Jonas Hambræus, parfois francisé en Jonas Ambreus ou Jonas Hambré ; né en 1588 à Bollnäs en Suède et mort en 1671 ou 16721671 d'après , 1672 d'après . De manière beaucoup plus plausible indique : à Paris, est un orientaliste et pasteur suédois. Il est, en France, à l'origine de la présence luthérienne à Paris, et de l'Église suédoise de Paris .

Biographie Fils de simples cultivateurs, et donc sans nom de famille, Jonas naît en 1588 à Hamre (parfois francisé Hambre), village de la paroisse de Bollnäs (aujourd’hui quartier de la commune), dans le Hälsingland, province suédoise sur le golfe de Botnie, au nord de Stockholm et d’Uppsala, dont il prend le nom (Hambræus).

Remarqué par les pasteurs de la région, il part étudier à l’université d'Uppsala en 1608. Il accompagne ensuite, en tant que précepteur, de jeunes gentilshommes à Lübeck, Stralsund et Greifswald où il est lauréat de la faculté de philosophie, avant de retourner en Suède où il est ordonné pasteur en 1614.

Très vite, désireux de voir de nouveaux pays et d’acquérir de nouvelles connaissances, il retourne sur le continent. En 16161615 d'après , 1616 d'après , il soutient sa thèse de doctorat à l’université de Greifswald. Entre 1617 et 1619, il séjourne à Rostock, invité par les professeurs de son université, où il publie plusieurs ouvrages, mais faute de moyens, il est contraint de retourner en Suède.

vignette|droite|Broder Andersson Rålamb. En 1620, il devient précepteur des fils de (parfois francisé, à tortEn Suède, à cette époque, le nom complet d'une personne était composé du prénom, suivi du patronyme (prénom du père suivi de son pour un fils ou de dotter pour une fille), suivi, s'il existait d'un nom propre (réservé aux gentilshommes). Ainsi Broder Andersson Rålamb aurait dû être francisé Broder (ou Bror) Rhålamb (son patronyme signifiant, littéralement, « le fils d'André »). Ce système, bien qu'ayant été libéralisé en 1901 (droit de choisir le nom de son choix), puis réglementé (pour empêcher l'appropriation des noms de noblesse - voir Loi suédoise sur les prénoms, subsiste encore., André Rhålamb), seigneur de Broo, conseiller du roi et gouverneur d’Örebro. Il est nommé professeur d’hébreu à l’université d'Uppsala, puis, en 1626, prédicateur de la cour auprès du roi de Suède, Gustave-Adolphe. vignette|L'Europe en 1623, par Jodocus Hondius Cette même année, l’occasion de voyager se présente de nouveau à lui avec son élève (parfois francisé Éric Broderson Rhålamb). Cela lui permet de se rendre bien plus loin qu’il ne l’a encore fait. Ensemble, ils parcourent les villes universitaires allemandes (Greifswald, Rostock, Iéna) où Hambræus possède des connaissances jusqu’en France où ils comptent passer trois mois avant de poursuivre leur route vers l’Italie. Cependant, la péninsule est sujette aux épidémies et aux guerres et les deux hommes sont contraints de prolonger leur séjour. Jonas décide alors de s’établir à Paris définitivement.

L’Europe est alors en pleine guerre de Trente Ans qui oppose le camp des Habsbourg d’Espagne et du Saint-Empire romain germanique, soutenus par l’Église catholique, aux États allemands protestants du Saint-Empire, auxquels sont alliées les puissances européennes voisines à majorité protestante (Provinces-Unies et pays scandinaves, dont Suède) ainsi que la France qui, bien que catholique et luttant contre les protestants chez elle (malgré l’Édit de Nantes), entend réduire l’hégémonie des Habsbourg sur le continent. Jonas Hambræus profite alors, de manière exceptionnelle, de ce rapprochement intéressé entre la France et la Suède.

D'abord, grâce à son statut de savant universitaire et aux recommandations de son souverain, il est nommé professeur extraordinaire du roi es langues hébraïque, syriaque et arabique en l’Université de Paris (au Collège de France), par lettres patentes de Louis XIII. Cependant, il devra, dans ses ouvrages, prendre de nombreuses précautions, face à ce statut ambigu, pour ne pas s'attirer les foudres des institutions catholiques.

Puis, alors que dans la capitale les réformés français (calvinistes, aussi appelés Huguenots) n’ont pas le droit de célébrer de culte (ils doivent se rendre au temple de Charenton), les ambassades protestantes, jouissant de l'immunité de leurs princes, bénéficient d’un statut officieux : celle d’Angleterre, dispose déjà d’un chapelain qui officie selon la liturgie anglicane. Les gentilshommes luthériens étrangers de passage dans la capitale, suédois ou allemands, civils ou militaires, formulent la demande d'un culte dans leur confession. C'est ainsi que Hambræus est amené à exercer le rôle de pasteur luthérien à Paris, dès 1626.

Aux fonctions de professeur et de pasteur, s'ajoute la fonction d’aumônier militaire, comme on peut le lire dans la préface de son ouvrage Eschauguette, publié en 1655lien vers l'Eschauguette : . Ainsi, si en tant que pasteur chapelain de l'ambassade, il relève du roi de Suède, en tant qu'aumônier militaire il est spécialement rattaché aux troupes allemandes et relève du gouvernement français.

vignette|droite|Hugo Grotius Pendant une dizaine d'années, Hambræus vit donc à Paris, entretenant de bons rapports avec les autorités politiques, militaires et religieuses, catholiques, mais aussi avec les réformés (notamment Jean Mestrezat, Charles Drelincourt, Jean Daillé et Edmé Aubertin). En , Hugo Grotius est nommé ambassadeur de Suède. Il s'installe d'abord au quai Malaquais (actuel ), à l'angle de la rue des Petits Augustins (aujourd'hui rue Bonaparte) jusqu'en 1941 L'Hôtel Chavaudon de Sainte-Maure sur Paristoric, puis rue des Saints-Pères (actuel ).. Malgré quelques tensions entre les deux hommes, Hambraeus semble prêcher dans son ambassade, jusqu'au départ de Grotius, en 1645.

Le , en France, Louis XIV accède au trône, Mazarin est nommé premier ministre par la régente Anne d'Autriche. Un jour plus tôt, en Suède, la reine Christine rend effective son abdication en faveur de son cousin, le prince Charles X Gustave, avant d'entamer un voyage à travers l’Europe : Hambourg, Anvers et Bruxelles où elle se convertit secrètement au catholicisme. Elle vient à Paris en 1656. Le , elle dort à Fontainebleau où Hambraeus lui est présenté par le duc Henri II de GuiseLa Gazette de France, , . Il est probable qu'il accompagne ensuite la reine jusqu'à Paris, après avoir couché le à Essonne chez M. Hesselin et le à Conflans chez le duc de Richelieu. Cependant, au grand regret de Hambraeus, du fait de sa conversion récente, elle assiste tous les jours à la messe de Notre-Dame. vignette|Paris en 1657, par Johannes Janssonius À partir de cette année, ce que l'on sait des activités de pasteur de Hambraeus, on le doit aux compagnies de catholiques qui le surveillent de près et dénoncent sans cesse ses activités de pasteur auprès de la chancellerie : en , un prêche luthérien donné au faubourg Saint-Marceau, en 1656 , en 1657 : .

L'année suivante, ses déboires continuent pour un tout autre sujet. Par Arrêt du Parlement de Paris du , il est condamné pour dettes. Il échappe cependant à la prison, grâce à des Arrêts du Conseil du roi de France, obtenus à la recommandation de l'Ambassadeur de Suède, puis en trouvant asile chez les chevaliers du Temple, puis chez M. de Courtin, et enfin chez M. del Campo, écuyer du roi.

Le , les compagnies de catholiques ont de nouveau connaissance de prêches luthériens de Hambraeus dans Paris et portent leurs plaintes auprès de Jules Mazarin qui, cette fois-ci, lui fait interdire, par ordre du roi, de pratiquer le culte luthérien. Mais les compagnies ne s'arrêtent pas là et, pour empêcher définitivement Hambraeus d'agir, décident de chercher un moyen de le chasser de Paris. Elles entament alors des recherches approfondies sur lui, les menant aux Arrêts du Parlement et à ceux du Conseil. Elles se joignent donc aux créanciers et en informent le Chancelier, qui les redirige vers le rapporteur de la requête des créanciers, Guillaume de Lamoignon, qui rédige un rapport et le remet au Conseil du roi. Cette fois-ci, ce dernier, par un nouvel Arrêt, ordonne de vendre les meubles et la bibliothèque de Hambraeus et d'exécuter les Arrêts du Parlement passés. Les compagnies sont alors persuadées que Hambraeus a quitté Paris.

Cependant, plusieurs ouvrages publiés entre 1662 et 1672 semblent affirmer le contraire. Après l'année 1672, ne figure plus aucune trace de son action ni à Paris ni ailleurs : il est alors âgé de 84 ans.

Le linguiste et traducteur Jonas Hambræus s’est très vite intéressé aux langues, principalement orientales. Pendant sa vie, il a écrit, traduit et enseigné l’hébreu, le syriaque, l’arabe, le latin, le grec, l’allemand, le suédois et le français.

En 1616, il soutient sa thèse de doctorat sur la langue hébraïque, Disputatio de accentibus hebraicis, qui semble être son premier ouvrage imprimé, à l’université de Greifswald. La même année, il publie une traduction en suédois de la Morale chrétienne (1577) du juriste et théologien calviniste français Lambert Daneau.

Pendant son séjour à l’université de Rostock, il publie deux autres ouvrages sur la langue hébraïqueLe premier : מכסת בשורה seu in Evangelia totius anni tribus distichis hebraicis comprehensa, avec commentaire en vers suédois (In-12). Thet är en Summa öffwer hrart och et Evangelium som på ialle Söndagar och the fornämstl Helgedagar som Ååret, uthi Gudz Församling bliffwer förhandlat… Kortelige… uthi tre Hebraiska Wersar och Svenska Rijm fōrfattat och tilsammanscreffwen, genom Jon. Hambraeum, Helsingum, s. s. Theologiae suid. Rostock, 1617 ; le second, Institutio hebraica compendiosa, 1619..

En 1620, alors en Suède, il traduit en suédois l’ouvrage sur l’éducation Librum aureum de civilitate morum puerilium (1530) d’Érasme. Il est nommé professeur d’hébreu à l’université d'Uppsala.

Après son arrivée en France en 1626, il est nommé professeur extraordinaire du roi ès langues hébraïque, syriaque et arabique en l'Université de Paris.

Entre 1630 et 1635, il rédige deux petits volumes qui ne seront publiés qu’en 1672, année suggérée de sa mort, dans Les Epistres de saint Jean en arabe, et la Passion de Notre Seigneur selon les quatre Evangelistes en syriaque ; à Paris, de l'imprimerie d'Antoine Vitré, M. DC. LXXII. Avec approbation des docteurs. (In-12). Hambræus explique ce décalage dans l’ mis en tête de son recueil :

À Paris, son travail attesté d'orientaliste se résume à ces deux modestes ouvrages (en tout cas, imprimés). Cependant, d’après certains historiens, il aurait participé, en parallèle à ses autres travaux, à la Bible polyglotte de Paris, mais aucune preuve contemporaine à Hambræus n’existe pour étayer cette théorie (Hambræus n’est mentionné ni par Guy Michel Le Jay, ni par Jean Morin, dans leurs préfaces respectives). Jacques Pannier apporte la théorie suivante :

Il publie, en 1632, un petit livre élémentaire en quatre langues (suédois, latin, français et italien) : Libellus alphabeticus quadrilinguis suev., lat., gall. ac ital.

En 1654, apprenant la future visite de la reine Christine de Suède à Paris, il traduit deux ouvrages du latin au français, dont le privilège est daté du même jour () et qui paraissent en chez un libraire protestant de la rue Saint-Jacques : l’Eschauguette (332 p.) de et la Harangue panégyrique (134 p.) de Jean Freinsheim. L’Eschauguette est une notice historique et géographique sur la Suède. Hambraeus en dédie la traduction au roi Louis XIV, dont le portrait figure en tête de l’ouvrage. En tête de la Harangue figure le portrait de Christine de Suède dont le traducteur fait l’éloge.

La même année, il dédie à Louis XIV un second ouvrage : Speculum Messenii.

Le pasteur luthérien vignette|droite|Petrus Kenicius. vignette|droite|Cathédrale d'Uppsala, entre 1619 et 1702. En 1614, en Suède, il est ordonné pasteur par l’archevêque , dans la cathédrale d'Uppsala. Deux ans plus tard, il est nommé prédicateur de la cour () auprès du roi de Suède, Gustave II Adolphe.