La vision de Tondale (en latin Visio Tnugdali) est la vision d’un chevalier irlandais du écrite en 1149 par le frère Marcus. Vu comme un texte visionnaire de la littérature traitant de l’au-delà, il a été traduit, du latin original, 43 fois en 15 langues différentes tout au long du . Ce texte s'avéra en son temps très populaire auprès des Germaniques, en connaissant 10 traductions en allemand, 4 en néerlandais, 11 en français. Plus de 172 manuscrits ont été découverts jusqu'à maintenant. De nos jours, l'historien Jacques Le Goff en particulier a remis en lumière ce texte médiéval, en ravivant le débat théologique sur la naissance du purgatoire dans l’au-delà.
Présentation générale de l’œuvre L'auteur du texte est connu sous le nom de frère Marcus, un moine établi dans le monastère de Ratisbonne, en Allemagne. Il raconte avoir entendu cette histoire directement de la bouche du chevalier Tondale, et il l'aurait traduite de l’irlandais à la demande de l’abbesse du monastère.
L’histoire se déroule à Cork, en Irlande, en 1149. La Visio raconte comment le fier chevalier Tondale tombe inconscient durant 3 jours ; durant tout ce temps, son âme se voit guidée par un ange à travers l’au-delà. Lors de son périple, Tondale expérimente les tourments des damnés. L’ange ordonne au chevalier de se souvenir du parcours qu’il vient d’accomplir et de faire connaître au monde son histoire. Lorsqu’il reprend possession de son corps, Tondale décide de se consacrer à une vie pieuse, afin de se racheter et d'expier ses expériences passées.
Yolande de Pontfacy affirme : « Le texte est divisé en 27 parties (nombre lunaire) et le récit est divisé en vingt-quatre chapitres (nombre solaire). L’au-delà est couvert par 22 chapitres à l’image de la Cité de Dieu de Saint Augustin. » Yolande de Pontfacy, « Justice humaine et justice divine dans la Visio Tnugdali et le tractatus de Purgatorio Santii Patricii », Cahier de recherches médiévales et humanistes , 2013
Composition
Contexte La vision de Tondale se déroule au moment où prenait fin la deuxième croisade, qui se solda en un cuisant échec pour les croisés. Marcus situe l’histoire en mentionnant les règnes de plusieurs personnages. « 1149, deuxième année du règne de Conrad, roi des Romains, quatrième année du pontificat du pape Eugène, départ pour Rome de saint Malachie, évêque de Down et légat d’Irlande. »Yolande de Pontfarcy, L'au-delà au Moyen Âge « les visions du chevalier Tondale » de David Aubert et sa source la « Vision Tnugdali » de Marcus, édition, traduction et commentaires, Suisse, Peter Lang, 2010 Selon Jan Swango Emerson, Tondale est dans la littérature médiévale le premier personnage à avoir une vision et souffrir de tourments qu'on lui inflige, alors qu’auparavant, ce sujet ne semble avoir été traité que par des observations faites par l’âmeJan Swango Emerson, The « Vision of Tundal » and the Politics of Purgatory, Michigan, Brown University, 1991.
Géographie L’histoire de Tondale se déroule sur une île située dans la mer occidentale. Une île où toutes les richesses abondent et où les prédateurs et bêtes venimeuses sont inexistants. Cette île est celle d’Irlande, voisine de l’Angleterre, l’Écosse, Galles, les Shetlands, les Orcades et l’Espagne. L’île possède dont les évêques dépendent de deux archevêques ; Armagh, au Nord, et Cashel, une puissante cité. Originaire de cette ville, le chevalier se faisait appeler monseigneur Tondale de Cashel.
Sa géographie de l’enfer est le contraire de l’Irlande. On y trouve une grande vallée obscure et remplie de charbon ardent ; une montagne séparant un feu de soufre et un étang glacé ; une vallée profonde où il faut marcher sur une planche très mince pour la traverser ; des bêtes énormes ; un étang aux courants forts surplombé d’un pont de clous ; une maison de la taille d’une montagne ; un lac gelé ; une vallée de forgerons, et la demeure de Lucifer.
Après sa visite de l’enfer, Tondale est mené dans un lieu intermédiaire. Ce lieu est calme et temporaire. On y trouve une fontaine, un mur où le vent et la pluie frappent fort.
Enfin, le paradis de Tondale n'est que jardins, belles demeures et air pur.
Argument
La Mort du Chevalier La vision débute par le contexte de la vie vécue par le chevalier Tondale. Il venait d’une noble famille. Bien éduqué et de belle apparence il avait un tempérament de feu. Il ne se fiait qu’à sa beauté et sa jeunesse ne voulant rien entendre sur le salut de son âme. Monseigneur Tondale, allant chercher la dette d’un ami se fit inviter à manger, puisque son ami ne pouvait pas rembourser sa dette à ce moment. Il s’installa à table après avoir posé sa fidèle hache. Alors qu’il tendit le bras droit pour prendre un morceau de nourriture, il commença à trembler et frissonner. upright|vignette|Tondale mort Sachant que son heure arrivait, il confia sa hache à la femme de son ami en disant qu’il allait mourir juste avant de tomber raide mort au sol. Il resta sur le sol du mercredi à neuf heures, jusqu'au samedi à neuf heures.
L’au-delà Tondale étant mort son âme quitte son corps et se voit entouré de démons qui veulent s’en emparer. Son ange gardien apparaît au bon moment et le sauve des démons avant d’entamer le chemin à travers l’au-delà. Il lui explique en chemin que Dieu lui est miséricordieux et a décidé de sauver son âme, mais qu’il devra souffrir. Ils commencent donc, ensemble, la route que tous doivent prendre pour se rendre à leur place dans la mort.
L’enfer Durant leur chemin, ils passèrent dans 9 tourments.
Le premier tourment est celui réservé à ceux ayant commis un homicide ainsi que leurs complices. Tondale échappe à ce tourment. vignette|upright|Homicides et complices Une grande vallée, effrayante et ténébreuse large, ouverte et obscure. Cette vallée était très profonde et pleine de charbons ardents. Elle était recouverte d’un couvercle de fer rond, très brûlant, et massif. De cette vallée, émanait une puanteur qui surpassait les odeurs les plus infectes. Sur ce couvercle descendait une multitude d’âmes damnés qui étaient brûlées, consumées, liquéfiées et filtrées à travers ce couvercle comme l’on passe une sauce au tamis. De là, elles tombaient dans le feu de ces charbons ardents. Puis leur supplice était constamment renouvelé.
Le second tourment est le supplice réservé aux mécréants et aux hérétiques. Tondale échappe aussi à ce tourment.
Une montagne effrayante, où il y avait un chemin très étroit. D’un côté de la montagne, il y avait un immense feu de soufre, de l’autre de grands viviers et des étangs glacés, et des vents impétueux et des tempêtes. Sur cette montagne et tous ses environs se tenaient les ennemis diaboliques ayant tous en mains de grands crocs et des fourches de fer rouge ainsi que de gros barils de fer fondu et de crochets incandescents et très pointus avec lesquels ils attiraient et attrapaient les âmes qui passaient par là, et cruellement les poussaient au plus profond des tourments dans les brasiers de flammes ardentes. Et quand ils avaient bien longuement été tourmentées dans ces fournaises, avec leurs crochets brûlants ils les remontaient et les jetaient dans des abîmes profonds remplis d’eau, de neige et de glaces froides et coupantes et, là de nouveau les tourmentaient. Aussitôt qu’une âme se plaint d’avoir trop chaud, elle est jetée et tourmentée dans un froid intense où elle se trouve pire qu’avant.
Le troisième tourment est celui des orgueilleux, ingrats et arrogants ayant méprisé les pauvres et les commandements de Dieu. Tondale à la chance de se voir épargner ce tourment.
Une vallée terrifiante d’où émanaient des odeurs infectes. De cet abîme montait une telle odeur puante de soufre et autres pourritures comme venant de charognes. Et l’on entendait aussi les cris déchirants, les regrets et les plaintes de la multitude d’âmes qui y étaient horriblement tourmentées. Au-dessus de l’entrée de cette horrible vallée était jetée une très longue planche, qui en reliait les deux côtés. Cette planche avait bien plu de mille pieds de longueur, mais en largeur elle n’en avait à peine qu’un. L’âme de Tondal vit maintes âmes trébucher et tomber en bas de ce pont dans cette profonde vallée. Il n’en vit aucune arriver à le passer sauf l’âme d’un prêtre qui le traversa pleine d’inquiétude et de crainte, mais elle ne courait aucun danger.
Le quatrième tourment est celui des avares. À son grand malheur l’âme du chevalier doit subir ce tourment horrible.Une bête d’une taille si colossale que nul ne pourrait l’imaginer. Cette horrible bête était si énorme que l’esprit du chevalier n’avait même jamais vu une montagne de cette taille; elle avait deux yeux qui ne ressemblaient à rien d’autre que deux immenses charbons ardents. Et sa gueule était d’une telle ouverture et d’une telle largeur que dix mille chevaliers armés et tous à cheval auraient pu y entrer de front. Cette gueule était tenue ouverte par deux grands diables terrifiants à regarder. L’un avait la tête plantée dans les dents du haut et les pieds dans celles du bas. Et l’autre apparaissait placé plus loin était à l’envers : la tête plantée dans les dents du bas et les pieds dans celle du haut. Ces deux diables étaient dans la gueule de cette bête comme deux colonnes qui la divisaient en trois entrées. Un feu d’une grandeur inextinguible sortait de cette gueule divisée en trois parties. Les âmes damnées y entraient au milieu des flammes. L’extrême puanteur qui en sortait, était à nulle autre pareille. L’esprit du chevalier entendait les douloureuses plaintes des malheureuses âmes qui à l’intérieur de cette bête hideuse se lamentaient; il y en avait une telle multitude que nul ne pourrait en savoir le nombre. Il y avait aussi devant la gueule de cette bête, un grand nombre de diables qui employaient la force pour y faire entrer les pauvres âmes, mais auparavant cruellement ils les injuriaient, les battaient et les malmenaient. Cette bête est nommée l’Acheron.
Le cinquième tourment est celui des larrons et des voleurs. Pour avoir jadis volé une vache à un ami, même s’il l’avait par la suite rendue, Tondale se doit de subir ce tourment.
Un étang immense dont le courant était si puissant que les eaux ne laissaient pas voir ce qu’elles contenaient. Dans cet étang il y avait un grand nombre de bêtes qui ne cessaient de hurler et mugir. Elles ne désiraient rien d’autre que de recevoir des âmes damnées à dévorer. Au-dessus il y avait un pont très long et très étroit. Il faisait bien trois mille pas de long, mais n’avait qu’une paume de largeur. En plus cette planche était traversée par des clous de fer dont les pointes acérées ressortaient vers le haut et transperçaient les pieds de ceux qui passaient. Et sous le pont, attendant leurs proies, toutes ces bêtes étonnantes et effrayantes étaient rassemblées; elles étaient aussi hautes qu’une tour. Du feu et des flammes sortaient de leur gueule et de leurs narines à un tel degré que tout l’étang bouillait impétueusement. Sur ce pont, donc, il y avait une âme qui pleurait à chaudes larmes, car elle était chargée de gerbes de blé, et il lui fallait passer ce pont. Elle se plaignait fort de la douleur qu’elle avait aux pieds, causée par les clous plantés dans le pont, mais n’était nullement tentée de se laisser tomber dans l’horrible et affreux étang où elle apercevait la gueule des monstrueuses bêtes inimaginables qui l’attendaient. vignette|upright|Les gloutons et les fornicateurs Le sixième tourment est celui des gloutons et des fornicateurs. La pauvre âme se voit contrainte de subir cet horrible tourment.