, dit « l'Affable », né le au château d'Amboise, où il est mort le , est roi de France de 1483 à sa mort.
Fils de Louis XI, il est le septième et dernier roi de la succession directe de la maison capétienne de Valois, qui règne sur la France depuis 1328 (Philippe VI).
Seulement âgé de treize ans à la mort de son père (), Charles est placé sous la tutelle de sa sœur Anne, régente du royaume, qui continue de gouverner avec son époux Pierre II de Bourbon, sire de Beaujeu, après la majorité du roi.
Fiancé en 1482 (traité d'Arras) à Marguerite, fille de Maximilien d'Autriche, alors régent de l'État bourguignon, Charles VIII entre en conflit avec celui-ci à propos du mariage de la duchesse Anne de Bretagne, qu'il épouse en 1491, rompant ses fiançailles avec Marguerite et cassant le mariage de Maximilien avec Anne. En contrepartie, il signe le traité de Senlis (1493), par lequel il restitue à Maximilien le comté d'Artois et le comté de Bourgogne (actuelle Franche-Comté).
En 1494, au nom des droits de la maison d'Anjou sur le royaume de Naples, il lance la France dans la première guerre d'Italie (1494-1497).
Il meurt accidentellement à la suite d'un choc de sa tête contre le linteau d'une porte du château d'Amboise.
Jeunesse
Origines familiales et formation Charles de Valois est le fils de Louis XI (1423-1483, roi de 1461 à 1483) et de sa deuxième épouse Charlotte de Savoie (1441-1483), épousée en 1451.
Il est leur seul fils (sur cinq) à dépasser l'âge d'un an. Il a deux sœurs plus âgées : Anne (1461-1522), épouse du sire de Beaujeu Pierre II de Bourbon, Jeanne (1464-1505), épouse du duc d'Orléans Louis II (1462-1515), premier prince du sang et héritier présomptifSi Charles VIII n'a pas de fils, c'est Louis II d'Orléans qui lui succèdera, ce qui aura effectivement lieu en 1498..
Il est de constitution fragile ; c'est pourquoi le roi, soucieux d'assurer sa succession, se préoccupe plus de sa santé que de son éducationClaude Joseph de Cherrier, Histoire de roi de France d'après des documents diplomatiques inédits ou nouvellement publiés, volume 1, Paris, Didier et Cie, 1868, .. Il met à son service le meilleur médecin de l'époque, Jean Martin, grâce auquel sans doute Charles conserve une bonne santé.
En ce qui concerne son éducation, Louis XI choisit comme précepteur Guillaume Tardif (vers 1440-1492), un des premiers humanistes français aux côtés de Guillaume Fichet et de Robert Gaguin. Louis XI interdit cependant à Charles l'étude du latin, que lui-même avait appris à l'âge de six ans. Il fait aussi rédiger à son intention, par son médecin et astrologue Pierre Choisnet, un traité historique, politique et éthique, le Rosier des guerres.
Projets de mariage de Louis XI pour le dauphin Durant son enfance, Charles joue avant tout le rôle d'instrument de la politique de son père, au moyen de fiançailles successives. alt=Portrait de Charles VIII.|gauche|vignette|152x152px|Portrait de Charles VIII, Galerie des Illustres du château du Beauregard (). D'abord le , le traité de Picquigny qui met fin à la guerre de Cent Ans est accompagné d'une promesse de mariage entre Charles et Élisabeth d'York, fille d'.
Par la suite, après la mort de Charles le Téméraire (), en même temps que l'armée française occupe le duché de Bourgogne (fief de France) et le comté de Bourgogne (fief d'Empire), envisage de fiancer Charles avec la duchesse Marie de Bourgogne (née en 1457), afin de prendre le contrôle de l'État créé par les ducs de Bourgogne de la maison de Valois, État féodal qui inclut plusieurs fiefs des Pays-Bas, notamment le comté de Flandre, le comté d'Artois (fiefs de France) et le duché de Brabant (fief d'Empire). C'est le début de la guerre de Succession de Bourgogne.
Mais Marie ne se soumet pas aux souhaits de Louis XI et choisit un autre parti : l'archiduc Maximilien d'Autriche, fils de l'empereur Frédéric III, qui poursuit une guerre plutôt favorable à la France. Marie meurt accidentellement en , laissant deux enfants, Philippe (1478-1506) et Marguerite (1480-1530). Maximilien devient régent de Bourgogne, mais l'opposition à la guerre des villes de Flandre (Bruges, Gand) l'oblige à signer le traité d'Arras, très désavantageux.
Une des clauses du traité est les fiançailles de Charles avec Marguerite, âgée de , la fille de Maximilien et de Marie. Marguerite amène avec elle la promesse d'une dot (en fiefs bourguignons) considérable. Mais le mariage ne peut pas avoir lieu immédiatement, vu l'âge de la fiancée.
Violant le traité de Picquigny, ce traité d'Arras provoque un conflit avec l'Angleterre, ce qui entraîne une bataille au cours de laquelle la marine française vainc les corsaires anglais.
Marguerite d'Autriche vient vivre à la cour de France, auprès de son fiancé, en attendant l'âge du mariage (elle arrive le ), accompagnée de Philippe de Gueldre (future duchesse de Lorraine et de Bar).
Préparation au pouvoir Louis XI sentant sa fin approcher inculque au dauphin quelques notions de gouvernement à partir de 1482.
Il lui conseille de conserver la majorité du personnel royal pour faciliter la transition, bien que lui-même n'ait pas fait ainsi, notamment son principal secrétaire Pierre Ier Brûlart. Il lui demande aussi d'accepter la tutelle de sa sœur Anne.
Dans les dernières semaines de la vie du roi, Charles et Marguerite sont confinés au château d'Amboise, sur l'ordre d'un père devenu .
Louis XI meurt le , Charles devient roi à sous le nom de .
Roi de France Avènement de Charles VIII En attente de sa majorité à , Charles VIII est, conformément au désir de son père, placé sous la tutelle de sa sœur aînée, Anne de France, âgée de , dite Anne de Beaujeu après son mariage avec Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu.
Cette tutelle est contestée par Louis II d'Orléans. Mais les États généraux réunis à Tours de janvier à entérinent la régence d'Anne de Beaujeu et de son époux.
Le sacre de a lieu le dans la cathédrale de Reims, lieu traditionnel de cette cérémonie.
La rébellion nobiliaire contre la régente : la Guerre folle (1485-1488)
Les premiers mois de la régence voient les anciens proches de adopter des attitudes différentes. Si certains, comme Philippe de Commynes, prennent dès le début le parti d'Anne de France, d'autres, plus réservés comme Imbert de Batarnay, attendent quelques mois l'affermissement du pouvoir de la famille de Beaujeu pour s'y rallier.
En 1485, un groupe de nobles de haut rang, dirigés notamment par Louis II d'Orléans, soutenus par Maximilien d'Autriche (qui voudrait réviser certaines clauses du traité d'Arras) et par le duc de Bretagne François II, s'engagent dans une rébellion appelée la « Guerre folle » (1485-1488).
Le , Louis d'Orléans est fait prisonnier à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, où l'armée du duc de Bretagne est sévèrement défaite. François II meurt quelques semaines plus tard, laissant le duché à sa fille aînée, âgée de , Anne.
Incarcéré pendant trois ans, Louis II d'Orléans est gracié en 1491.
La question du mariage d'Anne de Bretagne : un enjeu international (1489-1491)
vignette|gauche|250px|Reconstitution du mariage de avec Anne de Bretagne au château de Langeais.
Après la mort de François II, la cour de Bretagne tente d'échapper à la tutelle du roi de France en se rapprochant de Maximilien d'Autriche, père de la fiancée (toujours en attente de mariage) de Charles VIII, mais adversaire de la France depuis la mort de Louis XI.
En , Anne est couronnée duchesse à Rennes. Un accord est conclu entre la cour de Bretagne et l'Angleterre, puis entre Maximilien d'Autriche et l'Angleterre, entre Maximilien et Ferdinand d'Aragon et entre Ferdinand d'Aragon et l'Angleterre, tous visant à empêcher la mainmise du roi de France sur la Bretagne.
Ces tractations aboutissent en 1490 au mariage (par procuration dans un premier temps) de la duchesse Anne de Bretagne avec Maximilien. Mais pour Charles VIII et la cour de France, cela représente un casus belli : il n'est pas possible de laisser le régent des Pays-Bas devenir duc de Bretagne. Charles VIII décide qu'il va imposer une autre solution : son propre mariage avec Anne, moyennant la rupture des fiançailles avec Marguerite et l'annulation du mariage d'Anne avec Maximilien.
En 1491, l'armée française envahit de nouveau le duché de Bretagne et vient mettre le siège devant Rennes où se trouve la cour. La ville est prise le .
Mariage de Charles VIII avec Anne de Bretagne (décembre 1491) Peu après, les fiançailles de Charles avec Anne sont célébrées dans la chapelle du monastère des Jacobins de Rennes.
Anne de Bretagne vient ensuite au château de Langeais, escortée de son armée, donc apparemment en toute liberté, ce qui est important pour garantir la légitimité de ce mariage aux yeux de l'Église (et la légitimité de la future annexion de la BretagneDominique Le Page et Michel Nassiet, , .). Le mariage est célébré le . Anne, née le (à Nantes), a alors presque .
Le contrat de mariage stipule, d'une part, que le duché de Bretagne devient la possession de Charles VIII, et d'autre part, qu'au cas où Anne deviendrait veuve, elle ne pourrait se remarier qu'avec le successeur de ce dernier.
En ce qui concerne Maximilien, les problèmes résultant du mariage de Charles avec Anne sont réglés en 1493 par le traité de SenlisVoir section suivante : « Première guerre d'Italie », sous-section : « Préparation diplomatique »..
Une conséquence importante du mariage de Charles est la fin progressive de la tutelle qu'exerçait Anne de France, d'abord comme régente de droit jusqu'à la majorité de Charles (, le ), puis de fait. Elle et son époux Pierre de Beaujeu (1438-1503), devenu duc de Bourbon en 1488, se retirent à Moulins, capitale du duché de Bourbon.
Les six enfants de Charles VIII et Anne de Bretagne meurent tous jeunes. Leur premier fils, Charles-Orland, meurt en 1495 âgé de . En conséquence, à sa mort, Charles VIII n'a pas de fils ; Louis XII d'Orléans lui succède, épousant Anne en 1499.
Première guerre d'Italie Une fois réglé à son avantage le problème de la succession de Bretagne, Charles VIII décide de faire valoir ses droits sur le royaume de Naples (officiellement : royaume de Sicile péninsulaire)..
Prétentions de Charles VIII en Italie fait valoir des droits hérités de la , du fait qu'il descend de Yolande d'Aragon, mère du roi René et grand-mère de Louis XI. René d'Anjou (1409-1480), aussi duc de Lorraine et comte de Provence, a été roi de Naples, d'où l'appellation usuelle de « roi René », de 1434 à sa mort, mais seulement en titre.
De fait, le royaume est depuis 1435 aux mains d'une dynastie aragonaise, alors représentée par Ferdinand (1423-1494), cousin (éloigné) de Ferdinand II d'Aragon.
À la mort du roi René, ses droits ont été transmis à la maison de Valois (Louis XI, puis Charles VIII).
Préparation diplomatique de l'expédition Charles VIII s'assure d'abord la neutralité de plusieurs souverains. Il signe donc : le , le traité d'Étaples avec (Henri VII reconnaît le mariage de Charles avec Anne de Bretagne ; Charles règle les dettes du duché envers l'Angleterre ; l'imposteur Perkin Warbeck, prétendant au trône d'Angleterre, est expulsé ; Charles paie une indemnité à Henri VII) ; le , le traité de Barcelone avec le roi d'Aragon , qui est aussi roi de Sicile (insulaire) (le traité vaut aussi pour la Castille, Ferdinand étant l'époux de la reine Isabelle de Castille) ; en contrepartie de sa neutralité en Italie, le roi d'Aragon récupère le Roussillon, la Cerdagne, le Conflent et le Vallespir, conquis par Louis XI ;