L'École supérieure des officiers de réserve spécialistes d'état-major (ESORSEM) est l'une des quatre écoles militaires supérieures de l'Armée de terre française et la seule ouverte exclusivement aux réservistesÀ l'exception (récente) de deux stages (officiers/sous-officiers) pour la chaîne qui réunissent active et réserve (cf. infra).

Située dans les locaux de l’École militaire à Paris, elle est, depuis 2023, une composante du Centre d'enseignement militaire supérieur de l'Armée de terre.. Elle est le passage obligé de tout officier de réserve souhaitant poursuivre une carrière en état-major au-delà des temps de commandement en unité, quelle que soit son armeL'ESORSEM forme les officiers de réserve de l’armée de Terre, mais également des officiers du commissariat des armées et du service de santé des armées, des élèves de l’École polytechnique et parfois des réservistes volontaires de la Marine et de l’armée de l’Air. S'y ajoutent des stagiaires des pays amis - Cf. L’adresse du Commandant de l’ESORSEM in Cahiers du CESAT n° 35, mars 2014, pp. 5-6.

Après un cursus spécialisé et une sélection, ils deviennent officiers de réserve spécialistes d'état-major (ORSEM), ce qui les prédestine aux fonctions et responsabilités d’officier supérieur. Depuis peu, des sous-officiers (Sofem) y sont également formés. Toutes formations confondues, l'école accueille jusqu'à 500 stagiaires par anLa vie de l'école in La lettre de l'ESORSEM, n° 6, 2016.

Aujourd’hui plus de mille ORSEM actifs servent dans la réserve opérationnelle de premier niveau (RO1)Plus du double en comptabilisant ceux ayant quitté la ROP avec des volumes d’engagement importants, pouvant atteindre 150 jours par anLes ORSEM de la promotion 2016 baptisés le 19 août (consulté le 14 juillet 2019)Réserve: les ORSEM dans une passe difficile.

Servant sous ESR (Engagement à servir dans la réserve), les ORSEM renforcent les états-majors de l’armée de Terre, interarmées et interalliés en France et à l’étranger (Afghanistan, Tchad, Côte d’Ivoire…). Souvent diplômés de l'enseignement supérieur à titre civil (majoritairement au niveau bac+5)Cf. Mohamed Madoui, Militaires à temps partiel. Sociologie des officiers de réserve spécialistes d'état-major, L'Harmattan, 20O7, il n'y a néanmoins pas de profil type. Interrogé à ce sujet en , le général Pascal FaconDepuis, promu général de division, le général Facon a pris la tête de Barkhane en mars 2019, directeur du Centre de doctrine et d’enseignement du commandement (CDEC), dont dépendait l'ESORSEM, relevait deux traits répandus chez les stagiaires ERSOSEM : leur « expérience », en opération (souvent plusieurs OPEXPour OPérations EXtérieures, autorisées pour les réservistes depuis 1995 ou MISSINTPour MISSions INTérieures à leur actif) ou dans le cadre de leurs emplois en tant qu'officiers de réserve (comme officiers traitants ou rédacteurs confirmés, à qui l’on peut déjà confier des responsabilités de chefs de cellule) ; et leur « engagement », compte tenu de la nécessité d'un investissement constant et important pris sur leur temps personnel et leur vie familiale, dénotant un « très fort sentiment d’appartenance à la communauté militaire et une très forte volonté de s’engager au service du pays »Sur le site du Ministère de la Défense : 3 questions au général Pascal FACON, directeur du Centre de Doctrine et d’Enseignement du Commandement (20 septembre 2017) - Voir aussi : Audition du général Pascal Facon, commandant le CDEC devant la Commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée Nationale (25 septembre 2018).

De nombreux ORSEM ont donné leur vie lors des deux derniers conflits mondiaux et dans la résistance. Même en "service courant", certains y laissent leur vie, comme en , lorsque cinq ORSEM se tuent dans l'accident d'un hélicoptère lors d'un vol de reconnaissanceEscadrille d'hélicoptère d'attaque (EHA).

Les diplômés ORSEM se regroupent au sein de la « Réunion des ORSEM », association aujourd'hui "reconnue d'utilité publique" née le à l'initiative d'officiers "de complément" qui voulaient éviter que se reproduisent les événements de 1870-71 en se formant entre eux au travail d'état-major, source majeure d'infériorité des armées françaises face à leurs adversaires d'alors.

Cette initiative a été consacrée par le Commandement avec ce qui deviendra l’ESORSEM. Cette école sera rattachée à l’École de Guerre en 1911 et reprendra à sa charge la formation, laissant depuis lors à la Réunion des ORSEM la mission de réflexion, d’animation et de représentation du réseau constituéLa Réunion des ORSEM est elle-même membre de l'Association nationale des réserves de l'Armée de terre; l'ESORSEM évoluant aujourd'hui en symbiose avec le réseau des ORSEM animé par la Réunion l'École y recrutant même une grande partie de ses instructeursPrésentation-École supérieure des officiers de réserve spécialistes d'état-major (ESORSEM).

Historique Ce cours supérieur d'état-major propre aux réservistes, qui n'a pas d'équivalent dans les autres armées occidentales, a été créé en 1899 par des officiers de réserve rassemblés en « réunion » et rattaché à l'École supérieure de guerre en 1911.

Le choc de la défaite de Sedan (1870) et les enseignements de cette tragique guerre franco-prussienne - notamment des insuffisances du corps d’état-major impérial français - conduisent à de profondes réformes qui voient la naissance de la conscription obligatoire, la constitution d’une armée de réserve encadrée par des officiers et sous-officiers dits « de complément » (les termes officiers de réserve n'apparaissent qu'après 1914) et une refonte complète du corps d’état-major qui cependant ignore la ressource réserve. Dans ce contexte, alors qu'il est vétéran de cette guerre, sous-lieutenant d'artillerie de réserve et fonctionnaire civil au ministère de la Guerre, André Mariotti produit une note (dit « rapport Mariotti ») préconisant d'assurer la permanence d'un service d'état-major grâce notamment à des officiers de réserve formés spécialement et sélectionnés pour leurs aptitudes scientifiques et militaires, après examen validant leur culture générale et leurs connaissances militaires techniques et pratiques. Dix sept ans plus tard, en 1899, le projet Mariotti débouche sur la création à cet effet de la « Réunion des officiers de complément du service d’état-major » qui voit le jour au Cercle national des armées à Paris.

L'initiative des réservistes (la Réunion des ORSEM) a donc précédé la volonté du haut commandement qui cependant avait fini par l'approuver. Au début, les officiers se forment eux-mêmes au sein de leur association avant que le ministère de la Guerre n’accepte la création d’une école d’instruction, qui sera rattachée en 1911 à l’École supérieure de guerreBrève histoire des ORSEM in UN SIÈCLE JOUR POUR JOUR APRÈS SON DÉCÈS AU FEU LE 24 AOÛT 1918, LA PROMOTION ORSEM 2018 PORTE LE NOM DE LIEUTENANT HENRI TOURTEL.Historique de l’École Supérieure des Officiers de Réserve Spécialistes d'Etat-Major (penseemiliterre.fr)ESORSEM-Historique (CDEC).

Cette filière d'excellence a évolué jusqu'à ce jour et demeure malgré la disparition de l’École supérieure de Guerre (1993) dont elle dépendait et la fin de la conscription (1997/2002)Colonel Gérard Bieuville et capitaine Philippe Gouësmel, Un siècle d'Orsem, Lavauzelle-Graphic Editions, 1999 en exécution du « plan Armée 2000 » ainsi qu'une réorganisation radicale de l'enseignement militaire supérieur (1993/2009/2016) qui a finalement débouché sur son rattachement au Centre de Doctrine et d’Enseignement du Commandement (CDEC) et la rénovation de son cursus.

La séparation des branches "doctrine" et "enseignement" aboutit à la dissolution du CDEC à l'automne 2023 et au rattachement de l'ESORSEM à la DRHAT, et précisément au Centre d'Enseignement Militaire Supérieur-Terre.

Chronologie synthétique :

1882 : rapport Mariotti sur « l'organisation d'un service auxiliaire de l'État-Major général » ; 1898 : le chef d'État-Major général de l'Armée, le général Renouard, approuve le projet d'organisation d'une école spéciale d'instruction des officiers de complément et de l'armée territoriale du service d'état-major ; 1899 : naissance de la Réunion ; le , répondant favorablement aux idées du Cdt Mariotti (R) de fonder la « Réunion des officiers de complément du service d’état-major », se réunissent pour la première assemblée générale de l'association (Mariotti la présidera de 1909 à 1914) ; 1899-1901 : structuration de la formation ; la « Réunion » met en place un « conseil d'instruction » pour dispenser l'enseignement, sous la présidence du Lt.-Col. d'artillerie (breveté) de réserve, Paul Marie Frocard (1848-1932), également haut fonctionnaire au ministère de la Guerre ; thumb|right|150px|Insigne de l'École supérieure de guerre porté par les stagiaires ORSEM jusqu'en 1982. 1900 : le , premier cours d'instruction dit « cours de la Réunion » ; le , le ministre de la Guerre Adolphe Messimy (lui-même saint-cyrien, breveté de l'école de guerre et officier de réserve), sur proposition du Gouverneur militaire de Paris, transforme le « cours de la Réunion » en « École d'instruction » ; 1901 : début de l'enseignement au sein de l'« École d'instruction » ; les statuts de la « Réunion » sont modifiés, l'association est désormais bien distincte de l'École ; 1911 : l'« École d'instruction » est rattachée à l'École supérieure de guerre ; elle s'installe à l'École militaire à Paris ; 1914-1920 : interruption des cours à la suite du déclenchement de la Première Guerre mondiale ; les officiers de réserve formés EM, dont le commandant Mariotti qui malgré son âge reprend du service à cette occasion, jouent parfaitement leur rôle d'auxiliaires du commandement et constituent même les trois quarts de l'encadrement des états-majors à la fin de la guerre en 1918 ; 1920-1940 : reprise de l'enseignement ; changement d'appellation de l'« École d'instruction » en « École nationale de perfectionnement des officiers de réserve du service d'état-major » ; la décentralisation des cours en province est amorcée en 1924 avec la création des centres de Lyon, Marseille, Bordeaux et Rennes. 1940-1946 : interruption de l'enseignement à la suite de l'invasion de la France par le Troisième Reich ; 1948 : l'École de perfectionnement devient « Centre d'instruction des ORSEM » ; elle coopère étroitement avec l'École d'état-major (EEM) à laquelle elle est liée depuis 1946 ; les élèves adoptent l'insigne de l'EEM et l'école reçoit un peu plus tard son fanion avec la devise « Duci et Militi (« Pour le chef et pour le soldat ») qui est commune avec l'EEM ; cette dernière est elle-même rattachée à l'École supérieure de guerre (ESG) en 1949. 1951 : une autre dénomination est à nouveau attribuée : le Centre devient « École nationale des ORSEM » ; 1952 : l'ENORSEM est à nouveau subordonnée directement à l'École supérieure de guerre ; la notion de « service » est ôtée de son appellation, elle devient ainsi l'ENOREM. Les élèves portent à nouveau l'insigne de l'École supérieure de guerre (photo) ; 1958 : l'ENOREM devient « École supérieure des officiers de réserve spécialistes d'état-major » (ESORSEM), qui est son appellation actuelle ; elle devient autonome sous l'autorité du général directeur de l'enseignement militaire supérieur de l'Armée de terre (DEMSAT) ; 1982 : un insigne propre à l'ESORSEM est créé, losange et fond rouge, qui reprend le demi-foudre symbole des officiers d'état-major, avec la devise « Ils s'instruisent pour mieux servir » (photo); un nouveau fanion est réalisé avec cette devise ; 1999-2000 : célébrations successives du centenaire des ORSEM, puis celui de l'École ; le général commandant l'école devient aussi délégué aux réserves de l'Armée de terre (DRAT) ; 2013 : défusionnement de l'ESORSEM avec la Délégation aux réserves de l’armée de terre (DRAT). L'ESORSEM rénove son cursus et complète son offre de formation.