Les attentats de Trèbes et Carcassonne sont des attaques terroristes islamistes, doublées de crimes homophobes, perpétrées le à Carcassonne et dans un supermarché de Trèbes, dans l'Aude, par Radouane Lakdim. Les attentats sont revendiqués par l'État islamique et font quatre morts et quinze blessés. Le terroriste est abattu par le GIGN.

Le lieutenant-colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame, qui a été tué alors qu'il avait pris la place d'une otage dans le supermarché, reçoit un hommage national et est célébré comme un héros en France et au niveau international.

Contexte

La France est, en , le pays européen le plus touché par des attaques commanditées ou inspirées par l’État islamique avec depuis , ayant causé , auxquelles s’ajoutent, selon un décompte du journal en ligne Mediapart, échoués et déjoués. Selon une étude du Centre d'analyse du terrorisme, l’Hexagone a connu , et pour la seule .

Alors que dans le reste de l’Europe, les terroristes cherchant à tuer indistinctement le plus grand nombre de personnes, par exemple avec des véhicules-béliers, les actes commis en France ont la particularité de cibler, dans neuf cas sur onze en 2017, des membres des forces de l’ordre. Le précédent attentat islamiste a eu lieu en à la gare Saint-Charles de Marseille : deux personnes ont été tuées..

En Europe, les attentats terroristes ont causé près de depuis 2001.

Déroulement L'auteur des attaques, Radouane Lakdim, est un Marocain naturalisé français en 2004, âgé de et demeurant avec sa famille à la cité Ozanam de Carcassonne.

Petit délinquant déjà condamné en 2011 et 2015Note : Lakdim est condamné en 2011 pour port d’arme à 1 mois de prison avec sursis et en 2015 pour détention de drogue et refus d’obtempérer. Il est incarcéré pendant un mois en 2016 à Carcassonne., il est fiché S depuis 2014 pour radicalisation islamiste et pour « son appartenance à la mouvance salafiste », avant de passer brusquement à l'acte. Le matin du , il accompagne l’une de ses sœurs à l’école avant de commettre les attaques.

Aigles de la Cité de Carcassonne Dans la matinée du , à au parking des Aigles de la Cité à Carcassonne, connu pour être un lieu de rencontres entre homosexuels, Lakdim croise Renato Silva, un jeune Portugais de 25 ans, qui fume dans un sous-bois, et lui tire une balle dans la tête. Quelques minutes plus tard, il abat d’une balle dans la tempe Jean Mazières, un viticulteur à la retraite de , qui marchait sur un sentier. Plus tard dans la journée, l'assassin se vantera d'avoir « allum[é] deux pédés » et de leur avoir « mis deux balles dans la tête, sans pitié. ».

L'homophobie de Lakdim sera plusieurs fois évoquée durant le procès des attentats : une amie du tueur, Kamelia K., affirme lors d'une audition qu'Procès des attentats de Trèbes et Carcassonne : Radouane Lakdim, le terroriste un peu « fou » qui n’a surpris personne par Soren Seelow sur lemonde.fr du 31 janvier 2024.

Avenue du général Leclerc Armé de son pistolet automatique, Lakdim patiente ensuite à proximité de la caserne de Laperrine du de parachutistes d'infanterie de marine (), dans le but de s'en prendre à des militaires mais, n'en voyant pas, il se rabat sur un groupe de quatre CRS de la qui terminent leur footing, avenue du Général-Leclerc et rentrent à la caserne. Il s'en prend à quatre d'entre eux, tire à six reprises et blesse grièvement un militaire originaire de Marseille et âgé de ..

Super U de Trèbes vignette|Le Super U de Trèbes en 2025. vignette|Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame en . À , Lakdim gare l'Opel Corsa qu'il a dérobée en tuant un passager et en blessant un autre, sur le parking du supermarché Super U, situé rond-point de l'Europe à Trèbes, à du lieu du premier meurtre.

Dès qu'il entre dans le magasin où se trouve une cinquantaine de personnes, il crie « Allahou akbar ! », indique qu’il est un soldat de l'État islamique , et se dit « prêt à mourir pour la Syrie ».

Seulement après être entré dans le Super U, il tire par deux fois (le premier coup ne part pas) et tue à bout portant le chef boucher âgé de Christian MedvèsGeoffroy Tomasovitch, « Attaque de Trèbes : Christian, le boucher tué au Super U, était « un cœur énorme, une figure »», Le Parisien, 24 mars 2018« Attaque terroriste dans l'Aude, les témoins racontent », Ouest-France, 23 mars 2018., qui était parti discuter avec une caissière. Sauf deux d'entre eux, les clients s'enfuient. Hervé Sosna, Trébéen âgé de , est lui aussi tué d'une balle à bout portant dans la tête, alors qu'il déposait ses courses sur le tapis de caisse. Une vingtaine de personnes parvient toutefois à s'échapper, d'autres à se cacher dans la chambre froide du supermarché.

Le terroriste lance dans le magasin une grenade, qui n'explosera pas, et se retranche dans la salle des coffres où s'était cachée l'hôtesse d'accueil du magasin, qui se trouve prise en otage, , ancienne ingénieure de devenue caissière l'année passée après la perte de son précédent emploi. Elle parvient à engager un dialogue pour l'apaiser et sur son injonction, elle appelle le commissariat où le terroriste dit être membre de l'EI et exiger la libération de Salah Abdeslam, djihadiste impliqué dans l'attentat du 13 novembre 2015.

L'antenne du GIGN installée à Toulouse est alertée à et demande l'assistance du groupe national dès et décolleront à de la base aérienne de Villacoublay. À , un groupe de gendarmes du PSIG de Carcassonne pénètre dans le magasin en compagnie du lieutenant-colonel Arnaud BeltrameLa Manche libre, L'héroïque gendarme de l'attaque de Trèbes, plus haut gradé sur place. Rapidement et malgré les mises en garde des agents du PSIG qui disposent eux de gilets pare-balle, Beltrame se propose comme otage en échange de la libération de l'hôtesse de caisseYohan Blavignat, Aude : ce qu'il s'est passé vendredi dans le Super U de Trèbes, Le Figaro, 26 mars 2018. À , l'otage est libérée. Le PSIG évacue les derniers clients restés dans le magasin.

Le GIGN de Toulouse est sur place dès et ils sont rejoints par le RAID et la BRI. Vingt minutes plus tard, Arnaud Beltrame joint le commandant du groupement et répète les revendications de Lakdim. Beltrame apparaît une nouvelle fois comme bouclier humain quand la porte s'ouvre à . À , le terroriste est entendu prier. Plus tard, il exige un chargeur de téléphone portable qui lui est remis. À , un contact est noué sur le téléphone portable du gendarme et un négociateur du GIGN basé en région parisienne. Lakdim réitère sa demande de libération de Salah Abdeslam, mais le négociateur lui répond qu'il n'en a pas le pouvoir. Une minute plus tard, il signale la présence de la mère de Lakdim.

Beltrame crie : . Alors que le terroriste est en train de lui trancher la gorge et de cribler de balles le corps du gendarme, le GIGN ne semble pas comprendre la scène dans l'instant ni interpréter tout de suite les râles entendus via son téléphone laissé ouvert sur une table. L'équipe parisienne n'étant pas encore installée, c'est l'antenne du GIGN de Toulouse qui donne l'assaut à , soit après les cris d'Arnaud BeltrameAttentat dans l'Aude: le gendarme "héros" est décédé, le bilan s'alourdit à 4 morts, Challenges, 24 mars 2018. Les hommes du GIGN entrent dans la salle des coffres alors que le terroriste, dos à la porte, tente de se relever et crie à nouveau « Allahu akbar ! » avant d'être abattu. L'assaut est terminé à .

Bilan Cinq personnes sont grièvement blessées, dont le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame. Cet acte de bravoure de l'officier est salué par le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb. Deux gendarmes du GIGN ont été blessés par le terroriste lors de l'assaut. Arnaud Beltrame succombe à ses blessures à l'hôpital dans la nuit du 23 au . L'autopsie révèle que les lésions par balles étaient non létales. La mort est due à . Outre son pistolet, un couteau de chasse et des engins explosifs artisanaux sont retrouvés dans le supermarché. Il est annoncé plus tard que le nombre de blessés s'élève à seizeLe Figaro, Déclaration d'Emmanuel Macron. Quelques minutes après l'assaut, l'État islamique revendique, via son organe de propagande Amaq, les trois attaques du et visait à travers cet acte les pays membres de la coalition internationale.

Le Système d'alerte et d'information des populations (SAIP) n'a pas émis d'alerte durant cette attaque. En , le gouvernement abandonne SAIP pour se reposer sur Google, Facebook et Twitter. Pendant l'attaque de Trèbes, le dispositif de contrôle d'absence de danger Facebook () a été activé.

La compagne de Radouane Lakdim ainsi qu’un mineur de ses amis, sont placés en garde à vue pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste criminelle ». La perquisition réalisée au domicile de Radouane Lakdim permet de trouver des éléments relatifs à l’organisation Etat islamique, « s’apparentant à un testament », ainsi que des supports numériques.

Réactions Réactions nationales

Réactions de présidents Le président de la République Emmanuel Macron via Twitter depuis Bruxelles : Il déclare plus tard : . Il prononce son éloge funèbre lors d'un hommage national le à l'hôtel des Invalides. Arnaud Beltrame est promu au grade de colonel à titre posthume et fait commandeur de la Légion d'honneur. Il reçoit également les médailles de la sécurité intérieure, de la Gendarmerie nationale et celle pour acte de courage et dévouement.

L'ancien président François Hollande déclare sur Twitter que : .

Messe du 25 mars Le dimanche suivant les attentats, le , est le dimanche des Rameaux. La messe en l'église Saint-Étienne de Trèbes se double d'un hommage aux victimes et l'église est pleine ; en outre une foule de la suit sur le parvis, grâce à des haut-parleurs. L'évêque de Carcassonne et Narbonne, , préside la célébration eucharistique.

Par solidarité avec les victimes et pour se dissocier du terrorisme islamiste, des représentants de la communauté musulmane, surtout de Trèbes et Carcassonne, assistent à la messe, dont Mohamed Belmihoub l'imam de la mosquée du Viguier de Carcassonne. À propos de cette présence interreligieuse, déclare : , tandis que l'imam Belmihouh affirme à propos des attentats :

Réaction du quartier de résidence du terroriste Des groupes de journalistes sont violemment pris à partie par plusieurs individus dans la cité Ozanam, un quartier « sensible » de Carcassonne où résidait Lakdim, et sont contraints de quitter les lieux. Tous les habitants interrogés ont voulu garder l'anonymat.« Casse-toi, je vais t’éclater » : des journalistes agressés dans le quartier du terroriste de Carcassonne, France 3, 26/6/2018À Carcassonne, des journalistes agressés dans la cité Ozanam où vivait Radouane Lakdim, The Huffington Post, 24/3/2018. Plusieurs jeunes du quartier ont crié leur soutien au terroriste devant les policiersAperçu dans sa cité juste avant l’attaque, Lakdim «n’avait pas l’air tranquille…», Le Parisien, 24/3/2018.

Affaires d'apologie du terrorisme Deux affaires d'apologie du terrorisme se produisent peu après les attentats. Affaire Stéphane Poussier Un ancien candidat de La France insoumise aux élections législatives de 2017 dans le Calvados, Stéphane Poussier, rapidement désavoué par les responsables du parti, est placé en garde à vue le pour apologie du terrorisme au lendemain de tweets qu'il avait publiés pour se réjouir de la mort du gendarme Beltrame, notamment : ou . La classe politique condamne unanimement les propos de Poussier, et le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, porte plainte au nom de son parti pour apologie du terrorisme. Jugé en comparution immédiate, Poussier est condamné le à un an de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Lisieux ainsi qu'à l'interdiction de ses droits civiques et civils pendant sept ans« L'ex-candidat de La France insoumise qui s'est réjoui de la mort d’Arnaud Beltrame condamné à un an de prison avec sursis », 20minutes.fr, 27 mars 2018..