L’hôtel de la préfecture de l’Oise est un édifice situé à Beauvais, en France. Il abrite la préfecture du département de l’Oise.

Il s'agit de l'ancienne abbaye Saint-Quentin fondée en 1067. Des bâtiments de cette époque, il ne reste que deux vestiges : L'ancienne chapelle de l'abbé du et un mur gouttereau de l'église abbatiale du . Le grand-logis est construit au . Désacralisée à la Révolution, l’abbaye devient une manufacture puis le conseil général l’achète en 1823 en vue d'en faire la préfecture.

La préfecture est classée au titre des monuments historiques le et inscrit partiellement le . Le jardin d'agrément de la Préfecture est versé au pré-inventaire des jardins remarquables ou ..

Localisation

La préfecture est située dans le département français de l’Oise, sur la commune de Beauvais, au nord-ouest du centre-ville, au 1 place de la Préfecture. Son domaine est bordé à l’ouest par la rivière de Saint-Quentin, à l'est par le ruisseau de Sainte-Hélène et le canal Gonard. Au nord se trouve le Conseil départemental de l'Oise.

Historique De la création à la Révolution

Au milieu du , le paysage religieux de Beauvais est important. Il est composé de l'abbaye saint-Lucien, de Notre-Dame-de-la-Basse-Œuvre qui est cathédrale depuis cent ans au moins, la collégiale Saint-Barthélemy, l'église Saint-Michel sur les remparts, l'église Saint-Nicolas, l'église Notre-Dame-du-Thil, l'église Saint-Étienne. Autour de Beauvais, se trouvent une chapelle qui deviendra l’abbaye de Saint-Symphorien, et la chapelle de Voisinlieu qui deviendra la maladrerie Saint-Lazare.

Guy de Saint-Quentin-en-Vermandois souhaiterait une église plus modeste, il déplore que la cupidité l’emporte de plus en plus sur la foi. Même le siège épiscopal n’est pas épargné par les scandales. Par exemple des chanoines payent des clercs pour les remplacer à l’office. En 1064 quand il est nommé évêque, il se fait fort de faire rentrer dans le rang le clergé et les chanoines sous sa juridiction à l’instar du pape Grégoire VII. vignette|Yves de Chartres.

En 1025, Robert II le Pieux fait donation à l’évêché de nombreuses terres, y compris les droits de lever des impôts qui y sont attachés. Ceci en échange de messes pour la remise de ses péchés et que les autres soient incités à un plus grand zèle de piété. Guy lance donc la construction d’un monastère, et afin de le doter suffisamment, il octroie des prébendes sur la cathédrale et d’autres collégiales, ainsi que des moulins. Il choisit d'ériger les bâtiments sur l'une des terres de l'évêché en dehors de la ville de Beauvais, située à l'ouest, entre Saint-Just-des-Marais et l’abbaye Saint-Lucien. L’abbaye et son église auraient été construites en deux ans. Cette abbaye sera régie par la règle de saint Augustin, et ses occupants ne vivent donc pas cloîtrés. La dédicace de l'église a lieu le dimanche en présence des évêques d'Amiens, Noyon, Meaux, Troyes, Senlis et l'archevêque de ReimsL'Abbaye de Saint-Quentin de Beauvais / Céline Dumont - 1991 - page 73. L’évêque Guy choisit comme premier abbé régulier Yves de Chartres, un jeune chanoine de Nesle, qui est né à Auteuil et a fait ses études à l'abbaye du Bec-Hellouin.

Il est constitué un trésor à l'ouverture de l'église : une couronne, une table et une croix en argent, un tabernacle, deux livres, neuf chapes avec une chasuble et dix clochesL'Abbaye de Saint-Quentin de Beauvais / Céline Dumont - 1991 page 73.

La fermeté de Guy de Saint-Quentin occasionne beaucoup d’antagonismes à cet évêque, et par conséquent, à l'abbaye. En effet, le pape Alexandre II reçoit des accusations contre Guy. Après enquête, il lui apporte néanmoins son soutien. Non content du résultat, Lanscelin, seigneur de Beauvais, ne s'arrête pas là et en réfère au roi Philippe . Celui-ci demande à l'évêque de quitter son poste et met sous séquestre les biens de l’évêché, livrant ainsi les religieux à la mendicité. Pour survivre, ils partent en pèlerinage à travers la France avec les reliques de sainte Romaine.

À la mort du pape Alexandre II, c’est Grégoire VII qui accède au siège papal en 1073. Aussitôt, il confirme sans ambigüité Guy dans sa fonction d’évêque. Malgré tout, cela n'empêche pas les chanoines du chapitre cathédral de poursuivre leur vendetta contre lui. Ils cherchent à contester les droits et revenus de l'abbaye. En 1079, l'abbaye obtient, après une rencontre à Gerberoy du roi de France et du roi d’Angleterre, la reconnaissance de ses droits lors du concile de Soissons. Les chanoines accusent ensuite les moulins de l’abbaye de ralentir le cours du Thérain et d'être la cause de son envasement. Saint-Quentin est soutenue par le nouvel évêque Ansel. Yves devenu évêque de Chartres condamne l'évêché à assurer l'entretien du ruisseau qui lui appartient. Cette décision de 1099 marque l’histoire de Beauvais, car elle aboutit sur la première charte communale de la ville. Les chanoines tentent aussi, mais en vain, de contester les propriétés de l'abbaye auprès d'Yves de Chartres. En 1099 Wallon dit Gallon est nommé comme second abbé de Saint-Quentin, mais des contestations s'élèvent, et c'est à nouveau Yves de Chartes qui doit intervenir auprès du pape.

Les droits et privilèges de l’abbaye sont souvent attaqués, notamment par les chanoines de la cathédrale qui spolient leurs propres biens. Ainsi l'abbaye Saint-Quentin doit se faire confirmer ses revenus à plusieurs reprises. Dans ce sens, le pape Grégoire VII confirme les résolutions du concile de Soissons par une bulle en 1083. Urbain II en 1093, Innocent II en 1143, Alexandre III en 1178, Grégoire IX en 1232 et Clément IV en 1266 renouvellent cette confirmation). Pour sa fidélité et son soutien, l’abbaye reçoit en donation de nombreux droits et terres au cours de l’histoire. Le domaine de Saint-Quentin est important, il bénéficie d'un colombier ; de vignes avec leurs pressoirs ; de droits de voirie ; de ruisseaux avec leurs droits de pêche ; de plusieurs moulins ; de droit de bois ; ainsi que de droits sur les prébendes du clergé de plusieurs églises.

Au cours de son histoire, l’abbaye doit faire face à de nombreuses catastrophes. En 1346, un incendie ravage les bâtiments en dehors de l'église. En 1347, les Anglais pillent les maisons et le bétail. En 1358, lors de la révolte des Jacques, la commune, pour se protéger, fait abattre le pont de la tour de CrouxCroux peut aussi se dire craoul, croust, craon., ce qui perturbe grandement les déplacements des moines. Le pont n'est reconstruit qu’en 1366. En 1361, Jean, évêque de Beauvais, prend des terres à l'abbaye pour faire fortifier la tour de Croux. En 1410, l'évêque fait abattre un pont de bois de l'abbaye. Une décision de justice est rendue en faveur des religieux, mais magnanime, Jean accepte de leur céder les baux.

En 1472 lors du siège de Beauvais par Charles le Téméraire, les lieux sont pillés et le clocher est détruit. L'abbaye ne s’en relève pas facilement. C'est à peine si elle arrive à nourrir plus de trois personnes. Lors des guerres de Religion, c'est sur les terres de Saint-Quentin que campent les troupes pillardes de la Ligue. Pour financer les guerres de la Ligue, en 1589, l'abbaye est taxée à hauteur de qu'elle doit emprunter. Puis en 1595 ce sont 194 écus qu'elle doit trouver. Jean Poulain, le prieur de la chambre, accepte de lui accorder un prêt. Il abandonne ensuite sa dette en échange de messes hautes à célébrer chaque semaine. De plus en plus souvent, l’abbaye doit faire face à des bourgeois qui ne payent pas les locations, ou défendre ses droits de justice contre des tentatives d'usurpation. Avec le temps, les contestations sont de plus en plus nombreuses.

Saint-Quentin est une abbaye de renom, ce qui fait que l’on ne peut pas y accueillir tous les postulants. On crée la filiale du Fay-Saint-Quentin qui est régie par la même règle, et de nombreux dons affluent vers le nouveau prieuré. Le nouvel abbé est généralement proposé par les chanoines à l'issue d'un vote, puis désigné par l'évêque de Beauvais. Quand en 1497 le pape Alexandre VI souhaite directement nommer Jean de Saint-Denis, celui-ci y trouve porte close. Le prieur Pierre V dit Donque se déclare l’abbé légitime. À sa suite est élu Pierre VI dit de Catheux en 1521. C’est le trente-huitième abbé et en même temps le dernier abbé régulier. En effet le Pape Jules III désigne un abbé commendataire en la personne de Charles d'Humières, évêque de Bayeux, en 1553. À cette période il n'y a plus que huit religieux. Le les trois premiers marguilliers sont élus, ce qui renforce la vie paroissiale.

En 1580, le bourg est touché par la peste (trente-deux nouveaux cas en une journée), ce qui a pour conséquence l'arrêt du commerce. La maison du clos est incendiée en prévention. À la mi-carême, pour contrer la peste, on organise une grande procession. À Pâques, un tremblement de terre se faisant sentir pendant un quart d'heure, on organise une nouvelle procession. Le terrain marécageux est insalubre. Les puits approvisionnent les villageois d’une eau boueuse porteuse de maladies comme la typhoïde et le choléra. La saleté et la concentration de logements humides justifient les épidémies fréquentes.. En juin de la même année, c’est un incendie accidentel qui se déclare dans le logis du drapier et se communique aux maisons adjacentes.

En 1581, c'est une tempête qui ébranle le clocher du prieuré de Bresles : Le prieur et plus de vingt personnes trouvent la mort, et cinquante autres sont blessés. En mars 1583, c'est une inondation qui recouvre toutes les terres. D’ailleurs, une fois dans quasiment chaque décennie, les terres sont menacées par des inondations à la suite des crues du Thérain, dues à la fonte des neiges, comme en janvier 1741, en février 1784 et particulièrement en janvier 1757 où les faubourgs de Saint-Quentin et de Saint-Jacques sont quasiment entièrement recouverts, ou lors de violents orages comme en septembre 1729. Le c'est un globe de feu dans le ciel qui inquiète la population. L'abbaye organise une nouvelle procession.

L'abbé Louis de Lorraine et de Guise, cardinal et archevêque de Reims, soutient le maire de Beauvais Godin en 1586 contre le roi. Le on crie à l'ennemi : les soldats d'Henri IV arrivent par Allonne. Des cavaliers trouvent refuge à l'abbaye. Ils font fuir l’ennemi en tirant au canon depuis la tour de Croux. C'est à nouveau Saint-Quentin qui loge les troupes venues en renfort en juillet et août. Quand en septembre des troupes se présentent à nouveau, il leur est fait bon accueil, mais il s'agit en réalité de brigands. Au printemps 1590, l'abbaye loge encore des troupes, mais les soldats pillent les environs à plusieurs reprises.

En 1619, Louis XIII fait abattre les ponts qui mènent à l'abbaye lors de la révolte des grands. En effet, l’ouest de la ville est le meilleur terrain pour envahir Beauvais. Car Beauvais est entouré par un terrain accidenté au nord, par les marais à l’est, et par le Thérain au sud. Ceci fait de l’abbaye un axe stratégique pour attaquer. Après chaque incursion il est difficile de remettre les terres en état de produire afin de récupérer les fonds nécessaire à la reconstruction.

L’ordre de Saint-Augustin est réformé vers 1633. Initialement un haut lieu de théologie, l’abbaye avait décliné peu à peu, et passe maintenant dans la congrégation de France. Elle compte quinze religieux. Vers 1643, elle est rattachée à l'abbaye Sainte-Geneviève de Paris, qui joue un rôle important dans la reconstruction. C'est au révérend Père supérieur des Génovéfains que dorénavant l’abbaye doit se référer.