Ferdinand Lop, dit également Samuel Ferdinand-Lop, né le à Marseille et mort le à Saint-Sébastien-de-MorsentArchives départementales des Bouches-du-Rhône, commune de Marseille, année 1891, acte de naissance , avec mentions marginales de mariage et de décès en France, est un journaliste, dessinateur, répétiteur d'anglaisBernard Lavalette, Et à part ça, qu'est-ce que vous faites ?, Fallois, 1998, : ., écrivain, poète, humoriste et philosophe de café français Jacques Yonnet, Christine Donougher, Paris noir, the secret history of a city, 2006, 280 p. : , connu surtout pour sa candidature perpétuelle à l'Académie française et aux élections présidentielles et ses slogans : « Tous pour le Front Lopulaire ! » et « Au char de l’État, il faut la roue d’un Lop ».
Biographie Né le à Marseille, Ferdinand Samuel Lop était le fils cadet de Jules Joseph Lop (1865-1931), employé, et de Benjamine Reine Montel (1871-1956), institutrice, mariés et demeurant au 59, rue de Forbin. Ses deux frères étaient Alfred Myrtil Lop et Georges Nephtali LopLop Ferdinand Samuel..
Connu sous la forme abrégée de Ferdinand Lop ou celle de Samuel Ferdinand-Lop (au lieu de Ferdinand Samuel Lop), il aurait été, selon une légende flatteuse, agrégé d'histoire et camarade de promotion de Georges Bidault, qui fut le premier ministre des Affaires étrangères du général de GaulleMahmoud Maämouri. Conférences, essais, évènements en images…, : .
Il commença dans la vie comme assistant parlementaire et chroniqueur parlementaire au journal Le Cri du Jour, fondé en 1926 Carlton Joseph Huntley Hayes, France, a Nation of Patriots, de Social and economic studies of post-war France, Columbia University Council for Research in the Social Sciences, Columbia University Press, 1930, 487, : , mais ses excentricités le firent chasser du palais Bourbon.
Journaliste, dessinateur de talent, auteur d'ouvrages sérieux sur les possessions coloniales de la France, il devint à partir de 1932, poussé par un tempérament fantaisiste, une figure pittoresque, bientôt légendaire, du Quartier latin, de la Sorbonne à l'OdéonGalerie Jardin des arts, numéros 139 à 142, 1974, .. Reconnaissable à son épaisse tignasse de cheveux roux, ses lunettes, sa petite moustache, son grand chapeau noir à la Léon Blum et son nœud papillon, il avait fait son QG de la Taverne du Panthéon et haranguait les étudiants sur le boulevard Saint-Michel ou rue Soufflot dans les années d'avant et d'après-guerre Alexander Werth, France in Ferment, Harper & Bros, 1935, 309, : .Paul Toublanc, Je ne compte que les heures heureuses : souvenirs erratiques, L'Harmattan, 2007, 140, ..
Pendant la Quatrième République, de 1946 à 1958, ce « licencié ès canulars », éternel candidat malchanceux à la présidence de la République (en même temps qu'à l'Académie française), avait bâti un programme électoral, baptisé « lopéothérapie » Bob Fenster, The Big Book of Duh: a Bathroom Book, Andrews McNedil Publishing, 2009, 352, : , qui préconisait : l'extinction du paupérisme à partir de dix heures du soir ; la construction d'un pont de de large pour abriter les clochards ; le prolongement de la rade de Brest jusqu’à Montmartre et l'extension du boulevard Saint-Michel jusqu’à la mer (dans les deux sens) (proposition reprise d'un candidat loufoque antérieur, Paul Duconnaud.) ; l'installation d'un toboggan place de la Sorbonne pour le délassement des troupes estudiantines ; la nationalisation des maisons closes pour que les filles puissent avoir les avantages de la fonction publique ; le raccourcissement de la grossesse des femmes de neuf à sept moisFrançois Lacassin, Conversations avec Simenon, La Sirène, 1990, 173 : ; l'aménagement de trottoirs roulants pour faciliter le labeur des péripatéticiennes ; l'octroi d'une pension à la femme du soldat inconnu ; l’installation de Paris à la campagne pour que les habitants profitent de l’air pur Bob Fenster, Twisted: Tales from the Wacky, Andrews McMeel Publishing, 2009, : . ; la suppression du wagon de queue du métro. Il expliquait le caractère vague de son programme par la crainte qu'on ne le lui vole. Il préférait « attendre d'être au gouvernement pour le révéler »« Ferdinand Lop », L'Internaute.. Suivant l'exemple des campagnes présidentielles américaines, il avait adopté un air de campagne (campaign air), en l'occurrence The Stars and Stripes Forever, l'hymne officiel américain, non sans y plaquer la répétition de son patronyme comme paroles : « Lop, Lop, Lop Lop Lop, Loop Lop Lop ! Lop Lop Lop, Lop Lop Lop, Lop Lop Lop Lop ! »Bob Fenster, , : .
Le quartier Latin se partageait en deux camps par rapport au candidat : les partisans de Lop ou « Lopistes » (« Lopettes » étant un qualificatif employé par leurs ennemis) ; les opposants étaient les « Anti-Lop » (ou « Antilopes »). Quant aux tièdes, aux indécis, c'étaient des « Interlopes ».
Les réunions avaient lieu dans une salle baptisée la « salle Lop »Christian Millau, Journal d'un mauvais Français : - , Éditions du Rocher, 2012, 361 (livre numérique Google, n. p.)..
Étudiant à l'École libre des sciences politiques en 1935, François Mitterrand fréquentait beaucoup Ferdinand Lop, le rencontrant souvent à son Q.G., le café de La Petite Chaise, tout près de l'École. Henri Thieullent se souvient qu'un jour, François Mitterrand lui avait présenté Ferdinand Lop comme « son ministre des Affaires étrangères », lui-même étant « président du Conseil ».
Interviewé à Paris, en , par Paris-Soir, il nie être Juif : Paris-Soir, 17 août 1941, ..
Après les premières élections législatives du qui suivirent la fin de la guerre, on vit Ferdinand Lop remonter le « Boul Mich » en habit, dans une vieille décapotable, saluant la foule de ses électeurs, son haut-de-forme à la main. Hubert Legros, Les heures difficiles de Louis-le-Grand, 1939-1945 : témoignages, H. Legros, 1997, 303, ..
En , l'Association générale des étudiants de Rennes (l'AGER) reçut Ferdinand Lop à l'occasion de la relance du défilé du Mardi gras. Il prononça un discours et défila sur un char en leur compagnie« Réception de Ferdinand Lop par les étudiants », Institut national de l'audiovisuel, janvier 1946..
Le eut lieu une fausse remise de la Légion d'honneur à Ferdinand Lop, devant un millier d'étudiants en liesse. On invoqua Winston Churchill et Joseph Staline pour rappeler que .
Ferdinand Lop fut dix-huit fois candidat à l'Académie française, entre 1936 et 1966. La dernière fois, ce fut contre Maurice Druon. Il obtint en tout et pour tout deux voix. Il avait tiré de ses innombrables échecs un livre : Ce que j'aurais dit dans mon discours de réception à l'Académie française si j'avais été éluÉtienne De Montety, Candidat, Le Figaro-Livres, 17 mars 2011..
Dans son livre Les Juifs, Roger Peyrefitte dit de Ferdinand Lop qu'il « représente l'humour juif au quartier latin »Roger Peyrefitte, Les Juifs, Flammarion, 1965, 514, ..
Aguigui Mouna, cette figure insolite du trottoir parisien qui succéda à Ferdinand Lop, avait un temps fréquenté ce dernier pour finir par s'en éloigner, le trouvant « trop sérieux, petit bourgeois sentencieux et intello-dépendant »Mouna Aguigui (1911-1999), sur le site APOPHTEGME. Le site des amoureux, des artistes et des curieux..
On prête au « Maître », ainsi que l'appelaient ses partisans, les pensées, maximes et aphorismes suivants : « À se retirer trop tôt, on n’engendre pas »Romain Rosso, « Présidentielle 2012 : Le Pen adoube Marine », 16 novembre 2007 : ; « Mes amis, pour faire baisser le prix des produits laitiers [élevés à l’époque, ndlr], il faut remplacer les vaches par des tôles. Parce que les tôles on-du-lées »Édouard Launet, « Ferdinand Lop, bouffon égaré », Libération, 20 juillet 2010. Cette pièce s'inspire d'un article en anglais de Bernard Frizell, Lop for President. Café philosopher is candidate of Paris Students, paru dans la revue américaine Life (, , ) du 11 novembre 1946. ; « Ce n’est pas une retraite, c’est une progression vers l’arrière pour raisons stratégiques » ; « La politique, c’est une femme que l’on courtise et que l’on aime » ; « Les partis politiques sont des champignonnières sur le dos du corps électoral »Slogan visible dans un extrait des « Actualités françaises » du 23 octobre 1952 sur le site ina.fr. ; « Pour dominer, il faut savoir se montrer fort » ; « J'ai un plan : il faut remédier à la situation par des moyens appropriés ».
Ferdinand Lop fut un auteur prolifique. Dans les années 1920 et 1930, il publia chez des éditeurs plusieurs ouvrages universitaires sur les colonies de la France : La Tunisie et ses richesses (1921), L'Indochine : aperçu économique (1923), Les possessions françaises du Pacifique (1933) (cf infra). À partir des années 1940 et jusqu'à sa mort, il édita à compte d'auteur nombre de plaquettes, recueils de maximes, comme Pensées et aphorismes (1951), ou de poèmes, comme Au fil de la pensée (1950), essais historiques, comme Pétain et l’histoire (1957), ou politiques, comme Vers le régime présidentiel (1965), pièces de théâtre, comme Le Veau d’or. Pièce biblique en vers […] (1971), etc. (cf. infra).
Il est mort, dans la misère et dans l'oubli des générations qu'il avait fait rireJean Amadou, Journal d'un bouffon, Robert Lafont, 2011, 460 (livre numérique non paginé) : , à l'âge de , le , à Saint-Sébastien-de-Morsent dans l'Eure, où il est enterré.
Publications Années d'avant guerre La Tunisie et ses richesses, préface de Édouard Soulier, collection « Les pays modernes », Paris, Pierre Roger et Cie, 1921, 197 La France riche. Conditions de son relèvement, quelques éléments de sa richesse, préface de M. Victor Boret, Paris, les Gémeaux, 1921, 131 L'Évolution financière, Bibliothèque des sciences économiques & sociales, M. Rivière, 1922, 130 La Force d'Israël : vers et pour la renaissance du judaïsme, La Pensée française, 1923, 94 p. L'Indochine : aperçu économique, Éditions de « La Vie universitaire », 1923, 80 Une Fédération des peuples, Paris, 1923. Les Ressources du domaine colonial de la France, de Documents politiques & sociaux, Dunod, 1924, 147 (avec Maurice Sarrail), Une fédération des peuples…?, Les problèmes du jour, A. Delpeuch, 1924, 77 Les Colonies françaises : leur importance, leurs ressources, leurs commerces, leur avenir, Encyclopédie Roret, Société Française d'Éditions Littéraires et Techniques, 1931, 215 Le Pétrole, le Monde et la France. Le Problème tel qu'il se pose, sa solution, Impr. de l'Est, 1931, 47 La Paix politique et économique, préface de M. Justin Godart, sénateur, ancien ministre, Impr. de l'Est, 1932, 95 (avec C. H. Bocherel), Les Possessions françaises du Pacifique, collection « France d'outremer », publié sous la direction de Georges Hardy, Larose, 1933, 147 Vers la rénovation, Centre de propagande de la rénovation, Paris, 1938. Sinaï, pièce biblique, en deux actes, en prose, Beresniak, 30 (ss date).
Années de guerre et d'après-guerre Vers le pouvoir : dix ans de lutte pour la République, Librairie des sciences et des arts, 1940, 67 Les Problèmes de l'heure, Impr. G. Driat, 194? Ferdinand Lop à travers les ères, Illustré par Piot, Librairie des sciences et des arts, 1947. Au fil de la pensée : poèmes, SFPEP, 1950, 29 Pensées et aphorismes par Ferdinand Lop, Impr. S.F.A.I.G., 1951, 60 Les Entretiens du professeur Démosthène : les problèmes du jour, Impr. S.F.A.I.G, 1951, 48 Les Idées du Professeur Démosthène : justice, outre-mer, paix, les Éditions de Mai, 1952, 80 p. Le Sultan Mourad. Tragédie en vers, Éditions de Nesles, Paris, 1952, 59 Mes Combats politiques : pour servir à l'histoire de la nation, Éditions de Mai, 1953, 157 Pétain et l'histoire, Impr. Mazarine, 1957, 14 Quartier latin, les cafés littéraires, Impr. Mazarine, 1958. Ma Candidature à la présidence de la République : pourquoi j'ai été candidat, Impr. Mazarine, 1958, 24 La Sorbonne et le Collège de France, volume 2 de Histoire du Quartier Latin, 1961, 24 Où va la France ?, Impr. Mazarine, 1961, 20