Alexandre Guy Pingré, né le où est mort le , est un prêtre, astronome et géographe naval français.
En 1961, l'Union astronomique internationale a attribué le nom de Pingré à un cratère lunaire.
Biographie Il a fait ses études à Senlis, au collège Saint-Vincent des pères génovéfains, chanoines réguliers de l’ordre de saint Augustin, où il est entré lui-même à l’âge de seize ans. En 1735, il a été nommé professeur de théologie. Il aurait exercé ces fonctions toute sa vie si son gallicanisme (voir ci-dessous) ne lui avait pas attiré de sérieux ennuis : en 1745, il a été destitué de sa chaire et a même fait l’objet, au cours des quatre années suivantes, de cinq lettres de cachet. C’est alors que Le Cat, chirurgien en chef de l’Hospice de santé de Rouen, l’a fait recevoir, pour le mettre à l’abri, à l’Académie des sciences de Rouen qu’il avait fondée en 1748.
Nommé astronome de la compagnie, Pingré, à 38 ans, a entrepris l’étude de cette science. Il en est devenu rapidement un maitre réputé. Bien que son talent d’observation ait été limité par une mauvaise vue, il a acquis une réputation d’excellent mathématicien et, déjà célèbre pour avoir détecté une erreur de quatre minutes dans le calcul fait par Lacaille de l’éclipse lunaire du , il s’est distingué encore en 1753 par l’observation du transit de Mercure, ce qui lui a valu d’être nommé membre correspondant de l’Académie des sciences, puis associé libre de cette même Académie en 1756.
Rappelé par son ordre à Paris, il a été nommé bibliothécaire de l’abbaye Sainte-Geneviève et chancelier de l’université. On a construit pour lui un observatoire à l’abbaye et il y a passé quarante ans de travail assidu, tout en conservant un esprit curieux de tout : « Sa récréation habituelle était la lecture des écrivains du siècle d’Auguste, et surtout celle d’Horace ; il y consacrait une heure par jour. Il avait aussi donné quelques instants à la musiqueLe Livre d'orgue du Père Pingré : Anonymes français du , restitution : Jean Bonfils; Paris, Schola Cantorum, 1964.. ».
Il a été nommé par le gouvernement astronome-géographe de la marine, en remplacement de Delisle. En 1753, il a compilé le premier almanach nautique pour l’année 1754, et a poursuivi ce travail en 1755–1757, lorsque Lalande a été chargé de la publication. Lacaille avait calculé, pour son traité l’Art de vérifier les dates, les éclipses des dix-neuf premiers siècles de l’ère chrétienne ; Pingré, dans une deuxième édition, a repris ses calculs et les a étendus à plus de dix siècles avant Jésus-Christ.
Transits de Vénus En 1760, Pingré s’est joint à une expédition à l'île Rodrigues dans l'océan Indien dans l'espoir d'observer le transit astronomique de Vénus, le Pierre-Jacques Charliat, Le temps des grands voiliers, Histoire Universelle des Explorations, t. III, publiée sous la direction de L.-H. Parias, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1957, .. Il embarqua en à Lorient à bord du Comte d'Argenson commandé par Marion-Dufresne pour gagner l'île de France, et de là rejoindre Rodrigues.. L’observation n’a pas réussi, mais il a décrit un certain nombre d’espèces animales jusqu’alors inconnues ; en souvenir de cette contribution, une localité de l’ile porte son nom. Une expédition au Cap français à Saint-Domingue pour observer le transit du a donné des résultats plus satisfaisants. Vers 1757, il s’est passionné pour l’histoire des comètes, et sa Cométographie ou Traité historique et théorique des comètes (2 vol., Paris, 1783-1784) a présenté méthodiquement et a filtré avec un grand esprit critique ce que contenaient toutes les anciennes annales et les publications plus récentes.
En 1756, il a publié le Projet d’une histoire d’astronomie du dix-septième siècle, lequel a été réalisé en 1786. Grâce à l’influence de Lalande, l’Assemblée nationale a accordé trois mille francs pour couvrir les frais de publication, mais l’affaire a trainé et sa mort a mis fin au projet. En 1901, l’ensemble du travail a été réédité par Guillaume Bigourdan sous le titre : Annales célestes du dix-septième siècle. Il a également publié un Manuale Astronomicon libri quinque et Arati Phænomena, cum interpretatione Gallica et notis (2 vol., 1786), ainsi que de nombreuses observations astronomiques dans les Mémoires de l’Institut (1753-1787), dans le Journal de Trévoux, dans le Phil. Trans., etc.
Dans les ouvrages encyclopédiques, on affirme communément que Pingré a pris une part active aux querelles jansénistes, ce qui lui a valu d'être relégué dans des villes de province et des collèges, et on le présente souvent comme une victime de l'intolérance romaine. Le fait est que, dans les débuts de sa carrière, Pingré semble avoir été imbu de conceptions jansénistes, comme le confirment les Nouvelles ecclésiastiques, le grand organe janséniste. En 1737, , évêque de Pamiers, très actif contre le jansénisme, l’a fait citer, l’a sévèrement réprimandé et finalement l’a obligé à se soumettre à un examen devant quelques pères jésuites. Il se dit lui-même prêt à condamner « de cœur et d'esprit » les cinq propositions, maintenant en même temps qu'il ne pouvait les condamner comme propositions de Jansénius, puisqu'on ne pouvait pas les trouver dans ses œuvres (il faut rappeler qu'en 1653 et 1656 les papes avaient déclaré à plusieurs reprises que les propositions étaient contenues de facto dans l’Augustinus).
En 1745, un chapitre général des pères de Sainte-Geneviève ayant été convoqué, par ordre du roi, le père Chambroy a été élu supérieur général. Des ordres stricts avaient été donnés à la hiérarchie des établissements conventuels stipulant qu'ils ne pourraient envoyer que des délégués disposés à souscrire aux bulles papales et surtout à la bulle Unigenitus. Une telle mesure souleva de l'opposition et le père Pingré, qui résidait à Senlis, s’est joignit à quelques-uns de ses collègues religieux pour émettre une protestation véhémente contre les actes du chapitre. Le père Scoffier, l'un des adversaires les plus déterminés de l'élection, a été écarté de Senlis. Une sanction disciplinaire a été infligée à Pingré, alors professeur de théologie.
Selon une notice d'introduction en préface aux mémoires de l'abbé janséniste Arnauld d'Andilly, dans la collection Mémoires sur l'histoire de France de Michaud et Poujoulat ( série, IX), c'est Pingré qui a été leur éditeur (Leyde, 1756). Il s'agit donc d'un janséniste actif, au moins jusqu'en 1747, mais son influence n'a jamais été sérieuse ni durable. Dans l'histoire religieuse du , en particulier dans les Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le de Picot, son nom n'est pas mentionné.
Il est, avec Fabre d'Églantine, l'un des promoteurs du calendrier révolutionnaire, à la Révolution.
Carrière maçonnique Pingré était vénérable de la loge , à l'orient des Batignolles Monceau, second surveillant de la chambre des provinces, puis grand orateur du Grand Orient de FranceNotice Pingré (Alexandre, Guy), dans Daniel Ligou éd., Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie, Presses universitaires de France, édition, 1991, .. Il était ami de Benjamin Franklin.
Lors de la pose de la première pierre de la nouvelle église Sainte-Geneviève, il rédigea le quatrain suivant : Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. 2484., cité par Daniel Ligou, Dictionnaire…, ..
Pingré et la Révolution française Le , Pingré offrit à l'État la bibliothèque de l'abbaye Sainte-Geneviève, alors même que les chanoines essayaient d'obtenir de la municipalité de Paris leur maintien comme desservants de la nouvelle église paroissiale. Pingré prête ensuite le serment de liberté et d'égalité. Il est le dernier bibliothécaire de l'abbaye Sainte-Geneviève et le premier de la Bibliothèque nationalisée…
Pingré participe à la création du Calendrier républicain. La Convention nationale avait confié la création de ce nouveau calendrier à une commission formée de Gilbert Romme et de Claude Joseph Ferry. Ces derniers qui demandent que Charles-François Dupuis, député et spécialiste des calendriers antiques, leur soit adjoint. Ils associent ensuite à leurs travaux plusieurs astronomes : Louis-Bernard Guyton-Morveau, Joseph-Louis Lagrange, Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande, Gaspard Monge, et Alexandre Guy PingréJames Guillaume, Procès-verbaux du Comité d'instruction publique de la Convention nationale, , et , ; Michel Froechlé, « Le calendrier républicain correspondait-il à une nécessité scientifique ? », Congrès national des sociétés savantes : scientifiques et sociétés, Paris, 1989, ..
Le janséniste Pingré contribue ainsi à la déchristianisation du temps. Malgré cela, il est, le , coopté par le presbytère de Paris, sous influence janséniste, pour sa science théologique, pour réorganiser les paroisses parisiennes au sein de l'église constitutionnelle.
Dans l'éloge funèbre de Pingré, Étienne Pierre Ventenat dit :
Œuvres Journal du voyage de M. le marquis de Coutanvaux, sur la frégate Aurore, pour essayer par ordre de l'Académie, plusieurs instrumens relatifs à la Longitude. Mis en ordre par M. Pingré, Chanoine régulier de Ste-Geneviève, nommé par l'Académie pour coopérer à la vérification desdits Instrumens, de concert avec M. Messier, Astronome de la Marine, Paris, Imprimerie royale, 1768 ; « Tributs payés aux plus illustres voyageurs, publiée dans Discours et documents maçonniques du », Paris, Gloton, 1932, . [Pièce en vers adressée au Grand maître du Grande-Orient de France, pour la Saint-Jean d'été du ] , HARS pour 1770, 1773.
En littérature Dans Le Chercheur d'or, de Jean-Marie Gustave Le Clezio, Alexis utilise les écrits de Pingré pour retrouver l'or du Corsaire à Rodrigues :
En musique Le distingué savant était aussi un organiste amateur. La bibliothèque Sainte-Geneviève conserve un manuscrit musical (), de la main du Père Pingré, contenant 42 pièces d'orgue anonymes du français, dont des pièces de Jacques Boyvin, ainsi que les seules pièces d'orgue connues de François d'Agincourt au nombre de 46.
Manuscrit d'orgue Bibliothèque Sainte-Geneviève, Ms. 2372. Fac-similé du manuscrit de musique d'orgue. IMSLP Pièces d'orgue de François d'Agincourt, Jacques Boyvin et anonymes, colligées et recopiées par le Père Pingré.
Notes et références
Sitographie Notice généalogique, rédigée par Pingré lui-même, ms. 1977 de la Bibliothèque Sainte-Geneviève Gaspard de Prony, « », Mémoires de l'Institut National..., tome I, Paris, an VI Catholic Encyclopedia, article « Alexandre Guy Pingré ». Le Livre d'orgue du Père Pingré : Anonymes français du , restitution : Jean Bonfils; Paris, Schola Cantorum, 1964. .
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