et les barons extrêmes conduits par Lancastre d'autre part, le consensus adopté par les historiens modernes démontre que les négociations et la signature du traité sont plutôt le fruit de barons modérés et proches du roi ayant cherché la meilleure issue aux tensions entre les deux hommes.

Prélude Dès le début de son règne, qui commence le , le roi Édouard II d'Angleterre se heurte à l'opposition des membres du baronnage anglais, principalement à cause des faveurs démesurées qu'il attribue à son favori Pierre Gaveston, de la mauvaise gestion du conflit avec l'Écosse et du déficit dans les finances du royaume. Le plus important des opposants à la politique du nouveau roi est son propre cousin Thomas de Lancastre, comte de Lancastre, qui acquiert une position de leadership parmi les magnats d'Angleterre aux alentours de 1310, principalement en raison de son immense richesse et de sa popularité. Lancastre est ainsi l'un des plus ardents défenseurs des Ordonnances de 1311 qui restreignent fortement les prérogatives royales et imposent le bannissement perpétuel de Gaveston, dont il dirige l'exécution sommaire le à la suite du retour illégal du favori royal. Les circonstances politiques de l'époque empêchent Édouard II de venger la mort de son favori et il se retrouve contraint de pardonner aux commanditaires de cette exécution le , même si sa rancune subsiste. Lancastre continue quant à lui à rejeter la politique royale et insiste sur l'application des Ordonnances. Mais ce n'est qu'après la défaite retentissante d'Édouard II face aux Écossais lors de la bataille de Bannockburn le qu'il parvient à se saisir du gouvernement et à isoler politiquement le roi, qui doit consentir de mauvaise grâce à reconnaître à son cousin une place privilégiée au sein de son conseil qui lui permet de mettre en place certaines réformes.

Pour autant, la situation politique en Angleterre se complexifie à partir de 1316. Tandis qu'Édouard II regagne progressivement le pouvoir qu'il a auparavant perdu, il en profite en outre pour se rapprocher de seigneurs modérés, dont le comte de Hereford et les barons Mortimer de Wigmore, et Badlesmere, auxquels il confie plusieurs postes d'influence au sein de l'administration du royaume. Mais, parallèlement, plusieurs courtisans, à l'instar de Roger Damory, Hugh Audley ou William Montagu, exercent peu à peu une influence considérable sur Édouard II et contribuent à alimenter la discorde entre le roi et le comte de Lancastre. Ce dernier se retrouve finalement contraint d'abandonner sa place au sein du gouvernement et à se retirer de la cour. Son hostilité envers le parti royal se manifeste rapidement, puisqu'il est vraisemblablement le commanditaire de l'enlèvement d'Henri de Beaumont, baron Beaumont, et de son frère Louis, évêque de Durham, deux proches du roi, en . En octobre et novembre de la même année, les partisans du magnat occupent les châteaux de Knaresborough et d'Alton, qui appartiennent à Roger Damory. Thomas de Lancastre constitue désormais une menace militaire, puisqu'il attaque les possessions de John de Warenne, comte de Surrey, qui a fait enlever son épouse Alice de Lacy en , et mobilise dangereusement ses forces. En , son château de Pontefract manque de peu d'être assiégé par le roi, qui en est dissuadé par le comte de Pembroke.

À la situation intérieure déjà sérieusement explosive qui fait craindre l'éclatement de la guerre civile s'ajoute la situation militaire extérieure déplorable lorsque de vastes raids écossais sont entrepris dans le Nord de l'Angleterre, qui menacent franchement les grandes villes de cette région, dont Carlisle et Berwick. Pour se défendre contre les incursions écossaises, Édouard II a toutefois besoin du soutien militaire indispensable de son cousin. À présent, le roi se déclare prêt à temporiser avec le comte et lui envoie plusieurs messagers afin d'empêcher que leurs relations ne se détériorent davantage. Déjà, le , plusieurs évêques rencontrent le conseil royal pour proposer une médiation entre les deux cousins. Édouard convoque pour le un Parlement, qui doit se réunir à Lincoln, mais son conseil lui recommande d'ajourner le Parlement et de conclure d'abord un accord avec Lancastre, avant de réclamer les subsides nécessaires à son expédition ultérieure contre l'Écosse. Le report de l'assemblée parlementaire est décidé par le roi le . Peu après, John Salmon, évêque de Norwich, se rend auprès de Thomas de Lancastre au château de Pontefract, apparemment afin d'obtenir sa confirmation d'accepter d'entamer des négociations avec Édouard II. Le , un synode de la province ecclésiastique de Canterbury a lieu dans la cathédrale Saint-Paul de Londres, au cours duquel les évêques présents acceptent de ramener la concorde au sein du royaume et de négocier prochainement avec le comte de Lancastre à Leicester.

Négociations Le Lord grand chancelier John Sandale, évêque de Winchester, est missionné à Leicester par Édouard II le . Les négociations avec Thomas de Lancastre commencent début avril et s'achèvent le 12. Outre Sandale, la délégation représentant le roi comprend Walter Reynolds, archevêque de Canterbury, John Salmon, évêque de Norwich, John Langton, évêque de Chichester, John de Monmouth, évêque de Llandaff, Adam Orleton, évêque de Hereford, Thomas Cobham, évêque de Worcester, les comtes de Pembroke et de Hereford, ainsi que 31 barons, dont Bartholomew de Badlesmere et Walter Norwich. Les chefs de file au cours des négociations avec Lancastre sont probablement Reynolds, Pembroke et Badlesmere. Comme la délégation royale craint l'entourage armé de Lancastre, Badlesmere amène un groupe de 100 hommes d'armes à Leicester pour assurer sa sécurité. Pendant ce temps, le roi Édouard, qui est resté au château de Windsor, maintient un contact avec sa délégation. Le , il est annoncé que tout accord entre Édouard II et Thomas de Lancastre doit inclure le respect des Ordonnances, le renvoi des mauvais conseillers et la restitution des présents royaux. En outre, Lancastre réclame que lui-même et ses partisans soient pardonnés pour leurs actions passées, dont la mise à mort de Pierre Gaveston. Actuellement, on ignore si cet accord était un projet de réconciliation préliminaire ou une simple documentation des demandes de Lancastre pour servir de base à d'autres négociations.

Édouard II semble s'être rapidement dit prêt à accepter les requêtes du comte de Lancastre. Le , il confirme l'accord conclu à Leicester et convoque son ost pour la fin du mois de juillet à York, dans le but de mener une campagne militaire en Écosse. La mise en œuvre des exigences de Lancastre conduit non seulement au renvoi des courtisans honnis par le comte, mais aussi à de profonds changements d'attribution en terres par le roi. Selon les exigences du magnat, les favoris royaux doivent restituer les biens qu'ils ont reçus du roi, mais également lui payer une compensation pour sa perte de revenus. Les courtisans s'opposent cependant à cette dernière exigence de Lancastre et, lors d'une réunion du conseil de la couronne le à laquelle participent également de nombreux évêques, soutiennent que le refus de Lancastre de soutenir le roi est responsable des échecs du gouvernement. Par la suite, d'autres négociations ont lieu avec Lancastre. La plus importante survient le à Horninglow, près de Tutbury, avec comme négociateurs Alexander de Bicknor, archevêque de Dublin, John Salmon, évêque de Norwich, et John Hotham, évêque d'Ely et qui vient d'être nommé chancelier. La délégation parvient à un accord durable avec Lancastre, en obtenant que l'attribution des terres doive être décidée individuellement au cours du Parlement et que le roi ne devra pas être compensé pour sa perte de revenus. En définitive, il est convenu que seuls les dons effectués après 1310 devront être pris en compte.

D'autres points de discorde surgissent lorsque Thomas de Lancastre exige un sauf-conduit pour pouvoir se rendre au Parlement mais ce dernier se méfie des négociateurs royaux et refuse par la suite d'accepter leurs promesses de sauf-conduit. Début juillet, l'archevêque de Dublin, les évêques d'Ely et de Norwich, le comte de Pembroke, les barons Badlesmere et le Despenser négocient avec Lancastre, mais ce dernier n'accepte pas le compromis proposé, car il désire à présent envisager la restitution des concessions de terres par le roi. Au milieu ou à la fin de juillet, une autre délégation composée des mêmes membres poursuit les négociations. Lancastre finit par céder et accepte que la plupart des courtisans royaux se réconcilient avec lui, à l'exception de William Montagu et de Roger Damory, qu'il accuse de vouloir attenter à sa vie. Il propose ensuite la formation d'un conseil d'État permanent composé de huit évêques, quatre comtes et quatre barons. Chaque trimestre civil, deux évêques, un comte et un baron devront officier. Entretemps, Édouard II se rend à Northampton le , où il assiste quelques semaines plus tard à l'exécution de l'imposteur John Deydras, mais Thomas de Lancastre a encore des réserves quant à une rencontre directe avec son cousin. Probablement le , un accord définitif semble être conclu avec Lancastre, qui est ensuite pardonné le par le roi pour ses crimes passés, dont l'exécution de Pierre Gaveston en 1312.

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