Le Sd.Kfz. 301 Borgward B est un véhicule de destruction blindé et chenillé allemand de la Seconde Guerre mondiale, radiocommandé pour déposer des charges explosives dans les lignes ennemies. Ce « porteur de charge explosive lourd » (Schwere Sprengladungsträger) se montrera d'une efficacité stratégique limitée.

Contexte gauche|vignette|120x120px|Sherman « crab » en action. Champs de mines, obstacles antichars, bunkers et blockhaus sont autant de contraintes qui fixent toutes offensives, en particulier si elles sont fondées sur la vitesse d’exécution telle la Blitzkrieg, où l'emploi d'infanterie (génie et pionniers), lente et vulnérable, apparaît inadéquat. Un véhicule mobile, d'autant plus blindé et sans conducteur vulnérable, semble plus propice. Dès 1937, le capitaine Pommelet propose aux Services techniques de l'Armée française une chenillette radiocommandée pourvue d'une charge explosive, en vue de faire détoner une portion de champ de mines, par destruction ou effet de souffle. 75 exemplaires du V.P.38 seront construits mais non déployés. Au cours du second conflit mondial, les Anglo-américains et les Soviétiques développeront un système monté sur leurs chars de combat : ils poussent devant eux de lourds rouleaux (par exemple le PT-34), ou actionnent des fléaux de chaînes (le système « crab »), qui font détoner les mines antichars. Relativement rapide, ce système à l'inconvénient de bouleverser le terrain par l'explosion des charges enfouies. Faire exploser une charge accentuerait ce problème : trois cents kilos d'explosifs génèrent un cratère de 5 mètres de large, mais fait détoner les mines dans un rayon de 20 mètres. Les Allemands testeront diverses configurations avec rouleaux anti-mines, sans opter pour une construction en série. Les Américains déploient aussi des chars-bulldozers (Sherman-dozer), inadéquats toutefois pour renverser les obstacles antichars.

Au cours du conflit, seule l'Armée allemande déploiera des engins téléguidés pour placer des explosifs sur des objectifs tactiques : cette configuration apparait en effet polyvalente, dégageant une portion de terrains minés, balayant sur un petit périmètre les obstacles ou les fortifications de campagne, détruisant les ouvrages bétonnés tels les bunkers ou les immeubles soviétiques, voire des chars lourds. Théoriquement, les fortes charges téléguidées permettent de des cibles de façon très ciblée. Aux d'explosif déposés à quelques mètres par un B IV peuvent être comparés d'autres munitions imposantes : les bombes de SC 250 des bombardiers ( d'explosif), très imprécises à moins d'être larguées d'un Stuka, la roquette Sprgr. 4581 du Sturmtiger et ses 125 kg d'explosif ou encore l'obus de 113 kg (poids total) de l'obusier lourd de , tous manquant pareillement de précision ; même la charge projetée par un mortier Karl est plus faible. Finalement, ce système d'armes dévastateur peut paraître réactif, diversiforme et relativement économique (tout au moins si le véhicule n'est pas détruit avec l'explosion). Pourtant, les véhicules de démolition et de déminage à distance se montreront en deçà des attentes tactiques, concédées par une industrie de guerre peinant déjà à fournir un nombre suffisant de véhicules blindés. Peu agiles ; d'un emploi trop ponctuel, qui plus est en situation d'offensive contre des fortifications (configuration rare pour la Wehrmacht après 1942 puis la bataille de Koursk), ils se révèlent aussi très vulnérables aux tirs directs ou indirects ennemis : un tel engin ne manque pas d'attirer le feu de contre-mesures lorsqu'il s'approche des lignes.

Prédécesseurs Sd.Kfz. 300 Minenräumwagen Borgward Alors que les hostilités viennent de débuter, le Service de l'Armement de l'Armée demande le la création d'un engin de déminage radiocommandé, confiée à la firme Borgward de Brème (créée en 1929 et spécialisée dans les voitures de tourisme). Celle-ci s'engage à présenter un engin pour la mi- ; une commande de 50 exemplaires est passée dès le . La firme développe alors un petit véhicule mû par un moteur 4 cylindres de 29 chevaux et d'un poids de 1,5 tonne, baptisé Minenräumwagen B I, ou dans la nomenclature des véhicules de la Wehrmacht, Sd.Kfz. 300. L'engin possède un barbotin avant et trois roues (par côté), est dirigé à distance par radiocommande (conçue par Hagenuk, de Kiel) à une vitesse ne dépassant pas les 5 kilomètres à l'heure, et surtout ce « balayeur de mines » est constitué d'une caisse en béton et pourvu de trois lourds rouleaux susceptibles de faire détoner les mines lors de leur passage. Il est prévu que le pilote-opérateur le dirige depuis un blindé directeur , en l’occurrence la version commandement I du Panzer I. Les démonstrateurs sont testés dans les champs de mines de la Ligne Maginot durant l'été 1940, avec des résultats peu concluants.

Dès le 3 avril 1940, Borgward crée un modèle Minenräumwagen B II plus imposant (), toujours avec une structure en béton mais avec un moteur 6M RTBV de 49 chevaux et une roue supplémentaire. Les roues anti-mines sont abandonnées et il transporte dorénavant jusqu'à d'explosif mis à feu avec l'ensemble du véhicule. L'opérateur radio du leitpanzer peut diriger conjointement deux engins jusqu'à de distance. Déployés au sein de la 1 (Heeresgruppe Mitte) lors de l'attaque contre l'Union Soviétique, ils se révéleront médiocres et vulnérables sur le terrain. Trois exemplaires du B II seront modifiés en version amphibie, dite Ente (« canard »).

A l'été 1941, la firme envoie à l'unité son dernier démonstrateur, le Minenräumwagen B III, similaire semble-t-il au B II mais avec une structure en acier, et non plus en béton.

Gepanzerte Munitionsschlepper Borgward A côté de son véhicule anti-mines, Borgward avait développé avant-guerre (commande de septembre 1937) un prototype (VK 302) de chenillette blindé pour le transport de munitions (4 roues, roue tendeuse et barbotin de chaque côté). 20 exemplaires du gepanzerte Munitionsschlepper seront au total assemblés à la fin 1941. Dirigés par deux hommes en cabine, ils peuvent transporter de munitions sur un plateau au-dessus du moteur, pour l'approvisionnement des unités d'artillerie ou de blindés. Le véhicule n'est toutefois pas retenu par l'armée.

À la suite de la demande, à la fin de l'été 1941, de disposer d'un véhicule de destruction déposant une charge mais n'étant plus détruit avec l'explosion, le constructeur envisage de reprendre et modifier son gepanzerte Munitionsschlepper, tout en stoppant la production des Minenräumwagen.

Sd.Kfz. 301 B IV Le est le seul belligérant à produire, et en aussi grand nombre, des véhicules de démolition à distance. La 1. Panzer-Division avait déjà testé des porteurs de charges (de ), sur châssis de PzKpfw I en 1940. Environ 17 chenillettes Universal Carrier sont converties (1942) en filoguidés. À côté du modèle « lourd » présenté dans cet article, un modèle « léger » sera développé, le Leichter Ladungsträger « Goliath » ou Sd.Kfz. 302 (par Borgward et Zündapp) , ainsi qu'un modèle « moyen », le Mittlerer Ladungsträger « Springer », ou Sd.Kfz. 304 (NSU).

Le Schwerer Ladungsträger Borgward IV est référencé dans la nomenclature des véhicules Sd.Kfz. 301 ; à la différence des deux précédents, le véhicule n'est pas détruit avec l'explosion de la charge et peut être réutilisé. Il est construit selon trois versions (en allemand ) en plus d'un millier d'exemplaires, répartis dans des compagnies dites FL ou Fkl pour Funklenk (« radiocommandée »), parfois indépendantes mais souvent intégrées à des bataillons de chars (Panzer III, StuG III ou Tiger) en association avec des blindés d'accompagnement et/ou de téléguidage (leitpanzer). Le nombre d'exemplaires en service actif est bien plus faible : 143 au 1 , 286 au 1 juin, 366 en , encore 79 en (318 en dépôts).

Borgward IV Ausführung A Pour succéder à ses modèles B I à B III, Borgward reprend donc les plans de son transporteur de munitions VK 302, avec un train de roulement allongé d'un galet. Ce (« porteur de charge explosive ») conserve le moteur 6 cylindres à deux rapports et les chenilles lubrifiées qui équipent aussi les semi-chenillés. Le dessin de la caisse est simplifié, avec un blindage fin de à l'avant, et 5 mm sur les côtés. La cabine de deux hommes est supprimée, seul demeure un étroit emplacement, avec pare-brise rabattable en plexiglas, pour le pilote qui basculera la direction en position « radiocommande » à l'approche de la zone d'opération avant de quitter l'engin. À ce moment, un circuit hydraulique radiocommandé actionne des jeux de biellettes et de vérins de direction, commandé depuis le leitpanzer par un récepteur UKW à ondes très courtes. La portée de la commande à distance est d'environ 2 kilomètres, le pilotage de l'appareil se faisant à vue.

À l'avant de l'engin est transportée une benne largable contenant jusqu'à d'explosifs, conditionnés en plusieurs pavés enveloppés de carton. La matière explosive est théoriquement maniable et insensible aux projectiles ennemis : l' requiert l'emploi d'une amorce fulminante spécifique pour détoner. La mise à feu s’opère lors du décrochage de la benne ou si le véhicule déclenche une mine antichar sous son passage.

La production débute en . Au total, 628 modèles A seront livrés jusqu'en , dont 390 modifiés entre février et juin (ci-dessous).

Modification du modèle A vignette|Borgward IV Ausf. A modifié. En , les unités de Ladungsträger sont rapatriées en Allemagne, ce qui représente une centaine d'engins. Leur pare-brise, trop vulnérable, est retiré et remplacé par trois panneaux d'acier rabattables d'une épaisseur de . Les parois de sont renforcées par un blindage supplémentaire de . La modification est aussi appliquée en usine, mais n'apparaît pas dans les dénominations. Certains B IV ausf. A non modifiés seront néanmoins toujours en service en 1944.

Tests avec une caméra Au début de l'année 1943 est émise l'idée d'un engin de reconnaissance avancée terrestre, radiocommandé et doté d'une caméra. Un Borgward IV est pourvu d'une Fernsehkamera « Tonne P », le char commandant ayant un récepteur « Seedorf P » à tube cathodique. La portée d'émission atteint les 7 kilomètres. Des essais sont menés et le démonstrateur est même présenté au Führer le 20 octobre 1943, mais le concept est finalement abandonné.

Borgward IV Ausführung B Le modèle B est produit à partir de . Depuis la mise en service du Schwerer Ladungsträger, plusieurs conducteurs ont été tués ou blessés, en raison du faible blindage. Décision est prise de renforcer les flancs et l'arrière de la caisse, dont la protection passe à tout en conservant les de plaques ajoutées. Sur le côté droit, une trappe d'évacuation pour le pilote est créée, ce qui constitue la seule marque visuelle qui différencie le ausf. B du précédent. Les chenilles sont désormais de type « sèches ». Le poids augmente de pour atteindre les .

En novembre de la même année, la production du B IV ausf. B est stoppée, pour un total de 260 exemplaires.

Borgward IV Ausführung C L'augmentation du poids du modèle B, en raison du nouveau blindage, limite les performances du moteur 6 M 2,3 RTBV de 49 chevaux qui équipait déjà le B II. Un nouveau bloc propulseur plus puissant est donc monté dans une nouvelle version, l'Ausführung C. Le 6 B 3,8 TV développe désormais une puissance de 78 chevaux qui porte la vitesse à . Pour le loger, la caisse est rallongée de . Le blindage est accru à sur toute la surface, seuls les panneaux rabattables de la cabine de pilotage étant limités à . Le plus visible est que cette dernière est dorénavant positionnée à gauche. Le poids est augmenté de près d'une tonne. La production débute en et sera stoppée le de l'année suivante, pour un total de 305 exemplaires.

Autres spécifications techniques Largeur des chenilles : Rayon de braquage : Coupure verticale : Coupure franche : Gué :

Engagements vignette|Un Borgward capturé par les Britanniques en Normandie.