Yahya Sinwar ou Sinouar (), nom de guerre Abou Ibrahim (), né le dans le camp de réfugiés de Khan Younès — dans la bande de Gaza occupée par l’Égypte en 1962 — et mort le à Rafah, est un homme politique et terroriste nationaliste et palestinien.
Chef de la branche armée du Hamas, il succède au dirigeant du , Ismaël Haniyeh, à la mort de celui-ci, le .
Il rejoint le mouvement du Hamas en 1987, pendant la première Intifada contre l'occupation israélienne. Rapidement, il se hisse à la direction d' (« la gloire »), une unité de répression visant à punir les actes jugés immoraux ou de trahison en faveur d’Israël.
Il organise également l'enlèvement et l'assassinat de deux soldats israéliens. Il est arrêté en 1989 et condamné à la perpétuité par la justice israélienne pour l'assassinat d'une douzaine de Palestiniens accusés de collaboration avec Israël, mis à jour le .. Durant son incarcération, il dénonce activement les conditions de détention des prisonniers palestiniens, organisant une grève de la faim avec détenusVoir sur lesechos.fr....
Il est libéré en 2011, après 22 ans dans les prisons israéliennes, dans le cadre d'un accord d'échange de prisonniers, où palestiniens sont échangés contre le soldat israélien Gilad Shalit, captif du Hamas depuis cinq ans.. Il réintègre le Hamas et en est promu chef dans la bande de Gaza en 2017, qu'il dirige , la direction politique vivant au Qatar.
Placé sur la liste américaine des « terroristes internationaux », il fait l'objet de multiples tentatives d'assassinat.
Il est considéré comme l'un des architectes des attaques du en Israël et, à ce titre, est accusé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. En , après l'assassinat d'Ismaël Haniyeh, il devient le chef du Hamas dont il est un des représentants de l'aile dure, par opposition à Ismaël Haniyeh, qui représentait une ligne considérée comme plus modérée.
Il est tué le à Rafah par l'armée israélienne.
Biographie Origines familiales Yahya Ibrahim Sinwar est le fils de deux réfugiés palestiniens, Ibrahim Hassan Sinwar et Rida Abdullah Sinwar. Il est issu d'une famille bourgeoise et conservatrice d'Al-Majdal, où son grand-père et son père possédaient une usine textile automatisée. Après avoir été expulsés de Majdal AsqalanMaher Charif, « Yahya al-Sinwar يحيى السنوار », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, Université Columbia, consulté le 4 juin 2026. ses parents et grands-parents s'établissent dans le camp de réfugiés de Khan Younès, où il nait en 1962. Yahya Sinwar a cinq frères, Jamil, Hamed, , Fadl et Mohammed, et une sœur, Jamila.
Formation Il effectue sa scolarité primaire à l'école Sheikh Jamil de Khan Younès, affiliée à l'UNRWA.
En 1981, il obtient son baccalauréat avec mention très bien. Il s'inscrit ensuite à la faculté des sciences de l'université islamique de Gaza. , mais , relate son frère Zakaria, lui-même universitaire, qui ajoute : . Il est titulaire d'une licence dans ce domaine. Il rencontre Ismaël Haniyeh et Khalil al-Hayya à l’université. Au conseil des étudiants de l’université, il occupe successivement de 1982 à 1987 les postes de secrétaire du comité des arts, secrétaire du comité des sports, vice-président puis président. Il dirige également le Bloc islamique, affilié aux Frères musulmans. Il est remarqué lors des débats dans les groupes étudiants. Il fonde également une troupe théâtrale, al-A’idoun (, dans le sens de ceux qui retournent à l‘endroit d’où ils viennent).
Pendant son incarcération à la , de 1995 à 2002, il suit une quinzaine de cours par correspondance à l'université ouverte d'Israël, portant notamment sur l'histoire juive, la société et la politique israéliennes, le sionisme et la Shoah. Malgré ses excellentes notes (90/100 de moyenne), il n'obtient pas son diplôme.
Implication dans la cause palestinienne et incarcérations Sinwar est arrêté une première fois en 1982 pour des son opposition à l‘occupation israélienne et est condamné à six mois de prison, qu‘il passe à la prison al-Far'a en Cisjordanie. Il se consacre à la cause palestinienne.
En 1983, il participe à la création de la première unité de sécurité de la Fraternité (les Frères musulmans), Amn al-Da'wa () qui est dirigée par cheikh Yassine.
Il est arrêté de nouveau en 1985. À sa libération, il cofonde avec , à la demande de cheikh Ahmed Yassine, le (soit l‘organisation du djihad et de la prédication, en abrégé), dont le principal objectif est d’identifier les collaborateurs palestiniens et de les châtier. Elle recherche également les espions israéliens., et qui, en 1987, devient la « police » du Hamas. Les qu'il dirige brûlent débits de boissons et stocks de revues pornographiques et sont aussi accusées de torturer et d'éliminer les traîtres... ; il sévit également contre les citoyens accusés de posséder du contenu pornographique, d’avoir des relations homosexuelles ou extraconjugales.
En 1988, peu après le début de la première Intifada et la création du Hamas, il est arrêté par le , soupçonné de l'exécution de douze . Lors d'un interrogatoire en 1989, il reconnaît être l'auteur de plusieurs meurtres, mais ne regrette pas ses actes. Il considère que faire avouer et punir les collaborateurs est un .. Il est condamné à quatre peines d‘emprisonnement à vie pour avoir créé le mouvement les moudjahedines palestiniens et participé à certaines opérations. Il est surnommé le « boucher de Khan Younès » par les autorités israéliennes..
Années en prison Yahya Sinwar est emprisonné à Beer-Sheva, dans un complexe situé dans le Néguev, puis dans d‘autres prisons. Il passe au total 23 ans incarcéré, dont un total de deux ans à l’isolement. Pendant sa captivité, l'Autorité nationale palestinienne verse à sa famille une pension mensuelle de douze mille shekels.
En 2004, lors d'un entretien avec Yuval Bitton, le dentiste et médecin de la prison , il apparaît avoir des difficultés de mémoire, perd régulièrement connaissance et se plaint de douleurs dans la nuque. Le médecin soupçonne un accident vasculaire cérébral et envoie Sinwar à l'hôpital.. Selon l‘Encyclopédie de la Question palestinienne, ce n’est qu’après des pressions répétées des prisonniers palestiniens que les médecins israéliens l'opèrent et lui extraient une tumeur au cerveau, qui aurait pu lui être fatale (un caillot sanguin, d‘après l’Encyclopédie de la Question palestinienne). Sinwar et le dentiste auraient noué une relation quasi-amicale. Parallèlement, Israël refuse toute visite à son frère pendant dix-huit ans et n’autorise que deux visites de son père en treize ans.
Yahya Sinwar passe sa période de convalescence à apprendre l'hébreu et atteint un bon niveau et lit l'actualité israélienne, cherchant à . Le prisonnier traduit des autobiographies de responsables des services secrets israéliens en arabe pour les transmettre au Hamas afin d'analyser leur stratégie de défense. Il obtient aussi un diplôme en histoire. Il traduit aussi des ouvrages politiques et littéraires.
Il participe à la rédaction du document national de conciliation des prisonniers palestiniens en mai 2006 avec Marwan Barghouti du Fatah et Ahmad Saadat secrétaire général du Front populaire de libération de la Palestine, qui est considéré comme un des plus importants documents en vue d’une unité nationale palestinienne.
En 2006, il accorde une interview en hébreu au journaliste pour Aroutz 2.. Les deux hommes discutent notamment de la possibilité pour le Hamas d'avoir une longue trêve (hudna) avec Israël et de participer aux élections israéliennes, ce à quoi Yahya Sinwar suggère que le Hamas est préparé, mais pas Israël..
En raison de sa longue détention, il gagne le surnom de « général » parmi ses pairs ; il est désigné « émir », responsable de la prison et dirigeant du Hamas à l'intérieur de celle-ci, poste qu'il occupe en alternance avec son ancien frère d'armes Rawhi Mushtaha, inculpé en même temps que lui. Selon des rapports rédigés par les autorités israéliennes, Sinwar a la mais Il est plusieurs fois dirigeant suprême du conseil des prisonniers du Hamas dans les prisons israéliennes ; il participe à plusieurs grèves de la faim et mouvements de protestation des prisonniers palestiniens pour obtenir de meilleures conditions de détention
Durant ses années de prison, il tente de s'évader à deux reprises, qui échouent (une fois à la prison d’Ashkelon et l’autre à celle de Ramla). Il essaie notamment de creuser le sol de sa cellule. Il parvient aussi à rester en contact avec l'extérieur depuis sa cellule, via l'usage de téléphones dissimulés ou par le biais de son avocat et des visites qu'il reçoit. Il est ainsi soupçonné d'avoir commandité des exécutions de prisonniers depuis la prison de Beer-Sheva.
Libération vignette|Yahya Sinwar (à gauche) lors d'un exercice de police en 2011. Lors de sa détention, Sinwar encourage aussi ses hommes à tenter de capturer des Israéliens, sachant qu'ils pourraient les échanger contre des prisonniers palestiniens.
En 2011, après vingt-deux années de détention, il fait partie des mille prisonniers relâchés par Israël en échange du caporal franco-israélien Gilad Shalit, capturé par le Hamas. lors de l’accord baptisé Wafaa al-Ahrar (). Ayant joué un rôle lors des négociations, il est placé à l‘isolement, les Israéliens déclarant craindre qu'il ne les fasse échouer. Le docteur Bitton tente de convaincre les autorités de ne pas le libérer, le considérant comme dangereux, mais il est finalement inclus dans l'accord, que les autres détenus de haute valeur. Pour Yuval Bitton, qui estime qu'il faut , il s'agit d'une erreur.
Sinwar est alors accueilli en héros à Gaza, défilant aux côtés d'Ismaël Haniyeh, et appelle aussitôt les brigades Izz al-Din al-Qassam à commettre d'autres enlèvements d'Israéliens pour obtenir d'autres libérations de prisonniers.
En , il est déclaré par le gouvernement fédéral des États-Unis..
Dirigeant du Hamas à Gaza En 2012, il est élu (portant désormais la kounya d’Abou Ibrahim) membre de la direction du Hamas. On lui confie la direction de la sécurité. En 2013, il est élu au bureau politique où il est chargé des Affaires militaires.
Lors de la guerre de Gaza de 2014, sa maison est détruite par l‘armée de l’air israélienne.
En , Yahya Sinwar est élu à la tête du pour la bande de Gaza, et devient ainsi dirigeant de la bande de Gaza. Quelques mois après sa nomination, il déclare dans une interview à la chaîne Al Mayadeen :
Sous sa direction, la branche du Hamas de la bande de Gaza prend progressivement l’ascendant sur les dirigeants du mouvement installés à l’étranger..
À la tête de l'organisation, Yahya Sinwar impulse une stratégie fondée sur le développement de la branche militaire du Hamas - qui passe d'environ dix mille combattants dans les années 2000 à au moins trente mille au début des années 2020 - afin de rompre avec la posture strictement défensive observée par l'organisation depuis des années et reconnecter l’enclave de Gaza avec la lutte palestinienne dans les territoires occupés. Le Hamas augmente le nombre et la portée de ses roquettes, qu'il fabrique lui-même, agrandit et perfectionne son réseau de tunnels qui atteindrait 500 kilomètres dans l’enclave et fonde une cellule d’opérations commune avec les autres factions combattantes de Gaza..
Sur le plan politique, sa gouvernance autoritaire se conjugue avec une proximité avec les Gazaouis :
Il est l‘un des principaux soutiens de la grande marche du retour qui débute le et dure toute l‘année. Sinwar se rend sur le lieu des manifestations et y annonce que des manifestations similaires se dérouleront chaque vendredi . et . afin de rappeler le droit au retour des réfugiés palestiniens (dont il fait partie) estimant que la lutte populaire pacifique est la meilleure option à ce jour, permettant d‘atteindre les objectifs du mouvement national palestinien à moindre coût ; le lendemain, il déclare : L‘armée israélienne tire sur chacune de ces manifestations, faisant dans l‘année 192 morts et ) blessés.