Zénon d'Élée (en grec ancien / Zếnôn), né vers 490 et mort vers 430 av. J.-C., est un philosophe grec présocratique.
Disciple de Parménide, il est principalement connu pour son habileté de dialecticien et pour ses paradoxes visant à défendre, par des raisonnements par l'absurde, les thèses de son maître. Ces paradoxes, souvent présentés comme ayant pour but de montrer l'impossibilité du mouvement, sont aussi interprétés par certains chercheursMaurice Caveing : Zénon d’Élée, Prolégomènes aux doctrines du continu, Paris (Vrin) 1982. Paul Tannery : Pour l’histoire de la science hellène, Paris [1887, 1930], Sceaux (Gabay) 1990 comme des arguments dirigés contre l’école de Pythagore qui affirmait la divisibilité du mouvement.
Biographie
Sa vie est très mal connue. Les sources principales sont le Parménide de Platon et les Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres de Diogène Laërce.
Dans le dialogue de Platon, il est dit que Zénon a presque , que Parménide a environ , et que Socrate est un très jeune homme, ce qui pourrait le faire naître vers -480 ou -490. Platon le décrit comme « grand et joli à regarder » et rapporte non sans complaisance, dans le dialogue du Parménide127b, une rumeur ambiguë selon laquelle Zénon aurait été l'amant de son maître.
Diogène Laërce indique qu'il était le fils naturel d'un nommé Télentagoras, mais que Parménide l'avait adopté.
Il aurait vécu, comme Parménide, à Élée, ville située dans le sud de l'Italie. C'est l'un des représentants de l'école d'Élée.
À l'âge de environ, il est probable qu'il accompagna son maître lors d'un voyage à Athènes, ville où il enseigna quelques années. Périclès et Callias auraient été de ses élèves.
Selon Diogène LaërceVIII, 42., Aristote attribue à Zénon d'être l'inventeur de la dialectique (méthode de raisonnement qui cherche à établir la vérité en défendant successivement des thèses opposées). Diogène rapporte, IX, article Zénon d'Élée que cette aptitude lui aurait valu d'être nommé « le Palamède d'Élée », en référence au héros grec Palamède décrit par Platon, dans Phèdre261d, comme un habile dialecticien.
Tout comme son maître Parménide, Zénon eut probablement une activité politique. Diogène Laërce raconte qu'il serait mort torturé pour avoir pris part à une conspiration contre un tyran d'Élée.
Diogène n'est pas sûr de l'identité du tyran : il indique qu'il pourrait s'agir de Néarque ou de Diomédon. Diogène donne aussi deux fins possibles à l'histoire : dans l'une le tyran est finalement lapidé par le peuple révolté, dans l'autre, c'est Zénon qui est exécuté. La mort de Zénon est également rapportée bien plus tard par Tertullien :
Au passage, Tertullien se trompe de tyran dans cet extrait, puisqu'il n'est pas possible que Zénon, philosophe né au début du ait été torturé par Denys l'Ancien, tyran de Syracuse un siècle plus tard.
Ouvrages Les œuvres de Zénon ont été perdues. Platon écritParménide (Platon) (128c) que ses écrits rédigés pendant sa jeunesse pour défendre les arguments de Parménide, auraient été apportés à Athènes à l'occasion de sa visite avec son maître. Ils auraient été volés et publiés sans son consentement. Son œuvre n'est connue que par les citations qu'en ont faites les auteurs anciens, en particulier Aristote.
Zénon, le philosophe de l'un et du continu
vignette|Illustration du paradoxe d'Achille et la tortue. Selon Proclus, Zénon aurait écrit une suite de 40 arguments destinés à défendre son maître et ami Parménide d'Élée. Voici ce qu’en dit ce scolarque de l’académie néoplatonicienne vers 438 ap. J.-C.Proclos, Commentaire du Parménide, 619/620. :
Il ne reste que quelques-uns de ces paradoxes mentionnés par Aristote dans son Livre VI de la Physique, Simplicius, ou Platon. Parmi ses paradoxes le plus célèbre est probablement celui d'Achille et la tortue.
On croit souvent que ces paradoxes ne visent qu'à prouver que le mouvement n'existe pas. La tradition indique d’ailleurs que Diogène le cynique (ou Antisthène) répondit à ces arguments contredisant le mouvement, simplement en marchant. Il faut en fait les replacer dans une perspective beaucoup plus large, celle de la pensée éléate de l'« infini » ou de l'« illimité ». Selon ce dernier, c'est en fait pour défendre les thèses de son maître Parménide sur L'Un et critiquer ceux qui défendent la thèse de l'être multiple qu'il a proposé ces paradoxes.
Zénon voulait plus précisément montrer que ceux qui défendent le mouvement et sa divisibilité ne sont pas cohérents, puisque l'on arrive à des conséquences absurdes. Pour Zénon, le monde est un et continu. La pluralité (ou la divisibilité) ne sont que des apparences, auxquelles on doit opposer les rigueurs de l'intelligence. En fait, on retrouve ici les thèses de Parménide. Zénon attaque la divisibilité pour mettre en avant la continuité de l'être .
Mais les interprétations sont toujours ouvertes et la dialectique de Zénon s'est montrée particulièrement fructueuse dans l'histoire de la pensée, obligeant les philosophes à rendre compte rationnellement de ces paradoxes. Il est enfin possible de voir la dialectique de Zénon comme une propédeutique à l'abord de la transcendance. Les néo-platoniciens ont toujours considéré le dialogue du Parménide de Platon comme un dialogue essentiel, parce que Parménide soutenait la thèse de l'unicité de l'être. Zénon aurait tenté de rendre compte rationnellement de cette thèse, en allant jusqu'à ses conclusions extrêmes, soit l'impossibilité du mouvement. Références littéraires à Zénon Dante cite plusieurs personnages célèbres dont Zénon au Chant IVCommedia, Inf. IV, 130-140 (texte original) sur WikisourceLa Divine Comédie, l'Enfer, chant IV (trad. Lamennais) sur Wikisource de l'Enfer de la Divine Comédie.
Paul Valéry a évoqué les paradoxes de Zénon dans son poème Le Cimetière marinLe Cimetière marin sur Wikisource. (v. 121 sqq.) :
Samuel Beckett fait référence au paradoxe du tas de Zénon dans sa pièce de théâtre Fin de Partie : .
Terry Pratchett parodie l'un des paradoxes de Zénon dans son roman Pyramides.
Ghérasim Luca évoque Zénon dans L'Échelle, un des sept rituels de L'Extrême-Occidentale.
Le personnage principal de L'Œuvre au noir de Marguerite Yourcenar se prénomme Zénon.
Notes et références
Annexes
Bibliographie Fragments et témoignages Fragments et témoignages en ligne Die Fragmente der Vorsokratiker, éd. H. Diels et W. Kranz, 3 vol., Berlin, Weidmann, 1903 ( éd. réimp. 1960-1961). Édition de référence du texte grec. Les Penseurs grecs avant Socrate de Thalès de Milet à Prodicos, présentation et choix d'extraits par Jean Voilquin, Paris, Garnier Frères, 1964, rééd. GF-Flammarion. Vieilli. Jean-Paul Dumont (dir.), Daniel Delattre, Jean-Louis Poirier, Les Présocratiques, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1988 Jean-Paul Dumont, Les Écoles présocratiques, Paris, Gallimard, coll. « Folio Essais », 1991.
Études Georges Noël, « Le Mouvement et les arguments de Zénon d'Élée », dans Revue de Métaphysique et de Morale, , 1893, André Pichot, « La Naissance de la science - 2 - Grèce présocratique », 1991, Gallimard Eduard Zeller, La Philosophie des Grecs (1844-1852), vol. I et II, trad. Émile Boutroux, Paris, 1882 Lire en ligne le tome 2 sur Gallica
Article connexe Paradoxes de Zénon
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