Vital-Justin GrandinIl a été baptisé Justin-Vital., (, Saint-Pierre-sur-Orthe - , Saint-Albert en Alberta), est un missionnaire français des Oblats de Marie-Immaculée, qui fut le premier évêque du diocèse de Saint-Albert au Canada, où il était arrivé en 1854. Sa mémoire est controversée en raison de son rôle dans l'établissement des pensionnats pour Autochtones au Canada.
Biographie
Jeunesse Vital-Justin Grandin est le neuvième des quatorze enfants de Jean Grandin et Marie Veillard, aubergistes et agriculteurs. Il venait d'avoir deux ans quand ses parents furent contraints de quitter Saint-Pierre-sur-OrtheAnciennement, Saint-Pierre-la-Cour. Par décret du Saint-Pierre-la-Cour (canton de Bais) a pris le nom de « Saint-Pierre-sur-Orthe », pour éviter une confusion avec Saint-Pierre-la-Cour (canton de Loiron).Leur ferme, au lieu-dit - Les Chassées- avait été presque entièrement détruite par un orage. raconte l'abbé André.. Il a passé la plus grande partie de son enfance à Aron, où ses parents tenaient une boucherie sur la route de Mayenne.
Séminariste Une fois sa communion solennelle faite, à neuf ans, Vital-Justin devient bicard, gardien de moutons chez son oncle pendant quatre ans. Mais, à treize ans, aidé par l'abbé de la paroisse d'Aron, puis, pris en charge par son frère aîné, futur prêtre, il entame des études chaotiques, que sa mauvaise santé l'empêche de suivre normalement.
Sur ses instances, Jean, son aîné qui était au Séminaire du Mans, et l'abbé Alexandre-Léopold Sebaux, secrétaire de l'évêque Jean-Baptiste Bouvier, lui procurèrent le moyen d'entrer au petit séminaire de Précigné dans l’intention de devenir prêtre séculier. En 1850, il décida d’être missionnaire et, bien qu’affligé d’un zézaiement prononcé, d’une santé fragile et n'ayant pas fait toutes les études nécessaires, il entra au grand séminaire du Mans.
Après une année passée au grand séminaire du Mans, il entrait le aux Missions étrangères de Paris, mais il fut reconnu inapte aux missions d'Orient à cause d'un défaut de langue qui l'empêcherait, disait-on, de parler les langues orientales et le ferait toujours reconnaître en temps de persécution. Sans se décourager l'abbé se présente à Notre-Dame-de-l'Osier dans le diocèse de Grenoble, noviciat des Oblats de Marie-Immaculée.
Après deux ans d'études théologiques, il est ordonné prêtre le par Eugène de Mazenod. En mai 1854, Mazenod décida d’envoyer Grandin dans le nord-ouest de l’Amérique parce qu’il était le seul à s’être porté volontaire. Il abordait le au Canada, où il devait se dépenser sans ménagement pendant plus de cinquante ans, alors que le médecin annonçait qu'il ne supporterait pas même la première traversée. Alexandre-Antonin Taché le reçut le à Saint-Boniface (Manitoba), chef-lieu d'un diocèse grand comme l'Europe, desservi par douze missionnaires.
Arrivée au Canada Après un an d'étude des langues autochtones, le père Grandin part au mois de pour la Mission de la Nativité sur le lac Athabasca au fort Chipewyan (Fort Chipewyan, Alberta). C'est un voyage de 700 lieues, au terme quel il trouve le Père Henri Faraud et le frère Alexis Reynard, qui l'accueillent dans une hutte en bois mal close. Pas plus que les autres oblats français, dont son prédécesseur Pierre Henri Grollier, il n’avait reçu de formation spéciale au séminaire en vue de sa mission auprès des populations autochtones. Aussi dut-il acquérir les connaissances nécessaires et apprendre les langues amérindiennes sur place.
Le jeune missionnaire évangélise les , qui ne peuvent taire leur admiration pour le bon Père et leur confiance dans le Dieu qu'il sert. Ses supérieurs n'en jugèrent pas autrement. Taché, dès 1857, divisait en sa faveur son immense diocèse en le nommant évêque coadjuteur du diocèse de Saint-Boniface au Manitoba, alors qu'il n'était âgé que de .
En , Grandin quitta le fort Chipewyan pour l'Île-à-la-Crosse (Saskatchewan), où il adopta deux jeunes orphelins. Il espérait les instruire et constituer ainsi le noyau d’un clergé autochtone. L’année précédente, l’évêque de Saint-Boniface, Taché, avait fait des représentations en vue de la nomination d’un coadjuteur avec droit de succession.
Premier retour en France Le , Pie IX signa les bulles qui nommaient Grandin évêque du in partibus infidelium et coadjuteur de Saint-Boniface résidant à Île-à-la-Crosse.
Il arrivait à Marseille le , de Mazenod voulant le consacrer lui-même. Il le fit le . Grandin prit pour armes un roseau penché sur la croix, et pour devise (Dieu a choisi ce qu’il y a de faible dans le monde).
Retour dans le Grand Nord Après quelques mois donnés à sa famille et à ses amis, l'évêque repartait pour l'Ile-à-la-Crosse, où il y arrivait le . Grandin y reçut la visite de Taché, avec qui il discuta de la possibilité d’ériger, dans le bassin du Mackenzie, un vicariat gouverné par un évêque résidant, afin de freiner l’avance des anglicans dans cette région.
En attendant que cet évêque soit nommé, Grandin entreprit une longue tournée des missions nordiques en juin 1861 afin de jeter les bases du futur vicariat. Le , il entreprenait un voyage dans son immense diocèse qui s'étendait jusqu'au degré de latitude nord, habité par ses Montagnais.
C'est au cours de ce voyage qu’il choisit un emplacement stratégique pour la mission de Providence (Fort Providence, Territoires du Nord-Ouest), et suggéra que le nouvel évêque y réside. En outre, il visita les missions des forts Simpson, Liard, Good Hope, Norman et Rae (Old Fort Rae).
Un évêque pouilleux Pendant cette longue tournée qui s’acheva par son retour à Île-à-la-Crosse en , il apprit avec désarroi qu’il pourrait être nommé titulaire du nouveau vicariat. D’un naturel timide et hésitant, il souleva des objections à sa candidature, bien que les missionnaires du Nord l’aient appuyée, et fit valoir que son collègue Henri Faraud était plus qualifié que lui. C’est donc avec soulagement qu’il apprit, à son arrivée à Île-à-la-Crosse, que Faraud avait été nommé vicaire apostolique d’Athabasca-Mackenzie le .
Rentré à l'Ile-à-la-Crosse au mois d', l'évêque ouvre un chemin pour le ravitaillement de ses missions à travers la forêt de Calton, par le Lac-Vert, travail de géant accompli avec l'aide des métis et des indiens. Il va ensuite visiter les Pères Moulin et Gasté, ce dernier Mayennais, à l'extrémité du lac Caribou, où il arrive mourant de faim. Le , lui présent, un incendie réduit en cendres son établissement de l'Ile-à-la-Crosse. Un instant atterré, il se relève, part et fait 300 lieues pour aller raconter ce désastre à Tasché. Une lettre qu'il y trouve l'invite au chapitre général de la congrégation. C'est pour lui une occasion de solliciter des secours. Sa voix et sa vue plus éloquente encore provoquent la charité.
Louis Veuillot écrit en sa faveur un article, Un évêque pouilleux, qui est un de ses chefs-d'œuvre. En s'embarquant à Brest, l'évêque emmenait ce qui valait mieux à tous les secours en argent, une phalange de 9 missionnaires ; il assista au quatrième concile de Québec, où fut définitivement érigé son nouveau diocèse de Saint-Albert, dont le territoire avait kilomètres en longueur et 715 kilomètres en largeur, deux fois la superficie de la France. Une épidémie de petite vérole qui enleva plus de indiens, attrista son installation à Saint-Albert. Un de ses missionnaires, le Père Albert Lacombe, entreprend l'évangélisation des Cris de la Prairie.
De retour en France L'évêque, soucieux des intérêts généraux de l'Église envoie au Pape son adhésion aux définitions du concile du Vatican, et proteste contre l'évacuation de Rome par la France ; il fonde au Canada l'œuvre des écoles du Nord-Ouest qu'on lui conseilla de ne pas poursuivre pour ne pas nuire à la Propagation de la foi et à la Sainte-Enfance. Un nouveau voyage en France pour le chapitre général des Oblats, lui permet de prêter un secours efficace à l'œuvre de la Propagation de la foi, pour laquelle il prêche en vingt-trois cathédrales.
Au mois de , il repartait avec dix-sept nouveaux missionnaires. Au bout de deux ans, une otite extrêmement douloureuse contractée en couchant sur la terre humide, le force de venir à Paris chercher un soulagement. Il travaille quand même, refuse le titre d'auxiliaire de l'évêque de Laval qui lui est offert, et s'embarque de nouveau avant sa guérison complète, le . À peine arrivé, il visite l'est et le sud de son diocèse et fonde une nouvelle mission sous le vocable de Notre-Dame de Pontmain.
Dernières décennies L'expulsion des religieux français, les effets souvent désastreux de l'invasion de ses régions jusque-là inaccessibles par les industries, les bateaux à vapeur, les chemins de fer qui lui font présager l'extermination des Amérindiens, ne sont pas sans l'attrister. Le père Albert Lacombe sut contenir ses tribus de Cris qui ne parlaient de rien moins que de massacrer les ouvriers du Canadien Pacifique.
Mais le pays est envahi par un peuple d'immigrants, souvent peu recommandables, les villes et les villages surgissent comme par enchantement ; l'immense territoire est arpenté et 64 hectares sont concédés aux arrivants pour un droit de 50 francs. Les Indiens, refoulés dans leurs réserves qu'ils ne savaient pas cultiver, perdirent leurs terrains de chasse et gagnèrent quelques vices nouveaux. Les ministres protestants arrivent maintenant sans crainte, et fondent des écoles où ils veulent de force attirer les enfants catholiques. Grandin s'indigne, écrit au ministre britannique une lettre virulente, obtient la promesse d'une enquête qui reste dans effet ; mais part pour Ottawa plaider lui-même la cause de ses ouailles. Il fut au moins encouragé par les évêques réunis à Québec le , qui appuyèrent ses revendications, recommandèrent aux fidèles les écoles du Nord-Ouest et ordonnèrent une quête qui produisit piastres. Le gouvernement promit la possession légale des terres que les missionnaires avaient défrichées. Grâce à ces secours, l'évêque ajouta aux anciennes écoles tenues pour les Indiens par les Sœurs grises, des écoles supérieures qu'il confia aux Fidèles compagnes de Jésus, mai 1883.
La révolte des Métis de 1885 amena de nouveaux désastres : deux missionnaires en furent victimes ; Grandin plaida la cause des vaincus auprès du gouvernement et alla aux États-Unis quêter pour réparer les ruines et mendier le pain de ses enfants.
1886-1890, nouveau voyage en Europe pour le chapitre général, retour pour assister au concile de Saint-Boniface, où la division de son diocèse est décidée. La partie Ouest qu'on lui laisse est grande comme la France. Le , il ordonne prêtre un enfant du pays, , écrit-il dans son journal.
En 1892, l'évêque par la plume du Père Leduc, écrit sous le titre Hostilité démasquée, une lettre énergique contre le projet gouvernemental qui soumettait les écoles catholiques à un conseil en majorité protestant et interdisait l'usage de la langue française dans les classes. On lui accorde au moins dans la pratique quelques adoucissements, et lui se met à l'œuvre pour donner l'exemple du travail et mettre le district en culture. Une nouvelle infirmité qui ne pouvait être guérie qu'à Paris, le ramène en France ; parti le , il est opéré le ; reprend, à peine convalescent, ses courses d'évêque quêteur en France et en Belgique et rentre pour administrer Tasché, évêque de Saint-Boniface, auquel il refuse de succéder, ne voulant, dit-il, d'autre translation que celle du ciel.
Lui-même épuisé obtient un coadjuteur dans le Père Legal, sacré le . Il put encore bénir le son petit séminaire où il prit la chaire de professeur d'histoire ecclésiastique, et poser la première pierre d'une cathédrale de style byzantin qui devait avoir 180 pieds de long et 72 pieds de large.
Mort L'évêque Vital-Justin Grandin, « ce poitrinaire qui crachait le sang » avait structuré son territoire. Il se retrouve premier titulaire d'un diocèse créé pratiquement pour lui, celui de Saint-Albert, plus grand que la France.